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Full text of "Revue des études juives 1887"

REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



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)**}> 



VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
59. rue duplessis, 59 




^^ REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATIOxN TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME QUINZIÈME 



PARIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURLACHEP 

83 bi ", RUE LA FAYETTE / \~TZ^ 






ioi 

Kl+S 
1. 15 



LA CONTROVERSE DE 1263 A RARGELONE 

ENTRE PAULUS CHRISTIAN! ET MOÏSE BEN NAHMAN 



Il faut pourtant montrer une fois, et par un exemple, à quels 
excès peut se livrer un homme égaré par l'esprit de secte et le 
préjugé religieux. Le spectacle en est curieux, mais affligeant. 

Le Père Denifle, de l'ordre des Frères Prêcheurs, vient de 
publier une étude sur la controverse que Paulus (en espagnol 
Pablo) Christiani, un juif renégat, obligea le rabbin Moïse b. Nah- 
man à soutenir contre lui, en 1263, à la cour du roi d'Aragon, à 
Barcelone *.. 

Je tiens le P. Denifle pour un savant homme et un galant 
homme, il n'est pas responsable des énormités qu'il dit, il obéit, 
sans le savoir peut-être, à d'anciennes traditions et à des habi- 
tudes invétérées. 

« Et lui avons remonstré qu'il mentait... » Ainsi parlait l'inqui- 
sition, même celle qui n'élevait pas de bûchers, des pauvres Juifs 
qu'elle tenait dans ses griffes. Ainsi parle encore le P. Denifle, 
avec la même hauteur et les mêmes airs de dédain, sinon avec les 
mômes moyens de persuasion. Il * remonstre » à Moïse Nahmani 
et à M. Graetz qu'ils ont menti. Le mot y est en toutes lettres. 
« Sur la controverse (de 1263) on a beaucoup menti, depuis Moïse 
Nahmani jusqu'à Graetz (p. 226). — L'écrit de Nahmani est-il donc 
une œuvre de mensonge? Certainement (p. 229). » Et encore 



1 Le titre de cette publication du P. Denifle est : Quellen zur Disputation 
Pablos Christiani mit Moscs Nachmani tu Barcelona 1265, Elle a paru dans le 
Historisches Jahrbuch, de la Gorres-G csellschaft , année 1887. — In-8° de p. 225 
à p. 244. 

T. XV, n° 29. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

deux fois (p, 230] la même assertion revient. Le Juif (ce mot aussi 
revient sans cesse et fait partie des aménités de langage que le 
P. Denifle a trouvées dans les auteurs du moyeu âge), le Juif a 
menti. 

Et pourquoi Nahmani a-t-il menti ? — On ne le croirait jamais, 
il faut revenir de l'autre monde pour dire une incongruité pareille. 
Nahmani a menti, parce que, dans la relation qu'il a faite de la 
controverse, il se vanterait d'avoir mis quelquefois son adversaire 
dans l'embarras et d'être sorti triomphant de la dispute 1 . En 
sommes-nous là, bon Dieu ! Le P. Denifle ne sait donc pas ce que 
c'est qu'une controverse religieuse? N'est-il pas de règle que, 
dans ces joutes, chacun des partis s'attribue sincèrement la vic- 
toire et la gloire d'avoir réduit l'ennemi en poussière? Et cette 
opinion, en somme, n'est-elle pas vraie, au moins pour le moyen 
âge? Avec les raisonnements saugrenus de cette époque, il était 
impossible qu'aucun des adversaires fût jamais à bout d'argu- 
ments. Le P. Denifle prend tout à fait au sérieux cette dialec- 
tique puérile ; Nahmani, à ses yeux, est un grand coupable pour 
avoir omis de mentionner deux ou trois des réponses de Pablo, qui 
sont des plus importantes, à ce qu'il paraît. Il nous permettra de 
trouver la naïveté un peu forte 2 . 

Et pourquoi M. Graetz a-t-il menti? Tout simplement parce 

1 Sans doute le P. Denifle relève encore d'autres charges contre lui, nous y 
reviendrons, mais dans son introduction, il insiste uniquement sur celle-ci. 

» Si ou voulait argumenter de cette façon contre le procès-verbal des Pères, on y 
trouverait des omissions bien autrement graves, mais qui est-ce qui va attacher de 
l'importance au détail de ces discussions, qui sont, en grande partie, de purs bavar- 
dages ? La méthode scientifique y fait entièrement défaut. La thèse de Pablo était, 
du reste, bien singulière, et il était positivement permis à Nahmani de négliger 
quelques-uns de ses arguments. A qui fera-t-on croire aujourd'hui que la Bible et 
le Talmud, comme le soutenait Pablo, aient prédit l'avènement de Jésus ? Il n'y a 
pas un savant digne de ce nom qui ne prenne en pitié de pareilles balivernes. 
Nous avons, pour la curiosité de la chose, vérifié les quatre passages du Pugio Fidei 
où, d'après le P. Denifle (p. 233, notes), il serait prouvé que le Talmud, contraire- 
ment à l'assertion de Nahmani, parle des souffrances et de la mort, du Messie : 
1° Partie 2, ch. 7, n° 4, il n*est pas question du Talmud (mais d'un Midrasch.) ni des 
souffrances ni de la mort du Messie ; 2° Partie 2, ch. 11, n° 16. Il n'est pas question 
du Talmud, mais d'un Midrasch, et Nahmani n'admet pas l'autorité du Midrascb. ; 
3° Partie 3, distinct. 3, ch. 16, n o, 20. C'est le même passage que celui du n° 2, 
même observation ; 4° Ibid., n° 28. Ici encore ce n'est pas le Talmud, mais le 
Targum qui est cité. Il est, du reste, faux que Nahmani ait soutenu que les livres 
des Juifs ne parlent pas des souffrances et de la mort du Messie, il a convenu (voir 
sa relation, édit. Steinschneider, p. 9) qu'il y en a qui appliquent au Messie les 
chap. 52-53 d'Isaïe, où ses souffrances et, si l'on veut, sa mort sont décrites, mais il 
a ajouté que ces livres sont des aggadot, non des livres canoniques. Il a dit, en 
outre, que ces aggadot ne parlent jamais de la mort du Messie fils de David, et cela 
est probablement vrai. Le P. Denifle ne savait pas qu'il y a, pour le Midrasch, 
deux Messies, le Messie fils de Joseph, qui meurt; le Messie fils de David, qui ne 
meurt pas. 



LA CONTROVERSE DE 1263 A BARCELONE 3 

qu'il a copié la relation de Nahmani et cru à la défaite du cham- 
pion chrétien. Quelle imposture 1 ! 



II 



Examinons la question en détail, elle est assez intéressante, 
et nous espérons que cette petite étude servira à élucider, en 
plus d'un point resté obscur, l'histoire de cette célèbre contro- 
verse. 

Pablo n'en était pas à son coup d'essai. Il était probablement né 
dans le midi de la France et dans cette province qui faisait alors 
partie du royaume d'Aragon. Depuis longtemps il tourmentait les 
communautés juives de cette région, qu'il voulait à toute force 
convertir au christianisme 2 . Quand il vint plus tard en Aragon, 
il continua ses menées. Il se mit à engager des controverses reli- 
gieuses avec les Juifs du royaume, et, entre autres, avec ceux de 
Girone, où Nahmani était rabbin. Nous avons vu qu'il était entré 
dans cet ordre des Frères Prêcheurs auquel appartient le P. De- 
nifle et qui inspirait aux Juifs une crainte parfaitement justifiée. 
Les Juifs d'Aragon n'osaient probablement pas refuser d'écouter 
leur ancien coreligionnaire, devenu membre d'un ordre redou- 
table, mais ils s'efforçaient d'esquiver la discussion : ils ne 
savaient pas, ils n'avaient pas appris, la controverse n'était pas 
leur fort ni leur affaire, cela regardait leurs rabbins, entre autres 
le célèbre rabbin de Girone, qu'on appelait le Maître, qui était 
initié à toutes ces questions et pouvait en parler savamment 3 . 
Comment livrer bataille à un adversaire qui se dérobe? Pablo 

1 M. Graetz a aussi commis la faute impardonnable d'avoir fait son Histoire des 
Juifs, où il fallait bien parler des Juifs d'Espagne, sans aller dépouiller les archives 
de Barcelone. M. Amador de los Rios, qui a écrit trois volumes sur l'Histoire des 
Juifs d'Espagne, et que le P. Denifle devrait connaître, a pu, au contraire, ne pas 
aller consulter ces archives. — M. Graetz, sur l'autorité 'de Carpzov, se trompe sur 
la date d'une bulle, tout en faisant remarquer qu'il doit y avoir erreur, M. Graetz 
est un grand coupable, Carpzov ne l'est pas. — M. Graetz a commis un lapsus en 
disant que l'ordre du jour de la controverse avait été fixé par Nahmani ; il est im- 
possible qu'il se soit trompé volontairement, car Nahmani lui-même dit que l'ordre 
du jour fut arrêté d'un commun accord entre Pablo et lui ; pour le P. Denifle, 
M. Gr. a menli. La chose en valait la peine ! 

* Voir Rabbins français, Paris, 1877, p. 563 et suiv., où l'on trouvera l'histoire 
des agissements et controverses de Pablo. Cf. Eebr. Bibliographie, XV 1875, p. 89; 
XVI 1876, p. 42; XXI 1882, p. 88; Bévue, III, p. 216. 

3 Tout cela et la suite, dans le Prologue du Procès-verbal latin de la controverse. 
— Le titre de Maître qu'on donnait à Nahmani ne signifie pas médecin ; dans sa 
Relation (p. 7), Nahmani le traduit en hébreu par Rab. 



', REVUE DES ÉTUDES HIVES 

obtint du roi d'Aragon que Nahmani, avec d'autres Juifs instruits, 
lût appelé à Barcelone pour soutenir le combat. On aurait enfin à 
qui parler, Pablo pourrait se faire valoir, et comme l'issue de la 

lutto ne pouvait être douteuse pour lui, ni pour les Frères Prê- 
cheurs et Mineurs qui lurent consultés par le roi, on se flattait 
de profiter de la victoire remportée sur le fameux rabbin pour 
convertir les autres Juifs de gré ou de force. 

On a deux relations de la controverse: une espèce de procès- 
verbal en latin, rédigé probablement par les Frères Prêcheurs, 
et une relation hébraïque de Nahmani 1 . D'après le Procès-verbal, 
la controverse eut lieu le 20 juillet 1263, mais personne ne saurait 
douter, après avoir lu la relation de Nahmani, qu'elle a duré 
quatre jours non-consécutifs. Le Procès-verbal lui-même prouve 
qu'elle ne finit pas en un jour : il rapporte qu'à un certain 
moment, Nahmani dit que les Juifs, le frère mineur P. de Janua 
et plusieurs habitants chrétiens de la ville l'avaient engagé à ne 
pas continuer la discussion (dans la crainte d'exciter les esprits, 
comme il est dit dans la Relation hébraïque). Il est impossible que 
cet incident se soit produit dans le cours de la première séance, il 
y en a donc eu plus d'une. Le Procès-verbal n'est pas explicite 
sur ce point, il se borne à dire, en tête, que la controverse eut 
lieu le 20 juillet 1263, mais il ne porte pas de date à la fin, et il est 
certain, nous le montrerons plus loin, qu'il a été rédigé plusieurs 
jours au moins après le 20 juillet. 

Nahmani oublie de donner la date du premier jour de la con- 
troverse, mais la majeure partie de la discussion rapportée par le 
Procès-verbal, et placée par ce document au 20 juillet, est placée 
par Nahmani dans la première de ses quatre séances. Le premier 
jour de la controverse fut donc le 20 juillet. 

C'était un lundi. La prochaine séance fut ajournée au lundi sui- 
vant. Le second jour de la controverse fut donc le lundi 27 juillet -. 



1 L'e Procès-verbal est imprimé par le P. Denifle, après d'autres. La Relation de 
Nahmani, publiée par Wagenseil dans ses Tela ignea, a été éditée, entre autres, par 
M. Steinschneider sous le titre de V';i5a"lïl m^l Nachmanidis Disputatio, Stettin- 
Berlin, 1860. Tout ce que nous en disons est pris dans cette dernière édition ; 
celle de Wagenseil est très fautive, elle contient, entre autres, des interjections peu 
bienveillantes à l'adresse de Pablo, qui l'avait, du reste, bien mérité. Elles ont été 
ajoutées par les copistes et ne sont pas de Nahmani. Contrairement à ce que dit le 
P. Denitle, qui ne connaît que l'édition de Wagenseil, Nahmani n'insulte pas une 
seule l'ois Pablo, il feint même de croire que sa conversion est sincère et en profite 
pour lui opposer un argument très spirituel (p. 6 de la relation hébr.). Il ne lui 
témoigne pas beaucoup de considération, il est vrai, mais l'auditoire ne paraît pas en 
avoir été bien choqué, c'était entre Juifs. 

' Wagenseil a : samedi, au lieu de lundi, mais nous sommes convaincu qu'on 
n'obligea pas Nahmani à venir disputer le samedi. 



LA CONTROVERSE DE 12G3 A BARCELONE 5 

La troisième séance eut lieu le jeudi suivant, 30 juillet, et la 
quatrième et dernière séance le lendemain, vendredi 31 juillet 1 . 

L'ordre du jour qui avait été arrêté au début de la controverse 
était loin d'être épuisé. On était convenu qu'on discuterait quatre 
points (trois , suivant Nahmani). D'après le Procès-verbal on 
pourrait croire qu'on ne discuta que le premier point ; d'après 
Nahmani, le dernier jour aurait été consacré à la discussion du 
second point, qui, chez lui, comprend, à ce qu'il semble, les 
points 2 et 3 du Procès-verbal. Nahmani et le Procès-verbal n'ex- 
pliquent pas de la même façon cette brusque interruption des 
séances, nous reviendrons sur ce sujet plus loin. Nahmani ajoute 
qu'après la quatrième séance, il alla chez le roi, qui lui annonça 
que samedi il viendrait à la synagogue de Barcelone. Gomme 
Nahmani raconte qu'il resta exprès huit jours de plus à Barce- 
lone, sans doute pour recevoir lui-même le roi à la synagogue, 
on voit que cette visite eut lieu le samedi 8 août. Le lendemain, 
Nahmani, d'après sa Relation, prit congé du roi, qui lui remit 
300 maravédis pour ses frais de voyage. 



III 



Dans l'ensemble du récit et même dans les détails, le Procès- 
verbal latin et la Relation hébraïque sont d'accord ; sur un très 
petit nombre de points, ils diffèrent et se contredisent. C'est là 
que le P. Denifle voit les mensonges de Nahmani : du moment que 
le Juif n'est pas d'accord avec les Pères, il est évident qu'il a tort 
et que les Pères ont raison. Il est permis de ne pas admettre cet 
axiome. Je sais bien qu'il y a l'attestation du roi au bas du Pro- 
cès-verbal, mais nous en reparlerons. 

La vérité est que les présomptions sont toutes en faveur de 
Nahmani et contre le Procès-verbal des Pères. 

1. Les Pères poursuivent une œuvre de propagande, ils sont 
puissants, autoritaires, fanatiques, ils veulent forcer la conscience 
des Juifs; leur prestige, qui est grand, ne peut ni ne doit subir 
aucune atteinte, il faut absolument qu'ils aient raison. Ce ne 
sont pas de bonnes dispositions ni une situation faite pour être 
impartial. 

1 D'autres mss. (voir Rclat. hébr., p. 16, n. 9, et p. 17, n. 3) ont, pour la troisième 
séance, mardi au lieu de jeudi, cela est possible ; pour la quatrième séance, mer- 
credi, au lieu de vendredi ; si cette lecture était bonne, Nahmani serait resté dix 
jours et non huit jours à Barcelone pour attendre la visite du roi à la synagogue. 



(j REVUE DES ETUDES JUIVES 

2. Les Pères sont conduits par le fameux Raymond de Pena- 
forte, leur ancien général, qui joue un rôle important dans la 
controverse et dont on connaît l'esprit violent 1 . Ils ont pour 
Instrument un Juif converti dont il est permis de dire le plus 
grand mal sans être injuste. Toute conversion sincère est respec- 
table, mais Pablo, après sa conversion, s'est fait le persécuteur 
des Juifs, et la publication du P. Denifle montre tout le mal qu'il 
leur a fait, c'est un triste personnage. Nahmani est un homme 
vénérable et sans tache. 

3. Le roi, Raymond de Penaforte et les autres assistants chré- 
tiens avaient, au début de la controverse, promis à Nahmani qu'il 
pouvait parler en toute liberté et que ses réponses ne devien- 
draient pas prétexte à poursuite judiciaire. Lorsque, plus tard, 
Nahmani, sur la demande de l'évêque de Girone, fit sa Relation 
de la controverse 2 , les Pères, oubliant leur parole, le poursui- 
virent pour ce qu'il avait dit à la controverse et aussi, il faut 
l'ajouter, parce qu'il en avait fait une relation écrite. Le roi, 
malgré la crainte que lui inspiraient certainement les Pères, eut 
le courage de montrer qu'il ne trouvait pas cette conduite très 
loyale. Pourquoi le Procès-verbal le serait-il davantage 3 ? 

4. La Relation officielle de cette procédure engagée en 1265 
contre Nahmani dit bien que celui-ci, dans l'écrit qu'il avait fait 
pour i'évêque de Girone, comme pendant la controverse de 1263, 
avait offensé la religion chrétienne (on sait ce que cela veut dire), 
mais, contrairement à ce que prétend ou laisse supposer le 



1 M. Graetz a cru (Amador de Los Rios aussi) que Raymond de Penaforte était 
encore à cette époque général de l'ordre des Frères Prêcheurs ; il ne l'était plus 
depuis 1240 (P. Denifle, p. 239, notes), mais les documents latin et hébreu montrent 
le rôle important joué par Raymond de P. dans toute l'histoire de cette contro- 
verse. M. Gr. a donc eu tort, comme le remarque le P. D., de parler, à cette occa- 
sion, du • fanatique général de l'ordre, R. de Penaforte, » mais c'est le mot général 
qui seul est de trop, contrairement à ce que pourrait faire supposer la phrase du 
P. D. sur ce sujet. 

* Cette relation, étant destinée à être lue par l'évêque de Girone, était sûrement 
écrite en latin ou en espagnol. On peut admettre qu'elle a été traduite de la relation 
hébraïque, et que la relation hébraïque a été faite dans cette circonstance, pour servir 
d'original à la relation latine ou espagnole. D'autres hypothèses sont possibles. 

3 Nous raisonnons dans l'hypothèse que l'Astrugus de Porta, poursuivi en 1265 
pour avoir écrit une relation d'une 'controverse qui avait eu lieu antérieurement à 
Barcelone, est le même que notre Nahmani. Le P. D. admet également cette hypo- 
thèse et il en tire même, pour sa thèse, des arguments qui tomberaient si cette iden- 
tification n'était pas exacte. Nous croyons, au contraire, que toutes nos preuves 
subsistent, quelques-unes avec de légères modifications, lors même que cette iden- 
tification ne serait pas admise. Dans ce dernier cas, nous tournerions comme suit 
l'argument auquel se rapporte cette note : Les Pères ont manqué de parole à 
Astrugus de Porta, qui nous garantit que dans leurs actes et dans leur procès-verba 
ils aient été plus délicats. envers Nahmani? 



LA CONTROVERSE DE 1203 A BARCELONE 7 

P. Denifle, elle ne dit pas qu'il y ait erreur ou inexactitude et 
encore moins mensonge dans cet écrit. Devant les témoins de la 
controverse, il était probablement impossible de produire cette 
allégation. C'est seulement dans la plainte adressée plus tard au 
Pape par les Pères que Nahmani était accusé de mensonge, car 
une bulle du souverain pontife énonce cette accusation, mais le 
Pape n'était pas en mesure de vérifier ce que lui écrivaient les 
Pères, il ne pouvait que le répéter. 

5. Les Pères pouvaient dire et écrire impunément ce qu'ils vou- 
laient, Nahmani se serait évidemment exposé à de graves dan- 
gers, s'il avait mis des inexactitudes ou des mensonges dans sa 
Relation. Il ne l'aurait pas osé. 

6. La Relation est précise et détaillée, le Procès-verbal est évi- 
demment un peu confus, il ne fait pas de distinction entre les 
différentes séances, il confond et mêle les questions soigneusement 
numérotées dans le programme de la controverse, il omet une 
grande partie de la discussion. 

1. On pourrait croire que le Procès-verbal a été rédigé séance 
tenante et qu'il présente, par conséquent, plus de garanties d'exac- 
titude que la Relation, écrite plus tard, peut-être longtemps après 
la controverse et probablement de mémoire. Mais il est facile de 
montrer que la date du 20 juillet qui se trouve en tête du Procès- 
verbal n'est pas la date de la rédaction de cette pièce. Il est ques- 
tion, à la fin du Procès-verbal, d'une absence faite par le roi après 
la clôture de la controverse, d'une prétendue fuite de Nahmani 
après le départ du roi, de l'attestation du roi sur tous ces incidents 
postérieurs à la controverse; comme la controverse, avec la visite 
du roi à la synagogue avant son départ, a duré trois semaines, 
le Procès-verbal aurait été écrit au moins trois semaines après 
le 20 juillet, lors même qu'on n'aurait pas attendu, pour le 
rédiger, le retour du roi. L'absence de date à la fin de la pièce 
est assez singulière , un esprit soupçonneux pourrait suppo- 
ser que cette omission est préméditée et destinée à faire illusion 
sur la date réelle du document. On peut se demander s'il n'a 
pas, en réalité, été rédigé deux ans plus tard, à l'époque où les 
Pères ont fait à Nahmani le procès dont nous avons parte plus 
haut, et pour servir de pièce à conviction dans ce procès. On ne 
voit pas trop, autrement, pourquoi on aurait rédigé cet acte 
si étranger à toutes les affaires publiques et à l'administration 
de l'Etat. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



IV 



Si maintenant on examine de près la Relation de Nahmani, on 
est frappé de l'abondance et de la précision des renseignements 
qu'elle fournit. Cette prétendue « œuvre de mensonge » contient 
tout ce que contient le Procès-verbal et beaucoup davantage. Sur 
tous les points qui sont communs aux deux textes, la conformité 
des deux récits est étonnante, elle est une preuve de l'exactitude 
scrupuleuse et minutieuse qu'y a mise Nahmani. 

Le Procès- verbal raconte que l'on commença par arrêter le plan 
de la conférence et fixer les points à discuter, Nahmani le dit éga- 
lement. Ces points étaient au nombre de quatre, d'après le Procès- 
verbal; de trois, d'après Nahmani, mais, comme nous l'avons dit 
plus haut, Nahmani a sans doute confondu en un seul les points 
2 et 3 du Procès-verbal. La définition des points à discuter est la 
même, sauf des nuances dans la manière de concevoir les choses, 
dans le Procès-verbal et chez Nahmani. 

Le Procès-verbal énumère quatre ou cinq questions (les divisions 
ne sont pas faciles à faire) qui furent discutées pour élucider le 
premier point de l'ordre du jour. Elles se trouvent toutes, avec le 
plus grand détail, chez Nahmani : la discussion sur la trinité qui 
avait déjà eu lieu à Girone (la Relation n'oublie même pas ce 
détail) entre Pablo et Nahmani; l'aveu de Nahmani que, d'après 
un midrasch, le Messie était, en effet, né à Bethléem et était apparu 
à Rome; la question faite à Nahmani sur l'endroit où séjournait le 
Messie, puisque les Juifs prétendaient qu'il était peut-être né, mais 
que sa mission n'avait pas commencé; la réponse de Nahmani (le 
Messie est dans le Paradis avec Elie) ; le développement de la thèse 
de Nahmani que le Messie peut être né, mais qu'il n'est pas venu; 
l'inévitable apparition du fameux verset" de la Genèse (ch. 49, v. 
10) : « Le sceptre ne tombera pas de la main de Juda jusqu'à ce que 
vienne Silo » ; celle du non moins fameux chapitre 52-53 d'Isaïe, 
qui était le cheval de bataille des controversistes chrétiens du 
moyen âge ; la discussion sur l'époque où les Juifs auraient cessé 
d'avoir des princes ou des chefs, et l'opinion de Nahmani qu'il 
peut y avoir vacance du pouvoir (le mot vacat est dans les deux 
récits), sans suppression définitive ; la prétention de Pablo de 
prouver à Nahmani que le Talmud même est pour Jésus contre 
les Juifs; la réponse faite par Nahmani que les midraschim et 
aggadot n'ont pas d'autorité et que ce sont de simples conversa- 



LA CONTROVERSE DE 1263 A BARCELONE 9 

tions ou homélies (le mot sermones même est dans les deux récits) 
sans portée ; la contestation sur le conseil qu'on avait donné à 
Nahmani de se refuser à continuer la controverse ; tout cela se 
trouve dans la Relation, avec la plus grande fidélité. Elle men- 
tionne, comme le Procès-verbal ou d'autres pièces relatives à ce 
débat, la présence du Roi, de Raymond de Penaforte, de Pierre 
de Janua (Gènes), frère mineur, du frère Arnal de Segarra, des 
habitants chrétiens de Barcelone. Le Procès-verbal ne dit rien de 
la liberté de parole accordée à Nahmani et dont celui-ci parle 
au commencement de sa Relation, mais la véracité de Nahmani 
sur ce point est confirmée par une autre pièce officielle 1 . Nah- 
mani n'oublie même pas que Pablo lui a reproché de porter le 
titre de Rabbin ou de Maître, sous prétexte qu'il ne convenait plus 
à un Juif de porter ce titre honorifique. A moins d'avoir un 
sténographe ou un phonographe à sa disposition, il était impos- 
sible de faire un rapport plus exact. Quand même ce récit, géné- 
ralement si fidèle, contiendrait les deux ou trois inexactitudes 
que le P. Denifle veut y trouver, c'est outrageusement défigurer 
les choses que de l'appeler « œuvre de mensonge ». 



Voyons maintenant les points où le Procès-verbal et la Relation 
ne sont pas d'accord. Nous croyons qu'il est facile de montrer que 
les vraisemblances sont en faveur de la Relation contre le Procès- 
verbal, ou que les contradictions, que le P. Denifle est porté à 
exagérer, sont plutôt apparentes que réelles. 

1. Nahmani dit que l'ordre du jour fut fixé d'un commun accord 
entre lui et Pablo; le Procès-verbal dit que Pablo proposa à Nah- 
mani les points à discuter. Y a-t-il là une véritable contradiction? 
Et quand il y en aurait, en voilà une affaire; il vaut vraiment bien 
la peine de s'y arrêter. 

2. D'après le Procès-verbal, le tort de Nahmani de porter le titre 
de Maître viendrait de ce que, depuis la passion du Christ, aucun 
Juif ne doit porter ce nom. On ne sait vraiment pas ce que cela 
signifie. La réponse faite par Nahmani, d'après la Relation, prouve 
que le tort de Nahmani consiste dans une contravention contre les 
prescriptions juives, et il ne peut pas y avoir de prescription juive 
de ce genre qui se rattache à l'avènement du Christ. Qu'on lise, 

1 Le document n° 8 publié par le P. Denifle; voir à la fiu de ce travail. 



1" RBVUfi DÈS ÉTUDES JUIVES 

au contraire, Nahmani sur ce point, tout devient clair. Vous n'a- 
vez plus d'autorité, dit Pablo, pour faire l'investiture rabbinique 
(puisque le Bceptre est tombé des mains de Juda), donc tous ne 
pouvez être ni Rabbin, ni Maître. Nahmani, dans sa réponse, dit 
qu'en effet, depuis le y siècle, l'ancienne investiture a cessé, c'est 
ce qui explique les huit cents ans (de 400 à 1200, en chiffres 
ronds) que dure cette suppression de l'investiture, et qui, dans le 
Procès- verbal, sont incompréhensibles *. 

3. Le Procès-verbal prétend que Nahmani ne sut rien répondre 
à Pablo sur les preuves que celui-ci lui donna de la trinitô divine. 
Est-ce vraiment possible et probable ? Dans sa Relation, Nahmani 
y répond bien, pourquoi n'aurait-il pas su y répondre dans le 
cours de la discussion? Croit-on qu'on l'ait pris à l'improviste sur 
un sujet pareil, et la question de la trinité est-elle si claire et si 
évidente qu'il n'y ait pas moyen d'y faire des objections ? 

4. Le Procès-verbal prétend que Nahmani « accorda que le 
Christ ou Messie était né à Bethléem il y avait mille ans ». D'après 
la Relation, Nahmani accorda que cela se trouvait, en effet, dans 
une de ces aggadot qui n'avaient, pour lui, aucune autorité 2 . 
Pour qui, nous le demandons, sont les probabilités, pour le Procès- 
verbal ou pour la Relation ? 

1 Les données chronologiques du Procès-verbal comme de la Relation sont, en 
général, très curieuses, et mériteraient d'être étudiées de plus près que nous ne le 
faisons ici. Nous venons d'expliquer tant bien que mal les 800 ans ; un peu plus 
loin, le Procès-verbal l'ait dire à IN. que le Messie est venu depuis mille ans, ce qui 
provient probablement des textes cités dans le Pîtgio Fidei, 2 e partie, ch. 6, n°* 1 
a 4. — Dans un autre endroit du Procès-verbal, N. convient qu'il n'y a plus 
de sceptre en Juda depuis 500 ans. On peut supposer qu'il croyait l'exilarchat de 
Babylone éteint depuis 500 ans. — Voici également quelques singularités relevées 
dans la Relation. On ne sera pas étonné que N. place l'année 1263 de l'ère chrétienne 
en l'an 1195 après la destruction du temple (p. 15), au lieu de 1193, tout le monde 
sait que la chronologie juive place la destruction du temple en l'an 68 et non 70 de 
l'ère chrétienne. On sait aussi pourquoi N. dit (p. 8) que Jésus est né, d'après les 
calculs des Juifs, 200 ans avant la destruction du temple, et, d'après les calculs des 
chrétiens, 73 ans avant la destruction du temple. La légende juive fait de Jésus un 
contemporain de Josua b. Perahia, docteur juif qui a vécu environ deux siècles 
avant la destruction du temple (voir Se fer haccabbala, d'Abraham ibn Daud, édit. 
Venise, 1545, f° 27 a ; Johasin, édit. bilipowski, p. 14-15; Ifilhémet hoba, édit. 
Constantinople, 1710, 1° 57 a b ; Késchct u-Magen, édit. Livourne, i'° \\ a ; Niç- 
çahon, de Lippmann Mûhausen, n° 332). Jehiel de Paris, dans sa controverse, sou- 
tient la même thèse. — Dans un autre passage (p. 14), N. dit que, d'après les Juifs, 
Jésus est né 30 semaines, c'est-à-dire 30 fois 7 ans ou 210 ans, avant la destruction 
*du temple, et même, d'après les chrétiens, 20 semaines, c'est-à-dire 140 ans, avant 
la destruction du temple. Un peu plus loin (p. 15), N. calcule que le Messie viendra 
95 ans après la controverse, soit 1290 ans après la destruction du temple, c'est-à- 
dire en 5118 de l'ère de la création, ou 1358 de l'ère chrétienne (voir Zunz, dans 
W. Ztitschrift, de Geiger, IX, 1871, p. 107). De son côté, Pablo (p. 16 de la Rela- 
tion) place Maïmonide, qui était à peine mort depuis 60 ans> à 400 ans en arrière. 

2 Voir plus haut la note 2, p. 2. 



LA CONTROVERSE DE 1263 A BARCELONE 11 

5. Nahmani, d'après le Procès-verbal, est obligé de convenir que, 
depuis cinq cents ans, le sceptre est tombé véritablement et défi- 
nitivement des mains de Juda. Pourquoi cinq cents ans ? On ne le 
sait pas, mais, dans la Relation, Nahmani n'en convient pas ainsi 
du tout, il donne, sur ce sceptre de Juda, des explications et des 
raisons qu'il a sûrement données aussi pendant la conférence. 
Cette question aussi était prévue, et Nahmani y était sûrement 
préparé l . 

6. Le Procès-verbal prétend que Nahmani convint que les cha- 
pitres 52-53 d'Isaïe parlent du Messie ; dans la Relation il n'en 
convient pas le moins du monde, il donne de ces fameux chapitres 
une explication des plus admissibles, c'est qu'ils s'appliquent au 
peuple d'Israël. Sur ce point encore, il était préparé, il n'a pas 
pu dire autre chose que ce qu'il dit dans la Relation. Le Procès- 
verbal, il est vrai,- assure qu'on prouva à Nahmani que la thèse 
chrétienne était confirmée par le Talmud -. D'après la Relation, 
Nahmani a répondu que, s'il en était ainsi, il était bien étonnant 
que les Talmudistes ne se fussent pas faits chrétiens. Voilà une 
réponse bien facile, et Nahmani n'aurait pas pu la faire à Bar- 
celone ! 

1. On ne voit pas bien clairement, dans le Procès- verbal, pour- 
quoi tout à coup Nahmani veut arrêter la controverse. La Rela- 
tion l'explique fort bien. Les Juifs avaient peur que la liberté des 
réponses de Nahmani n'excitât les Frères ou même le public et ne 
les portât à quelque acte de violence ; les notables chrétiens de 
Barcelone pouvaient aussi craindre qu'il ne se produisît des dé- 
sordres dans la ville ; enfin, le Père P. de Janua, qui était de 
l'ordre des Mineurs, a pu très bien, comme l'a supposé M. Graetz, 
essayer de contrecarrer sous main, et par jalousie, les desseins des 
Frères Prêcheurs 3 . On fit entendre plus ou moins discrètement à 
Nahmani qu'il serait sage de s'arrêter. Mais ces terribles Frères 
Prêcheurs faisaient peur à tout le monde ; quand, en séance pu- 
blique, Nahmani refusa de continuer, en s'appuyant sur l'autorité 
des citoyens et de P. de Janua, le pauvre homme fut abandonné 



1 Le P. Denifle prétend (p. 232, notes) que Nahmani, en rapportant cette argu- 
mentation, omet les parties sur lesquelles il ne peut pas répondre. N. est beau- 
coup plus explicite et plus abondant sur ce point que le Procès-verbal, nous ne 
savons ce qu'il aurait omis. 

2 II laut voir encore sur ce point ce que nous avons dit plus haut : Nahmani con- 
vient que certains écrits juifs tans autorité ont appliqué le chapitre d'Isaïe au Messie, 
c'est la seule concession qu'il lait. 

3 Déjà, dans un précédent incident, le Père P. de Janua avait donné à Nahmani 
des signes d 'approbation (Relation, p. 7), mais comme Nahmani se hâta de souligner 
ce témoignage de sympathie, le Père prit peur et battit en retraite. 



12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de tout le monde, personne n'avait rien dit, on ne savait ce qu'il 
voulait. Voilà comment il l'ut convaincu de mensonge ! Croit-on 
vraiment que Nahmani fut assez maladroit ou assez imprudent pour 
inventer cette intervention (h>* bourgeois et du Pore P. de Janua, 
et était-ce la peine, peur un si mince sujet, de s'exposer de gaîté 
de cœur à un démenti ? Le démenti qu'on lui donna ne fut proba- 
blement pas si catégorique que le prétend le Procès-verbal, et Nah- 
mani lui-même, dans sa Relation, dit qu'il y eut, sur ce sujet, une 
longue discussion. Il avait évidemment commis une maladresse, 
et les personnes qu'il compromettait involontairement l'en punis- 
saient en le désavouant. 

8. Le Procès-verbal dit encore une ou deux fois que Nahmani 
ne put rien répondre. Nous l'avons dit plus haut, avec les méthodes 
de discussion du moyen âge, on avait réponse à tout, il aurait 
fallu être un triple idiot pour ne rien trouver à répondre à Pablo. 
Si Nahmani nous disait que Pablo resta court, nous ne le croirions 
pas. Que faut-il, dans de pareilles discussions, à défaut de science 
et de bonnes raisons ? De la faconde et de l'aplomb, nous croyons 
très volontiers que Pablo en avait à revendre. Mais Nahmani ne 
se vante pas du tout d'avoir fermé la bouche à son adversaire; une 
seule fois il dit que Pablo « se tut » ou « fut réduit au silence », 
mais c'est dans une question de fait, sur laquelle il n'y avait rien 
à répondre *. Le P. Denifle dit cependant que Nahmani se vante 
d'avoir constamment fait taire et trembler son adversaire, mais 
l'assertion est toute gratuite 2 . C'est le Procès-verbal qui se donne 
la joie puérile de réduire Nahmani au silence. Nous le deman- 
dons à tout homme non prévenu : Pablo n'était assurément pas un 
grand savant, ses travaux scientifiques n'ont pas lui d'un bien 
grand éclat; au dire de la Relation, tout ce qu'il savait se réduisait 
à une connaissance plus ou moins superficielle de l'aggada, avec 
laquelle il s'était familiarisé pour soutenir ces controverses ; Nah- 
mani, au contraire, est un homme d'une profonde science théo- 
logique et d'une érudition étonnante ; qui donc voudra croire, 
surtout si l'on se rappelle que la vérité scientifique était sûrement 
du côté de Nahmani, que Pablo ait pu l'emporter sur lui? Nous 
n'en voulons pas aux Pères d'avoir si complaisamment enregistré 
ses prétendues défaites, mais combien l'attitude de Nahmani est 
plus digne et sa Relation plus fidèle. Il convient franchement qu'il 
n'a pas remporté de victoire, et c'est lui qui raconte qu'à son dé- 
part, le roi lui dit : « Je n'ai jamais vu si bien défendre une plus 

1 Relat. hébr., p. 19. 

* Nous ne savons vraiment où le P. D. a pris cela. 



LA CONTROVERSE DE 1263 A BARCELONE 13 

mauvaise cause. » Ce seul aveu peint l'homme et montre sa loyauté 
parfaite. 



VI 



Reste enfin un dernier point et le plus grave. Nahmani raconte 
qu'après la quatrième séance, il alla trouver le roi, et que celui-ci 
lui dit que les conférences allaient cesser. Le roi trouvait, sans 
doute, que le jeu avait assez duré. C'est ce qui explique pourquoi 
l'ordre du jour ne fut pas épuisé. Puis vint la visite du roi à la 
synagogue, le congé que prit Nahmani du roi et le don qu'il en 
reçut pour couvrir ses frais. D'après le Procès- verbal, tout cela 
serait faux : Nahmani aurait fini par ne plus oser ni pouvoir sou- 
tenir la discussion, et quoiqu'il eût promis de le faire devant un 
petit cercle, il aurait profité d'une absence du roi pour s'enfuir ! 
Et cela est attesté, comme tout le reste du Procès-verbal, par l'ap- 
position du sceau royal. Toute cette intéressante entrevue finale 
de Nahmani avec le roi, le mot si aimable du roi, le don de 
300 maravédis, tout cela serait pur mensonge. 

Parlons d'abord de l'attestation royale placée au bas du Procès- 
verbal. Nous savons bien, parla Relation, que le roi s'intéressait 
vivement à ces discussions et qu'il n'hésitait même pas à y prendre 
part, mais il ne pouvait évidemment s'en mêler qu'en amateur. 
Il n'était pas théologien et ne pouvait prendre sur lui de témoi- 
gner, en toute conscience, en faveur de la partie théologique du 
Procès-verbal. Et du moment que cette attestation ne s'applique pas 
au Procès-verbal tout entier, est-on sûr qu'elle s'applique plutôt 
à ce passage du Procès-verbal où est racontée la prétendue fuite 
de Nahmani ? ou n'est-on pas autorisé à dire que cette attestation 
n'est pas très sérieuse, et que le roi n'y a pas regardé de bien près? 
Si elle est authentique, il nous paraît clair que le roi a signé de 
confiance. Il y avait eu une controverse, le roi l'atteste, le reste 
devait lui être passablement indifférent, ni l'État ni le Trésor 
n'y étaient intéressés, c'était l'affaire des Pères, ils pourraient 
rédiger cela comme ils l'entendraient. 

Il y a, du reste, justement en ce qui concerne cette prétendue 
fuite de Nahmani, une inadvertance curieuse dans le Procès- 
verbal. Il raconte que Nahmani s'est enfui en l'absence du roi, 
et immédiatement après vient le témoignage royal attestant que 
tout ce qui précède « a été dit et fait en ma présence. » Voilà, 



1 1 ui.vi i DES i n DES JUIVES 

assurément, an témoignage bien singulier ■ le roi était à la fois 
absent et présent ! C'est probablement an miracle. 

Eh quoi ! le Profiès-verbal dos Pères ne .serait pas exact? Nous 
croyons avoir suffisamment démontré qu'ils se sont permis quel- 
ques inexactitudes, et nous n'hésiterions pas à penser que, par 
vanité et gloriole, ils ont, dans leur récit, triomphé de Nahmani 
un peu plus que de raison. Nous n'irons pas, pour cela, comme le 
P. Denifle, employer le mot de mensonge, qui est un bien gros 
mot pour di's enfantillages de ce genre. Qu'est-ce que cela peut 
bien faire que les Pères, entre eux, se félicitent et se glorifient de 
leur victoire, et qui cela peut-il gêner? Ces petites supercheries, 
en partie sincères, sont tout à fait inoffensives. 

Mais les Pères, sur ce point de la fuite de Nahmani, ne peuvent- 
ils pas avoir raison? Pour qu'ils eussent raison, il faudrait que 
Nahmani eût véritablement été dans l'impuissance de soutenir la 
discussion, c'est une supposition absurde. Et puis, que signifie 
cette fuite? Nous savons bien que Nahmani n'a pas quitté son 
domicile et son pays, on savait où le trouver, il ne pouvait pas se 
soustraire aux ordres du roi. Ce départ clandestin de Barcelone 
aurait donc été aussi inutile que ridicule. Il est impossible d'y 
croire. 

Il y a plus : il n'est pas du tout démontré que le Procès-verbal 
soit, sur ce point, en contradiction avec la Relation. Pour expli- 
quer notre pensée, il faut que nous reproduisions ici textuellement 
le passage du Procès-verbal (vers la fin de cette pièce) : 

« Item cum promisisset [dictus Magister Moyses] coram domino 
rege et multis aliis quod coram paucis responderet de fide sua et 
lege, cum dictus clominus esset extra civitatem, latanter aufugit 
et recessit. » 

Il faut d'abord remarquer ce mot promisisset. Qu'avait-on be- 
soin de la promesse de Nahmani ? Le roi était le maître, on ne 
voit pas qu'il ait fait promettre à Nahmani de venir à Barcelone, 
de soutenir la controverse, il avait ordonné, et Nahmani n'avait 
eu qu'à obéir. 

La promesse aurait été faite devant le roi et d'autres, mais la 
discussion future qu'elle laissait espérer devait avoir lieu devant 
un petit nombre de personnes, probablement hors de la présence 
du roi. Les séances auxquelles le roi avait assisté avaient toujours 
été entourées d'un certain apparat, celles qu'on annonce ici de- 
vaient se faire en petit comité. 

Sur quoi devait rouler la discussion future évitée finalement par 
Nahmani ? Que l'on veuille bien se rappeler que le programme de 
la controverse ne fut pas épuisé dans les quatre séances racontées 



LA CONTROVERSE DE 1263 A BARCELONE 15 

par Nahmani. La. Relation roule sur les deux premières questions 
du programme, qui sont, on le sait, les trois premières questions 
du Procès-verbal, et l'on peut admettre que le Procès-verbal aussi 
traite, plus ou moins clairement, de ces deux (trois) questions. La 
dernière question seule n'avait pas encore été touchée. Le Procès- 
verbal la définit comme suit : Prouver que les lois religieuses et cé- 
rémonielles des Juifs ont été abolies par la venue du Messie ; 
Nahmani la définit ainsi : Savoir si ce sont les Juifs ou les chré- 
tiens qui pratiquent la bonne religon. C'est évidemment la même 
chose, sous une autre forme. Les questions précédentes roulaient 
sur le Messie, la dernière était consacrée à l'examen comparatif 
des religions juive et chrétienne ; comme les Pères, dès le début, 
avaient mis la religion chrétienne hors de cause, cela ne pouvait 
être qu'une espèce de justification de la religion juive qu'on de- 
mandait à Nahmani. C'est évidemment le responderet de fide sua 
et lege de notre texte. 

Tout s'explique maintenant. Le roi avait trouvé, après quatre 
séances, qu'il y en avait assez, il se proposait aussi probablement 
de faire une excursion hors de Barcelone, mais les Pères n'étaient 
pas rassasiés, cette quatrième question du programme leur tenait 
à cœur. Après que le roi eut prononcé la clôture des conférences, 
et encore en sa présence, ils insistèrent probablement auprès de 
Nahmani pour qu'il consentît à venir volontairement discuter 
avec eux, en séance privée, cette dernière question, et Nahmani 
aura vaguement laissé entendre qu'il pourrait bien se prêter à 
cette fantaisie. Mais après qu'il eut pris congé du roi, et que le 
roi était probablement parti de Barcelone, il n'aura pas jugé à 
propos de prolonger le divertissement, et il sera retourné à Gi- 
rone sans présenter ses respects aux Pères. Qui sait ce qui se- 
rait arrivé s'il avait continué la discussion en l'absence du roi et 
quelle tournure les choses auraient prise pour lui ou même pour 
les Juifs de Barcelone ? Il eut mille fois raison de partir, mais 
pour les Pères, qui auraient voulu le retenir, ce départ devint 
une fuite. 



VII 



Nous espérons avoir démontré que les accusations portées contre 
Nahmani n'ont pas le moindre fondement et même qu'il est par- 
faitement évident, quoique sans autre importance, que c'est le 
Procès-verbal, et non Nahmani, qui prend des airs avantageux et 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des poses triomphantes. Remercions cependant le P. Denifle de 
nous avoir donné, sur cette célèbre controverse, ou plutôt sur ses 
suites, d'après un ms. de Barcelone, quelques pièces inédites. Les 
documents qu'il publie ou analyse sont au nombre de onze. En 
voici rénumération : 

1. Le Procès-verbal dont nous avons tant de fois parlé. Déjà sou- 
vent publié, entre autres dans E. G. Girbal, Los Judios en Gerona, 
Gironc, 4 870. 

2. Mandement du roi Jayme I er , daté de Barcelone, 26 août 4263, 
par lequel le roi ordonne aux fonctionnaires de bien accueillir les 
Frères prêcheurs qui viendraient pour convertir les Juifs et les 
Sarrasins ; d'engager ceux-ci et au besoin de les forcer, y compris 
les enfants, les vieillards et les femmes, à se réunir pour écouter les 
Pères en silence ; de protéger la liberté et les biens de ceux qui vou- 
draient se convertir et de punir ceux qui les appelleraient renegad 
ou tomadis 1 (tourné, converti). — Inédit. 

3. Mandement de Jayme I er , daté de Barcelone, 28 août 4 263. Ordre 
aux fonctionnaires de faire saisir tous les livres appelés Soffrim, 
composés par Moïse, fils de Maymon, égyptien du Caire, et conte- 
nant des blasphèmes contre Jésus-Christ, et de les faire brûler 
publiquement. Les Juifs qui ne livreraient pas ces ouvrages seront 
traités en blasphémateurs. — Inédit. Il faut remarquer que dans la 
controverse, Paulus s'était appuyé sur Maïmonide et l'avait appelé 
en témoignage contre Nahmani. 

4. Mandement de Jayme I er , daté de Barcelone, 29 août 1263, par 
lequel le roi fait savoir aux Juifs qu'il délègue auprès d'eux Paulus 
Christiani pour leur prêcher la parole de Dieu. — Déjà plusieurs fois 
publié. 

5. Mandement de Jayme I er , daté du même jour, 29 août, par lequel 
le roi ordonne aux Juifs d'effacer de leurs livres, dans un délai de 
trois mois, tous les blasphèmes contre la religion chrétienne qui leur 
seraient signalés par Paulus Christiani, d'accord avec Raymond de 
Penaforte et A. Segarra ou qu'ils y découvriraient eux-mêmes, et 
leur fait défense de les remettre après radiation, sous peine de mille 
maravédis et de la destruction desdits livres. Les dix ou vingt 
maiores et discrétions de chaque aljama (alhamia, dans le texte) sont 
chargés de l'exécution de cette mesure. — Inédit. 

6. Mandement de Jayme I er , daté de Barcelone, 30 août 4 263, adressé 
aux fonctionnaires publics, et leur ordonnant de ne pas forcer les 
Juifs ni permettre qu'ils fussent forcés de venir entendre les Frères 
prêcheurs au dehors du quartier juif, mais si les Frères vont prêcher 
dans le call (rue, quartier) juif et dans les synagogues, les Juifs 
iront les entendre, s'ils veulent. Toute disposition contraire est abo- 

1 Le P. D. lit cornadis. 



LA CONTROVERSE DE 1263 A BARCELONE 17 

lie. — Inédit. Ce mandement est une atténuation à celui du 29 août 
(n° 4, plus haut). Il est difficile de comprendre comment le roi se 
contredit ainsi à un jour de distance. 

7. Mandement de Jayme I er , daté d'Exea, 27 mars 1264. lia été 
convenu (plus haut, pièce 5) que les Juifs rayeraient de leurs livres 
les blasphèmes contre la religion chrétienne, dans un délai de trois 
mois après que ces passages leur auraient été signalés, et sous peine 
de mille maravédis d'amende, mais les Juifs ne sont pas obligés de 
prendre l'initiative de la radiation, Paulus ou un autre leur signalera 
les passages à rayer, et un tribunal composé de l'évêque de Barce- 
lone, de Raymond de Penaforte, de A. de Segarra, du frère Raymond 
Martini (le fameux auteur du Pugio Fidei) et de P. de Genioa (proba- 
blement notre P. de Janua), est institué pour entendre à ce sujet et 
juger les contestations entre les Juifs et les censeurs. Les Juifs 
ont un mois pour en appeler à ce tribunal, et les trois mois de 
délai accordés pour la radiation courront à partir du prononcé du 
jugement de ce tribunal. — Inédit. Ici encore il est question des 
« vingt ou trente » maiores ou discretiores de la communauté des 
Juifs. 

8. Lettre-patente de Jayme I er , datée de Barcelone, 12 avril 1265, où 
est raconté le procès fait à Bonastruc de Porta, maître juif de Gi- 
rone, à cause de la Relation de la controverse de Barcelone qu'il a 
écrite sur la demande de l'évêque de Girone. — Déjà antérieurement 
imprimé, entre autres dans Girbal. Tout le monde est d'accord que 
ce Bonastruc de Porta, maître, est notre Moïse Nahmani, et que la 
controverse dont il a fait la relation est celle de 1263. Une main pos- 
térieure a ajouté, dans le ms., que Bonastruc aurait été puni d'une 
amende de 500 maravédis, le document n'en fait pas mention. 

9. Bulle du pape Clément IV, probablement de 1266 ou 1267, adres- 
sée au roi d'Aragon Jayme I er . Le pape, après avoir parlé des Sarra- 
sins, prie le roi de ne plus confier de fonctions publiques aux Juifs, 
de réfréner leurs blasphèmes contre la religion chrétienne, et princi- 
palement de punir ce Juif (Astrugus de Porta) d'avoir écrit sur la con- 
troverse qu'eut avec lui Paulus Christiani, en présence du roi, un 
libelle plein de mensonge et de fictions et distribué, pour la diffusion 
des erreurs qu'il contient, en différentes régions. Cependant le cou- 
pable ne doit pas être mis en danger de mort ni de mutilation de son 
corps. — Déjà éditée. Le roi n'ayant pas voulu punir Astrugus aussi 
sévèrement que les Frères l'avaient demandé, les Frères s'étaient 
plaints au pape. 

10. Bulle de Clément IV, datée de Viterbo, 15 juillet 1267, adressée 
à l'archevêque de Terragone. Il le prie d'engager le roi Jayme à faire 
examiner, avec le concours des Frères prêcheurs et mineurs, les 
exemplaires du Talmud et tous les livres des Juifs, et confisquer 
ceux qui contiennent des blasphèmes contre la religion chrétienne. 
La lettre sera apportée à l'évêque de Terragone par Paulus Chris- 
tiani. — Déjà plusieurs fois publiée. 

T. XV, n° 29. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II. Bulle (h 1 Clément IV, datée de Viterbo, 16 juillet I2(i7, et 
adressée au roi d'Aragon. Môme teneur. — Déjà plusieurs fois 
publiée. 

Nous serons suffisamment récompensé de notre travail si nous 
avons convaincu 1<> P.Denifle qu'il est allé trop loin de toute façon. 
Nous espérons qu'il nous rapportera de Barcelone beaucoup de 
documents sur les Juifs et qu'il les interprétera dorénavant avec 
plus de bienveillance. 

Isidore Loeb. 



LES JUIFS 

DES ANCIENS COMTÉS DE ROUSSILLON ET DE CEBMGNE 



ETABLISSEMENT DES JUIFS DANS LES DEUX COMTES; — ORDONNANCES 

SUR L'USURE. 



Etablis à Narbonne dès la fin du v° siècle, les juifs ne tardèrent 
pas à se répandre dans les environs de cette métropole et dans les 
autres villes de la province narbonnaise. La faveur dont ils y 
jouissaient allait même jusqu'à scandaliser les évoques catholiques 
du royaume des Wisigoths. Il paraît qu'en l'an 672, ils se crurent 
assez importants pour se mêler aux querelles qui divisaient les 
diverses provinces de ce royaume, car ils prirent parti pour le 
duc Paul, révolté contre le roi Wamba. La victoire resta à ce der- 
nier, qui chassa les juifs de la Septimanie '. Ils ne tardèrent pas 
cependant à y revenir; mais il semble que la leçon leur avait servi 
et qu'ils restèrent tranquilles. Us furent, en tout cas, expressément 
exceptés des mesures rigoureuses prescrites pour le reste de l'Es- 
pagne par le concile de Tolède de l'an 694 2 . 

1 Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. II, p. 716; Mariana, His- 
toire générale d'Espagne, liv. VI, ch. xm. 

* Illis tantumdem hebraùs ad prœsens reservatis qui Gallia? provincial vidclicet 
intra clausuras noscuntur habitatores existere (Concil. max. Hisp. Collect., p. 753). 
— Il faut lire ultra au lieu de intra et traduire « au-delà des Clausures » (par rap- 
port aux évoques du concile de Tolède). Il s'agit, en effet, ici, des juifs qui résidaient 
dans les provinces gauloises, c'est-à-dire dans la Septimanie, au-delà des Clausures, 
appelées aussi les Cluses. Le passage des Cluses est plus connu aujourd'hui sous le 
nom de col du Perthus. Il y a dans cette gorge deux hameaux dits la Clusa d? Amont 
et la Clusa d'Avall; ils forment une commune que les documents administratifs ap- 
pellent improprement VEcluse. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La cité de Narbonne et plusieurs autres villes de la Septimanie 
en conservèrent de nombreuses colonies qui, d'après les fables 
ridicules accréditées autrefois, auraient favorisé l'invasion des 
Sarrasins et travaillé à la ruine des Goths l . Mais on n'en trouve 
aucune trace en Koussillon avant le xn° siècle, soit que les 
comtes n'eussent pas voulu les souffrir dans leurs États, soit que 
Perpignan, Elne et les autres villes du pays fussent encore trop 
peu importantes pour les attirer. Le voyage de Benjamin de Tu- 
dèle nomme ceux de Gerona et de Narbonne, mais il ne fait au- 
cune mention de ceux du Roussillon, pays que ce rabbin avait dû 
traverser en 1173. 

Cependant un acte de 1011, cité par Marca 2 , parle d'un quartier 
de Iudegas, situé dans le territoire de Glayra, aujourd'hui com- 
mune du canton de Rivesaltes. Un autre document, daté de 1089, 
nous révèle l'existence d'une villa ludaicas z , au territoire de 
Saint-IIippolyte, dans le même canton, et un troisième, daté de 
1139, donne le nom d'un individu qui s'appelle Bernardus Mas- 
soti de Iudaicis*. En 1153, ce nom se transforma en Iudeges et 
luzeges 5 et, plus tard, en Juhegues, qui est la forme actuelle. 
Ces mots, qui désignent évidemment le même lieu G , dérivent du 
latin jadeus, et judaicus, d'où le catalan a tiré juheu « juif », 
« issu de la Judée », et judaich, qui marque la qualité de « ce qui 
est juif ». Doit-on voir dans la villa de judaicis ou de juzeges 
une colonie de juifs établis chez nous bien avant le xi e siècle? 
Nous serions assez tenté de le croire, quoique les documents de 
cette époque soient absolument muets sur la présence des juifs 
parmi les populations du Roussillon. Je trouve, d'ailleurs, dans le 
territoire de Salses un quartier que divers actes de l'an 1269 ap- 
pellent ad claperium judeorum, judei et de juseu\ Ici, l'origine 
étymologique est encore plus certaine que pour Juhegues, et on ne 

1 La vie de saint Théodard (dans les Mémoires de Catel) dit que les juifs de la 
Septimanie pressèrent les Sarrasins, vainqueurs de l'Espagne, de s'emparer de la 
Gaule, et qu'ils se concertèrent, dans ce Lut, avec les chefs arabes. 

2 In Sancto Laurentio et in ludegas {Marca hispanica, n° 164). 

3 In adiacenciam Sce Marie de Villa ludaicas (Archives des Pyrénées-Orientales, 
B. 45, original sur parchemin). 

4 Ibidem. 

5 « Vente en franc-alleu au chapitre d'Espira de TAgli, par Raymond et Guil- 
laume de Juzeges, de leur honneur (propriétés) au territoire de Roussillon » {Recueil 
de Fossa). 

6 Juhegues n'est plus aujourd'hui qu'une simple chapelle du territoire de Tor- 
reilles. J'ose à peine signaler, tant elle est fantaisiste, l'étymologie de juxta aquas 
{près des eaux de la rivière de l'Agli), qui est donnée par Just (Ermitages du diocèse 
de JPerpignan, p. 42). 

7 Claperium signifie « tas de pierres >. — Saige [Les Juifs du Languedoc, p. 69) 
cite une villa judaica dans la banlieue de Narbonne. 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 21 

peut douter que ce nom ne s'appliquât à quelque ancien domaine, 
peut-être même à quelque cimetière de juifs anciennement ou 
encore existant à Salses. 

Quoi qu'il en soit, nous trouvons certainement un juif en Rous- 
sillon pendant l'année 1185. C'est un nommé Vilalis de Cabalo, 
fixé à Perpignan, auquel Raymond d'Orle fait un legs par testa- 
ment 1 . Ce nom de Cabalo, que nous retrouverons plus tard, dé- 
signe incontestablement la petite ville de Cavaillon, chef-lieu de 
canton du département de Vaucluse. Mais, chose assez singulière, 
nous ne trouvons plus une seule mention de juifs en Roussillon 
jusqu'en 1217. Il ne paraît point possible que Vidal de Cavaillon 
ait été le seul habitant juif des comtés à cette époque ; il y était 
très probablement en compagnie de plusieurs de ses coreligion- 
naires dont le nom ne nous est point parvenu. Les juifs avaient, 
en tout cas, le droit de résider chez nous « comme sujets et sous 
la sauvegarde du souverain », ainsi qu'on peut le voir dans la 
charte de paix et trêve, jurée au mois d'octobre 1217 par Nunyo 
Sanche et les principaux seigneurs du Roussillon et de la Cer- 
dagne. Il y est dit : « Seront aussi sous cette paix les Juifs et les 
Sarrasins, savoir ceux qui habitent sous notre foi et sauvegarde, 
dans notre terre, avec tous leurs biens et possessions 2 ». Une 
autre charte de Nunyo Sanche, du 15 des calendes de décembre 
1227, relative aux droits de fournage de Perpignan, indique clai- 
rement qu'il y avait alors des juifs établis dans cette ville. « Nous 
mandons, y est-il dit, à tous les hommes et femmes habitants de la 
ville de Perpignan et dans son territoire, qu'ils soient chrétiens, 
juifs ou sarrasins, que nul ne se permette de faire cuire son pain 
ailleurs qu'au four de la chevalerie du Temple 3 . » 

Les Sarrasins dont il est question dans ces deux documents 
n'ont jamais pu résider en Roussillon que comme esclaves, à 
moins qu'il n'y eût, dès cette époque, ce qu'on appela plus tard à 
Majorque des Sarrahins franchs, « Sarrasins libres moyennant 
une certaine redevance de séjour », ce qui ne paraît point proba- 
ble 4 . On sait, en effet que, aux époques dont nous parlons ci- 

1 Ego Raymundus de Orulo. . . et. . . manumissores mea débita persolvant, scili- 
cet Maurotono. l. ni. Sol. Mal. et Vitali Judeo. xx. vu. Sol. de Cabalo (sic) et Ber- 
nardo de Porta, etc. (Arch. des Pyr.-Or., Cartulaire dit Temple, f° 4(5 v°) — Ole 
est un écart de la commune de Toulouges, à 4 kilom. à l'ouest de Perpignan. Les 
Templiers y eurent une préceptoire dès la première année de leur établissement en 
Roussillon. 

* Item suh hac pare sini omnes Jttdcri et Sarra^eni qui videlicet sub fide et custodia 
in terra nostra habitantes et omnes res et possessiones eorum (d'Achéry, Spicilecjium, 
t. III, p. 587). 

3 Arch. des Pyr.-Or., Cartulaire du Temple, 1° 7. 

1 Bévue des Etudes juives. IV, p, 54. 



-l REVUE DKS ETUDES JUIVES 

dessus, leS Sarrasins occupaient les îles Baléares, et qu'ils n'a- 
vaient que (les rapports hostiles avec le Roussillon et la Câtalogtte, 
leurs plus proches voisins. Pendant l'année 122T, les Mallorquins 
avaient même capturé des navires barcelonais, et le roi sarrasin 
n'avait repondu que par des insultes aux plaintes du roi Jacques I er 
d'Aragon ! . 

Parmi les juifs qui habitaient Perpignan dans les premières an- 
nées du xiii siècle nous pouvons citer un nommé Eliaix, auquel 
Béranger. seigneur de Peyrestortes, reconnaît devoir une certaine 
somme le 12 des calendes de janvier 1224 2 , et Aaron, auquel 
Nunyo Sanche fait un legs dans son testament du 15 des calendes 
de janvier 1241 8 . Dans une donation d'une pièce de terre, sise à 
Mailloles, laite aux Templiers le 2 des ides de juin 1236, je vois 
intervenir le juif Samiel Vidal en qualité de créancier 4 . Il cède à 
la « Milice » tous les droits d'engagement et d'hypothèque qu'il 
avait sur cette propriété. 

Ce Samiel Vidal était fils de Vidal de Cabalo, déjà établi à Per- 
pignan en 1185. Outre les prêts usuraires auxquels il se livrait, 
comme les autres juifs, Samiel Vidal achetait aussi des immeubles. 
C'est ainsi que Guillaume de Montesquieu, seigneur de Saint- 
Estève, lui avait vendu, dans le territoire de sa seigneurie, la moi- 
tié d'une colomina dite camp de la Sala. Le « champ de la Salle » 
passa, plus tard, à Mosse Samiel, fils de Samiel Vidal, et à son 
petit-fils Sautell, qui le possédait encore en 1266 5 . En 1265, un 
autre juif achetait à un cordonnier chrétien une vigne située au 
territoire de Vernet G et confrontant avec la propriété d'Astruc 
Mair. Des acquisitions de ce genre, faites par des juifs dans di- 
vers lieux du Roussillon, furent encore fréquentes pendant le 
xm e siècle, mais elles furent extrêmement rares par la suite. Les 
juifs n'acquirent plus que par le prêt d'argent (pratiqué éga- 
lement par les chrétiens 7 ) des propriétés situées hors de Per- 
pignan. 

1 Alart, Privilèges et titres des anciens comtés de Roussillon et de Cerdagne, 
p. 127. 

2 Arch. des Pyr.-Or., Fonds d'Oms. 

3 Ibidem, B. 9. Ce testament avait été reçu par Pierre Calvet, notaire de Per- 
pignan. 

4 7 Samielis Vitalis Judsei qui hec omnia laudo jure créditons et solvo et deffinio 
domui Milicie quicquid juris habeo racione pignoris vel obligacionis vel alio modo 
(Carttilaire du Temple, f° 564). 

5 Arch. des Pyr.-Or., B. 63. 

6 Banlieue de Perpignan. 

7 Un acte de vente d'une propriété, appartenant à des mineurs, l'ait en 1298, porte 
que le tuteur est obligé de se défaire de cette partie de la succession de ses pupilles, 
pour les arracher à la ruine usurairc de leurs créanciers, tant juifs que chrétiens. 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 23 

Les rois d'Aragon avaient cherché, de bonne heure, à réprimer 
l'usure pratiquée par les juifs. Le 5 des calendes de mars 1240 
(25 février 1241), le roi Jacques I er rendit un édit à ce sujet. Cet 
édit ne fut peut-être pas applicable tout de suite aux comtés, 
puisqu'il n'y existait pas de communauté ou aljama constituée, 
mais nous savons qu'il fut inscrit plus tard parmi les privilèges de 
la ville de Perpignan. Il y est dit que « l'appétit des chrétiens 
s'étant tout à fait calmé en ce qui concerne les extorsions usu- 
raires, l'insatiable avidité des juifs s'est mise à sévir dans de telles 
proportions qu'ils ne craignent plus d'exiger, non seulement des 
intérêts immodérés et au-dessus du taux réglé par les consti- 
tutions, pour les sommes qu'ils prêtent, mais encore des intérêts 
des intérêts. » En conséquence, il est défendu aux juifs de joindre 
les intérêts au capital pour en exiger de nouveaux intérêts, et de 
prendre au-dessus de quatre deniers par mois, pour une livre 
d'argent prêtée *. Déjà, par son ordonnance du 11 des calendes de 
janvier (19 décembre) 1228, Jacques I er avait défendu de prendre, 
pour l'intérêt de l'argent prêté, plus de quatre deniers par livre 
d'argent par mois ou plus du sixième de la valeur prêtée par 
an, que le prêt eût lieu sur nantissement ou non. Afin d'empêcher 
que le prêteur, usant du besoin de l'emprunteur, ne prît des voies 
détournées pour éluder la loi, l'ordonnance interdisait aux tribu- 
naux de s'en rapporter au serment d'un juif en matière de récla- 
mation de dettes, et l'emprunteur, au moment de passer l'acte, 
devait jurer « qu'il avait reçu telle somme, qu'il payerait tant 
d'intérêt et qu'il n'avait rien donné ni promis de plus 2 ». Cette 
ordonnance fut renouvelée, en 1280, par le premier roi de Ma- 
jorque, qui défendit, de plus, aux juifs de prendre usure d'usure 
et de faire implication d'usure au renouvellement des papiers et 
contrats, ou de toute autre manière 3 . 

Les ordonnances concernant les juifs faites par les rois d'Ara- 
gon étaient certainement applicables à ceux de Perpignan ; mais 
elles ne concernaient guère que leurs opérations financières ou 
usuraires. Nous n'y voyons rien qui nous renseigne sur les autres 
conditions de leur existence. Cependant une charte de Jacques I er 
datée du 11 des calendes de janvier 1228 défend aux juifs l'exer- 

Tam judœis <jravaminibus usuris çuam cristianis (Henry, Histoire du Roussillon, II, 
p. 206). — Le 7 des ides de septembre de la même année, la tutrice de l'héritier de 
Jean Mallol, d'Ille, vend une maison debitis urgentibm judeorum quibus sub usuris 
f/ravibus dictus pupillus fuerat obligatus (Archives du syndicat d'Ille). 

1 Livre vert mineur des archives de l'hôtel de ville de Perpignan, f'° 27-29. 

* Henry, Histoire du Roussillon, 1, p. 205. 

3 Ibidem, p. 206. 



24 REVUE DES ETDDKS^JUIVES 

cice de toute (onction publique < i l lour interdit d'avoir des chré- 
tiens à leur service i\;w\s la maison, qnod Judœi officia publica 
hoh prœsumant aliquatenus exercere, in domibus suis non te- 
neant christianos * . Une assemblée ecclésiastique du 7 des ides 
de février de la même année ajouta de nouvelles pénalités aux 
anciennes en défendant la traduction de la Bible en romans 
(catalan) et en réduisant à vingt pour cent les intérêts permis aux 
juifs». 

Il est donc certain que le petit nombre de Juifs établis à Per- 
pignan étaient séparés des chrétiens, sans qu'il soit possible de 
dire s'ils vivaient dispersés sur divers points ou bien groupés 
dans quelque rue qu'on ne saurait désigner. 

C'est tout ce que nous trouvons d'indications sur les Juifs de 
Perpignan et du Roussillon avant l'établissement du Call, qui eut 
lieu sous le successeur de Nunyo-Sanche. 



II 

CRÉATION DU COll DE PERPIGNAN. 



Nunyo-Sanche, qui avait administré pendant vingt-neuf ans 
les « Seigneuries » de Roussillon, Vallespir, Gonflent et Gerdagne, 
mourut vers le commencement de l'année 1242. Avec son titre de 
« Seigneur », le fils de Sanche avait usé de tous les pouvoirs et 
droits d'un véritable souverain ; tous ses actes furent confirmés 
par les rois ses successeurs comme émanés d'une autorité légitime 
et souveraine : c'est là un des faits les plus curieux de l'histoire 
de nos deux comtés, qui, au fond, étaient toujours des dépen- 
dances du royaume d'Aragon ou, plutôt, du comté de Barcelone. 
La suzeraineté du roi d'Aragon sur le Roussillon et la Gerdagne 
ne cessa jamais d'être énoncée dans des actes publics reconnus et 
consentis par Nunyo-Sanche et celui-ci d'ailleurs ne cessa jamais 
de se proclamer le fidèle vassal ou le « chevalier » de Jacques I er . 
Par là s'expliquent l'application aux juifs des comtés de certaines 
ordonnances du roi d'Aragon. 

Après la mort de Nunyo-Sanche, son neveu, Jacques I er , roi 
d'Aragon, prit la souveraineté des deux comtés. C'est de ce mo- 
ment que date l'agrandissement de Perpignan et l'établissement 

1 Marca hispan., n° 507. 

2 Ibidem, n° 511. 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 2o 

du call ou « quartier juif ». Alors aussi s'organisa Yaljama ou 
« communauté juive », qui comprit dans sa collecte ou « contri- 
bution » tous les juifs existant dans les deux comtés de Rous- 
sillon et de Cerdagne *. 

Ainsi que nous l'avons fait pressentir, jusqu'alors les juifs 
avaient été peu nombreux dans Perpignan, où ils se logeaient, 
très probablement, sans distinction de quartier. Mais, depuis 
quelque temps, leur nombre avait singulièrement augmenté. Il en 
était venu de l'Ampurdâ et de Girone, de Narbonne, Béziers, 
Montpellier et autres villes du Languedoc. Le roi Jacques I er se 
décida à les réunir tous dans un quartier à part. 

La ville de Perpignan ne s'étendait pas alors, du côté de l'Est, 
au-delà de l'église Saint-Jean et du correch ou « ravin » qui 
passe aujourd'hui sous les rues du Ruisseau et du Bastion Saint- 
Dominique. Le correch séparait la ville d'un puig ou « coteau », 
sur lequel on bâtissait des maisons à ce moment même 2 . Au bas 
du puig, et sur les bords du ravin, se trouvait la maison des Lé- 
preux, déjà fort ancienne, qui avait donné son nom au coteau (le 
Podium Leprosorum ou « coteau des Lépreux »). 

Le roi Alphonse avait commencé là poblacio du coteau ou puig 
des Lépreux vers 1175, et tout semble indiquer que le roi Jac- 
ques I er y trouva une nouvelle petite ville en 1243, puisqu'il en 
écarta les Lépreux, dont il donna la maison à l'ordre de Saint-Do- 
minique. La même année, Pons de Sparra, prieur provincial des 
Frères prêcheurs, jetait en ce même endroit les fondements de 
l'église du nouveau couvent. D'ailleurs, l'ancienne ville débordait 
sa muraille de toutes parts. Sous le roi Pierre I er on avait beau- 
coup construit en dehors de la porte d'Elne, au sud des rues 
actuelles de la Fusterie et de Saint- Sauveur. L'accroissement 
s'était continué sous Nunyo-Sanche en dehors de la porte de 
Malloles 3 , et bientôt le roi Jacques, d'accord avec les Templiers, 
établit une nouvelle poblacio entre cette porte et le petit monas- 



1 Call est dérivé de callis, qui signifiait « route, chaussée ». Le mot callis était 
pris aussi dans le sens de vicus « rue » et « quartier ». 

Le mot aljama ou al-djamâ'a est un mot d'origine arabe, dont le sens primitif est 
« réunion d'hommes ». Mais, dans les villes qui contenaient des juifs, ceux-ci étaient 
appelés par les Arabes djanuVa al-yehoud * la réunion des juifs », ou simplement al- 
djamâ'a. Les Espagnols appliquèrent souvent le nom à'aljama au quartier des juifs ; 
mais, dans nos deux comtés, il désigne presque toujours la « Communauté juive », 
tandis que le mot callum, kallum ou call, désigne toujours le « quartier », le 
ghetto. 

2 In Podio qui tune ante Perpinianum hyediflicabatur [Prociiracio real de Mal- 
lorques, f° 89). — On travaillait aussi alors à l'église Saint-Jacques, qui est située 
dans la partie la plus élevée du Puig. Il en est fait mention en 124£. 

3 Au voisinage de ce qu'on appelle aujourd'hui le Pont d'en Vestit. 



M RBVtJB DBS BTUDES JU1VKS 

bèrede Saini-Martin '. Il décida aussi qtie dô nouveaux quartiers 
seraient établis sur tous les lianes du Puig des Lépreux 2 . Le 
haut et la pente du oôtean se couvrirent de maisons de tisserands, 
de pareurs ot autres ouvriers, pendant que les Lépreux allaient 
lë fixer sur les hauteurs dites depuis « de Saint-Lazare », à l'est 
de l'église Saint-Jacques. Tout l'espace compris du côté de l'ouest 
entre la « place du Puig » et la nouvelle maison de Saint-Domi- 
nique fut destiné à l'établissement du Call des juifs, qui demeura 
ainsi compris entre le point le plus élevé du Puig, le rempart, les 
Dominicains et la côte qui prit bientôt le nom de a Montée des 
Prêcheurs », Pttjâda de Préhicadors, aujourd'hui « rue de 
l'Anguille » (?). 

Les juifs se trouvaient ainsi entre deux églises et des quartiers 
chrétiens à peine ébauchés, comme le Call lui-même. Malgré les 
faveurs accordées par le roi aux juifs qui viendraient peupler le 
Puig dans les limites déterminées, il est bien évident que ceux 
qui existaient alors à Perpignan restèrent encore quelque temps 
dispersés sur divers points de la ville. C'est ce qui résulte de la 
charte même de fondation du Call, datée du 13 des calendes de mai 
1243. Le roi y concède et confirme à tous les juifs pobladors du 
Puig « toutes les habitations, patus ou maisons qui leur avaient 
été ou leur seraient assignées sur ledit puig pour les tenir et 
posséder en toute propriété et en libre et franc alleu, avec faculté 
de les vendre ou aliéner entre eux, sans payer aucun droit de 
foriscapi (mutation), droit que le roi se réservait dans le cas 
seulement où ils les engageraient à des chrétiens 3 », Nous allons 
voir dans un instant que ces dernières dispositions de la charte 
du roi Jacques furent annulées par sa femme Yolande 4 . Lors de 

1 Cette poblacio est devenue le quartier Saint-Mathieu. 

2 Le Podium Leprosorum prendra bientôt le nom de Podium Sancti Jacobi, « Puig 
de Saint-Jacques >, qu'il a conservé jusqu'à nos jours. Il est cité sous ce nom dans un 
document de 1286. 

3 Noverint universi quod nos Jacobus, Dei gracia rex Aragonum, Maioricarum et 
Valencie, cornes Barchinone et Urgelli et dominus Montispessulani, per nos et nos- 
tros laudamus, concedimus et confirmamus vobis universis Judeis populatoribus Podii 
Perpiniani presentibus et futuris in perpetuum omnia stalica sive patui et domos 
que assignate sunt vel fuerint vobis assignati in dicto Podio ad habendum, possi- 
dendum, expletandum per alodium proprium, franchum et liberum, ad dandum, ven- 
dendum, inpignorandum et ad omnes vestras et vestrorum voluntates cuicumque 
volueritis faciendas, exceptis militibus et sanctis. Hoc salvo quod si de ipsis domibus 
venderitis vel alienaveritis Judeis non detis nobis nec nostris foriscapium nec lau- 
dimiura, sed si eas venderitis christianis teneamini nobis dare foriscapium et laudi- 
mium (Arch. des Pyr.-Or., B. 10). 

4 Ou Violante, fille d'André II, roi de Hongrie. De sa première femme Léonor, fille 
d'Alphonse IX, de Castille, répudiée en 1229, Jacques I or avait eu un fils, nommé 
Alphonse, qui mourut eu 1260; il eut de Violante quatre fils et cinq filles. L'une de 
ces dernières, Isabelle, épousa le roi de France, Philippe le Hardi, en 1262. Des 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 27 

son mariage avec elle en 1235, le roi lui avait donne* le Rous- 
sillon et la Cerdagne en garantie de sa dot. Yolande n'avait 
jamais joui de la souveraineté effective des deux comtés, mais 
elle y levait divers revenus, entre autres ceux de l'Aljama des 
juifs de Perpignan, et elle avait naturellement dans cette ville un 
bailli ou procureur pour l'administration de ses domaines. Les 
droits de la reine étaient souverains à cet égard. Elle en fit usage 
dans une charte datée de Collioure le 16 des calendes d'avril 
1250 (17 mars 1251) ! . La reine accorde aux habitants du Puig 
de Perpignan que « tous les juifs de cette ville seront obligés de 
se transférer audit Puig pour y avoir leur domicile, dans le quar- 
tier à eux assigné (par le roi), transfert qui devra être exécuté 
avant la prochaine fête de Noël, sous peine de cinquante mara- 
botins alphonsins pour chaque contravention ». Jusqu'à l'entière 
exécution de cette ordonnance, « le bailli de la reine et autres 
(commissaires) élus par les habitants du Puig » étaient autorisés 
à poursuivre dans leur personne et leurs biens les juifs récalci- 
trants, pour les contraindre à établir leur domicile au Puig dans 
le délai prescrit. 

A cette époque, tous les habitants de Perpignan, qu'ils appar- 
tinssent à la ville primitive ou aux nouvelles poblacios établies 
en dehors des anciens murs, jouissaient des mêmes droits, cou- 
tumes et privilèges. « Mais il est certain, dit Alart, que la poblacio 
du Puig avait dû jouir de certaines faveurs dès l'origine. C'était 
alors une population purement industrielle, presque entièrement 
composée de tisserands et de pareurs de drap. Elle avait donc 
des intérêts particuliers, jusqu'à un certain point distincts de ceux 
du reste de la population de Perpignan, intérêts que le roi tenait 
beaucoup à conserver et à développer. La résidence des juifs au 
milieu des bourgeois de l'ancienne ville ne pouvait que porter 
préjudice aux industriels du Puig, qui devaient tenir beaucoup à 
ce que ces manieurs d'argent fussent toujours à leur portée 2 . » On 
comprend d'ailleurs que les juifs, confinés au Puig, n'étaient pas 
tous en mesure d'acheter ou de construire une maison ; c'étaient 



quatre fils, Ferdinand mourut sans avoir régné ; l'autre, Sanche, devint archevêque 
de Tolède ; nous aurons à nous occuper, plus loin, des deux autres : Pierre, qui fut 
roi d'Aragon, et Jacques, qui fut roi de Majorque. 

1 Ce document est aujourd'hui perdu. Fossa, qui l'avait copié dans les archives de 
la confrérie des pareurs ou tisserands en drap de Saint-Jacques, l'a reproduit dans 
son Mémoire pour l'ordre des avocats, p. GG. Alart Ta réédité dans ses Privilèges et 
titres, j). 200, avec des commentaires que nous reproduisons en partie. 

» Ouvr. ri(< r , p. 199. — On trouve, d'ailleurs, une autre preuve de la protection 
accordée par les souverains aux intérêts industriels du Puig dans une ordonnance du 
roi Jacques I or , datée du 23 mai 1262, 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

là, par conséquent, des locataires tout trouvés *. Les ordres de la 
reine Yolande furent désormais exécutés avec la dernière rigueur, 
car on ne trouve plus ensuite aucun juif résidant en dehors du 
Call, qui est définitivement établi, bien délimité et clôturé 2 . 



III 



LES JUIFS DES DEUX COMTES PENDANT LE REGNE DE JACQUES I e 

D'ARAGON. 



Jacques d'Aragon est. une des grandes figures du xm c siècle. Il 
éleva son royaume au premier rang parmi les États de l'Espagne. 
Il protégea les sciences et les lettres, et il encouragea l'industrie 
et le commerce. Avec de semblables dispositions, Jacques ne pou- 
vait guère se montrer l'ennemi des juifs, industriels et commer- 
çants par excellence. Malgré la rigueur de certaines dispositions 
qui les atteignirent, les juifs de cette époque obtinrent la protec- 
tion efficace du souverain. Nous ne voyons pas, en tout cas, dans 
les documents qui nous restent du xm e siècle, ces persécutions 

1 En 1265, Bonet Astruch prend à ferme la maison de Béranger Piquer, sise au 
Puig et attenant à celle du juif Léon Vidal; le bail est pour une durée de cinq ans, 
et le prix est de 31 sols G deniers par an. En 1278, Pons Rasedor reconnaît avoir 
reçu d'Astruc, fils de Vidal d'Elne, le loyer dune maison sise dans le Call du Puig 
et attenant à celle du juif Bonisac Fagim fils. Ailleurs, Girma, jurisconsulte, afferme 
à Issac Mosse de Villamanya une maison qu'il possède au Puig. 

2 En 1282, il est question de maisons achetées par les juifs extra clansuram calli 
(Arch. des Pyr.-Or., B. 17). — Les maisons des juifs n'avaient point d'issue sur 
les rues des chrétiens. Toutefois, le roi accorda quelquefois l'autorisation d'ouvrir des 
portes sur ces rues, notamment en 1356. Mais, dans la suite, ces autorisations furent 
toujours refusées, et, le 30 avril 1451, ordre fut donné de fermer à pierre et à chaux 
toutes les portes qui s'ouvraient sur les rues des chrétiens (B. 405). Il est question 
ici de la rue dite Carrer dels Juheus de fora lo cayll, qui correspond à la rue de PAn- 
guille, et du Carrer non situé aussi extra callum, dont il nous est impossible de fixer 
la situation, mais qui devait se trouver à l'est du Call, c'est-à-dire vers la place du 
Puig Saint-Jacques. 

L'entrée du Call était à la place Saint-Dominique (aujourd'hui de la Révolution). 
Là était une porte qui, à partir de 1451, dut être fermée à clef, tacto simholo latronis 
(B. 405). 

Par diverses ordonnances, on voit qu'il était défendu aux chrétiens de fréquenter 
le Call. Il est à croire que les juifs ne tenaient pas beaucoup à leur visite. Ils enten- 
daient se soustraire à leur curiosité. C'est ainsi qu'en 1374, les secrétaires de l'Aljama 
se plaignaient au gouverneur de ce que P. Parayre, propriétaire d'un alberch (mai- 
son) situé en face du maseyll (boucherie) du call, l'élevait a dos solers (à deux 
étages), d'où il pourrait voir ce qui se passerait dans le Call. Le gouverneur promit 
d'arrêter les travaux exécutés par Parayre, à condition que TAljama payerait une in- 
demnité. Celle-ci était si élevée qne les secrétaires renoncèrent à toute opposition, 
Procuracio real, reg. (X, f° 55). 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 29 

et ces vexations de toutes sortes dont on abreuva les juifs de 
France. Nous trouvons plutôt la tolérance, la modération, la bien- 
veillance même envers eux dans un grand nombre d'actes de la 
chancellerie du roi Jacques. 

Le 5 février 1266, il accorda à perpétuité aux habitants de Per- 
pignan un privilège portant qu'à l'avenir, tout juif ou juive qui 
recevrait en gage un objet volé appartenant à un chrétien, ou 
bien engagé sans consentement du propriétaire, serait tenu de 
déclarer, en cas de réclamation, la personne qui aurait mis ledit 
objet en gage. S'il ne pouvait pas désigner ladite personne, l'objet 
engagé serait purement et simplement restitué au propriétaire. 
S'il la désignait et si l'objet n'appartenait pas à celui qui l'aurait 
engagé, on devait le restituer au propriétaire, qui serait tenu de 
rembourser audit juif ou juive la somme donnée, mais sans inté- 
rêt aucun, « pourvu toutefois que ledit objet eût été mis en gage 
secrètement et à l'insu du propriétaire * ». 

En 1284, Jacques de Majorque renouvela l'ordonnance du roi 
d'Aragon, son père. Le livre des Ordinations de l'hôtel de ville 
de Perpignan 2 porte, en effet, YOrdonament co tôt juseu qui 
prest sobre peyora 3 sia tengut d'amostrar de qui l'a alwda, e 
que no la nech A , e si o fasia que'n sia punit aixi co si la avia 
panada 5 . 

Le roi d'Aragon était venu deux fois à Perpignan pendant le 
courant de l'année 1269. Lors de son second voyage, et par une 
lettre datée de Perpignan, du 10 octobre, il avait informé ses vi- 
guiers et autres officiers que, « en récompense des nombreux et 
gracieux services que ses fidèles juifs de Perpignan lui ont rendus 
et ne cessent de lui rendre », il leur a accordé un privilège qui les 
affranchit de tout péage de « leudes » pour leurs personnes et leurs 
montures dans tous les lieux de vigueries royales 6 . Le roi pres- 
crit, en conséquence, de restituer aux juifs toutes les sommes 
perçues ou les saisies faites contre eux à l'occasion desdites leudes, 
depuis la promulgation dudit privilège 7 . 

1 Livre vert, mineur, f° 23.— Ce privilège est daté de Murcia. 

* Ordinacions, I, f° 8, \°. 

3 Comme penyora « gage » . 

* • Qu'il ne le nie pas ». 

b t Comme s'il l'avait volée ». 

,; Nous ne connaissons pas le texte de ce document. 

7 ...Etsiqua pignora ah ipsis vel aliquo ipsorum ceperunt aliqui, clerici vel 
layci, in aliquo loco dictarum vicariarum racione predicta a tempore citra quo nos 
dictum privilegium sive dictam franquitatem concessimus eisdem, ipsa pignora cis 
reddi et restitui l'aciatis incontinenti, non obstante aliquo mandato a nobis in contra- 
rium facto ; nec permittatis etiam dictos Judeos vel aliquem ipsorum de cetero in 
aliquo loco dictaRim vicariarum racione predicta pignorari vel impediri ab aliquo 



lii.M I DES ETUDES JUIVES 

Par une autre charte du 30 janvier 1270 il oonlirma à « tous les 
juifs habitant à Perpignan, en Confient et en Cerdagne et à tous 
les autres dépendant de leur collecte » la franchise des leudes à 
eux accordée par le roi son père 1 . 

Il est probable que cette franchise ne s'appliquait qu'aux juifs 
de la collecte de Perpignan, sortant du Roussillon ou de la Or- 
dague pour passer en Catalogne, ou bien aux pays de Foix ou de 
Languedoc, et qu'ils payaient les leudes comme les autres habi- 
tants lorsqu'ils ne faisaient que circuler dans les deux comtés. 
En effet, on voit les juifs inscrits à la taxe des leudes de Perpi- 
gnan, Collioure, Puigcerda et Querol dans les différents tarifs ré- 
digés sous le règne de Jacques de Majorque et maintenus par ses 
successeurs 2 . Ce qui est certain, c'est qu'ils étaient exemptés de 
lezdes pour leurs montures à Salses, Collioure, Arles, le Volo 
(Boulou), Puigcerda, Bellver et Querol 3 . % 

Par une charte datée du 3 des nones d'août 1273, Jacques remit 
aux habitants de Perpignan, y compris les juifs, toute peine en- 
courue au sujet du cours de la monnaie de Malgone, et in pre- 
dictis omnibus intelligimas Judeos Perpiniani sicut chris- 
tianos*. 

En 1275, le roi se trouvait de nouveau à Perpignan. Le 24 juin 
de cette année, il déclara francs et libres, dans le présent et dans 
l'avenir, tous les terrains acquis par les juifs de rAljama de cette 
ville, pour y construire des maisons; de plus, ils n'auraient rien à 
payer au domaine pour droit de censive, de lods ou autres, lesquels, 
le roi se réserverait cependant dans le cas où ces propriétés pas- 
seraient aux mains des chrétiens. 

Un grand nombre de documents de cette époque se rapportent 
à des prêts d'argent faits par des juifs à des chrétiens ; parmi ces 



vel aliquibus clericis vel laycis, immo dictam franquitatem observari inviolabiliter 
faciatis eisdem, ut est dictum (Arch. des Pyr.-Or., Procuracio real, registre II, 
f» 25). 

1 Privilegi dels Juheus cum son franchs de leuda [Procuracio real rcg. III, f° 19). 

2 Tôt Juheu e Juhia, e, si es preyns (enceinte), paga [lo prenyat 

I, s., 1. dr. (Leuda de Collioure de 1249). 

Item de cascun Jueu o Jueua si nos es stadant de Pugcerda que vena ni venga 
de Pugcerda a Perpenya o Queragut. . . .1 . s. 

Item si Jueu ou Jueua v«s de Cathalunya e va vers Perpenya o vers Queragut 
e passa per Pugcerda exament, 1, vi, dr. (Leuda de Puigcerda de 1288). 

Item tôt Jubeu que sia strany o sen vulla passar'deça o délia, 1 . s. 

Item tôt Juhia, 1. s. 

E si es prenys, 1. s. vi dr. (Leuda de Querol). B. 138, f° 71-73. 

3 Privilège du 6 des ides d'octobre 1269, confirmé par le roi Pierre III, le 
13 mars 1385, et par le roi Jean, le 11 mai 1390 (Arch. des Pyr.-Or., B. 177, 
f° 25, r°). 

4 Livre vert mineur, f° 24. m 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 31 

derniers figurent des moines, chanoines, abbés et autres person- 
nages ecclésiastiques. Ces gens-là n'avaient aucune répugnance à 
solliciter l'or des juifs, qu'ils affectaient pourtant de mépriser. 

Je vois qu'en 1274, l'abbé du monastère de Saint-Martin de 
Canigou empruntait à Cresques Astruch, juif de Perpignan, une 
somme de 3,000 sols barcelonais, destinés à solder « le service » 
que le monastère avait fait en dernier lieu « au seigneur roi et 
au seigneur infant Jacques, son fils » et au payement de la « dé- 
cime » que « le seigneur pape exigeait des moines et des revenus 
du couvent 1 ». 

Le Manuel du notaire Querubi, de Perpignan, pour l'année 
1273, contient une foule d'actes qui se rapportent à des juifs. J'y 
vois que le 2 des ides de juin de cette année, Astruch Vidal et 
Abram Vidal, fils de Vidal Astruch, firent des concessions de ter- 
rain à des habitants de Perpignan, ce qui prouve encore que les 
juifs étaient propriétaires de biens-fonds. Parmi les testaments, 
je remarque celui de Vidal, juif de Montpellier, à ce moment à 
Perpignan (5 des ides d'août). Vidal laisse plusieurs livres à ses 
filles, entre autres, les Lois de Moïse, et demande qu'on rende à 
sa femme sa dot tout entière, « ainsi qu'il est convenu dans leur 
contrat de mariage rédigé en hébreu 2 ». 



1 Arch. des Pyr.-Or., fonds de Canigou. 

Ile 12 des calendes de juin 1261, le précepteur de l'hôpital des pauvres de Tatzo 
d'Amont reconnaît devoir 60 sous de Barcelone couronnés à Jucef d'Elne {Notule 
de Pierre Calvet). 

Deux mois après, les religieux du monastère de Vallbonne reconnaissent devoir 
600 sous de Barcelone au même Jucef [Ibidem). 

En 1272, le chevalier Pons d'Ille vend à Davinus Coen de Lunel une créance de 
125 sous barcelonais couronnés que lui devait l'abbé de Saint-Martin de Canigou 
(Arch. des Pyr.-Or., fonds de Canigou). 

La même année, l'abbé du monastère de Vallbone et ses moines reconnaissent 
devoir à « Mosse Filio » et à • Hérodi », à Vives Vitalis, et à Astruch de Belcayre la 
somme de 1 oOO sous de Barcelone ex causa mitui [Manuel de P. Amoros). 

Cette même année encore, Raymond Jucef de Castello et Bondie de Lunel payent, 
au nom de l'infant Jacques, une somme due pour l'achat du village de Torreilles 
(Arch. des Pyr.-Or., B 51). 

Le 10 des calendes de novembre 1276, frère A., abbé de Vallbone, reconnaît devoir 
à Mosse fils et à ses tuteurs, Astruc de Pulcro cadro (Beaucaire), et Vives Vitalis, 
1500 sols ex causa mutui ad 4 . annum, et donne pour caution sept habitants de Vi- 
larnau d'Amont (Arjh. des Pyr.-Or., Protocollum anni 1276, notaires n° 6506). 

Le 5 des ides de novembre, Astruchus Vitalis vendait et cédait à Bonjues et à 
Jucef, fils et héritiers de feu Jucef d*E!ne, et à Salomon Sullam de Porta et Bon- 
juses Asday, leurs curateurs, tous les droits qu'il avait contre l'abbaye de' Saint- 
Michel de Cuxa pour une dette de 4500 sous de Barcelone (Manuel d'Arnald 
Miro). 

La même année, l'abbé de Saint-Genis-des-Fontaines se dit prêt à payer aux 
juifs Jucef de Crassa et Samuel Bonafos 51 livres et 5 sols barcelonais qu'il leur 
devait. (Ib idem). 

* Le 14 des calendes de février 1265, A. Fabre, cordonnier de Perpignan, vend à 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ailleurs, je trouve, en 12*76 (4 des ides de février), le testament 
d'un juif très connu, Asser de Lunel, habitant de Perpignan. Il 
nomme ses ïils, Samiel et Mosse et sa femme, Bonafilia, sa fille, 
Bonaaunis, veuve de Vitalis Mosse de Scola, son autre fille Bona- 
domina, femme de Mosse Dauini de Capitestagno, sa sœur Bona- 
filia, femme de Sullam de Béziers. Il laisse sa maison du Call du 
Puig à sa femme, et lègue 625 sols à distribuer « in festo quod 
.Tudei vocant.de Cabanes »; plus douze sols 6 deniers à l'œuvre du 
pont de la Tet, « operi Pontis Tetis Perpiniani ». Parmi les té- 
moins, je vois sept chrétiens et un juif appelé Vitalis Bonifilius 
de Soal l . 

Puisque je cite des documents de 12*76, je noterai ici que les 
secrétaires de FAljama, pour cette année, furent : Astruchus 
Abrae, Salamonus Asiruci de Viïlafranclia, Mayr Abrae et 
Asser Coen de Lunello 2 . 

A l'époque où nous sommes arrivés, c'est-à-dire à la fin du 
règne de Jacques I er (1276), le nombre des juifs avait singulière- 
ment augmenté à Perpignan, et l'Aljama de cette ville avait pris 
une importance considérable. La « collecte » s'étendait déjà sur 
un certain nombre de petites villes des deux comtés, Gollioure, 
Géret, Millas, Ille, Villefranche-de-Conflent, Puigcerda, où nous 
voyons des juifs établis vers le milieu du xm e siècle 3 . 

Le roi Jacques d'Aragon mourut à Valence, le 26 juillet 1276. 
Dès le mois d'août de Tan 1272, il avait partagé ses États entre ses 
deux fils. Pierre, qui était l'aîné, eut l'Aragon, Valence et la Cata- 
logne ; Jacques eut pour sa part les îles Baléares, la seigneurie de 
Montpellier et les deux comtés de Roussillon et de Cerdagne, avec 
le titre de roi de Majorque. Les deux frères devaient être in- 



Jucef d'Elne une vigne sise au territoire de Vernet (banlieue de Perpignan) et tou- 
chant à une autre vigne qui appartient à Astruc Mair [Manuel de Pierre Calvet ("?), 
notaires, n° 6504). — Le 4 des calendes du même mois, Salomon de Montpellier avait 
approuvé la vente que son fils Astruc avait faite à un habitant de Collioure d'une 
vigne située au territoire de cette petite ville, au lieu dit Vallc de Pintes [Ibidem). — 
En 1335, Natan Samiel, juif de Perpignan, possédait à Pontella des vignes et des 
champs. Le souvenir de cette possession semble s'être longtemps conservé à Pon- 
tella, car un acte de 1443 signale encore près d'Ayguaviva une terre appelée Camp 
del Juhetc. 

1 Notaires, n° 6506. 

8 Ibidem. 

3 En 1261, je vois à Perpignan un Jucef de Ulna, et cependant il ressort d'un 
document de 1349 que les juifs ne s'établirent à Elne, cité épiscopale, qu'à cette 
dernière date : Tractatum est quod dominus rex concédât graciose icclesie elnensi décent 
casas Judeorum qui tamen contribuant cum aljama Judeorum Perpiniani prout in 
similibus fit in Cathalonia, etc. Ces conventions conclues par les officiers du roi 
Pierre dAragon et ceux de l'évêque d'Elne furent approuvées par le roi à Saragosse 
le 9 des calendes d'août 1349 (Arch. des Pyr.-Or., B. 346, f° 128). 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 33 

dépendants l'un de l'autre, mais ils furent constamment en lutte. 
Nous verrons, plus tard, quelle fut la condition des juifs des 
deux comtés pendant la durée de cette nouvelle monarchie ; mais 
il nous faut dire tout de suite quelques mots de l'organisation de 
la juiverie de Perpignan qui, ainsi que nous l'avons déjà marqué, 
comprenait dans sa collecte, recollita ou colita, les autres juiveries 
duRoussillon et de la Gerdagne. 



IV 



ORGANISATION POLITIQUE, FINANCIERE ET JUDICIAIRE DE L ALJAMA 

DE PERPIGNAN. 



Écartés des affaires publiques, les juifs vivaient libres dans le 
Call. Leur communauté ou Aljama formait comme un petit état 
dans l'état, avec ses assemblées, ses statuts et ses magistrats 
particuliers. Reconnue et protégée par les rois d'Aragon ou de 
Majorque, elle jouissait, sous leur surveillance, d'une certaine 
liberté politique et d'une complète autonomie religieuse. Elle choi- 
sissait elle-même ses magistrats, faisait ses règlements, dressait 
ses impôts et se livrait sans obstacle à toutes les pratiques de son 
culte. Toutefois, ses élections, sa législation particulière, ses con- 
tributions devaient être approuvées et confirmées par le roi ou 
par son représentant dans les deux comtés de Roussillon et de 
Cerdagne. 

La population de cette petite république était gouvernée par 
une assemblée nommée «. Conseil de l'Aljama » et composée d'un 
certain nombre de « conseillers », de quatre « secrétaires » ou 
néenianim et d'un « clavaire ». Le clavaire était chargé de la 
voirie et de la petite police. Il avait à surveiller le macell ou bou- 
cherie et les boutiquiers du Call ; mais il remplissait, à l'Aljama de 
Perpignan, les fonctions de trésorier. Il en était d'ailleurs ainsi à 
l'hôtel de ville 1 . Les fonctions de secrétaires étaient bien plus 
élevées. Les secrétaires étaient les exécuteurs des décisions du 
conseil de l'Aljama. Ils avaient dans leurs attributions le pouvoir 

1 Le 3 novembre 1486, et sur la demande des Juifs, il est ordonné par le gouver- 
neur royal qu'il sera fait trois clefs différentes pour la caisse de l'Aljama ; l'une sera 
tenue par le clavaire, les :iutres par deux reyidors, et l'ouverture sera toujours faite 
en présence de deux notables de l'Aljama (B. 412). — Il ressort d'un document du 
1 er mai 1376 qu'il y avait au moins deux clavaires à cette époque (13. 133, f° 96). 
T. XV, n° 20. 3 



34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de dresser les talls ou taxes, pouvoir qui, à la vérité, leur fut 
retiré dans la suite. Nous voyons, en efïet, par un document de 
lin, que le gouverneur de Koussillon, sur la demande de VAl- 
jama, nomme douze conseillers ou « protecteurs » avec pouvoir 
de dresser les talls ou taxes d'impositions pour payer les charges 
de la communauté, ainsi que de rédiger les ordonnances néces- 
saires, quas secretarii alias facere consueverant *. 

Les secrétaires furent toujours au nombre de quatre à l'Aljama 
de Perpignan, mais le nombre des conseillers varia. Par lettres 
données à Saragosse le 27 janvier 1382, l'Infant Jean donnait au 
donzell Pierre d'Ortafa le pouvoir d'augmenter ou de diminuer 
le nombre des conseillers de l'Aljama des juifs de Perpignan. 
Quelques jours après, le 5 février de la même année, le môme 
prince donnait au même donzell des commissions pour le règle- 
ment du nombre des conseillers. Enfin, par lettres données à Barce- 
lone le 9 avril 1387, il confirmait à Pierre d'Ortafa la commission 
de composer ou modifier le conseil de l'Aljama des juifs de Per- 
pignan en portant le nombre des conseillers à trente 2 . 

Le conseil était élu pour un an, et il se recrutait lui-même. 
Les membres sortants nommaient les membres entrants. Il était 
défendu à ces derniers d'exercer leurs fonctions avant d'avoir 
prêté serment au procureur royal, qui les agréait ou les refusait. 
Le 17 avril 1455, Belshoms de Blanes et Dayes Mânafem, secré- 
taires sortants, constitués par devant Félix Andreu, juge du 
domaine royal, nommèrent comme secrétaires de l'Aljama pour 
l'année suivante Mosse Manafem et Issach Xatau. Ils agissaient, 
disaient-ils [ut dixerunt), avec l'assentiment de tout le conseil de 
ladite Aljama. Le juge approuva l'élection de Mosse Manafem et 
d'Issach Xatau et leur donna pouvoir d'élire pour conseillers 
« ceux qui leur sembleront aptes, selon leur conscience ». Les 
deux secrétaires prêtèrent serment ainsi que N'Astruch Sciri, cla- 
vaire, Jusse de Géret, conseiller en chef, Cresques et Jusse Salam, 
conseillers nouvellement élus 3 . Ainsi donc, le pouvoir des secré- 
taires d'élire les conseillers est formel, aussi bien que celui des 
conseillers d'élire les secrétaires. 

Une lettre du roi Jacques de Majorque du mois d'avril 1335 
nous apprend que les secrétaires avaient pris l'habitude de rester 
en fonctions « tant qu'il leur plaisait ». Le roi réforme cet abus et 
ordonne que les secrétaires soient élus tous les ans. Il ne paraît 
point qu'on ait contrevenu à ces ordres dans la suite. Parla même 

» B. 336. 

* B. 217, t'° 17. 

8 B. 406. 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 35 

lettre, le roi prescrit aux secrétaires de rendre leurs comptes 
après chaque gestion 1 . 

Le 21 février 1357 se présentèrent devant le gouverneur des 
deux comtés Astruch JBonisach, Asmies Cabrit, Vitalis Abram et 
Vitalis de la Cavaleria, secrétaires de l'Aljama, disant que eux et 
les conseillers (consiliariï) avaient, secundum ordinacionem 
dicte aljame, élu comme secrétaires, pour l'année suivante, As- 
truch de Besalduno (Besala), Astruc Nasan, Maymo Momet et 
Samiel Garacosa, et que les deux derniers refusaient l'emploi de 
secrétaires (lasecretaria), parce qu'ils l'avaient déjà rempli et que 
leurs comptes n'étaient pas encore approuvés. Le gouverneur tient 
alors conseil avec les secrétaires mêmes, un grand nombre de 
juifs (cum mullis judeis), au nombre desquels nous voyons : 
Bonafos Vidall, Bonafos Daui, Astruch Bendit, Vidall Benevist, 
Bonjach de Montpellier, Mosse Vides, « maître » Jacob Bonjuhes, 
Struch Bonmacip, Astruch Maymo, Astruch Daui de Cochliure 
(Collioure), « maitre » Abram Vas 2 , Salamon Abram, « maître » 
Baron Diyot. De lavis de tout le conseil présent le gouverneur 
décide la vérification des comptes de la gestion de Maymo Momet 
et de Samiel Caracosa, afin qu'ils puissent remplir leurs fonctions 
de secrétaires 3 . 

Quelquefois ces élections amenaient des difficultés d'un autre 
genre. Le 26 avril 1456, les secrétaires déclarent au procureur 
royal qu'ils ont élu et nomment, « ainsi qu'ils l'avaient déjà fait 
avec leur conseil », Gresques de Suau et Struch Siri comme 
secrétaires pour l'année suivante et demandent que ces derniers 
soient contraints et forcés d'accepter ces fonctions. Mais le juge 
du domaine royal, « attendu que l'élection faite par lesdits secré- 
taires est nulle et irrégulière, ainsi que le prétendent quelques 
membres de l'Aljama, parce qu'une autre élection avait été déjà 
faite entre eux, selon l'ancienne coutume », procède à une autre 
élection par mode de rodolhis ou bulletins. Le scrutin désigne 
Bellshoms de Blanes et Jucef Salamo 4 . 



1 ...Fuit a nobis suplicando petit am quoi cum secretarii dicte aljame (Perpiniani) 
prcpter eorum potentiam et aliter, hiis rétro temporibus steterint et remanserint in 
suo officio quantum eis placebat et ex hoc aljame cidem tam ex cessacionc reddicionis 
com/,otorum de administratis et receptis de bonis illius quam alias, dampna non mo- 
dica sint sequta, ordonnons, etc. {B. 94, t'° 82). — Quelques jours après, le jeudi 
28 mai 1335, En Samiel Petit, En Bonafos Vidal, En Bonavida Mosse. En Daui de 
Cabestayn prêteront serment en qualité de secrétaires sobre la Ici/ de Mohisen et en 
poder del honorât En Ramon Tholosa, procurador Real [Ibidem). 

* Peut-être faudrait-il lire : Ras. 

» B. 4uo, f° 6. 

« B. 406. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les conseillera se réunissaient dans un local spécial qui était 
comme l'hôtel-de-ville du Call. La domus côncilii est citée en 1357. 
En 1377, il est question d'une maison sise au Call confrontant celle 
de Cresques Davi et domus vocale del Conceyl. Le conseil est 
l'assemblée souveraine de la communauté juive. 11 réunit dans ses 
mains le pouvoir de rédiger et de voter les statuts et de les faire 
exécuter. C'est lui qui autorise la levée des impôts, qui dispose 
des finances de l'Aljama, en règle et en surveille l'emploi ; il 
afferme le maçell (boucherie), choisit ou nomme à l'élection les 
magistrats ou fonctionnaires, talladors (taxateurs), experts, con- 
trôleurs, collecteurs l . Il reçoit les plaintes portées contre la com- 
munauté et juge les différends qui s'élèvent entre elle et les parti- 
culiers. C'est à lui que l'autorité s'adresse pour donner des ordres 
à la population israélite. Le conseil dirige, en un mot, toutes les 
affaires de la communauté. 

Le conseil est tenu de se réunir toutes les fois qu'il est con- 
voqué par les secrétaires 2 ; il tient ses séances dans la scola ou 
synagogue. Les lois faites par le conseil, puis approuvées par le 
procureur royal,. sont obligatoires pour tous les Juifs de la « Col- 
lecte » des deux comtés. Quiconque vient à les enfreindre est 
maudit, excommunié et banni de l'Aljama, après avoir été con- 
damné à payer une amende. En somme, les lois votées par le 
conseil n'étaient que des statuts concernant l'administration et la 
religion ou des règlements de police. Il était interdit aux conseil- 
lers de prononcer d'autres peines que l'amende et'l'excommuni- 
cation. Ils ne pouvaient condamner et jeter quelqu'un en prison 
qu'avec l'autorisation et en vertu d'un ordre du gouverneur ou 
du procureur royal 3 . La juridiction pénale ne lui appartenait pas, 
sauf dans les cas de peu d'importance. Néanmoins, à l'intérieur 
du Call son action avait une grande puissance. 

Tous les juifs de l'Aljama contribuaient aux impôts pro facid- 

1 B.passim (dans les divers registres de la Procuracio real). 

2 Certaines assemblées générales où l'on établissait des impositions, où l'on véri- 
fiait les comptes, etc., étaient autorisées par le commissaire et conservateur royal des 
juifs, dont il est question plus loin. 

3 Le 3 septembre 1381, Boi'filus Struch, juif de Perpignan, se plaint d'avoir reçu 
des coups et blessures de Jaco Daui, juif de Perpignan comme lui. Ils prennent pour 
arbitres les * discrets » Bonanasch Cresques Alphaquim, Mosse Mager, Benditus 
Salamonis, Samiël Salom et Vives Mosse, lesquels condamnent Jaco Daui à payer 
35 florins pour la nafra (blessure) et l'exilent pendant trois ans du Roussillon. La 
sentence est rendue avec Y autorisation du gouverneur des comtés (Notule de Guil- 
laume Fabre, notaires, n° 150). — Pendant longtemps, on enferma dans la syna- 
gogue les juifs condamnés à la prison. Plus tard, le roi Martin d'Aragon ordonna 
d'établir dans la juiverie de Perpignan un local spécial qui devait servir de prison 
pour les juifs de l'Aljama de cette ville et de ceux de sa collecte ou contribution 
(B. 217). 



LES JUIFS DE R0USS1LL0N ET DE CERDAGXE 37 

tatibus, c'est-à-dire proportionnellement à leur avoir. Il y en 
avait de plusieurs sortes. C était d'abord la taille, espèce d'impôt 
foncier, frappant à la fois les meubles et les terres et dont la 
levée était facultative, pourvu qu'elle eût été préalablement auto- 
risée par le roi ou son procureur général des comtés. Il y avait 
aussi des tailles extraordinaires destinées à l'entretien de la 
synagogue et des bains ; à payer les dettes de l'Aljama, le cens que 
l'évoque d'Elne percevait sur le fossar ou cimetière israélite, le 
tribut aitnuel dû au roi, etc. 

Jacques le Conquérant avait fixé la quotité de ce tribut ou 
impôt royal; Jacques II régla la capitation que payeraient les juifs 
de l'Aljama de Perpignan et des autres villes et terres cismarines. 
Cette pragmatique, donnée à Perpignan le 7 des calendes de sep- 
tembre 1339, fixa à vingt sous de tern par tête, sans différence 
d'âge ni de sexe, la taxe à payer sur toutes rentes, cens, biens 
mobiliers quelconques de l'Aljama, y compris les vases et joyaux 
d'or et d'argent, les parures et vêtements individuels, les orne- 
ments de la synagogue et tous autres objets servant à l'usage ordi- 
naire de la vie, et non commerciaux. Cette capitation (cabes- 
sagium) devait se payer tous les ans à la fête de Pâques. Le roi 
pouvait la remplacer par un impôt de douze deniers pour livre de 
l'argent possédé par les juifs, déduction faite des sommes qui 
seraient reconnues ne pas appartenir à ceux des terres du roi et 
qui se trouveraient entre leurs mains à raison d'affaires commer- 
ciales avec des juifs étrangers, déduction faite pareillement des 
dettes, ainsi que des sommes engagées pour des affaires de né- 
goce 1 . Le roi restait maître de choisir entre les deux modes de 
payement que nous venons d'exposer -. On remarquera l'exemp- 
tion du capital engagé dans le commerce. Les services que ren- 
dait le négoce des juifs étaient énormes ; ils contribuèrent beau- 
coup à leur ménager un traitement plus doux. D'ailleurs, le roi 
accordait des exemptions du cabessatge à qui il lui plaisait 3 . 

1 B. SfS (registre V de la Procuracio real) f° 73. — Le roi ordonne aux juifs de 
s'abstenir de toute usure et de pratiquer seulement le commerce licite. La pragma- 
tique renouvelle aux juifs l'autorisation de résider en Roussillon, Confient et Cer- 
dagne. 

2 Jacques, par une nouvelle pragmatique du 10 des calendes de septembre de la 
même année, accordait aux juifs de Perpignan, de gracia speciali, que, a partir de la 
prochaine fête de Pâques ad duos an nos non tenenntur dare nobis nisi vi. den. pro 
libra de pecuma çuant hnhemus et x sol. pro cabessagio, non, ob.stante quodam instru- 
menta in quo continetur qnod nnnis singtêlis tenenntur nobis dare pro Cabcssagio xx, 
sol. et xn dcn. pro libra B. 95, f° 124, v°). 

3 En 1339, 1340, etc., exemptions du cobessatge en faveur d'Issach Bonet, Natan 
Samiel et ses gendres, Daui Bonjorn del Barri (de Barrio), Mosse Alphaquim, mé- 
decin (phisic), Mosse de Savcrdun, juifs de l'Aijama de Perpignan, Vidal Cohen 



HliVUK DES ETUDES JUIVES 

L'impôt ou tribut dont nous venons de parler notait pas le 
seul argent que le roi tirât des juifs. Le 28 avril 1358 Pierre 
assigne aux infantes Constance et Jeanne une route de 1,000 sols 
super peytls, subsidiis et tributis et aliis quibusvis exaccioni- 
hxs eooigendis ab aljama jadeorum ville Perpiniani; mais il 
reconnut, quelques jours après, qu'il avait l'ait inutilement cette 
assignation, puisqu'il avait déjà assigné les questes de l'Aljama 
à son tailleur. Force lui fut de reporter la rente sur d'autres 
revenus *. 

En 1413 l'Aljama de Perpignan s'imposa une taille dont le pro- 
duit devait être consacré à solder le montant d'une somme due 
par la communauté à la suite d'un compromis fait à un bourgeois 
de Perpignan appelé Jean de Rivesaltes, qui était conseiller du 
roi, puis à payer un certain nombre de créanciers, tant juifs que 
chrétiens 2 , et enfin à solder au trésorier du roi l'une de ces peytas, 
questas et trahntos dont il a été question ci-dessus 3 . 

Il ressort de ce document qu'il y avait environ à Perpignan cent 
quatre-vingts familles juives en 1413. 

Le rôle de cette taille parle d'un impôt dit « des prêts » ou del 
prestech. IsadLC Salomon Bendit était chargé d'en faire le recouvre- 
ment cette année-là. On retrouve cet impôt en d'autres endroits 
avec les ajadas rauparurn, mercinm, mutuorum et pignorum 
ac carnium jiideorum et judearwn Ville Perpiniani et Comi- 
tataum Rossilionis et Cerritanie, autant d'aides levées par des 
collecteurs spéciaux (en 1396) *. On voit par plusieurs documents 

médecin (phisicia) d'Ille et Astruc Comte de Puigcerda (B. 95, f° 125, v° et passim). 
Natan Samiel était exempté en raison des services quïl avait rendus au roi et à sa 
« trésorerie » de çuada summa pecunie. 

Quelquefois, le roi faisait payer sur le cabessatge le salaire de ses serviteurs. 
C'est ainsi que, le 12 août 1340, il donne ordre aux secrétaires de l'Aljama de payer 
les appointements dus à son barbier Messiot (B. 95, f° 123, v°j. Le 2 mai 1341, il 
leur ordonnait de payer au juif Jacob Fferrassol 17 liv. 8 sol., que la cour lui de- 
vait racione trium alarogiorum (B. 95, f° 122). 

1 Cartulaire d'Alart, H. 207. 

a En 1266, les chanoines de Saint-Jean décidaient que l'argent provenant des 
rentes qu'ils possédaient sur les juifs serait affecté à la construction du chœur de 
leur église (Coma, Noticies de la iglesia collegiada de Sant-Joan, ms. de la biblio- 
thèque publique de Perpignan). 

3 M. Loeb a fait l'histoire de cette taille dans la Revue (XIV, p. 55 et suiv.). 
d'après le manuscrit hébreu qui la contient (ms. de la bibliothèque publique de Per- 
pignan, n° 21). 

4 Je trouve plusieurs rôles de l'aide des marchandises et effets d'habillement (merces 
et raupas). L'un de ces rôles, qui est dans B. 332, est rédigé en hébreu. Le même 
registre contient un règlement fait par les secrétaires de l'Aljama pour la mise en 
vente de l'impôt sur le vin des juifs [vin Juhic) de Perpignan et de sa collecte, qui 
comprend le Roussillon, le Vellespir, le Confient, la Cerdagne et le Barida (entre 
Bellver et la Seu d'Urgell). Citons encore le tall Uccrorum ou dels guasanyages (taille 
ou aide des bénéfices). 



LES JUfFS DE KOUSSILLON ET DE CERDAGNE 39 

que les fermiers avaient le droit de poursuivre les contribuables, 
même les veuves et les femmes en l'absence de leurs maris, pour 
le paiement des tailles, et les faire mettre en prison, de prendre 
leurs biens en gage et de les vendre à leur profit jusqu'à 
concurrence de la somme due. Une excommunication générale 
était prononcée à la synagogue contre tous ceux qui cherche- 
raient, par un moyen ou un autre, à échapper à la nécessité de 
payer la taille l . 

La déclaration des sommes et l'estimation des biens sur les- 
quels on établissait les tailles ou contributions devaient être faites 
par chaque juif et juive avec serment sur la loi et suivant le 
rite de leur culte. Chaque juif faisait son manifeste, c'est-à-dire 
qu'il déclarait l'état réel de sa fortune. On trouve cet usage pra- 
tiqué à l'Aljama de Perpignan dès l'année 1261. Le jour des nones 
d'août, Bonjuses, fils de Mosse Gatalani, déclare par acte public 
à Léon d'Elne et à Davi de Béziers, secrétaires de l'Aljama, qu'il 
a fait un état exact et vrai de ses biens dans le mémorial ou 
manifeste qu'il leur a remis. Il ajoute qu'il consent, dans le cas 
où l'on trouverait de lui., en Roussillon, Gonflent et Gerdagne, 
d'autres créances que celles qu'il a indiquées, à ce qu'elles soient 
adjugées au seigneur roi, ilta sint domini régis et Ma possi.t 
ipse vel sut pelere et habere et recuperare tanquam sua pro- 
pria 2 . 

L'excommunication ou herem que chaque Juif devait entendre 
en faisant son manifeste n'était pas une vaine formalité. Celui qui 
était convaincu de mensonge pouvait être excommunié, exposé 
dans la synagogue, le lundi et le jeudi. Le coupable était assis sur 
une chaise spéciale, appelée d'un nom qui a disparu dans le 
document qui me fournit le fait que je vais citer. En 1385, 
Mosse Macip et Samuel Struch Macip avaient pris à ferme 
V « aide des prêts ». Ils s*aperçurent qu'Isaach de Blanes les 
avait trompés en faisant son manifeste, et le firent comparaître 
devant notaire. Là, ils demandèrent pour le menteur la punition 
de la chaise. « Vos, En notari, disent-ils, livatz carta que nos 
amonestam Nischa 3 de Blanes qui assi es que [ ] per 

virtut del sagrament e herem e vet per ell scotat sobre l'adjuda 
dels prestechs [ell se] aja a seure dilus e digous e l'altre dilus 
prop segens a la cadira apelada [ ] n, e aço per com es 

1 Isidore Loch, Histoire de la taille de -1H5, loc. cit. 

s Manuel de Pierre Calvet, notaire de Perpignan. — On voit quelquefois des juifs 
de Perpignan laisser leurs biens au souverain, dans le cas où leurs héritiers vien- 
draient à mourir sans enfant . 

3 Pour N'Ischa, En Iseha, ou mieux En Issach. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

casegut en ban e a fraudada L'adjuda a nos pertanyent sobre la 
quantitat per eïl prestada sobre penyores, laquai no a a nos 
denunciada, en [tal m] anera protestam de totes pênes de lesquals 
a nos sia legut de protestar contre ell ». » 

Les Constitutions de Catalogne nous ont conservé le texte 
catalan d'un serment que les Juifs étaient tenus de prêter aux 
chrétiens dans certaines circonstances. Il est emprunté au vingt- 
huitième chapitre du Deutéronomc. Il est remarquable par 
les excessives précautions au moyen desquelles le législateur 
a cherché à lier la conscience de celui qui devait le prêter. 
Il semble impossible d'accumuler plus d'imprécations contre le 
parjure, qu'on poursuit dans sa personne, dans ses biens, dans, 
sa santé, dans son avenir, dans sa famille, dans sa race, dans 
toute sa postérité. Tous les fléaux, tous les désastres, toutes 
les calamités physiques et morales sont appelées sur sa tête, 
sur son honneur, comme père et comme époux. En prêtant ce 
serment, celui de qui on l'exige se dévoue à toutes les ma- 
ladies les plus redoutables et les plus cruelles s'il ne remplit 
pas ses engagements ou s'il ne dit pas la vérité ; en un mot, 
la formule de ce serment est combinée sur la cupidité, l'ava- 
rice et la mauvaise foi qu'on regardait comme inhérentes à 
là qualité de Juif, et on cherche à faire tourner contre celui 
qui serait tenté de se parjurer tout ce qu'il y a de plus sacré 
dans l'ancienne loi. L'extrême longueur de ce serment, qui 
devait être individuel, ne pouvait que faire perdre un temps 
considérable quand plusieurs individus étaient appelés à le 
prêter 2 . 

Quelque redoutable que fût ce serment, il paraît que, exigé par 
des chrétiens, il perdait, aux yeux des juifs, tout le caractère de 
gravité dont il était formulé, et ils ne se faisaient guère scrupule 
de le violer ou de le prêter en vain, du moins en matière d'inté- 
rêt pécuniaire, puisque, par un édit rendu aux Gorts de Barcelone 
en 1228, Jacques I er statua que dans toute cause de dette il ne 

1 Manuel de Bernard Fabre. C'est ce même notaire qui reçut le rôle de la taille 
de 1413, si savamment interprétée par M. Loeb. — Dans un autre document de 
1385, l'excommunication écoutée par les juifs au moment où ils faisaient leur ma- 
nifeste est ainsi qualifiée : vet vocatum ebrayee herem et Nitduy {Ibidem). — Les juifs 
habitant la campagne devaient se présenter en personne à la synagogue de Perpi- 
gnan pour y entendre le herem. Le dernier jour de février 1385, Samiel Macip, 
f emptor et collector ajude prestitorum Judeorum Perpiniani [ ] Judeorum 
commorancium extra villam Perpiniani qui sunt de collecta aljame, » l'ait savoir à 
Samiel de Ripoll, juif habitant d'Arles en Valiespir, qu'il ait à se présenter en 
personne à la synagogue de Perpignan pour y entendre le herem {Manuel de Ber- 
nard Fabre). 

2 Constitutions y altres drets de Cathalunya, volumen tercer, titol V, 3. 



LES JUIFS DE R0USS1LL0N ET DE CERDAGNE 41 

serait prêté aucune foi aux serments des juifs ; que ceux qui 
se donneraient pour créanciers ne pourraient être admis à faire 
valoir leurs créances que sur un titre bien légitime ou sur la 
déposition de témoins dont l'affirmation ne pût inspirer aucune 
défiance. 

Après les conseillers et les secrétaires venait le clavaire, dont 
nous avons déjà parlé. Sa place était élective comme la leur. Il y 
avait d'autres fonctionnaires qui tenaient de plus ou moins près à 
la religion et au culte. De ce nombre étaient les « maîtres de la 
Confrérie du cimetière», qui avaient la mission de nettoyer les 
cadavres et de présider aux funérailles. Ils faisaient enterrer le 
mort à la place choisie par les parents, et réclamaient aux héri- 
tiers les frais de l'enterrement. 

Dès leur établissement à Perpignan, les juifs eurent sans doute 
un cimetière particulier, car, dans un acte du 16 des calendes de 
mai 1279, il est déjà question du « nouveau cimetière des juifs de 
Perpignan, » et in ciminterio novo jitdeorum Perpiniani 1 . 
Toutefois, le peu d'indications fournies par ce document ne nous 
permettent pas de fixer avec sûreté l'emplacement du nouveau 
cimetière pas plus que celui de l'ancien. En 1310, on créa un 
nouveau cimetière. Gela ressort des criées faites à Perpignan au 
mois de février de cette année par mandement du bailli de cette 
ville, ad instanciam suprapositorwn cimUeriinovi et nunc de 
novo constrneti judeorum -. Nous connaissons l'emplacement du 
cimetière de 1310. Il était situé sur la rive droite de Ja Tet, non 
loin de la maison de Saint-Lazare, ainsi qu'on peut le voir par 
divers actes dont nous citerons les principaux seulement. Le 
3 avril 1403, les « préposés des jardins et des délimitations, » 
Sobreposats oriorum et termînorum, furent requis par Mosse 
de Bealduno (de Bésalu) et Salamo Freuol, juifs de Perpignan et 
« maîtres de la Confrérie du cimetière de l'Aljama, » d'avoir à 
délimiter le champ appelé fossar dels juheus (cimetière des 
juifs) et la vigne de G. Castanyer, jardinier. Il est dit que la li- 
mite passe fins en I. moniment de pera (probablement une croix 
en pierre), et que le champ ou fossar et la vigne en question sont 
dans le terme de la paroisse de Saint-Jean, « devant la maison 
de Saint-Lazare 3 . » Or, nous avons déjà vu que les Lépreux, 
en quittant le Puig, étaient venus s'établir sur une colline située 
à l'est de l'église Saint-Jacques. Le cimetière des juifs était 

1 A'rch. des Pyr.-Or., Cartulaire du Temple, f° 290 r°. 

* Ordonamcnt dcl cementeri dels Jnseus dans le livre des Ordinations, I, f° 40, aux 
archives de l'hôtel de ville de Perpignan. 

• Notule de Georges Barrera, année 1403, 17-187. 



19 REVUE DES ÉTUDE9 JUIVES 

donc on face de la porte de Canet actuelle 1 . Un autre document 
de L403 ne laisse aucun doute à ce sujet. Cet acte, qui avait été 
reçu par Le notaire Bernard Pabre, avait été fait et signé in 
ctmiteriô Judeorum Perpiniani ipropc et ante Portale voca- 
tion de Caneto ville Perpiniani-. Quatre-vingt-dix ans plus 
tard, nous trouvons le cimetière juif sur un autre point du ter- 
ritoire do Perpignan, à côté du Pont de la Pierre, et non loin 
de la Maison de Saint-Lazare, qui, à son tour, avait été changée 
de place 3 . 

Tout ce que nous venons de dire indique que la population 
Israélite de Perpignan s'était singulièrement augmentée au 
xiv° siècle. La taille de 1413 que nous avons citée ne comprend 
pas moins de deux cent trente-cinq juifs ou juives. 

Puisque nous venons de parler du cimetière des juifs, ajoutons 
qu'on n'a jamais découvert d'inscription hébraïque dans notre ré- 
gion, quoiqu'il y ait eu des fossars aille, Thuir, Géret, Puigcerdâ 
et autres lieux des deux comtés. Pour le fossar de Perpignan, on 
s'explique fort bien qu'on n'en ait point retrouvé une seule pierre 
inscrite, car, en 1420, la communauté juive s'étant trouvée en 
retard pour le payement de diverses contributions, et notamment 
pour la pension qu'elle faisait au gardien des lions du Château 
royal, le Domaine fit une saisie sur les débiteurs, et, pour ne pas 
les ruiner complètement, c'est-à-dire pour ne pas saisir l'argent 
ouïes biens qu'ils pouvaient avoir, — ce qui aurait porté un pré- 
judice évident aux revenus du fisc, — on trouva fort à propos de 
faire main basse sur des biens que les gouvernants ne s'étaient 
pas encore avisés d'imposer. On saisit donc les pierres sépulcrales 
du. fossar, qu'elles fussent ou non chargées d'inscriptions, et la 
vente en fut faite aux enchères publiques en faveur de maçons et 
d'entrepreneurs. Le détail de cette vente existe encore 4 . Nous 
n'avons pas besoin de dire que si cette collection archéologique 
existait encore, l'état pourrait la vendre à des prix bien plus 
élevés. Toutes ces pierres furent donc employées comme maté- 
riaux de construction à Perpignan ou aux environs. Il doit 



1 Entre cette porte et le cimetière était le moli dels Juheus. 

2 Manuel de Bernard Fabre, notaires, n° 5091. 

3 Un certain Tarba réclame, en 1493, un champ situé al Pont de la Pedra dit lo 
fossar dels J tiens. 

4 B. 217. — Plusieurs de ces pierres provenaient de la carrière de Baixas, qui est 
encore exploitée actuellement. Le 31 décembre 1410, Benvenist Struch de Besalun, 
fils et héritier de feu Struch de Besalun, juif de Perpignan, traite avec trois carriers 
de Baixas, qui s'engagent à lui fournir unum lapidem monument i ebrayee vocatum 
Mosseua (ailleurs Maçeua) semblable à la pierre qui a été placée sur la tombe de 
Bonsenyor Maine ti [Manuel de Bernard Fabre, notaires, n° 5094). 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE GERDAGNE 43 

encore en exister quelques débris que le hasard des démolitions 
pourra mettre au jour. 

Ce fait vient, ce me semble, à l'appui de l'opinion de M. Loeb, 
qui ne croit pas à Yimmense fortune que possédaient les juifs du 
moyen âge 1 . Ceux de Perpignan paraissent, en effet, n'avoir joui, 
pendant les xnr 3 et xiv° siècles, que d'une fortune raisonnable, 
quelquefois même médiocre. Au milieu du x\°- siècle, ils étaient 
pauvres, ou à peu près. La taille de 1413 donne une fortune 
moyenne de 37 livres par tête. « Ce n'est pas une grosse fortune », 
dit avec raison M. Loeb. D'ailleurs, nous voyons les juifs de 
Perpignan emprunter souvent de l'argent aux chrétiens. C'était, 
dira-t-on, une pratique intéressée, car, plus ils devaient aux 
chrétiens, moins ceux-ci cherchaient à les faire expulser. Cela 
peut être vrai 2 , mais ce qui ne l'est pas moins, ce sont les em- 
barras financiers qu'il est facile de constater à diverses reprises 
à l'Aljama de Perpignan. Pour n'en citer qu'un exemple, le 
20 novembre 1400, Mosse Duran et Salamo de Bellcayre, « pro- 
tecteurs et syndics de l'Aljama de Perpignan et de sa collecte, » 
contractent, en son nom, un emprunt destiné à payer ses dettes, 
qui « l'écrasent 3 ». D'un autre côté, on voit souvent la corona 
(réunion) des créanciers du Call mettre en mouvement ses « pro- 
tecteurs » et faire poursuivre les juifs débiteurs, vendre leurs 
biens ou les faire mettre en prison 4 . En 1396, l'un des créanciers, 
Jean Garrius, exige de l'argent des juifs. Ils répondent qu'ils ne 
peuvent pas en donner et allèguent lurs grans e importables 
carrechs e desanansament e desteniment de lur juheria. Gar- 
rius fait appeler les dix ou douze plus riches de la communauté, 
parmi lesquels Samiel Asday et Mosse Alphaquim, et les fait 
enfermer dans un silo obscur et ténébreux, en una sitja scura e 
molt teyxebrosa, dans le Call même 5 . 

Primitivement, la connaissance des affaires concernant les juifs 
fut attribuée aux gouverneurs des deux Comtés. Un assesseur 

1 Revue des Etudes juives, XIV, p. Go. 

1 On voit très souvent des juifs chercher à s'enfuir de Perpignan. Les rois se 
voient obligés de prendre des mesures rigoureuses pour les retenir sur le sol du 
Roussillon ; ils nomment quelquefois dès sergents supplémentaire*, chargés d'arrêter 
les juifs sur la simple réquisition des secrétaires de l'Aljama, attento quod quotidic 
inulti judei et judec fiujiunt a villa Perpiniani (B. 209). Un jour, Jean I er d'Aragon 
prescrit au gouverneur des deux comtés de faire séquestrer et inventorier les biens 
de tous les juifs de l'Aljama de Perpignan qui seraient soupçonnés de vouloir quit- 
ter cette ville pour aller s'établir en France (B. 1 54) . 

3 Les dettes avec les arrérages s'élèvent à la somme de 28,408 livres, G sous, 6 de 
niers (13. 185. i" 112 a 125. 

* B. 405, B. 225, etc. 

"' B. t69. 



u REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

remplissait les fonctions « do Commissaire royal des juifs » \ 
et c'est lui qui servait d'intermédiaire entre l'autorité supérieure 
et les gouvernants de l'Aljama, dont il annulait quelquefois les 
décisions-.' Plus tard, le roi Alphonse d'Aragon attribua exclusi- 
vement au procureur royal la juridiction civile et criminelle des 
juifs de l'Aljama de Perpignan et de sa « Collecte » 8 . Le procu- 
reur royal eut quelquefois à défendre ses prérogatives en cette 
matière, notamment le 20 mars 1451. Une rixe assez sérieuse 
s'était élevée entre Lelion Jaffuda, Mosse Assau, Cresques de 
Suau et Issach Grassan, d'une part, et En Bellshom de Blanes 
de l'autre ; ils étaient tous juifs de Perpignan. Le procureur 
fiscal du gouverneur leur intenta un. procès ; mais le procureur 
royal, qui avait fait arrêter les délinquants et les « tenait en 
sa cour », protesta, en affirmant son droit de les juger *. 

Plusieurs ordonnances des baillis de Perpignan contiennent des 
règlements relatifs aux juifs ; nous avons même des sentences 
rendues par ces fonctionnaires, jugeant des Israélites 5 . Mais 
le 23 février 1452, il fut fait expresse défense au bailli Pierre 
David « de se mêler en quoi que ce soit » de la juridiction des 
juifs , qui fut réservée au procureur royal. Pour assigner les 
juifs on procédait de la même façon que pour les chrétiens; 
mais il semble ressortir de certains documents que les assigna- 
tions faites un samedi étaient renvoyées « parce que les juifs 
font leur prière ce jour-là » 7 . 

Dans les affaires d'intérêt ou de famille, l'arbitrage jouait un 
grand rôle à l'Aljama. Les arbitres sont très souvent les secré- 
taires et, souvent aussi, ce sont des juifs qui n'ont aucune part 
dans l'administration de la juiverie. On voit des juifs répudier 
leurs femmes conformément à une sentence arbitrale prononcée 
par deux arbitres israélites s ; d'autres signent des paix et trêves 
sur l'avis motivé d'arbitres choisis. 

On sait combien les juifs ont toujours été attachés à leur reli- 
gion et à leur culte, qui comprenait surtout la prière et l'ensei- 
gnement. Partout où ils se trouvaient en nombre, leur premier 

1 Encore en 1387. le roi Jean conférait à Jean Vallseca l'office d'assesseur du 
gouverneur et officium commissarii Judeorum aljame Pcrpiniani, en remplacement 
de Guillaume Jorda. 

* B. 330. 

3 B. 331. 

4 B. 405. 
s B. 332. 

g B. 405. . 

7 Fa la lut- oracio (B. 226). 

8 B. 335. 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE IS 

soin était de rechercher un local pour y installer la synagogue. 
C'est là qu'ils célébraient le sabbat et les fêtes de l'année ; c'est 
là qu'ils s'édifiaient dans le courant de la semaine. En 1303, les 
procureurs royaux inféodèrent à R. Savina et à Perrot de Barges 
une partie de terrain où était située la scola ou synagogue, in qua 
consuevit esse scola sive sinagoga judeorum Perpiniani l . Une 
nouvelle synagogue venait d'être construite dans le Gall même. 

Nous ne saurions fixer avec certitude l'emplacement qu'occu- 
pait la synagogue dans le Call, mais nous croyons que le couvent 
des Minimes (aujourd'hui la Manutention) fut fondé sur ses ruines 
en 1575. Ce couvent était aussi appelé de la Victoire. La rue du 
Call ou des juifs prit alors ce dernier nom. C'est actuellement la 
rue Saint-François-de-Paule. 

Il existait une imposition dite des Setis ou sièges de la syna- 
gogue. Les secrétaires faisaient un jour sommation à En Salamo 
Freuol, juif de Perpignan, d'avoir à payer sa contribution de 
40 sols par an imposée, pour chaque seti ou cell, sur chacun des 
juifs de l'Aljama -. 

« Les maîtres de la confrérie du cimetière » n'étaient peut-être 
pas des ministres du culte, mais ils devaient être plus ou moins 
sous la dépendance du prêtre officiant, appelé capellanvs judeas 
ou capella juheu (curé juif) dans les documents chrétiens 3 . 

Il existait des fonctionnaires chargés de 1' « aumône de l'allu- 
minaire », procuratores helemosùte Inminarie Aliame judéo- 
non Perpiniani, qui s'occupaient de l'entretien de la lampe éter- 
nelle (ner tamid) et des lampes ordinaires allumées à divers mo- 
ments de la semaine, surtout le jour du sabbat, pour illuminer la 
synagogue 4 . 

On sait que la culture intellectuelle n'a jamais été négligée 
parmi les juifs, et la religion leur faisait un devoir de connaître 
la Thora. Des fonctionnaires spéciaux, véritables instituteurs à 
la fois civils et religieux, étaient chargés de lire la loi à la jeu- 
nesse de l'Aljama. Les secrétaires nommaient les lecteurs de la 
loi et leur imposaient l'obligation de remplir leur devoir. S'ils 

1 B. 21, 1° 23, v. 

2 B. 332; B. 334. — L'article B. 335 contient un rôle des dégrèvements effec- 
tués par les quatre secrétaires sur la vente de la contribution ordinaire des sièges 
ou places de la synagogue. Suivent deux pages de noms et de nombres en 
hébreu. 

3 En 1321 . Ego Maijv Boneti, capellanus Judcus habitator Perpiniani (Notule de 
Raymond Imbert). 

4 En 132 r J Bo&afos Daui et Vidal Vives de Béziers remplissaient ces fonctions 
(Notule de Guillaume MaiFred, notaires, d° 4995). — Il y avait au Call de Perpignan 
une maison de l'aumône des juifs, dont il est parlé en plusieurs endroits. Elle avait 
des administrateurs spéciaux, nommés par le conseil et les secrétaires. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

refusaient, l< 4 représentant de l'autorité supérieure intervenait. 
C'est ainsi que I» 1 procureur royal, à la date du 28 avril 1458, 
enjoignait, sons peine d'une, amende de 25 livres, à Jusse de Lé- 
rach d'avoir à faire la lecture aux enfants du Call pendant le 
temps à lui assigné par les secrétaires, qui devront lui payer deux 
florins pour son salaire. 



LES JUIFS DES DEUX COMTÉS PENDANT LA DOMINATION MAJOR- 
QUINE. — RÈGLEMENTS DIVERS SUR LA POLICE DE l'ALJAMA. — 

ordonnance du bailli de perpignan sur le port de la roue 
imposé aux juifs (1276-1344). 



La création du royaume de Majorque à côté du royaume d'Ara- 
gon fut une source intarissable de dissensions et de malheurs. Les 
deux fils de Jacques le Conquérant se firent une guerre achar- 
née ; leurs successeurs continuèrent ce duel odieux, haineux, qui 
amena la ruine du royaume de Majorque (1344) '. Les princes 
majorquins résidèrent habituellement au château de Perpignan, 
circonstance très avantageuse pour la ville et les deux comtés, et 
il fallut tous les maux qu'entraîne la guerre impitoyable pour 
arrêter l'essor agricole, industriel et commercial commencé sous 
le règne de Jacques le Conquérant. Toutefois, il serait facile de 
montrer que la monarchie majorquine favorisa efficacement l'a- 
griculture, l'industrie et le commerce, auxquels les Juifs des deux 
comtés ne furent certainement pas étrangers. Plusieurs d'entre 
eux achètent et expédient des laines, des cotons ; d'autres sont 
marchands de livres ; quelques-uns sont teinturiers ; je vois des 
relieurs, des tailleurs. Ces ouvriers juifs étaienfsoumis à l'exa- 
men des préposés des corporations de métiers 2 . D'ailleurs les 
princes majorquins se montrèrent favorables au développement 
de la liberté, et leurs règlements et ordonnances relatifs aux 
Juifs, tracassiers et vexatoires à nos yeux, ne sont, pour la plu- 

1 Jacques I er de Majorque mourut en 1311. Son fils Sanche, qui lui succéda, mou- 
rut en 1324, et laissa le trône à son neveu, Jacques II, qui fut le troisième et dernier 
roi de Majorque. 

* B. 226. Dans le livre premier des Ordinations (f° 55, v°), il est question de 
juifs colporteurs ou marchands ambulants, portantes raubàm ad collum et argentum 
et stament et lanam et libros causa vendendi per villam Perpiniani. 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE M 

• 

part, que des règlements de police exigés par les circonstances et 
les mœurs de l'époque. 

Les chrétiens du Roussillon aimaient beaucoup les jeux de ha- 
sard. Les juifs s'y livraient avec non moins de passion. 

Dès Tan 1279, nous trouvons une ordonnance des consuls de 
Perpignan qui défend de prêter de l'argent au jeu, sous peine au 
prêteur de perdre sa créance, quel que soit l'emprunteur, juif ou 
chrétien l . En 1284, Jacques I er de Majorque prohiba toute espèce 
de jeux de dés, tant dans l'intérieur qu'à l'extérieur de Perpignan. 
Celui qui n'aurait pas de quoi payer l'amende (dix sols) recevrait 
un coup de fouet ou de verge (assot) pour chaque sol dont il se- 
rait insolvable -. Parmi les jeux prohibés se trouve le tindaureyl 
et le cabrabocli; mais nous ignorons quelle en était la règle ou 
manière de les jouer. Celui qui est appelé amicdalorum amie- 
data pro amicdalis était un jeu purement de hasard. 

De par une ordonnance du 12 des calendes de novembre 1295, 
les juifs ne pouvaient pas jouer aux dés pendant leurs fêtes [en 
testes lurs\, ni les jours de noces, ni en nulle autre circonstance, 
s'ils n'en avaient reçu la permission du bailli royal, qui savait la 
leur faire payer ; dans aucun cas ils ne devaient jouer avec des 
chrétiens 3 . Le seul jeu de dés permis aux juifs vers le milieu du 
xm e siècle était celui qu'on appelait en catalan taules malleta 
ou taules ferrando ; mais nous ignorons aussi en quoi il con- 
sistait. 

Le jeu amenait quelquefois des contrats assez singuliers. Un 
juif de Perpignan appelé Gracien Cap s'engageait un jour envers 
Martin Trillar à ne pas jouer de deux ans au jeu dit amicdalo- 
rum amicdala pro amicdalis. Ces sortes d'engagements étaient 
passés devant un notaire ou un employé de la « scrivanie », et, 
lorsque les parties voulaient les casser, elles revenaient devant 
ces magistrats. Le 10 des calendes d'avril 1276, Astruc Abram 
dégageait un de ses coreligionnaires et ses biens de toute ques- 
tion qu'il pourrait soulever contre lui. Il le dégageait aussi de la 
somme qu'il lui avait promise chaque fois qu'il jouerait ou ferait 
jouer à un jeu auquel il pourrait perdre quelque chose du sien. 
« Tu pourras donc jouer sans crainte, lui dit-il; je brise l'acte 
que nous avions fait en la scrivanie de Perpignan, et je reconnais 
avoir reçu pour cette définition la somme de mille sols barce- 
lonais *. » 

1 Livre premier des Ordinactons de la cour du bailli de Perpignan, f° 9, v°. 
1 Ibidem, 1° 9, v°. 

• Ibidem, f° 7, v°. 

* B. 300. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

L'ordonnance royale du 12 des calendes de novembre que nous 
citions plus haut contient, sous forme d'appendice, une ordon- 
nance d'En Vidal Grimaù, baille ou bailli de Perpignan, où il est 
recommandé aux juifs de ne point se permettre de sortir « sans 
cape », que cVaqui anant negu juseu no gaus ariar mcyns 
de capa ' . 

Cette défense de « marcher sans la cape » prouve que cet ha- 
billement, qui affectait la forme d'un long et vaste manteau, fut 
d'abord le signe particulier auquel on reconnaissait les juifs. En 
effet, la roue ne leur fut prescrite qu'en 1314, et encore le port de 
ce signe distinctif ne fut imposé qu'à ceux qui ne portaient pas la 
cape. La roue était cousue sur la robe de dessus, au milieu de la 
poitrine et de la manière la plus apparente. Elle était de toile ou 
de soie et d'une couleur bien tranchée avec celle de la robe 2 . Elle 
était très petite, si l'on s'en rapporte à la figure qui la représente 
dans le livre premier des Ordinations. 

Quelques juifs furent dispensés de porter la roue. J'en citerai 
un exemple. La veille des ides de septembre 1323, le roi Sanche 
de Majorque, successeur de son père Jacques I er , autorisa Bonjorn 
del Barri de faire partie de l'Aljama de Perpignan, de voyager et 
trafiquer librement dans tous ses États et de ne porter sur ses 
habits ni la roue ni aucun autre signe qui pût le faire reconnaître 
comme juif, « attendu, dit le roi à Bonjorn del Barri, qu'un pa- 
reil signe, si vous le portiez, pourrait vous occasionner divers 
dangers et périls réels et personnels lorsque vous devriez aller çà 
et là pour votre négoce, à cause de la haine presque commune 
qu'on a pour les juifs, » propter quasi commune odium ju- 
deorum 3 . 

Ce qui n'était qu'une exception devint plus tard une règle pour 



1 Ordinations, i, f° 7. v°, cité par Alart, Documents sur la langue catalane des an- 
ciens comtés de Roussillon et de Cerdagne, p. 106. 

2 vi. Kls aprilis anno dfii M. CCC. XIIII. 

Ordinatum fuit per dominum Bernardum Dauini militem bajulum Perpiniani de 
mandato illustrissimi domini nostri régis Maioricarum quod omnes judaei dicionis dicti 
dniquod {sic) non portabunt capas habeant portare rotam fili vel cirici in rauba su- 
prema in medio pectore unum palmum cane Montepusellani (sic) subtus oram poslis 
pectoris ; que rota non sit talis coloris talis erit dicta rauba. Et si de cetero inveniatur 
aliquis judaeus per sagiones curie qui non portet predictam rotam sub forma et condi- 
cione predictis quod dictus judœus amitat raubam supremam quam tune portabunt, 
de qua roba (sic) sagiones habeant terciam partem et curia dni régis duas partes. 

Que rota sit hujus magnitudinis ^j 

(Ordinations, i, f° 54, v°). 

3 B., 94, f<> 45, v°. — C'est Grégoire IX qui, en 1234, avait exigé de tous les rois 
de la Péninsule l'accomplissement du canon du concile général de Latran de 1215 re- 
latif au signe distinctif et au costume des Juifs. 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE 49 

les juifs en voyage. Nous verrons, en effet, que, dans l'intérêt de 
leur sûreté, Alphonse V d'Aragon affranchit les juifs de l'obliga- 
tion de porter la roue ou tout autre signe qui pourrait les faire 
reconnaître. 

En 1279, Jacques de Majorque défend à tout juif ou juive de 
prendre une chrétienne pour nourrice, pour femme de chambre 
(prediceca) ou pour servante ; il défend aussi à toute femme chré- 
tienne de s'engager à eux en cette qualité, sous peine de deux 
cents sous d'amende contre l'un et l'autre ; et s'ils ne peuvent pas 
payer cette somme" ils seront fustigés par toute la ville (fusti- 
gentar per Villam Perpiniani tam judeus et jadea quam chris- 
tiana). La même peine sera encourue par toute femme chrétienne 
qui entrerait dans une maison juive, soit pour ses propres affaires, 
soit pour y faire quelque service (pro negociis suis vel servicio 
eis (aux juifs) faciendo intus domus 1 ). 

Une addition à cette ordonnance, qui est du 5 des ides de juin 
12T9, interdit aux chrétiens de porter de l'eau à un juif ou à une 
juive, de faire sa lessive, de porter son pain au four. Une chré- 
tienne ne peut aller rendre visite à une juive nouvellement ma- 
riée, ni à une accouchée [ni gaies anar cortejar novia jusïa ni 
pariera) ; elle se gardera de faire aucun service dans une maison 
juive. Un « établissement » de la même année (1296) défend à tout 
juif baptisé de conserver aucune relation avec ses anciens core- 
ligionnaires, de les fréquenter et même de leur parler. Quelques 
jours après, le batlle ou bailli de Perpignan, En Vidal Grimau, 
défend à tout chrétien d'aller vendre des comestibles (negunes 
causes menjadores) dans le Call. 

Aucune denrée ne pouvait être exposée en vente par les juifs 
de l'Aljama ; ils devaient se pourvoir de tout au marché. Un rè- 
glement du bailli royal, en date du 8 des calendes de septembre 
1299, défendit aux marchands de fruits de permettre aux juifs de 
rien toucher dans les paniers. Le roi décida qu'il ne serait point 
fait de criée à ce sujet; le bailli devait se borner à transmettre 
son « mandement » aux secrétaires de l'Aljama, qui le communi- 
queraient aux juifs dans la synagogue 2 . 



1 Livre vert mineur, f° 54, v°, et Ordinacions, i, f° 6, v°. 

* Après Ayso (ie manament du bailli), venc en audencia del Senyor rey e fe mana- 
vnent que no foi cridat mes que hom fes manament als secretaris que o degessen dir 
generalmcnt als juhcus en laSinarjoga [Ordinacions, i, f° 8,r°). 



T. XV, N° 29. 



30 REVtiÉ DES ÉTUDES JUIVES 



VI 



LES JUIFS DES DEUX COMTÉS SOUS LES RÈGNES DE PIERRE IV ET 
DE JEAN I er D'ARAGON. — LETTRES DE gUÎdtge. — RÈGLEMENTS 
CONCERNANT LES APPROVISIONNEMENTS DES JUIFS SUR LES MAR- 
CHÉS PUBLICS. — ENVAHISSEMENT DU CALL PAR LES CHRÉTIENS 

(1344-1396). 

Pierre IV, dit le Cérémonieux, avait succédé à son père Al- 
phonse sur le trône d'Aragon. Il chercha vite querelle au roi de 
Majorque, qu'il s'était promis de dépouiller de ses États. Pierre 
envahit donc le Roussillon, en 1343, s'empara de Gollioure et 
d'Elne, occupa Perpignan et s'installa au château des rois de Ma- 
jorque. Le 22 juillet 1344, il fit publier dans l'église Saint-Jean 
l'acte de réunion des comtés de Roussillon et de Cerdagne à la 
couronne d'Aragon. Le royaume de Majorque avait vécu. 

Sous le règne de Pierre IV, les juifs des deux comtés paraissent 
avoir laissé le petit trafic pour se livrer au grand négoce. Aussi 
nous les voyons très souvent en voyage, allant en Catalogne ou 
en France. Mais il ne faudrait pas croire pour cela qu'ils eussent 
toute liberté de sortir des comtés. S'ils n'étaient pas précisément 
considérés comme une marchandise par les rois de Majorque et 
d'Aragon , ces princes avaient grand soin de les empêcher de 
sortir de leur royaume, car ils avaient continuellement une hy- 
pothèque sur leur bourse, dont ils ne voulaient pas voir diminuer 
le capital. On trouve, en effet, les juifs inscrits dans les rôles des 
objets dont la sortie est prohibée 1 . Pour passer la frontière, ils 
avaient besoin d'une permission émanée de l'autorité royale ou de 
celle des officiers royaux. C'est ainsi qu'en 1372, Pierre IV ayant 
frappé une forte contribution sur l'Aljama de Barcelone, ce prince 
donna à l'un d'eux, Jussef Zarch, la commission de se rendre en 
France pour solliciter de ses coreligionnaires des secours, afin de 
solder la somme, et le bailli royal de Barcelone lui donna une lettre 
en forme de passeport pour que le gouverneur du Roussillon lui 
permît la sortie du royaume d'Aragon 2 . Le même roi donna à des 

1 II existe des criées, faites au nom de Pierre IV, qui interdisent l'exportation de 
l'or, de l'argent et d'autres métaux, ouvrés ou non, des chevaux, armes, vivres et 
munitions de guerre, des Juifs ou Juives, de la laine, des cochons, etc. (Registre XVI 
de la Procuracio real, B. 136). 

a Par lettre du 1 er mai 1376, datée de Montso, Pierre IV défendit au gouverneur 



LES JUIFS DE R0USS1LL0N ET DE CERDAGNE 51 

juifs de Perpignan l'autorisation de passer en France pour y 
suivre des affaires de négoce 1 . Le souverain donnait aussi des 
lettres de guiatge ou sauf-conduits aux juifs étrangers qui de- 
mandaient à venir dans les comtés. On en trouve la preuve dans 
une lettre que le gouverneur de Roussillon et de Gerdagne adres- 
sait à Issach, juif de Carcassonne, le 12 octobre 1377 2 . 

Les juifs se levaient matin. Leur premier soin était d'aller au 
marché, où ils achetaient, comme de juste, ce qui était à leur 
convenance. Or, il se rencontrait que, presque toujours, la viande 
la plus jolie, les volailles les plus grasses et les fruits les plus 
frais étaient à leur convenance. Us se gardaient donc bien de les 
laisser pour ces paresseux de chrétiens, qui dormaient jusqu'à 
une heure avancée du jour. Les chrétiens se fâchèrent et ob- 
tinrent de l'un des rois de Majorque un statut interdisant aux 
juifs de paraître sur le marché avant que « la troisième heure fût 
sonnée » 3 . En 1358 on dut s'apercevoir que les juifs violaient le 
statut royal, puisque Pierre IV, par lettres données à Girone le 
28 avril 1358, défendit qu'aucun juif osât acheter volailles, gibier, 
fromage ou comestibles quelconques sur la place du marché {in 

des Comtés et à ses lieutenants de donner de ces sortes de permissions aux juifs de 
l'AIjama de Perpignan, laissant ce droit au procureur royal (Registre X de la Procti- 
racto real, 13, 133, f» 94, v°). 

1 Mais le roi exigeait des cautions d'une telle nature que le juif ne pouvait pas 
faire moins que de revenir chez lui. Le 28 août 1365,1e roi écrit à Arnaldd'Orchau, gou- 
verneur des Comtés, qu'il autorise Struch Daui Choen, Mahir Samiel et Vidal Samiel, 
juifs de Perpignan, de sortir du Roussillon et de passer en France « où ils espèrent 
exercer le négoce avec plus de profit que dans ses terres », a condition, toutefois, 
qu'ils laisseront à Perpignan, ou autre lieu du domaine royal, leurs femmes et leurs 
enfants, et donneront des garanties suffisantes pour le paiement des contributions aux- 
quelles ils seront astreints comme membres de l'AIjama de cette ville, pendant leur ab- 
sence (B, 121, i" 49, v°). Même autorisation donnée le 3 février 1366 à Jusse Tnouia 
(Tobie) et à Daui Jacob Choen (Ibidem, ï° 82, v°). — Ce dernier devait être un des 
grands commerçants du Call de Perpignan. Je vois que le 24 novembre 1369 le pro- 
cureur royal lui donne encore des lettres de guiatge pour aller « commercer » en 
France, avec iassenti oient et la volonté de Cresques Nassi et Jusse Thouia, secré- 
taires de l'AIjama, nec non de presentando se coram nobis, ajoute le procureur royal, 
infra duos ilin jmtquam rcdi».rit a dicto régna et fuerit in villa Perpiniani [Ibidem). 

• NosenRamon de Perellos. cavalier, governador de Rossello et de Cerdanya, per- 
lai com tu Issach, juheu habitant de Carchassona, vols venir à Perpenya per comptar 
ab alscuns juheus als quais es tengut. guiain e asseguram tu dit Issach axi que per 
quais sevol deutes o altres causes civile o per peytes d'aiyama o d'altres no pugues 
esser près ne aturat en persona ans puxes entrar salvament e estar e tomar tota ve- 
guada quet voiras dins dos meses de la dada de la présent avant comptadors per 
losquals e no mes avant volem que dur aquest guiatge... » — Cette lettre fut confirmée 
le 14 octobre suivant par Adday Tauros Mosse, mogister Vitalis Samiel et Cresques 
Daui Jacob, secrétaires de rAljama de Perpignan (Notule de Guillaume Fabre, no- 
taire de Perpignan). 

3 Nous ignorons le texte et la date de ce statut qui est rappelé dans celui que nous 
donnons ci-dessous. 



52 REVUE DES ETUDES IUIVES 

platea Gallinarum), « avant que la troisième partie du jour fût 
unie, » donec transierit tercia pars diei x . 

Il est à croire que les Juifs protestèrent contre cette ordon- 
nance et que le roi Pierre IV la retira. On ne peut s'expliquer 
différemment le contenu d'une autre ordonnance, datée de Ger- 
vera le 14 décembre de Tannée suivante (1359). Il y est dit que 
le roi retire aux juifs la permission qu'il leur avait donnée 
d'acheter sur les marchés de Perpignan. Il rappelle cette fois 
l'ordonnance dont il a été question ci-dessus et il ordonne de la 
faire exécuter dans toute sa rigueur ». 

A la laveur des troubles causés par la dernière guerre entre les 
deux rois de Majorque et d'Aragon, quelques juifs de Perpignan 
avaient quitté le Call et s'étaient répandus dans l'intérieur de la 
ville. Jean Gilles, consul, et Guillaume Redon, bourgeois, tous 
deux syndics de Y « université » de Perpignan, s'en plaignirent 
vivement au roi. Pierre écrivit aussitôt au sieur d'Orchau, por- 
tant-veus ou lieutenant de son gouverneur en Roussillon : « Plu- 
sieurs juifs, dit-il, ont abandonné le Puig des Tisserands 3 qui 
leur avait été assigné anciennement et ont acheté des maisons 
dans une rue qui conduit au Puig, rue qui est habitée par des 
chrétiens ». Gela n'est point tolérable, car lorsque le Saint-Sacre- 
ment passe dans cette rue, les juifs le blasphèment « tacitement ». 
En conséquence, Arnald d'Orchau voudra bien chasser immédia- 
tement les juifs de toute rue habitée par des chrétiens, avec 
défense absolue d'habiter les maisons qu'ils y ont achetées. La 
lettre est datée de Barcelone, le 26 octobre 1366. Le roi voulait 
qu'on s'en tînt à ses ordres jusqu'à son arrivée à Perpignan 4 . 

1 Livre vert mineur, fol. 219,' r". 

2 Petrus dei gracia rex... nobili et dilecto gerenti vices gubernatoris in comitatibus 
Rossilionis et Cerritanie ceterisque officialibus nostris ville Perpiniani presentibus et 
futuris et locatenentibus eorumdem salutem et graciam. Cum ut per sindicos univer- 
sitatis ville Perpiniani ad nos noviter missos pro curia quam nunc Cathalanis Cervarie 
celebramus fuit nobis expositum reverenter nos concesserimus judeis eiusdem ville 
quod possint emere quacumque ora diey qualibet victualia proutfaciunt christiani hoc 
que factum esse dicatur contra ordinacionem facta per olim Reges Maioricarum quœ 
cavetur quod nullus judeus aut judea sub pena v. sol. audeat emere aut emi facere 
in die mercati nec die dominica vel festiva nisi post pulsacionem tercie gallinas, pul- 
los, anceres, anates aut aliam voletariam, ova vel caseos et eciam contra longum 
usum in dicta villa de predictis observatum . Etiam post impetrationem privilegii me- 
morati et propterea nobis fuerit supplicatum ut super hiis dignaremur de opportuno 
rernedio providere, ideo supplicatione predicta bénigne admissa vobis et cuilibet ves- 
trum dicimus etmandamus quatenus ordinacionem et usum predictos totaliter observe- 
tis dicta non obstante concessione cui per usum contrarium extitit derogatum [Livre 
vert mineur, fol. 225, v°). 

3 Podium Textorum, anciennement Podium Leprosorum. Le roi Sanche avait donné 
ordre à tous les tisserands de venir habiter le Puig (B. 61). 

* .. . Redemptoris cujus corpus sanctifîcatum, quod dum fertur per illum vicum 



LES JUIFS DE ROUSSILLON ET DE CERDAGNE ^3 

Jacques II, roi d'Aragon, avait ordonné que tout écrit ou con- 
trat passé, à titre usuraire ou non, par les juifs de son royaume, 
ne serait plus valable après un laps de six ans, si, dans cet in- 
tervalle, le créancier n'avait fait quelque instance judiciaire, à 
moins toutefois que le contrat ne fût en faveur d'un mineur ou 
d'un absent *. Par lettre donnée à Perpignan le 6 décembre 1366, 
Pierre IV manda à ses officiers d'appliquer ce statut aux juifs du 
Roussillon. Le 2"7 avril 1367, cette lettre fut présentée à Jaspert 
de Tregura,juge royal, par Maymo Momet, Bonjach de Montpel- 
lier, Samiel Caracosa et Jusse Touia, secrétaires de l'Aljama. Le 
15 mars 1368 seulement le juge royal rendit une sentence qui 
rendait exécutoire l'ordonnance du 6 décembre 1366 2 . 

Pierre IV prit un jour le parti des juifs contre le corps muni- 
cipal de Perpignan. Celui-ci avait voulu frapper la viande d'un 
impôt. Pour rendre cet impôt moins onéreux aux habitants, en le* 
faisant porter sur un plus grand nombre de contribuables, il avait 
décidé que, au lieu de frapper d'impôt la viande débitée dans les 
boucheries, on imposerait chaque tête d'animal qui entrerait en 
ville pour la consommation. De cette manière, la taxe atteignait 
les clercs, alors très nombreux dans Perpignan, aussi bien que 
les séculiers. 

Le clergé protesta : on violait les libertés de l'église et on atta- 
quait ses immunités. L'évêque d'Elne s'en plaignit vivement aux 
consuls. Il n'en put rien obtenir. Il lança alors une sentence d'ex- 
communication et fit entamer devant les juges ecclésiastiques un 
procès contre ces magistats. Le roi prit parti pour les consuls ; il 
ordonna à l'évêque de renoncer aux procédures, et, sur le refus 
de ce prélat, il fit saisir et occuper ses temporalités. 

Cette même taxe avait frappé les juifs, qui réclamèrent comme 
avaient fait les clercs. Par une de ces contradictions administra- 
tives qui lui étaient familières, Pierre IV écrivit aux consuls de 
Perpignan, le 22 janvier, qu'ils avaient, sans permission et contre 
sa volonté frappé d'une contribution les juifs de leur ville ; qu'il 
se souvient très bien cependant qu'en aucune session de corts et 
en aucune autre circonstance, il n'avait voulu accorder ni à eux 
ni à d'autres que ses juifs — judœl nostri — fussent compris 
dans les impositions des chrétiens sur le vin et la viande ; que les 

causa visitandi infirmos vcl alias tacite blasfematur.. . Quinimo eosdem ab omni 
vico predicto incontinenti expellatis et eis inhibeatis ut nullatenus in dictis hospiciis 
stare audeant nec ea iutrare quousque nos fuerimus in dicta villa personal'ter cons- 
tituti, quoniam nos eo tune re subjecta occulis et auditis utriusque partis racionibus 
super hoc providebimus de remedio condecenti [Livre vert mineur, 1° 242, r°.). 

1 Henry, Histoire de Roussillon, II, p. 206. 

* B. 118 [Notule d'André Romeu), f° 6. 



BEVUE DES KTUDES JUIVES 
.juifs Re devaient ôtre tributaires que de lui seul, tandis que par 
cette voie, les consuls [es pendaient tributaires de la ville. Il 
défend, en conséquence, «le leur faire payer cette taxe, et charge 
\e gouverneur du Roussillon, le bailli et leurs lieutenants de lui 
dénoncer toute nouvelle contravention de ce genre et de la faire 
amender au double *, 

o Cette taxe, ajoute Henry, auquel nous empruntons tous les 
renseignements qui précèdent, n'était pourtant que celle qu'avait 
autorisée ce prince pour l'amortissement des dettes de la ville. 
Les raisons qu'il faisait valoir en faveur des juifs pouvaient s'ap- 
pliquer également aux clercs, qui n'appartenaient pas plus que les 
juifs à la juridiction municipale, et que les consuls ne pouvaient 
pas plus rendre tributaires de la ville. » 

Deux ans après, ces mêmes juifs, auxquels le roi donnait sa 
protection, furent assaillis dans le Gall par les chrétiens. Le fait 
ne nous est connu tout d'abord que par une note du Livre vert 
mineur-, qui est aux archives communales de Perpignan. La voici : 
IIII Kal. Augusti. hac die lune anno M.CCC.LXX . fuit rumor 
contra judeos Perpiniani. Et c'est tout. Le Call fut très proba- 
blement saccagé. Le procureur royal avait nommé des commis- 
saires pour faire une enquête , mais ils ne dressèrent aucune 
écriture pour constater les pertes subies par VAljama. Les secré- 
taires s'en plaignirent vivement dans une requête présentée par 
« maître » Bonet Belshoms et Samuel Asday, deux d'entre eux . 
Ils déclarèrent qu'ils n'avaient « aucune juridiction » et aucune 
autorité pour prendre acte des pertes que la communauté avait 
éprouvées en lo feyt del avalot (émeute) dels Juseus ; qu'ils igno- 
raient ce que juif ou juive pouvait avoir perdu dans ledit avalot 3 . 
Nous n'avons point d'autres renseignements sur cet événement ; 
nous ne connaissons pas non plus les causes qui l'avaient amené. 

Une nouvelle invasion du Gall eut lieu en 1392, sous le règne 
du roi Jean I er , qui avait succédé à Pierre IV sur le trône d'Ara- 
gon. Celle-ci fut, en quelque sorte, le dernier acte d'une sanglante 

1 Henry, Histoire du Roussillon, II, p. 208. 

2 po 4 r o # 

3 Los secretaris dels juseus de la vila de Perpenya comparens per alscuns manar- 
mens ad als feyts per alcuns affermansa sots delegats del feyt del avalot dels jusens 
del dit loch de Perpenya... disen que cert es quels dits secretaris no han deguna 
jurediccio ni nul temps no husaren de juridiccio ni es acostumat que ad els sia cornes 
cosa que toch jurediccio, y dir que els f'assen en formassio es usar de jurediccio, e so 
que els no sabrien fer, car axo pertany a senyors davocats e escrivans crestians. . . 
Ite n disen que certs notaris e serts prohomens foren elegits per lo lochtenent de go- 
vernador e per los senyors consols que presessen lo dit {pour qu'ils prissent le 
dire) de tots aquels qui pretendihen aver perdut en lo dit avalot ni que lou avienper- 
dut per que agen ho daquels, car los secretaris nultemps non feren escriptura. . . E 
dits secretaris no saben tôt so que juseu o juseua aja perdut en lo dit avalot (B. 329). 



LES JUIFS DE R0USS1LL0N ET DE CERDAGXE 55 

tragédie dont le premier s'était joué dans le royaume de Gastille 
vers le milieu de Tannée 1391. La multitude avait pillé, saccagé 
les maisons et les boutiques de la juiverie de Séville et mis à mort 
les juifs qui avaient opposé quelque résistance. Cette nouvelle 
parvint à Majorque au mois de juillet. On raconta aussi que des 
chrétiens du royaume de Valence, faeiendo avalot contra judeos 
Valencie, avaient bien massacré quatre-vingts juifs, à la suite de 
quoi ils avaient envahi le Call de cette ville et emporté les biens 
des juifs l . Ces faits étaient vrais. L'infant Martin fit faire d'ail- 
leurs des poursuites rigoureuses à ce sujet. Malheureusement, 
elles n'arrêtèrent pas le courant d'intolérance qui, venant des 
Etats du roi de Gastille, soufflait sur toutes les villes où il y avait 
dps juifs. Le 2 août, le Call de Majorque fut pris et pillé. Trois 
chrétiens perdirent la vie dans la lutte. Elle fut payée par la mort 
de trois cents juifs *. Le 4, ce fut le tour du Call de Barcelone 3 . 
Le 13, soixante-dix-huit juifs étaient égorgés à Lérida 4 . A Tar- 
ragone, à Girone, il y eut aussi tuerie de juifs. Quelques jours 
après, les chrétiens de Perpignan envahissaient le Call du Puig 5 . 
Si je prends au pied de la lettre un document de 1394, le Call 
fut « détruit ». Il est dit, en effet, dans ce document que le tau- 
latge del masell (boucherie) n'y rapporte plus que cinq livres au 
roi, per (à cause de) la destructio del dit call G . Nous savons, 
en tout cas, que les juifs se virent obligés d'abandonner leurs 
maisons et de se réfugier au château royal 7 . Je n'ai point, pour 
le moment, d'autres renseignements sur ce triste événement. 

Pierre Vidal. 

1 Villanueva, Viage literario a las Iglesias de Espana, t. XIX, p. 221. 

* Ibidem. 
3 Ibidem. 

* Ibidem, t. XVI, p. 194. 

s Ibidem, t. XVIII, p. 21. C'est le journal de Mascaro où il est dit : « La guerre 
sacrée contre les juifs eut lieu (1391).. . Elle commença à Valence, puis elle se fit à 
Barcelone. On les poursuivit pendant cinq jours dans le Call en brûlant et massacrant 
tout ce qu'on put trouver. Le viguier général du roi G. de San Clément fît transférer 
au château neuf tous les juifs qu'il put sauver; mais ils y furent assiégés à coups de 
flèches par le peuple, et plus encore par la faim et la soif. Le mardi 7 août ils s'enga- 
gèrent à recevoir le baptême, ce qu'ils Qrent pour la plupart, car d'autres, et surtout 
les femmes, préférèrent se laisser tuer ». Mascaro termine ainsi sa relation : t Ista 
autem destruccio judeorum incepit primitus in regno Castelle, in diversis civitatibus 
ante predictam destructionem. Post modum fuit continuata in civitate Valentina, Bar- 
chinona, Illerda, Terrachona, Gerunde ac Perpeniano . . . » 

6 Un document daté du lfi décembre 1392 parle d'une maison juive située en 
dehors du Call, laquelle est dirupta a die quajudei desenterunt Callum p>r opter metum 
insulti [Manuel de Bernard Fabrej. 

7 Le 6 février 1392, les secrétaires et autres juifs de l'Aljtma tiennent conseil in 
aida cattri régit vulgariter nominata la Sala Romana. Le lendemain je vois encore 
des juifs délibérer in patuo dicii castri. {Ibidem.) 



UNE MONNAIE HYBRIDE DES INSURRECTIONS JUIVES 




J'ai fait reproduire, ci-dessus (flg. 1), d'après une empreinte 
électrotypique due à l'obligeance de M. Montague, vice-président 
de la Société numismatique de Londres, une pièce d'argent qui a 
figuré récemment à Y Anglo-jewish Exhibition, où j'ai eu occasion 
de l'examiner *". Elle fait partie de la riche collection du Révérend 
Churchill Babingtou. M. Maddenl'a mentionnée, en passant, dans 
la dernière édition de son Corpus des monnaies juives 2 , mais il 
n'a pas cru devoir en donner de gravure et il a exprimé des 
doutes sur son authenticité. Je me propose de montrer que non 
seulement ces doutes ne sont pas justifiés, mais encore que notre 
pièce, convenablement interprétée, peut servir à éclaircir dans 
une certaine mesure ce que M. Renan appelle « les énormes dif- 
ficultés de la numismatique juive 3 .» 

Donnons, tout d'abord, une description complète de la pièce 
dans son 'état actuel : 

M. 4. Poids : 2 gr. 785. 

Droit : Triple grappe de raisins, vue de face ; le pédoncule porte 
une feuille. Légende circulaire, écrite de droite à gauche, en an- 
ciens caractères hébreux : 

....ttVI (trou) abn .n.... 



1 Le Catalogue enregistre cette pièce sous le n° 2570 ; en réalité, elle était ex- 
posée sous le n° 2573. 

* F. Madden, Coins of the Jews [Numismata orientalia, 1881), p. 236 ad fin. 
3 Renan, L'Eglise chrétienne, p. 549. 



UNE MONNAIE HYBRIDE DES INSURRECTIONS JUIVES 57 

Le tout dans un cercle perlé. 

Revers : Lyre à trois cordes, vue de face. Légende disposée 
comme sur le droit : 

barrtmn (trou) 13 

Cercle perlé (le trou a probablement été pratiqué pour enfiler la 
médaille sur un collier). 

En ce qui concerne l'authenticité de la médaille, je pourrais me 
contenter d'opposer à l'opinion de M. Madden celle déjuges aussi 
expérimentés que MM. Babington et Montague ; mais les autorités 
valent peu de chose auprès des raisons : voyons donc les raisons 
qu'on peut alléguer de part et d'autre. 

Rien dans l'aspect extérieur de notre pièce ne trahit la main 
d'un faussaire. La gravure est excellente. La fabrique, les dimen- 
sions sont celles des pièces d'argent bien connues qui portent les 
noms d'Eléazar et de Simon. Les types, parfaitement orthodoxes, 
se retrouvent également sur ces pièces. Le poids — en tenant 
compte de la matière enlevée par le trou — représente celui d'un 
denier romain de la fin du i cr siècle de l'ère chrétienne 1 , et l'on 
sait que ce poids est celui des pièces susdites, qui sont d'ailleurs 
toutes, ou presque toutes, des deniers romains surfrappés. Enfin, 
les légendes sont écrites dans le caractère vulgairement appelé 
samaritain, qui figure exclusivement sur toutes les monnaies 
juives depuis les premiers Hasmonéens jusqu'à Barcochébas. Bref, 
n'était le texte de ces légendes, personne ne songerait à contester 
l'authenticité de la médaille : c'est donc ce texte qu'il faut exa- 
miner. 

La restitution même de nos légendes n'offre guère de difficulté 
si on les rapproche de celles des monnaies analogues que je viens 
de rappeler. La légende du droit doit se compléter ainsi : 

ban)^ nlbfitlab n(n)N (mo 

Shenat ahat ligullat Israël 

« An 1 er de la délivrance d'Israël » 

et celle du revers : 

barwi (m)nh(b B a] "o 

Shenat bet leherut Israël 2 

« An 2 de la liberté d'Israël. » 

1 Poids moyen du denier romain depuis Néron : 3 gr. 411. L'alliage de cuivre est 
de 5 à 10 0/0 sous Néron, de 15 0/0 sous Trajan. 

* Les deux dernières lettres du mot rmnb sont souvent omises à dessein dans 
les médailles qui portent la date de l'an 2 ; voir Madden, op. cit., p. 241 et suiv., 
n- 26, 27, 28, etc. 



kkyu: im:s i:rui>KS jui vks 

Ces lectures sont conformes à celles du Catalogue d<> VAn- 
(jlo-jorisli E.chihiiu),) ; c.'iics de. M. Madden diffèrent pour la 
deuxième légende, qu'il lit ainsi : Sh[enat) aleph (== ahat) lehe- 
rut Israël; mais cette ' lecture est inadmissible par la raison 
que, dans aucune monnaie de la classe qui nous occupe, le numé- 
ral ahat n'est représenté par une simple lettre ; d'autre part, 
comme on peut s'en assurer facilement, il n'y a pas place pour 
plus d'un caractère entre le shin qui représente shenat et le 
commencement du mot leher(ul). La leçon de MM. Babington et 
Montague est donc la bonne. 

Une monnaie qui porte sur une de ses faces « An 1 de la déli- 
vrance » et sur l'autre « An 2 » est assurément chose singulière. 
Il ne viendra à l'idée de personne qu'on ait pu, de propos délibéré, 
lancer dans la circulation de pareilles pièces ; d'autre part, un 
faussaire qui inventerait un monstre de ce genre saurait bien mal 
son métier. Aussi notre médaille n'est-elle ni un faux, ni le spé- 
cimen d'une émission réelle ; elle est tout simplement une pièce 
hybride, résultant de l'association erronée des revers de deux 
coins différents, qui se sont trouvés réunis, par hasard, sous la 
main d'un ouvrier distrait. 

Les monnaies hybrides — en anglais maies — ne sont pas un 
fait rare dans la numismatique, particulièrement dans la numis- 
matique romaine, dite consulaire. Mais sans sortir du domaine de 
la numismatique juive, en voici un exemple remarquable, admis 
par M. Madden lui-même, et qui aurait dû le mettre sur la voie de 
l'exacte interprétation de notre médaille. C'est la pièce suivante 
(flg.2)»: 




yR. 4 fîTtort ^Cwnba Eleazar haMohen. Vase et palme. 
rJ Cp)3>33(iû) Simon dans une couronne de feuilles. 

Cette médaille résulte, comme on l'a reconnu depuis longtemps, 

1 Cette figure, comme les suivantes, est empruntée à l'ouvrage cité de Madden, 
p. 201. L'original de la pièce est à Berlin et son authenticité est certifiée par 
MM. von Sallet, Friedlœnder et de Vogué. On remarquera que la pièce est trouée 
comme celle de M. Babington : elle provient du collier d'une femme d'Alep. Je ne 
sais si la pièce de M. Babington a la môme provenance. 



UNE MONNAIE HYBRIDE DES INSURRECTIONS JUIVES oO 

de la combinaison des dt^oits de deux coins différents, qui sont 
représentés par plusieurs exemplaires dans des collections. Voici 
ces coins que j'appellerai A et B, et que je place en regard l'un de 
l'autre pour faciliter le raisonnement. 



A " (fig. 3) 

Eleazar hakkohen. Vase et palme. 
f{ Shenat ahat ligullat 
Israël. Grappe. 



B 2 (fig. 4) 

Simon dans uue couronne. 
b{ Shenat bet leherut 
Israël. Lyre. 



JK 4. 





Comparons maintenant les pièces A et B d'une part avec Yhy- 
bride de Berlin (fig. 2), d'autre part avec l'hybride Babington 
(fig. 1). On voit immédiatement que : 

De même que 2 résulte de la combinaison des droits de A et B, 
ainsi 1 résulte de la combinaison des revers de A et B. 

Comment ces deux erreurs, peut-être simultanées, se sont-elles 
produites? Il suffit de supposer que l'ouvrier chargé de la fabri- 
cation avait sous la main les coins A (droit), A (revers), B (droit), 
B (revers). Au lieu de les accoupler dans l'ordre indiqué — ou 
d'écarter les coins A, probablement démonétisés — , il les brouilla 
et combina le 1 er avec le 3 e , le 2 e avec le 4°. De là sont résultés 
nos deux hybrides, qui s'expliquent, et se complètent mutuelle- 
ment. 

Je crois avoir établi l'authenticité de notre pièce ; reste à en 
faire voir l'intérêt scientifique. 

S'il est un fait avéré en numismatique, c'est que l'existence de 
monnaies hybrides prouve la contemporanéité des coins qui ont 
si'ivi à les fabriquer : c'est même grâce à cet indice qu'on a pu 
fixer la date de certains monétaires romains inconnus de l'his- 
toire, mais dont le nom se trouve associé sur des monnaies à celui 
d'un collègue plus célèbre. Les hybrides Eléazar-Simon prouvent 
donc que ces deux personnages étaient contemporains, et l'on ne 
saurait s'arrêter au système de M. Madden qui rapporte les pièces 

* Madden, p. 198, n° 1. 
s Madden, p*. 243, n° 34. 



00 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'Eléazar à la première révolte, celles de Simon à la seconde, et, 
chose plus extraordinaire, les hybrides à la première : c'est 
comme si l'on faisait naître un fils avant son père ' 1 Ajoutons que 
les pièces d'argent de Simon ne font pas double emploi avec celles 
d'Eléazar. En effet, les deniers du premier chef ou n'ont pas de 
date, ou sont datés de l'an 2 : il n'en existe pas de l'an 1 2 ; au 
contraire, les deniers d'Eléazar portent tous cette dernière date. 
Il s'est donc opéré une transmission de pouvoir à la fin de la pre- 
mière année de l'insurrection. 

Maintenant, si Eléazar et Simon sont contemporains, faut-il les 
placer pendant la première révolte (sous Néron) ou pendant la 
seconde (sous Adrien) ? Je n'hésite pas à répondre, avec Saulcy et 
M. de Sallet : pendant la seconde. En effet, nous possédons des 
deniers de Simon, absolument identiques à ceux qui ont été dé- 
crits plus haut, mais refrappés sur des deniers romains qui por- 
tent les noms d'empereurs postérieurs à la première révolte (Ves- 
pasien, Trajan, etc.). Séparer ces deux groupes de pièces est une 
inspiration malheureuse de quelques numismatistes allemands qui 
ne soutient pas l'examen 3 . Il ne reste donc plus qu'à conclure 
que tous les deniers de Simon, surfrappés ou non (beaucoup de 
deniers « non surfrappés » ne sont, d'ailleurs, que des deniers où 
la surfrappe n'est pas apparente), et les pièces d'Eléazar appar- 
tiennent à la deuxième révolte, celle de Barcochébas. 

Maintenant, quel était cet Eléazar? quel était ce Simon? ici 
commence le terrain des hypothèses où je ne veux pas m'engager. 
Simon est très probablement le nom .propre de Barcochébas lui- 
même ; Eléazar pourrait être son oncle, l'agadiste Eléazar de Mo- 
déïn, que Barcochébas tua # d'un coup de pied, comme suspect de 
trahison 4 : c^st possible, mais non certain,, et je veux m'en tenir 

» Voir Madden, op. cit., p. 197, 198, 201 et 233. 

2 11 existe, il est vrai, des pièces de cuivre au nom de Simon Nasi Israël, datées de 
l'an 1 ; mais quand même on admettrait, comme j'incline à le faire, l'identité des 
deux Simon, le raisonnement du texte n'en serait pas infirmé : Simon a pu, pen- 
dant la première année, exercer une autorité inférieure et frapper à ce titre des 
pièces de bronze, mais non d'argent. 

3 C'est ce que reconnaît d'ailleurs M. Grsetz dans la Monatsschrift fur Geschichte 
und Wissenschaft des Judenthums, avril 1887 ; mais le système propre de M. Graetz 
repose, je regrette de devoir le dire, sur un tissu d'erreurs. Le portique qui figure 
sur les t sicles au loulab » est bien un temple et non un tabernacle (!) ; quant à 
nier l'authenticité de toutes les pièces surfrappées de cette classe (p. 161), de la 
plupart des deniers de Simon et des bronzes de la 4 e année (p. 172), ce sont des 
assertions qui prouvent à la fois l'inexpérience numismatique du savant auteur et les 
entraînements de l'esprit de système. 

4 On peut conjecturer que les insurgés l'avaient d'abord placé à leur tête (comme 
grand-prêtre sans doute) parce qu'en sa qualité de natif de Modéin, il aurait rattaché 
sa généalogie aux Hasmônéens, originaires, comme on sait, de cette bourgade. 
Cf. Schurer, Lehrbuch der neutestamentlichen Zeit geschichte, l re éd., p. 357. 



UNE MONNAIE HYBRIDE DES INSURRECTIONS JUIVES 61 

aux faits scientifiquement démontrés. Toutefois, je dois énoncer 
dès à présent ce qui me paraît être une conséquence inévitable 
de la date, désormais fixée, des deniers d'Eléazar et de Simon. Si 
ces pièces et d'autres qui s'y rattachent étroitement par les types, 
les légendes et la fabrique (bronzes d'Eléazar et de Simon, sicles 
au type du temple et de l'étoile) se placent sous la seconde ré- 
volte, on est conduit à l'alternative ou de refuser tout monnayage 
d'argent à la première révolte — la plus importante des deux 
— ou de lui assigner, avec Ewald, les sicles et demi-sicles aux 
types de la coupe et du lis (communément attribués à Simon 
Macchabée). C'est à cette seconde opinion que je n'hésite pas à 
me rallier, en me réservant de la démontrer plus longuement un 
jour. 

Théodore Reinach. 



LA MORT DE TITUS 



Titus, après avoir profané le temple, insulte le Dieu des Juifs 
et le provoque au combat. Dieu lui répond que, pour le vaincre, 
il se servira de la plus petite de ses créatures. A peine, en effet, le 
conquérant est-il revenu à Rome, qu'une mouche lui entre dans 
le nez, gagne le cerveau, qu'elle dévore, et Titus meurt, vaincu 
par ce chétif instrument de la justice de Dieu. Telle est l'étrange 
façon dont les docteurs du Talmud racontent la fin de l'empereur 
romain qui avait détruit le temple. Cette légende a-t-elie quelque 
point d'appui dans l'histoire, ou n'est-elle qu'un pur jeu de l'ima- 
gination? On a voulu y voir un souvenir du passe-temps de Do- 
mitien, qui s'amusait à enfiler des mouches ', une réminiscence 
littéraire du mythe de Tytius dévoré par un vautour 2 , une inter- 
prétation anecdotique du nom de Vespasien, Vespa, en grec, si- 
gnifiant guêpe. Autant d'hypothèses qui ne sont point faites pour 
emporter la conviction. 

A mon avis, tant qu'on cherchera à ces contes pieux un fonde- 
ment historique ou une origine littéraire, on suivra une fausse 
voie. De bonne heure, en effet, les empereurs romains qui sont 
intervenus dans les affaires de la Judée sont devenus des per- 
sonnages fabuleux, traités à la façon des héros de l'antiquité, 
et destinés à servir de sujets d'édification. Au regard des créa- 
teurs de ces fictions naïves, un Titus était sur le même plan 
qu'un Alexandre : un type fameux dont le trait caractéristique 
servait à instruire les fidèles. Comme Alexandre était le mo- 
dèle du conquérant cupide, ainsi Titus fut celui de l'ennemi de 

1 J. Derenbourg, Essai sur l'histoire et la géographie de la Palestine^ page 363, 
note 1. 

2 J. Halévy, Revue des Études juives, t. VIII, p. 39. 



LA MORT DE TITUS 63 

Dieu, du destructeur du temple. Le rabbin qui, au n° ou au m 
siècle, composa cette fable pieuse connaissait -il les circons- 
tances de la mort de Titus, la maladie qui l'emporta? Ce n'est 
pas sûr, ni même probable. Il lui suffit d'avoir ouï dire qu'il 
fut enlevé dans toute la force de l'âge, pour qu'il vît dans son 
trépas l'œuvre du Dieu vengeur 1 . Partant de cette donnée, il écha- 
fauda toute une fable entièrement due à sa fantaisie. S'il a fait 
intervenir la mouche dans cette fiction, c'est parce que cet insecte 
représente la plus petite créature et afin de prouver que Dieu, 
pour se venger, peut se servir de l'être le plus chétif. Qui ne voit 
qu'il a tout simplement refait, sur un mode religieux, la fable 
du lion et du moucheron ? Non que je prétende que, connaissant 
cette fable, il l'ait transposée et fondue avec l'histoire de Titus, ce 
qui, d'ailleurs, ne serait pas si invraisemblable, puisque plusieurs 
labiés grecques étaient déjà en ce temps répandues chez les Juifs; 
je veux dire qu'il l'a composée de toute pièce, à propos de la 
mort mystérieuse de l'empereur romain. Il y a un certain nombre 
de types de fictions qui se rencontrent dans les régions les plus di- 
verses qui n'ont probablement jamais eu de communications entre 
elles, ce qui prouve seulement que l'imagination a ses cadres. 

L'essentiel est ici de constater si l'auteur a bien marqué son 
intention et mis en relief la moralité qu'il voulait tirer de son 
récit. Les deux textes qui nous ont conservé cette légende ne 
laissent aucun doute à cet égard. 

Nous les publions ici en entier, n'ayant point de goût pour les 
résumés, qui laissent toujours la porte ouverte à l'arbitraire et 
permettent de modifier ces contes suivant l'idée préconçue avec 
laquelle on les étudie 2 . Nous soulignons les passages rédigés en 

1 Chez les Chréliens aussi, l'histoire était habillée de la sorte. Ne racontait-on 
pas que la mort de Néron était due à l'opération chirurgicale que pratiquèrent sur lui 
les médecins, trompés par la vue de son ventre enllé par ses vices contre nature? 
Cette étrange légende, qui rappelle de loin la nôtre, est rapportée par Jean de 
Nikiou, dignitaire de l'église jacobite d'Egypte (2 e moitié du vn e siècle). Notices et 
extraits, t. XXIV, p. 410. 

1 Ainsi, à lire M. Halévy, on croirait que l'histoire ne comporte que deux épi- 
sodes : « Titus folâtre avec une courtisane dans le Saint des Saints et voit son cer- 
veau becqueté par une hirondelle » (?). Il est digne de remarque que tous les 
résumés hébreux que ies Midraschim ont faits de cette légende passent sous silence 
l'action honteuse de l'empereur. Le premier trait se réduit au défi de Titus, Pirhé 
vLIX, ou au percement du rideau sacré, Vayikra Rabba, XX ; Pesikta 
de a. Kahna, p. 172 a ; Tanhuma, éd. Buber, III, p. 61. Même omission chez les 
auteurs arabes. Ce sont précisément ces résumés qui expliquent comment l'auteur 
des Abot de R. Nathan, ch. i, a pu fondre notre histoire avec celle de Miriam fille 
de Bilga, Tossefta de Soucca, IV; Soucca, [>6b, et j. 5o d. — Cette rédaction, di- 
sons-le en passant, est bien défectueuse. Elle débute ainsi : « Que le pied orgueil- 
leux ne vienne pas sur moi (Ps. xxxvi, 12). Ce verset s'applique à l'impie Titus, — 
que ses membres soient brisés (vm73X3> 1pTHÏ33J25 est une traduction fautive de 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

araméen et qui révèlent par là leur caractère d'interpolation, et 
mettons entre parenthèses les gloses rabbiniques qui interrompent 
le récit. On n'aura qu'à détacher ces gloses et ces additions pour 
reconstituer la version originale. Il semble bien que ce récit soit 
une bereita, car il est rédigé en hébreu. Comme tel, il peut être 
placé au n° siècle ; en tous cas, il ne peut dépasser le m , puisque 
les gloses qui y sont mêlées sont d'auteurs du iv e siècle et qu'une 
bereita même se réfère à cette légende. 

Bereschit rabba, x. 

Titus l'impie entra dans le Saint des Saints, l'épée nue à la main, 
et en transperça le voile du sanctuaire 1 . Il prit-deux prostituées et 
eut commerce avec elles sur l'autel 2 . Son épée en sortit pleine de 
sang (les uns disent que ce sang provenait des aspersions des sa- 
crifices, les autres, du sang du bouc du Kippour 3 ). Il se répandit 
en blasphèmes, prit tous les vases du temple, et en fit une sorte de 
paquet 4 . Puis il fit entendre ses blasphèmes (disant : Celui qui com- 
bat un roi en campagne et le vainc ne ressemble pas à celui qui lutte 
avec lui dans son propre palais et le défait). Il s'embarqua dans un 
navire, mais, dès qu'il y fut, la tempête se mit à souffler. « On dirait, 
s'écria-t-il, que tout son pouvoir est dans l'eau, c'est par l'eau qu'il 
s'est vengé de la génération d'Enos, de celle du déluge, de Pharaon 
et de son armée. Pour moi, tout le temps que j'étais dans sa maison 
et dans son domaine, il n'a pu me tenir tête ; maintenant, il m'at- 
taque, s'imaginant qu'il me tuera dans l'eau ! — Impie, répondit le 
Saint, béni soit-il, par ta vie, c'est de la plus chétive des créatures 
que je me servirai pour te punir. » Aussitôt Dieu fît un signe au 
prince de la mer, et la tempête cessa. Lorsque Titus arriva à Rome, 
tous les grands de la ville sortirent à sa rencontre en le couvrant de 

fcOWU p^M^Î) — qui montrait du doigt et frappait l'autel... » L'auteur n'a pas vu 
qu'il faut ici parler de pied, comme dans la Tossefta, sinon la citation du verset est 
sans objet. En outre, on ne comprend pas quel genre d'insolence figure le geste de 
Titus. Faut-il supposer que les mots YTHia ÏTT173 sont destinés à remplacer 
ÎTTOÏ1 ? 

1 Le texte dit : les deux voiles, mais c'est évidemment une faute, qu'explique la 
répétition du nombre « deux » qui vient ensuite. D'ailleurs, dans Vayiqra rabba, 
XXII, et Qohélet rabba, V, qui ont copié Bereschit rabba, le mot deux n'y est pas. 

2 Vayiqra rabba ajoute ici qu'il déroula le livre de la loi sous eux. C'est la fusion 
des deux versions. 

3 II y a ici une transposition ; sûrement, cette dernière phrase se rapporte au pre- 
mier acte de Titus. L'addition suivante, d'ailleurs, le prouve également, car elle fait 
allusion à une discussion talmudique qui roule sur le voile du sanctuaire. Voyez jer. 
Yoma, 42 d ; Yoma, 56 a. 

4 Littéralement : un panier, ce qui ne s'explique pas. Vayiqra rabba et Qohélet 
rabba ont encore ici une version plus complète : « Il réunit tous les vases du temple 
dans un panier. • Mais le texte du Talmud est meilleur. 



LA MORT DE TITUS 63 

louanges. Dès qu'il fut dans Rome même, il se rendit aux bains. 
Quand il en sortit, on lui présenta une coupe de vin ; alors vint une 
mouche, qui lui entra dans le nez. Cette bète lui dévora le cerveau, 
et s'engraissa à ce point qu'elle devint aussi grosse qu'un oiseau de 
deux livres. Il cria : <-. Fendez-moi le crâne, qu'on sache comment le 
Dieu des Juifs s'est vengé de moi. » On appela des médecins, qui lui 
ouvrirent le crâne et en sortirent la mouche, grosse comme un oi- 
seau de deux livres. (Rabbi Elazar bar Yosé dit : J'ai vu à Rome 
mettre d'un côté deux livres et de l'autre l'oiseau, et les deux plateaux se 
faisaient équilibre). On prit cette mouche et on la plaça dans un vase. 
A mesure qu'elle s affaiblissait. Titus s' a faiblissait ; lorsqu'elle s'en- 
vola, Vârne de Titus s envola aussi, 

Talmud de Babylone, Gittin, 56 b. 

« Où est leur Dieu, le rocher auquel ils se confiaient ? » Ce verset 
a été dit par Titus l'impie, qui se répandit en blasphèmes contre 
Dieu. Que fit-il? Il prit une prostituée par la main, entra avec elle 
dans le Saint des Saints, déroula un livre de la Loi et eut dessus 
commerce avec elle. Puis, il prit une épée et en perça le voile. Alors 
se produisit un miracle : il en jaillit du sang. Il crut avoir tué Dieu 
lui-même. . . Ensuite, il prit le voile, en fit une sorte de panier ; il 
y mit tous les vases du temple et les embarqua dans un vaisseau 
pour aller en tirer gloire. Alors la tempête manqua l'engloutir. « On 
dirait, s'écria-t-il, que leur Dieu n'a de pouvoir que dans l'eau; Pha- 
raon, il l'a englouti dans l'eau, Sisera également. Moi aussi, il veut 
me submerger. S'il est fort, qu'il vienne sur le continent et qu'il lutte 
avec moi ». Une voix se fit alors entendre : « Impie, fils d'impie, 
neveu de l'impie Esaù ', j'ai dans ce monde une petite bête qui m'ap- 
partient: c'est la mouche. Monte sur le continent, et elle combattra 
avec toi. Il débarqua, la mouche entra dans son nez et lui dévora le 
cerveau pendant sept ans. Un jour qu'il passait à la porte d'un for- 
geron, il entendit le bruit d'un marteau, et la mouche se tut : « Il y a 
donc un remède, s'écria-t-il. » Aussi, tous les jours, il faisait frapper 
devant lui par un forgeron. Aux païens il donnait quatre zouz; aux 
Israélites, il disait de se contenter de voir leur ennemi en cet état. Au 
bout de trente jours, la mouche s'y était habitué',. 

(Il est rapporté dans une bereita : Rabbi Pinhas ben Arouba dit' : 



1 Le Tan'numa (éd. Buber, IV, p. 99) lui fait dire : impie fils d'impie, neveu de 
l'impie Nemrod, ce qui semblerait luire croire que l'auteur de ce recueil connaissait 
la légende arabe dont nous parlons plus loin. 

* C'est plutôt ce docteur que Rabbi Elazar bar Yosé qui a rapporté ce renseigne- 
ment, car autrement ou ne comprendrai pas comment ce nom, si rare dans le Tal- 
mud, se serait substitué à celui d'Eiazar, qui revient si fréquemment. Le contraire 
s'explique très bien, Elazar étant connu pour être allé à Rome et avoir raconté un l'ait 
qui justement se rapporte au voile enlevé par Titus : « J'ai vu, dit-il, à Rome le voile 
et il était couvert de gouttes de sang > ; j. Yoma, 42 d ; Meila, Mb ; Yoma, 57 a. 
T. XV, N° 29. 5 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

J'étais parmi les grands do Rome et, lorsqu'il mourut, on lui ouvrit 
Le cerveau el on y trouva comme un passereau du poids de deux 
BÔla. Dans une autre bereita il est enseigné que la mouche était aussi 
grosse qu'un oiseau d'un ao du poids de deux livres. Abaï dit : Nous 
savons qu'elle avait une douche d'airain et des ongles de fer. Aîi moment 
de mourir, il recommanda qu'on le brûlât et qu'on dispersât ses cendres 
dans un délai de sept jours, pour que le Dieu des Juifs ne pût le trouver 
et le citer en justice l .) 

La moralité de cette légende s'en détache si nettement et a été 
si bien mise en lumière par l'auteur, que, malgré les altérations 
que le récit a reçues en passant dans les autres littératures, elle 
apparaît toujours avec la même force. Les Arabes l'ont si bien 
vue, qu'ils ont exagéré encore la faiblesse de l'insecte qui vient à 
bout du puissant monarque. Ils ont, en effet, admis le conte tal- 
mudique dans le cycle de leurs légendes bibliques ; mais, comme 
Titus ne leur disait rien, ils l'ont remplacé par Nemrod, dont le 
nom, d'après eux comme d'après le Talmud, signifie « le révolté ». 

Nemrod dit : Je ne cesserai pas de faire la guerre ( contre Dieu. 
Dieu lui envoya un ange, qui lui dit : « N'agis pas ainsi.. ., tu as 
voulu monter au ciel pour faire la guerre à Dieu, tu as jeté dans les 
flammes un de ses prophètes. . ., Dieu ne t'a infligé aucun châtiment 
pour tous ces crimes, n'agis donc pas comme tu te le proposes, et 
crois à Abraham. Si tu n'obéis pas, Dieu te prendra et te fera périr 
par la plus faible de ses créatures ». Nemrod répondit : « Tu es 
certainement parent de ce magicien, et moi je ne reconnais sur la 
terre aucun autre roi que moi; pour le ciel, je ne sais pas ce qui s'y 
passe. Or, s'il y a dans le ciel un roi plus puissant que moi, toi, 
Abraham et ses lieutenants, dites-lui qu'il amène son armée, et moi 
j'amènerai la mienne, afin que, s'il est le plus fort, il montre sa 
supériorité et, si c'est moi, que tu le voies de tes yeux. . . » Nemrod 
réunit autour de lui cent mille hommes armés. Alors il dit à 
Tange : « Engage le Dieu du ciel à amener son armée, car j'ai 
réuni la mienne ». L'ange lui répondit : « Dieu n'a pas besoin d'em- 
ployer une armée contre toi, mais il ordonnera à la plus faible de ses 
créatures de te détruire, toi et ton armée ». Dieu alors donna ses 
ordres au moucheron et une armée de moucherons tomba sur la 
tête et le visage de ces infidèles. Toutes les blessures qu'ils fai- 
saient paraissaient incurables. Les moucherons étaient si nom- 
breux qu'ils empêchaient les soldats de Nemrod de se voir, et les 
chevaux sautaient en l'air en renversant leurs cavaliers. L'armée de 
Nemrod fut entièrement dispersée, et Nemrod s'enfuit seul chez lui . 

1 Pareille idée se retrouve dans une anecdote d'Etienne de Bourbon, p. 368. Un 
usurier ordonne qu'à sa mort son corps soit donné en pâture aux serpents, pour que 
son âme ne soit pas dévorée dans l'avenir. 



LA MOUT DE TITUS (17 

Lorsqu'il eut atteint sa maison, il pensa avoir échappé au sort qui 
le menaçait. Alors Dieu inspira à un moucheron des plus faibles, 
borgne et boiteux, de descendre dans les airs et de se poser sur les 
genoux de Nemrod. Celui-ci voulut le frapper, mais le moucheron, 
s'envola, lui entra dans le nez et monta jusqu'à son cerveau, qu'il 
commença à dévorer. Or, toutes les fois qu'on frappait sur la tète de 
Nemrod, le moucheron s'arrêtait et ce prince trouvait du repos. Il 
fallait lui donner continuellement des coups sur la tète, et il y avait 
toujours une personne chargée de ce soin. Il ordonna ensuite de 
faire un marteau de forgeron, et les princes, les chefs de l'armée et 
ses secrétaires les plus intimes prenaient ce marteau et lui frap- 
paient tour à tour sur la tète. Plus les coups étaient forts, plus 
Nemrod était content. Il avait régné 4,000 ans lorsqu'il commença 
à éprouver ce tourment, et il vécut quatre cents ans avec ce mou- 
cheron [Chroniques de Tabari, trad. Zotenberg, t. I, p. 4 48-150). 

Notre thèse peut donc tenir en une ligne : la légende de Titus 
et le moucheron n'est qu'une variante pieuse de la fable du Lion 
et du moucheron, composée, sinon adaptée, pour justifier les 
voies divines. 



il 



On a vu dans le récit de Tabari que Nemrod est puni pour 
avoir défié le Dieu d'Abraham. C'estqu'avant l'histoire de la mou- 
che, l'auteur persan raconte, en résumé, ce qui suit : « Nemrod, 
confus de voir Abraham mettre à mal ses idoles et échapper par 
la protection de Dieu au feu du bûcher,' prend la résolution d'aller 
frapper ce Dieu. Il fait construire une tour, puis se fait fabriquer 
aisse carrée avec quatre piques aux quatre angles et quatre 
morceaux de chair au bout des piques ; ensuite, il fait atteler 
quatre vautours aux pieds de la caisse et monte, armé en guerre 
pour anéantir Dieu. Les vautours, voulant saisir la viande, enlè- 
vent la caisse et la soutiennent dans les airs. A la troisième nuit, 
la terre disparait de vue : ils sont près du ciel 1 . Nemrod lance 
une lièche, qui disparait un moment et retombe rouge de sang. 
Alors Nemrod s'écrie : « J'ai tué le Dieu du ciel ». Dans une 



1 Ce n'est pas seulement duns la littérature musulmane qu'un personnage bi- 
blique prend la place d'Alexandre dans son ascension au ciel : chez Lee Un 
M mon es-t évincé par Salomon, qui est aussi un roi orgueilleux. Voir Rambaud, 

épique % p. 3 



REVUE DKS ETUDES JU1VKS 

ver-ion d'Azizi rapportée par 11m Ayas 1 , la caisse tombe dans la 
mer et est rejetée à terre par les vagues. C'est alors que Nemrod 
provoque Dieu à un combat sur le continent. 

M. ,J. Darmesteter, qui a consacré à cette histoire un article 
dans le Journal asiatique 11 , a été très frappé de retrouver l'é- 
pisode de la floche de Nemrod dans une chronique chinoise an- 
térieure à l'ère vulgaire. L'empereur Wou-y, y est-il dit, croyant 
avoir à se plaindre des dieux, jura de se venger d'eux. « 11 pre- 
nait son arc et décochait continuellement des flèches contre le 
ciel, et, pour faire croire que sa vengeance était entière, il faisait 
suspendre en l'air des vessies pleines de sang, qu'il avait soin de 
dérober à la vue du peuple, afin qu'on ne s'aperçût point d'où ce 
sang découlait. Il publiait ensuite que c'étaient là les marques 
de sa vengeance. » 

Pour M. Darmesteter, cette anecdote chinoise est l'origine de 
la légende musulmane. Il ne reste plus donc qu'à trouver les 
intermédiaires entre le chroniqueur chinois et Tabari. Rien de 
plus facile. Nemrod est identifié par les Musulmans avec Kai- 
Kaous, lequel, d'après la légende, tenta aussi d'atteindre le ciel. 
Firdousi raconte même "que, d'après une tradition, il aurait volé 
vers le ciel pour le combattre « avec l'arc et les flèches ». Or, la 
légende de Kai-Kaous est antérieure de beaucoup à l'Islam, puis- 
qu'il y est fait allusion dans l'Avesta. « L'histoire de la propa- 
gation est des plus simples. Un Persan de l'époque sassanide 
entend raconter l'histoire d'un roi impie qui fait saigner le ciel 
en lançant des flèches contre lui : l'histoire a du succès et va se 
rattacher tout naturellement flans l'imagination populaire à l'his- 
toire du roi qui a voulu monter au ciel, Kai-Kaous. Mais Kai- 
Kaous est Nemrod, puisque Nemrod, lui aussi, a voulu s'élever au 
ciel, voilà l'histoire qui entre dans le cercle musulman. » 

L'histoire de cette légende est plus simple encore, à notre avis. 
Il n'est pas besoin de supposer un intermédiaire persan, qui 
n'existe pas ; pas besoin de vouloir que l'épisode de l'ascension de 
Kai-Kaous ait nécessairement comporté celui du tir des flèches. 
Gomme la majorité, sinon la totalité, des légendes arabes qui se 
rapportent aux héros bibliques, celle de Nemrod est tout entière 
le décalque d'une version juive. Il suffit, en effet, de placer en 
face l'un de l'autre le texte de l'histoire de Titus et celui de Tabari 
pour voir que la légende de Nemrod est simplement la transposi- 
tion de celle de Titus. Le scénario est le même d'un bout à l'autre 



1 Voir Mélusine, t. III, col. 199 et suiv. 

* J. Darmesteter, Journal asiatique, 1885, t. V, p. 222. 



LA .MORT DE TITUS 69 

et les traits caractéristiques ont été conservés. Nemrod s'écrie : 
« J'ai tué le Dieu d'Abraham », ou « le Dieu du ciel », comme Titus 
avait dit : « J'ai tué le Dieu des Juifs. » 

On pourrait objecter, il est vrai, que l'auteur musulman a subs- 
titué à la scène du temple l'histoire de Nemrod tirant contre le 
ciel, parce qu'elle lui était connue d'ailleurs. Mais, pour cela, il 
faudrait que l'existence en fût sûrement constatée antérieurement 
à l'Islam, ce qui n'est pas; il faudrait, en outre, que la tradition 
juive ne fournit aucun trait ayant pu servir à la transformation 
de l'épisode du temple. Or, précisément c'est elle qui fait de Nem- 
rod le constructeur de la tour, qui lui fait commander de bâtir 
cette tour « pour monter au ciel, parce que Dieu n'a de force que 
dans Veau, d'y établir une idole portant un glaive pour faire la 
guerre devant elle » (Bereschit Rabba, 38; Targoum du pseudo- 
Jonathan, Genèse, xi, 4; Pirké de R. Eliézer, 24). Du moment où 
Nemrod prenait la place de Titus, il était naturel que le temple 
disparût, et, comme Nemrod était transporté près du ciel, que le 
voile du sanctuaire, derrière lequel Dieu habite, devînt le ciel, 
qui est aussi le voile derrière lequel réside la divinité. Que, 
d'autre part, l'épée fût changée en flèche, c'était nécessaire, car 
l'épée ne peut atteindre que ce qui est à portée, tandis que la 
flèche vole jusqu'à perte de vue. 

Quant au fond de l'histoire de ces gouttes de sang, on peut 
dire qu'il repose sur une idée quasi universelle : c'est la même 
croyance qui a produit au moyen âge ces malheureuses légendes 
des hosties sanglantes. 

Israël Lévi. 



LE PROCÈS DE SAMUEL IBN T1BBON 

MARSEILLE, 1255 



Nous avons publié l'année dernière, d'après un manuscrit ac- 
tuellement à la bibliothèque Bodléienne à Oxford,' une petite étude 
intitulée : Un procès dans la famille des Ibn Tibbon (Marseille, 
12SS-56), 2 e édition, Paris, 1886, in-8° de 19 p. 

Une analyse partielle du manuscrit, avec la reproduction de 
fragments des pièces de ce procès, avait été publiée antérieure- 
ment par M. Ad. Neubauer dans cette Revue, t. XII, p. 82 et suiv. 

Enfin, M. H. Graetz a bien voulu consacrer à notre relation du 
procès un article intéressant publié dans sa Monatsschrift, n° de 
février 1887, p. 49 et suiv. 

Nous n'étions pas en mesure, l'année dernière, de publier les 
actes du procès. Notre travail avait été fait uniquement d'après des 
notes prises autrefois par nous sur le manuscrit vendu depuis à la 
bibliothèque Bodléienne et que le propriétaire avait bien voulu 
mettre à notre disposition pour un ou deux jours, et nous n'étions, 
pas autorisé à publier ces notes avant que le ms. fût dans une bi- 
bliothèque publique. Depuis. cette époque, nous avons pu acquérir, 
pour la bibliothèque de V Alliance Israélite universelle, un ma- 
nuscrit qui paraît contenir absolument les mêmes consultations 
que celui d'Oxford ' et qui contient également les pièces de notre 
procès. Ce ms. est matériellement moins beau que celui d'Oxford, 
il est sur papier et d'une écriture hispano-française plus cursive 
que celle du ms. d'Oxford, mais le texte, sans être parfait, en est 
bon et par endroits au moins meilleur que celui du ms. d'Ox- 
ford 2 . Les fragments publiés par M. Neubauer s'y retrouvent tex- 

1 Nous rappelons que ce ms. porte pour titre : Û"HfiN Û^STl N"atÛlM53 n"TIB 
b"2ST. 

2 Voici, d'après notre ms., quelques corrections au texte publié par M. Neubauer 



LE PROCÈS DE SAMUEL IBN TIBBON 71 

tuellement, même avec les fautes ou les petites lacunes d'un ou 
de deux mots (représentées par de petits blancs dans notre ms.). 
L'intérêt que le public a montré pour cet épisode de l'histoire 
de la célèbre famille des Ibn Tibbon nous encourage à publier ici, 
d'après notre ms., les pièces complètes du procès. Nous les repro- 
duisons dans une traduction française aussi fidèle que possible, 
ce procédé a, entre autres avantages, celui de nous permettre 
d'expliquer facilement, par de petites incidentes (nous les mettons 
toujours entre parenthèses) les parties obscures ou ambiguës du 
texte. 

Résumons d'abord les faits aussi brièvement que possible. 

Moïse Tibbon, le traducteur bien connu, avait un fils nommé 
Samuel, qui n'a laissé aucun travail scientifique, et qui joue un 
triste rôle dans notre procès. Moïse demeurait avec son fils à 
Marseille ; il avait, à Naples, une sœur nommée Bella, mariée à 
un homme instruit, le hakam R. Josef Cohen, qui était mort vers 
1235 l , laissant trois filles (n p 36) et un fils. En 1245 ou 1246, à ce 
qu'il semble (n os 4 et 9 a), Moïse se rendit à Naples, et il y fut 
question, entre lui et sa sœur Bella, de mariage entre son fils 
Samuel et une des filles de Bella, sûrement la dernière, appelée 
Bienvenue -. Au dire de Samuel, celle-ci avait, à cette époque, 
six ans (n os 4 et 9 a) ; elle prétendait, au contraire, qu'elle n'avait 
eu alors que trois ans (n° 21). Plus tard, vers 1252, trois ans et 
plus avant l'ouverture du procès (n° 12), Bella vint s'établir à 
Marseille avec sa fille Bienvenue, et en tisri 5015 (sept.-oct. 
1254), Bienvenue épousa, à Marseille, Isaac bar Isaac bar Sim- 
son, probablement d'Aix (n° 32 a). Le mariage fut fait par procu- 
ration, Isaac n'y assistait pas, et à l'époque où s'ouvre notre 
procès, il semble qu Isaac et Bienvenue ne vivaient pas encore 
ensemble (n° 6) ; môme après ce mariage, Bienvenue est encore 
appelée jeune fille (in*a) et non femme (n os 5 et 34). 

Alors surgit inopinément une difficulté singulière. Samuel, qui 

•»c, XII : I'. 82, dernière ligne, ûtt)b non ù'^1 ; P. 83, 1. 1, Vtf«| non ^21 ; 

. mSTtt non raSTO ; P. s '', L ■>, iboiDH non bOlBÎT; L 9, N^Vn non 

• 21, by ZN "O non b"' "O ; l. 'l'I. ÏTOblD n m Iffcb©; les deux noms 

reste, portés alternativement par la même personne ; avant-dernière ligne, 

rr:?z -•;;:" ; P 85, I. 10, tîtip non ^nn. 

pins Loin notre liste nominative Les numéros qui vont suivre se rapportent 
aux i : traduction du texte que nous donnons plus loin. 

- Nou Biongude, que nous avons pris pour Bionjudc, et 

considéré comme égale a Bonnajuive (le nom de Bmji.il est fréquent). Le ms. écrit 
ordinairement N*n>:i"»3, mais il a deux fois fcn*l2:"l2" , 3. Cela l'ait supposer qu'il faut 
lire Benvengv.de et Bevengude. c'est-à-dire Bienvenue. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

s'était marié de son côté, avant l'arrivée de Bella à Marseille, 
prétendit tout à coup que Bienvenue était sa femme légitime et 
que son mariage avec Isaac devait être annulé. Voici comment il 
expliquait les choses. 

Lorsque son père avait été à Naples, il l'avait réellement fiancé 
à Bienvenue, et après le retour de son père à Marseille, son père 
et lui avaient envoyé à Bienvenue Ips cadeaux (sablonot) qui sont 
le signe d'un mariage véritable (n" s ( .), 10, 11). Des sablonot à titre 
de mariage avaient aussi été envoyés par lui plus tard à Bien- 
venue, vers 1249, six ans avant l'époque du procès (n° 15 a). Il 
prétendait que ce mariage était un mariage valable et légal. Ce- 
pendant, pour prévenir toute contestation, après que Bella fut 
venue à Marseille, il épousa une seconde fois Bienvenue, à ce 
qu'il prétendait, devant deux témoins et en remplissant les for- 
malités prescrites par la tora. C'est ce second mariage qu'il ap- 
pelle toujours, dans les actes du procès, le mariage suivant la 
tora. On avait dressé un acte attestant ce mariage, et signé par les 
témoins qui y avaient assisté, mais il l'avait perdu (n° 15&). En- 
lin, par surcroît de précautions, il avait épousé Bienvenue une 
troisième fois, en tammuz 5014 (1254), et il produisait des témoins 
qui prétendaient avoir assisté à ce mariage. Il avouait, du reste, 
qu'il n'avait pas approché Bienvenue ntB2fc ÏW9 «bi (n° 13 c). 

A ces allégations, Bienvenue répondait qu'elles étaient de pure 
invention et qu'il n'y avait, dans tout cela, pas un mot de vrai. 
Les pourparlers entre Bella et le père de Samuel, à Naples, 
étaient de simples projets, auxquels il ne fut pas donné suite, 
puisque Samuel s'était marié de son côté, ce qui n'aurait pas eu 
lieu s'il avait été marié à Bienvenue (n°21) 1 . Il n'y avait au- 
cune preuve ni du premier ni du second mariage dont parlait 
Samuel, il jouait par trop de malheur, ses témoins étaient morts, 
ou en pays d'outremer, ou ne voulaient pas venir, ou il ne se 
rappelait pas leurs noms ; l'acte qu'il prétendait avoir eu était 
perdu ou lui avait été volé. Le troisième mariage n'était pas plus 
véritable, les témoins étaient de faux témoins, leur témoignage 
avait été acheté, ils s'étaient formellement rétractés, et, de plus, 
l'un d'eux était un mauvais sujet dont le témoignage n'avait au- 
cune valeur légale. De plus, ajoutait Bienvenue, il était bien 
étonnant que personne n'eût jamais entendu parler de ces ma- 
riages de Samuel avec elle, les mariages ne restant pas secrets. 
Enfin, Samuel et son père Moïse avaient assisté à son mariage 



1 On ne voit pas comment Samuel concilie ses prétentions et sa conduite avec le 
hérem de R. Gersom, qui défend la polygamie. 



LE PROCÈS DE SAMUEL IBN TIBBON 73 

avec Isaac fait à la synagogue de Marseille et au repas qui le sui- 
vit, Moïse avait même écrit le contrat (ûW3n) et fait lui-même les 
pourparlers pour ce mariage, preuve évidente que Samuel n'a- 
vait jamais épousé Bienvenue. 

Mais pourquoi alors ce procès et que voulait Samuel? Bienve- 
nue avait eu un frère qui devait probablement hériter de toute la 
fortune de leurs parents, et cette fortune était considérable. Ce 
frère était mort récemment, peu de temps, sans doute, après le 
mariage de Bienvenue avec Isaac, et Bienvenue devenait, par 
suite, une riche héritière. Samuel voulait s'approprier la fortune 
de Bienvenue ou au moins en tirer parti ; voilà pourquoi il avait 
inventé ces trois mariages successifs avec la même personne et 
intenté ce procès. 

Il était soutenu dans ses démarches par une sorte de parti ou 
d'association, qui semble avoir pris l'affaire en commandite, pour 
on partager les bénéfices avec Samuel, ou qui peut avoir agi sim- 
plement par haine contre Bella et contre le beau-père de Bien- 
venue, Issac bar Simson. Bella avait aussi son parti, que Samuel 
accuse de terroriser les témoins qui pouvaient parler en sa fa- 
veur. L'affaire avait éveillé beaucoup de convoitises, un grand 
nombre de personnes s'en occupaient et s'y mêlaient, par intérêt, 
par haine ou par amitié. On voit clairement, dans les actes du 
procès, les personnages qui prennent position pour l'un ou l'autre 
parti. Abba Mari b. Josef et Isaac b. Salomon, témoins du ma- 
riage de Bienvenue avec Isaac, interviennent pour réhabiliter 
un des témoins de Bella, qu'on voulait invalider; Isaac b. Salo- 
mon, en outre, essaie d'invalider un des témoins de Samuel ; Mar- 
dochée b. Menahem assiste à la fois à l'envoi des sablonot à Bien- 
venue et au second mariage de Samuel; Samuel b. Abraham, qui 
fait, par procuration, le mariage d'Isaac avec Bienvenue, invalide 
aussi un témoin de Samuel. Le sire Gigonet (n 24), devant lequel 
ce témoin se rétracte, n'est assurément pas indifférent à l'issue 
du procès : il aura été gagné à la cause de Bienvenue. Le rôle 
principal, dans la direction des intérêts de Samuel, appartient à 
trois personnes : David b. Jacob, Juda b. Abraham et Simson 
b. Abraham ibn Slarn, qui sont les ennemis déclarés de Bella et 
d'Isaac, et si on peut trouver une excuse à la conduite de Samuel, 
c'est celle d'avoir suivi docilement les conseils et les inspirations 
de ces trois personnages. Ils n'avaient même pas hésité à dresser, 
en qualité déjuges, un acte de réception de témoignage contre 
Bienvenue et en l'absence de celle-ci, tout en sachant qu'en leur 
qualité d'ennemis de Bienvenue, ils ne pouvaient, en cette affaire, 
remplir les fonctions de juges. Après eux, il faut remarquer les 



7, REVUE DES ETUDES JUIVES 

témoins Mardochée 1). Jekutiel (témoin de Samuel) et Mardoché* 
1). Méir 'témoin de Bienvenue), dont les dépositions ont une si 
grande importance dans le procès et dont les agissements ne sont 
pas de la plus grande délicatesse. 

C'est au plus tard vers le milieu de l'année 5015 (printemps 
1255) que Samuel a dû commencer à réunir ou à créer les preuves 
de ses allégations. Bientôt après, le triumvirat dont nous avons 
parlé plus haut se constitua en tribunal pour recevoir le témoi- 
gnage de Mardochée b. Jekutiel et d'une autre personne, attes- 
tant tous deux qu'ils avaient assisté comme témoins au troisième 
mariage de Samuel (n° 16). Déjà le vendredi 24 juin 1255 (len- 
demain du 17 tammuz 5015), Mardochée b. Jekutiel se rétracta 
(n° 24) devant le sire Gigonet. Les menées allèrent leur train, et 
enfin un tribunal de trois personnes fut nommé pour élucider et 
peut-être décider la question. C'est ce tribunal qui est-appelé, dans 
les pièces, le tribunal élu {tribunal des élus, tr'VDa). 

Les pièces de notre manuscrit, à partir du n° 9 jusqu'à la fin, 
sont les pièces dressées devant ce tribunal. Contrairement à ce 
que nous avons dit dans notre précédente étude, il est manifeste 
que ce tribunal a siégé, non pas à Montpellier, comme nous l'a- 
vions supposé, mais à Marseille *, et que, par suite, Hillel de Vé- 
rone, qui est un des trois juges élus, a été à Marseille en 1255. 
Nous n'avons ni la décision finale de ce tribunal ni tous les actes 
qu'il fit dresser. Dans la séance du jeudi 23 tébet (23 décembre 
1255), il renvoie à « mardi prochain », qui serait le 28 tébet, mais 
le procès-verbal de cette dernière séance n'est plus là et il n'est 
sans doute pas le seul qui manque. L'omission de ces pièces s'ex- 
plique, à notre avis, de la façon suivante. Vers la fin de tébet, 
l'état de la question était assez avancé pour qu'il fût possible 
au tribunal de Marseille de consulter, sur les points de droit, les 
autorités rabbiniques de l'époque. Parmi les rabbins consultés — 
et il y en eut un certain nombre (n° 7) — se trouve R. Samuel b. 
Josef b. Salomon, c'est sa réponse qui est placée en tête de nos 
pièces ; les pièces que nous avons et qui suivent sont probable- 
ment une copie de celles qu'on lui envoya, vers la fin de tébet, 
pour qu'il pût faire sa consultation. 11 ne demeurait pas à Mar- 
seille. 

L'examen plus approfondi de nos pièces nous a aussi montré 



1 On en trouvera la preuve dans les n os 1, 2, 11 a et 15 a (Isaac vient ici, évidem- 
ment à Marseille), 12 (B. vient ici à Marseille) ; 13 5 (Samuel a épousé B. ici, c'est- 
à-dire à Marseille); 15 3 (le mariage que j'ai l'ait ici à Marseille). Voir aussi 33c?, 
et 33 b, note. 



LE PROCÈS DE SAMUEL IBN TIBBON T\ 

que le beau-père de Bienvenue, Isaac b. Simson, demeurait à Aix 
(voir Isaac b. Simson dans notre liste nominative des personnes 
qui suit). 

Quoique nous ne connaissions pas l'issue du procès, il nous pa- 
rait extrêmement probable qu'elle ne fut pas favorable à Samuel, 
la consultation de R. Samuel b. Josef donne raison, sur tous les 
points, à Bienvenue, et traite Samuel de misérable. 

Il est toujours assez difficile de dire avec précision quelles 
étaient, au juste, les conclusions de Samuel. Dans notre précé- 
dente étude, nous avons supposé qu'il voulait faire condamner 
Bienvenue à lui demander une lettre de divorce pour qu'elle pût 
rester avec Isaac, et il n'aurait accordé cette lettre de divorce que 
contre espèces sonnantes. Sans le hérem de R. Gersom (nous ne 
savons pas au juste quel compte on en tenait à cette époque à 
Marseille 1 , il aurait même pu soutenir que le mariage de Bien- 
venue avec Isaac étant nul, d'après ses allégations, Bienvenue 
était sa femme à lui Samuel. C'était le meilleur moyen de s'em- 
parer de la fortune de Bienvenue, qu'on l'accusait de convoiter. 
Nous ne voulons pas entrer ici dans une discussion talmudique 
sur ce sujet, ni prétendre que ces conclusions de Samuel eussent 
été parfaitement conformes au droit canonique juif, mais la ma- 
tière est sujette à controverse, et il est certain que les deux thèses 
dont nous venons de parler pouvaient parfaitement se plaider et 
se soutenir. Les personnes qui voudront s'en convaincre peuvent 
consulter : pour la première thèse (que Bienvenue doit prendre 
gêt de Samuel ), Gittin 89 &, ^te KlOian \WStr\ ©"ima ; Tur ében 
r, n° 17, fin, ft©T»a in ï*i©an de dn i3i»b nrfmfc ; pour la se- 
conde thèse (que Bienvenue peut et doit retourner auprès de Sa- 
muel), Jebamot 81b, 88 b, 91a, abc neroa ••• !tb*a ^btttë ttTOft 
inynb ïtb mn \nïït . . . wn rtonsNi ... ib *mnb rntxra [Va] muna 
rt03« c:n": : fbid. 92a, îb mmb mm» ttb*a «a a"mi ï-rcnpnï; 
ibid. 33 b (cas qui a de l'analogie avec le nôtre), tnc iiZHpiB û^o 
'in is^bnm ...triBa; Tur ében ézer, n° 17, l'opinion de R. Jeru- 
ham dans le comment, de Josef Caro (vers le commencement) ; 
ibid , fin, i-D'nx wn iib*a «ai *iab îTOTpna «b» "wb hkibs t*b un 
■pttfirib "nTnb nnmm ^îDtt» ba. On peut voir, en outre, les consul- 
tations de R. Salomon b. Adret, I r0 partie, n°" 10, 568, 1164, 1189 
et 1253. La consultation annexée à nos pièces, et qui insiste sur 
l'inutilité de donner gel à Bienvenue pour qu'elle puisse rester 
avec Isaac, parait montrer que Samuel voulait surtout se faire 
acheter un gêt. Ce fut aussi probablement l'objet des transac- 
tions qu'on essaya avec lui au début du procès (n 01 17d, 18, 24 a). 

La thèse soutenue par Bienvenue était bien simple : puisque 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

toutes les allégations de Samuel étaient de pure fantaisie, on 
n'avait qu'à ne pas en tenir compte. La consultation qui se trouve 
dans nos pièces répond aux objections qui nous ont été faites, au 
sujet de cette thèse, par M. Graetz. 

Le n° 9 b de nos pièces montre aussi suffisamment que nous 
n'avons pas eu tort de regretter que Moïse, le père de. Samuel, 
n'ait pas été appelé en témoignage, et que, malgré sa parenté avec 
les parties, on pouvait le consulter, sauf à voir ensuite quelle va- 
leur légale on donnerait à son témoignage. Puisque le tribunal 
prévoit que Samuel ne pourra peut-être pas amener son père, on 
peut en conclure que nous avons bien fait de supposer, dans notre 
précédent travail, que Moïse Tibbon était à cette époque à Mont- 
pellier. Il avait peut-être quitté Marseille pour échapper au scan- 
dale de ce procès. 

Dans tous les cas, on nous rendra cette justice que notre opi- 
nion sur Samuel est exactement celle du rabbin dont nous avons 
la consultation, et paraît être aussi celle des juges, qui traitent 
Samuel avec beaucoup de mépris. Si M. Graetz a cru que c'était 
par galanterie française que nous prenions partie contre Samuel 
en faveur de Bienvenue, la publication des documents montre que 
nous ne méritions pas ce compliment. 

Il sera utile que nous donnions ici la liste nominative des per- 
sonnes nommées dans les pièces, elle en facilitera grandement 
l'étude (les chiffres indiquent les numéros de notre traduction). 

Abba Mari b. Jacob. Voit venir à Naples, lui et Méir Flaverdet, les 

cadeaux de Moïse Tibbon, 15 #; voir Méir Flaverdet. 
Abba Mari b. Josef. Témoin du mariage par procuration d'Isaac, 

32 bc ; intervient pour la réhabilitation de Mardochée b. Méir, 

28 l. Voir Isaac b. Salomon. 
Abba b. Pesado. Invoqué comme témoin sur l'âge de B. ', 35. 
Abraham, fils du précédent. Est à Naples en 1239; témoigne sur l'âge 

deB., 36. 
Abraham b. Gerson. Un des trois qui légalisent l'acte de réception 

de témoignage, 16 e; les deux autres sont Josef b. Abr. et 

Isaac b. Juda. 
Abraham b. Isaac. Veut invalider Mardochée b. Jekutiel, témoin de 

Samuel, 24 a à. 
Abraham b. Laveyre TP'nb b. Jonatan, avocat deB., 17#, 24 #. La 

lecture Laveyre est purement hypothétique. 
R. Anatoli, parent de Samuel. Demeure à Naples ; a vu apporter les 

cadeaux, 15rt, 33 a, 35. 

1 B. signifiera Bienvenue. 



LE PROCES DE SAMUEL IBN TIHBON 77 

Bella, mère de Bienvenue, tante de Samuel, sœur de Moïse Tibbon, 
épouse de Jacob Cohen, belle-mère d'Isaac Cohen. 

Bienvenue, fille de Bella, le principal personnage du procès, avec 
Samuel ; son frère, 21. 

Dame Bottine, 28 £. 

David b. Abraham. Samuel veut lui faire porter faux témoignage, 22 
(voir Isaac b. Josef); a été à Naples en 501 1, 34. 

David b. Isaac. Témoin de la commission donnée à Marseille pour les 
cadeaux à porter à Bienvenue, Il b, 15a. Il y a des hommes 
qui étudient chez lui. 

David b. Jacob, fils du nadib Salomon. Un des trois qui font la ré- 
ception du témoignage du troisième mariage de Samuel à Mar- 
seille (avec Juda b. Abr. et Simson b. Abr. ibn Slam), 15 a*, 
\6de, 23 b ; ces trois personnes sont les ennemis déclarés de 
Bienvenue et les amis et conseillers de Samuel, Me\ veut 
corrompre un témoin, 24 a. 

David b. Juda. Invalide Mardochée b. Méir, témoin de Bienvenue, 
27 b. Voir Salomon b. Netanel. 

David b. Juda. Invalide Mardochée b. Jekutiel, témoin de Samuel, 
37. Voir Samuel b. Abraham. Il est possible que ce personnage 
soit le même que le précédent et que Je suivant. 

David b. Juda b. Isaac, de Marseille. Prisonnier à Meyruel, 27 et 28. 

David Legros, 27 b. 

Don Esment de Villa. Fait prisonnier David b. Juda b. Isaac, 27 et 28. 

Un français (juif du Nord) à Marseille, 15a. 

Le sire Gigonet. Prend des informations officieuses sur le procès, 
24 a. 

Hillel fils du hacid R. Samuel de Vérone. Un des trois juges du 
procès (avec Jacob b. Isaac et Moïse b. Menahem le pa- 
rusch), 9 a. 

Isaac Cohen. Gendre de Bella; demeure à Naples, 11 a, 15 a. 

Isaac b. Isaac b. Simson. Mari de Bienvenue; demeure probable- 
ment à Aix; 4, 17 a*, 20, 21, 32. 

Isaac b. Jekutiel. Possède une maison dans cette partie de la ville 
de Marseille qui appartient à l'évèque, 27 b. 

Isaac b. Josef. Prétend que Samuel lui a fait faire faux témoignage, 
39 (voir David b. Abrah.). 

Isaac b. Juda. Voir Abraham b. Gerson. 

Isaac b. Salomon (Salmie). Invalide Mardochée b. Jekutiel, témoin 
de Samuel, 25 a b, 29 c ; est (de passage ?) à Aix, 25 a b ; est té- 
moin, avec Abba Mari b. Josef, du mariage par procuration 
d'Isaac avec Bienvenue, 32 bc\ intervient, avec le même Abba 
Mari, pour réhabiliter Mardochée b. Méir, témoin de Bien- 
venue, 28 b. 

Isaac b. Simson. Père d'Isaac, beau-père de Bienvenue; demeure 
sans doute à Aix. i'\ a b, 28 b. 

Jacob Cohen. Père de Bienvenue, 15^, 25 a, 28 a, 32 a, 33 a, 34, 39. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jacob b. [saac. Un des trois juges du procès. Voir Ilillel; voir le nom 
suivant. 

Jacob tils du nudib R. Isaac. On lui donne un acte à conserver, 30. 
KsL peut- être le môme que le précédent. 

Jacob b. Josef et Jacob b. Samuel. Voient apporter à Naples les dons 
de Samuel, 11 b, 15 a. 

Jacob b. Samuel. Voir le nom précédent. 

Jonatfcau fils du hakam Avigdor. Bclla loue un logement chez lui à 
Marseille, 16 c. 

Josef b. Abraham. Voir Abraham b. Gerson. 

Josef b. Samuel. Est avec Mardochée b. Jekutiel témoin du troisième 
mariage de Samuel, 13 £, 16 b d, Vôcd, ttab. 

Juda b. Abraham. Voir David b. Jacoh. 

Lavéyre. Voir Abraham Laveyre. 

Mardochée b. Jekutiel. Voir Josef b. Samuel ; son invalidation comme 
témoin forme une des parties importantes du procès ; il se 
rétracte devant Gigonet et à Aix ; 1 3 b, 1 4, 1 5 d, 1 6 c, 22 a, 23 a b, 
U a b, 25 a c, 26 a b. 

Mardochée b. Menahem. Voir David b. Isaac, 11 b; témoin du second 
mariage de Samuel, 13 b 

Méir a^nn aba (Flaverdet?). Voir Abba Mari b. Jacob. 

Méir b. Menahem. Est d'Aix ; signe, avec Netanel b. Samuel, un acte 
de témoignage pour l'invalidation de Mardochée b. Méir, té- 
moin de Bienvenue, 27 b, 28 a, 29 a. 

Moïse fils de Menahem le parusch. Voir Hillel. 

Moïse Tibbon, père de Samuel. 

Netanel b. Samuel (et encore : fils du hakam R. Samuel). Est d'Aix. 
Voir Méir b. Menahem. 

Samuel b. Abraham. Fait, par procuration, le mariage d'Isaac avec 
Bienvenue, 32. Est à Aix (y demeure?), 25 ab; invalide Mar- 
dochée b. Jekutiel, témoin de Samuel, 24 b, 37. 

Samuel b. Josef fils du rab R. Salomon (et encore : Salamie). Auteur 
de la consultation qui est en tète de nos pièces ; ne demeure 
pas à Marseille, 1. 

Samuel b. Moïse Tibbon. Auteur de notre procès ; prétendu mari de 
Bienvenue. 

Salomon (Salamie) b. Isaac. Invalide, avec Semtob b. Isaac, Mardo- 
chée b. Méir, témoin de Bienvenue, 31. 

Salomon (Salamie) b. Netanel. Invalide Mardochée b. Méir, témoin 
de Bienvenue, 27 bc. 

Simson b. Abraham, médecin, 30, 39. 

Simson b. Abraham ibn Slam. Voir David b. Jacob. 11 n'est pas du 
tout impossible qu'il soit le même que le précédent. 

Semaria b. Elie. Voit venir à Naples les cadeaux de Samuel pour 
Bienvenue, 15 #. Voir Anatoli. 

Semtob b. Isaac. Voir Salomon b. Isaac. 

Le vicomte de Marseille "pubiû, 27 a. 



LE PROCES DE SAMUEL IBN T1BBON 79 

Nous donnons aussi, avant la traduction des documents, la liste 
les mots hébreux techniques qui s'y rencontrent le plus souvent, 
en les accompagnant des mots français ou en caractères français 
dont nous nous sommes constamment servi pour les traduire ou 
les transcrire : 

»bn»N vraisemblance, probabilité. — !HD*ni* épouse ; •porrw épou- 
sailles, mariage. — 1"H ma bêt-din, tribunal (c'est toujours un tri- 
bunal juif). — îlVftt majeure; mVia majorité. — np^tini règle 
biblique, tirée de la Bible; "paTT règle rabbinique, d'institution 
rabbinique. — ÎT"Ppffi ÏW^Vl examiner et scruter (les témoins). — 
MDbn règle. — zrn haluim (rabbin). — ùnn hérem (excommunication). 

— *"■:: avocat ; mSJE allégations, plaidoyer. — T^D valable (témoin 
valable). — 3"H2 nadib (homme notable). — rtfarû défenderesse. — 
mîibao sablonol (cadeau de mariage ayant une signification légale). 

— bïOB [témoin) impropre à témoigner, incapable de témoigner, in- 
valide, récusé; 503 invalider, récuser. — ©*7p épouser, se marier; 
•p'w"i-p kldduschin, mariage. — ?13t3p mineure ; maap minorité. — 
•p:? Unyan acquisition, formalité légale pour conclure un contrat). 
D3p huais ^amende). — an rab (rabbin). — ©ibem royaux (monnaie). 
mian ÎW3Ï0 serment grave. — "p® fiancer; 'pD'HIB fiançailles; 
c'est une traduction par à-peu-près. — tjïï acte. — ÏTTîn tora 
(Bible). 

Voici maintenant la traduction de nos pièces. Tous les numé- 
rotages, titres, sous-titres, résumés en tête des pièces, indication 
des séances en tête des pièces, ont été ajoutés par nous pour la 
facilité des recherches. Les folios de notre manuscrit sont in- 
diqués en chiffres entre crochets. Pour les phrases et mots hé- 
braïques intercalés dans notre traduction, il faut noter que nous 
ayons mis entre parenthèses les mots hébreux traduits en français 
et destinés uniquement à illustrer la traduction française ; les 
mots ou passages hébreux qui ne sont pas entre parenthèses ne 
sont pas traduits en français. 

Isidore Loeb. 



CONSULTATION DE R. SAMUEL BAR JOSEF. 

1. — [19 b\. Voici l'écrit (3TO) du grand hakam R. Samuel bar Josef 
fils du rab R. Salomon V"atT. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous soussigné, sommé f^ppTS) de nous prononcer au sujet de la 
femme B. ' dont L'affaire a été débattue (l^por ini: - ' *ft»K) ; 

I. — CAR R. Samuel est venu et a dit qu'il l'avait épousée quand 
elle était encore mineure, avec l'assentiment de B., de la mère et des 
parents de B. (rTOYIp), et ces Jiiddtischin avaient grandi avec elle et 
elle n'avait pas protesté (TON" 1 » Ètbl Ninn lVw)« ITEM il dit qu'il 
l'avait épousée une seconde fois devant témoins, qu'un acte de ce ma- 
riage avait été dressé et signé, mais qu'il avait perdu cet acte Oai»), 
et il ne produit point de témoins ni pour le premier mariage ni pour 
le second, mais il allègue que beaucoup de personnes ont vu cet 
acte qu'il avait eu en mains et qu'il avait perdu. ITEM il allègue qu'il 
avait épousé B. une troisième fois devant témoins, lui disant, cette 
troisième fois : « Tu es déjà mon épouse pnoviN) depuis longtemps, 
sois encore mon épouse par ceci (lui remettant un objet de valeur, né- 
cessaire pour que le mariage soit valable), et, pour attester ce dernier 
mariage.il produit un acte de réception [20 a] de témoignage (ntatZ) 
rm* nbnp) devant un tribunal, comme il est écrit dans les (procès- 
verbaux des) allégations inwaa l^nDI» 1E3) qui nous ont été sou- 
mis et qui sont signés du tribunal qui fut élu par les parties (mai» 
Ûïlb) à Marseille. 

2. — ET NOUS soussigné, nous avons examiné toutes les alléga- 
tions et tous les témoins produits sur ce mariage et les témoins 
venus pour invalider un des témoins du mariage, nous avons re- 
connu et pesé toutes les allégations de R. S. et vu que toutes ces allé- 
gations sont de pure fantaisie et qu'un esprit de péché s'est emparé 
de lui, qu'il a jeté les yeux sur les biens de B. et qu'il a voulu s'em- 
parer de sa fortune 2 , et sur ce cas et des cas pareils nos rabbins ont 
dit : « D'où savons-nous que si l'on sait qu'il y a fraude dans un 
procès, on ne le décide pas (sans plus ample examen) en en laissant 
la responsabilité aux témoins 3 ? C'est qu'il est écrit : Tu t'éloigneras 
d'une chose mensongère. » Nos rabbins ont encore dit que dans un 
procès d'argent où il y a fraude, il faut examiner et scruter (les 
témoins), comme le gaon* l'a dit dans ses halakhot. Nos rabbins ont 
dit dans le traité de Jebamot : « Dans les questions conjugales, on ne 
doit pas examiner et scruter les témoins (pour s'assurer qu'ils ne 
mentent pas, mais on doit se borner à juger d'après leur témoi- 
gnage, sans plus ample examen): R. Akiba dit : On doit les examiner 
et scruter»; rrnrû a^an )W nr '-oi w^n 'ma ■ubsnfcp onïi 'niïan 
ûnrj Nrrwa fcrw mai»» wna bpi»ttb. D'où il résulte qu'aussi 

1 B. signifiera toujours Bienvenue; S. signifiera Samuel; S. b. M., Samuel fils 
de Moïse. 

8 Voici le texte de ce passage : '-) bl» nWOÎl b3 h? IMianfn Ij^ÏI 

tw )rvo na wa disna mwi tnbnn bar? ■pmaa'tai» iptxin b&n»i» 

.îT^ai r« osin nmb rroaaa 

3 Texte : a^ nai^a ^bn *ibip arm. 

4 C'est Isaac Aliassi. 



LE PROCES DE SAMUEL 1BN TIBBON 81 

bien que dans des procès d'argent il faut examiner et scruter les 
témoins, quand il y a fraude, il faut, dans des questions conjugales 
analogues, examiner et scruter les témoins, comme dans le cas ac- 
tuel, où il y a fraude. Il est vrai que, suivant la règle, une femme 
ne peut se marier s'il y a simple rumeur (qu'elle est déjà mariée), 
mais quand il est prouvé qu'il y a sûrement fraude, il faut examiner 
et scruter, et il n'y a pas de différence entre la défense (de se ma- 
rier) et les questions d'intérêt '. Du reste, même dans le cas de ru- 
meur publique (Étbp), si on peut attribuer cette rumeur à des enne- 
mis (de la personne qu'elle concerne), elle est sans valeur. Si on 
prétend que, même quand il y a fraude, des témoins n'ont pas 
moins de valeur qu'un simple bruit, et on sait qu'un bruit est pris 
en considération, on répondra que, dans le cas dont s'agit, les té- 
moins ne sont venus qu'après le mariage, et il est de règle qu'une 
rumeur qui se produit après le mariage ('pN'ittîi) n'est plus prise en 
considération, et les témoins qui ont attesté le mariage (de Samuel) 
n'ont pas plus d'autorité qu'une rumeur. 

3. — ETANT donc établi qu'il faut examiner et scruter, lorsqu'il 
y a fraude, on peut dire que, dans le cas dont s'agit, le témoignage 
reçu devant le tribunal au sujet du dernier mariage (de Samuel) est 
sans valeur et ne peut pas servir à défendre à B. de se marier à un 
autre, car les témoins ont dit qu'ils ne savaient ni le jour ni le mois 
(où le prétendu mariage eut lieuï, et il est de règle, dans l'examen 
des témoins, que si l'un d'eux dit : « Je ne sais pas », leur témoi- 
gnage est nul. DE plus, ces témoins (qui prétendaient avoir assisté 
à ce troisième mariage) sont revenus sur le témoignage fait par eux 
devant le tribunal, et ont juré qu'ils n'avaient pas du tout vu ce 
mariage; or, un témoignage qui n'a pas été scruté est nul, les té- 
moins qui l'ont fait peuvent le retirer, et ceux-ci (nos témoins) ont 
retiré leur témoignage avant d'avoir témoigné en dernier lieu de- 
vant le tribunal des élus (suit une petite discussion d'ordre théo- 
rique pour prouver qu'un témoignage peut être retiré et contredit 
par les témoins qui l'ont fait, si ce témoignage n'a pas été examiné 
et scruté par un tribunal, 12 lignes). [20 £] EN outre, quand il y a 
fraude, comme dans le cas présent, où il y a sûrement fraude, 
comme on le verra plus loin, le tribunal n'aurait pas dû entendre 
ces témoins en l'absence de la partie adverse, umo^a '•*&*«, et même 
ceux qui soutiennent que, si on a entendu les témoins en l'absence 
de la partie adverse, (le procédé est irrégulier, mais) le témoignage 
est néanmoins valable, ceux-là admettent aussi qu'en cas de fraude, 
ce témoignage est nul et les témoins qui l'ont fait peuvent le retirer, 
et on sait qu'un des témoins de notre mariage a retiré son témoi- 
gnage. Et nous disons (c'est-à-dire il est admis) que si un tribunal 



» Texte : ^ pompa wab*a Kbpa anonja WW TYÛtm b^pi a"3W 

■pa "jb ^n: Rbi !Tppm ncni 'va m«an Wii kdw Nnb» «naitt 

T. XV, N° 29. 6 



S2 i;i:\ i K DES i:nin:s JIIVES 

se trompe dans la réception d'un témoignage, l'acte de réception est 
nul. BIEN PLUS, quand un tribunal se trompe sur un seul point, 

quand môme tout i«- resta es I régulier, tout ce qu'il a fait est nul et 
sans valeur (preuve tirée du Talmud, 6 lignes) ; or notre tribunal 
s'est trompe dans la réception du témoignage, en oubliant d'insérer 
la date de cette réception, et, puisqu'un témoin, quand une fois il a 
déposé, ne peut plus retirer son témoignage et le contredire, ce tri- 
bunal aurait du (absolument) dater l'acte de la réception du témoi- 
gnage, afin que, d'un côté, les témoins ne pussent plus renier re 
témoignage, et que, d'autre part, il fût possible de constater s'ils 
n'avaient pas déjà fait antérieurement, devant d'autres, un témoi- 
gnage contraire (preuve tirée du Talmud, 7 lignes). [21 a] IL est 
vrai qu'un témoignage non daté n'est pas nul, mais la règle est 
néanmoins que l'acte doit être daté. EN outre, on peut dire qu'il 
n'y a pas lieu de tenir compte de ce témoignage fait devant le tribu- 
nal au sujet de ce mariage, parce que les témoins sont des ignorants 
qui ne savent même pas lire un seul chapitre (du Pentateuque?), et 
la règle est qu'on n'accepte pas le témoignage [d'un ignorant], 
comme il est dit dans Peçahim. Et si tu objectes que nous suivons 
l'opinion du docteur qui dit que de nos jours on accepte le témoi- 
gnage des ignorants, il faut noter que le gaon a dit là-dessus que 
s'il y a suspicion contre le témoin ignorant, son témoignage n'est 
pas accepté, et dans le cas dont s'agit (il y a suspicion, car) un des 
témoins a été invalidé pour avoir prêté à intérêt et volé, et le prêt à 
intérêt et le vol sont des motifs d'invalidation tirés de la Bible, et il 
ne faut pas que cette invalidation ait été publiquement proclamée 
auparavant (petite discussion talmudique sur ce point, 4 lignes). 
Des paroles du gaon il résulte qu'un ignorant qui est suspect ne 
peut être témoin, quand même il n'y a pas de témoignage formel 
contre lui, car le gaon dit que le passage précité de Peçahim s'ap- 
plique à un témoin ignorant qui est suspect, et s'il y avait témoi- 
gnage véritable que le témoin est suspect de soustraction ou vol, il 
serait inutile de dire que le passage s'applique à un témoin igno- 
rant, un témoin qui ne serait pas ignorant serait également invalidé, 
dans ce cas. Le gaon a aussi écrit, dans ses Consultations, qu'un 
mariage fait devant des témoins que des lois rabbiniques seules ont 
invalidés (non des lois bibliques), n'est pas valable. DE plus, il est 
expliqué dans le livre du rab Barceloni, chapitre des témoins inva- 
lidés (TiTW ^blOD 'n), au nom de Rabbénu Haï et au nom de Mar 
Jehudaï gaon, que,* lorsque les témoins ne sont invalidés que par une 
règle rabbinique, et non par règle du Pentateuque, le mariage qu'ils 
attestent est valable, si les deux (mariés) conviennent et qu'il est 
certain (TDYn) que le mariage a eu lieu, mais quand la femme 
conteste et dit qu'elle n'a pas été mariée, même quand les motifs 
d'invalidation contre les témoins sont seulement d'institution rabbi- 
nique, le mariage (attesté) n'est pas valable et la femme n'a pas be- 
soin de lettre de divorce (pour se marier à un autre), et lors même 



LE PROCES DE SAMUEL IBN TIBBON S3 

qu'ua des deux témoins est valable et que l'autre est seulement 
invalidé par motif rabbinique, le mariage n'est pas tenu pour véri- 
table. C'est ce qu'il (le Barceloni) a écrit formellement dans son 
livre des Juges, traité des témoins non invalidés ('"O^m ù' 1 i ,,nta J!i 'o 
nny "Ôicd), et on peut s'appuyer en toute confiance sur l'autorité de 
rabbenu Haï gaon et de Mar Jehudaï, soit dans un procès fraudé, 
soit dans un procès non fraudé. 

4. — ON demandera où est Ja preuve que dans le cas présent il 
y a fraude? Sûrement, il y a fraude, on ne peut en douter, il y a 
certainement fraude, car cette jeune fille et sa mère sont filles de 
grands personnages (O^bVW û^sa) et possèdent de grands bicus ; 
le plaignant (WB) aussi descend d'hommes illustres et savants 
z-'zzrn bibvw p), comment auraient-ils (l'une et l'autre) tenu si peu 
de compte de leur réputation en se mariant devant des hommes 
sans importance et des ignorants? [21 b] Et où trouvera-'t-on une 
femme riche, destinée à hériter de grands biens, qui puisse se marier 
sans que sa famille ou celle de son mari n'en répandent le bruit, et 
celui-ci (Samuel) n'a ni parlé ni fait aucune réclamaliou au sujet de 
B. jusqu'à la mort du frère de celle-ci l . EN outre, d'après les allé- 
gations du plaignant Samuel, B. est mariée avec lui depuis plus de 
dix ans, comme mineure et puis comme majeure, et comment est-il 
possible que (pendant ce long temps) aucune rumeur de ce mariage 
ne se soit produite jusqu'à la mort du frère de B., et que Samuel 
n'ait pas parlé de ce mariage ? DE plus, comment le plaignant s'est- 
il tu au moment où R. Isaac a épousé Bienvenue et a fait le repas 
des épousailles (pOW») devant lui (Samuel) et devant R. Moïse son 
père, et où a-t-on jamais vu un homme laisser un autre épouser 
sa femme en sa présence ou dans la ville où il demeure, et garder le 
silence? DE plus, comment le public a-t-il ignoré les deux premières 
espèces de mariages (T'^VTp VB) que Samuel aurait contractés, et 
comment le troisième mariage est-il resté ignoré et caché jusqu'au 
jour où est mort le frère de la jeune fille? EN outre, comment se 
fait-il que la réception de témoignage faite devant le tribunal après le 
mariage et le repas d'épousailles fpci-pa* nWD) de R. Isaac ne soit 
pas devenue publique à l'époque où elle a été faite ? Et comment, 
même après cette réception de témoignage, n'a-t-on rien su du tout 
dans le public? ITEM, sans la crainte des amendes prononcées par 
le tribunal des élus, on ne saurait pas encore maintenant comment 
les choses se seraient passées, on ne connaîtrait ni les noms des 
témoins ni des juges (qui ont reçu le témoignage), car ils ont agi en 
cachette, preuve évidente que les témoins sont mensongers. Gela 
ressemble au cas où il est dit : « Si tout mariage d'une jeune fille 
se sait, quand il vient des témoins (qui attestent qu'il y a eu un 
mariage dont personne ne sait rien), que faut-il décider ? Et on 
répond : il faut les considérer comme faux témoins a ; et sûrement, 

1 Au lieu de ÏTrjN m» b^ lire ï-prjK RIS }*• 



REVUE DES KTUDES JUIVES 

dans le cas dont il s'agit, s'il était vrai que le mariage ait eu lieu, le 
bruit s'en serait répandu. Il est vrai qu'on dit qu'il y a des gens qui 
épousent en secret et n'en parlent pas môme aux voisins, mais ils ne 
gardent ce silence que jusqu'au moment du mariage *; après le ma- 
riage, on le fait connaître et répandre dans le public, car il n'est pas 
possible qu'une jeune fille reste longtemps mariée sans que la chose 
devienne publique. DE plus, S. assure que beaucoup de personnes 
connaissaient ces deux espèces de mariage précédentes, mais que ces 
personnes étaient toutes mortes. EN outre, il dit qu'il avait un acte 
attestant son mariage, qu'il avait perdu cet acte, mais que beaucoup 
de personnes l'avaient vu, mais il n'y a âme qui vive qui vienne en 
témoigner, et on trouve un cas analogue dans GiLtin, ?TTDtt)fin ytis 
.fEÊtt iran ûnn 'p'nttfiH mb "i»«i r-pro^N "p nrabn mb -ien aôi 
EN résumé, puisqu'il y a sûrement fraude, et que, dans un procès 
fraudé, il faut examiner et scruter les témoins, le témoignage de 
nos témoins ne vaut pas plus qu'une rumeur, et la règle est qu'une 
rumeur qui se produit après le mariage CpOTPN),on ne s'en inquiète' 
pas; or, nos témoins sont tous venus après le mariage (avec R. Isaac). 
D'ailleurs, à le bien considérer, quand il y a fraude et qu'on n'a pas 
examiné et scruté la chose, même une rumeur qui vient avant le 
mariage CpDT"PN) est sans valeur. 

5. — [%%a] DE plus, il y a une bonne raison pour permettre à 
cette jeune fille de se marier (à un autre que Samuel), car elle dit 
qu'elle est mineure, et il n'est pas prouvé qu'elle ne le soit pas, et 
nous devons la tenir pour telle (nnpïm) jusqu'à ce qu'il soit prouvé 
par témoins qu'elle était majeure à l'époque où R. S. prétend qu'il 
l'a épousée. Et lors même qu'elle serait aujourd'hui majeure, puis- 
qu'il s'est écoulé un grand temps (d^iûn bma pï) depuis ce mariage 
(avec Samuel) jusqu'à ce jour, nous ne pouvons pas dire qu'étant 
majeure aujourd'hui, elle l'était aussi à l'époque de ce mariage, car 
son âge croît tous les jours, et comme elle doit être considérée 
mineure [mabp npîn) jusqu'à ce qu'il soit certain qu'elle est majeure, 
et que d'un autre côté son mariage (avec Isaac) est un fait accompli, 
on ne l'obligera pas de quitter son mari (Isaac). IL est vrai qu'elle 
a dit devant les tribunaux chrétiens (mfrO"i3>n), il y a plusieurs 
jours (ou il y a longtemps, d*^ !"P3d tiî), qu'elle est majeure, mais 
cela ne signifie rien, il arrive tous les jours que des orphelins mi- 
neurs jurent qu'ils ont vingt ans, afin que leurs paroles et plaintes 
soient écoutées devant ces tribunaux et qu'ils n'aient pas besoin de 
tuteur. C'est pourquoi l'aveu fait par B. devant le tribunal chrétien 
(ûmfcon?), non devant le tribunal juif {bét-din), n'a aucune valeur, 
quoiqu'elle ait fait serment devant le tribunal chrétien, b""»p «m 
■pa*iî"rb firna. D'ailleurs, elle peut dire : Je croyais que j'étais 
majeure et plus tard je me suis convaincue que j'étais encore mi- 
neure. (Suit une petite explication théorique d'où il ressort qu'une 

1 Probablement par crainte des intrigues qui pourraient contrarier le mariage. 



LE PROCÈS DE SAMUEL 1BN TIBBON 85 

femme peut, à la rigueur, être crue quand elle dit qu'elle a la matu- 
rité physique des femmes majeures (rrnytt) TittD, 9 lignes), mais elle 
n'est pas crue quand elle donne en chiffres le compte de ses années, 
car elle ne le connaît pas, et quand même elle dit qu'elle a l'âge des 
femmes majeures, elle peut retirer cette assertion et dire qu'elle le 
croyait, mais qu'elle s'est depuis convaincue du contraire, et par 
conséquent, son aveu (qu'elle est majeure) ne peut servir à l'empê- 
cher de se marier, car les femmes, en général, n'étant pas admises à 
témoigner sur l'âge des personnes exprimé en années, une femme 
ne peut pas témoigner pour elle-même sur son âge exprimé en 
années, aussi longtemps qu'il y a doute si elle est majeure ou 
mineure. C'EST pourquoi nous croyons que ce mariage (avec Isaac) 
est au-dessus de tout soupçon d'irrégularité (Oim» ma fao pN), et 
qu'il n'y a pas lieu de tenir compte des allégations de R. S. le plai- 
gnant, et B. n'a nullement besoin de .lettre de divorce (£3A), et si 
quelqu'un prétend qu'elle en a besoin, nous ne sommes pas de 
son avis. 

6. — EN outre, je dis que, lors même qu'elle aurait besoin de 
lettre de divorce, elle peut être la femme de R. Isaac ('nb mmti 
pffiF . 11b] si le plaignant lui donne lettre de divorce, et il n'y a 
pas lieu de dire qu'elle doit quitter l'un et l'autre mari (Samuel et 
Isaac), quoique R. Isaac ait seulement accompli la formalité du 
mariage, sans plus : 

vbi yjN pnsr» 'n tvx&n ttwi Ttra fittïn nttib Nîia -p^ abn 
ITKWM Npn ,pai îoap amo^H i»*wi natta p-ntt&n NïTi ,bra 
Nrnoui ffia* Nbi p^a .ïri&rma »b b*a abn nattaà bas ,b*an 
,-y~-22 nma ^y pi )- nn 1 ^l* pi yn sua p"n?3N «bi .îritia 
rttnaai mm natp îab tt*n .i-«pa wia -niD^ '3*»«i Na^n t^ba 
yanmanm . ï-wa to "jn yn -nrn to yn pi p"nn« s**b amoen 
nuna na^ nua an , nattai m»^i inaarE abtt îmiap maa^a 
i-itti* laia p«i , s-ib^iamt?» pttfioii b^ai tD-natt nwcn .saa 
Mb» ,b;na ûiaitt&n pOT-pp^i wunM nabi , niDî nbva inbva 
,**3tt» oa ttsnnBt na**» ■flnpim ;itta* bana r^in pttvrp &iab 
pi p*n»H b*bi ,mma ptta-ibl tt"ia , pu&nb rriioa -»anp t^bi 
irnDM Kîtni ranuti wb nb*aai ,s-w»a *i* yn yn w ^^ pi 
pttTip wi ^:rp nattai ïran "Wi mmb t-o-w a"*ai . pttanb 
. --'--' Tpim ■"TS'nDM îab pN , 073?3 paitta *^bi w^Tinb 
.*:•:;- b*a t^bttai paittaa îb^ea*! pirob t^a^N ,natta ■QnpiXïi 
■n* pi "jn p*n73« abi .pttanb nnmtn ias naio^M ns*nat pai 
---■: . ï-ib^aK niio^m nd^i b\N-in , na^a il* yn yn Tim 
---:• ba aa wnas -:\x- noia îanyï nb* '-nei '^bp'cn flnava 
ïwi wn popeb pai r^-i^iN iaa iin .îanaatt travail ba?û 
nbnrob '*»Da n»aa na»aa nb*a ^asb ï-raatt fitta t^^-i^^in 
,naittab noria pa îb -»a« î^bi .bapnn 'd nai73 ^arti -ittisp 
^:^n ï-P3B npJB ï-îw\n pu npTn im72ï< ^"na poina "ib^Dw^n 
px N:-r:n nma 'rnbi 'JOTfiBn ."cn3?3rî 'sa f^^nria nanana ,?ibya 
Bmbtn ana^ "fiamîTi , ï^:i:72r; nia r^nabn '•Nin , aiba maia 



M m:\vk des ftTUDES jhvks 

ma rbj *]V22b 1\n .nbtirob Sfltottb m»H3 «b nmjfcîl 3Tl 
^êWTl pirs pniriiBfl b^pDpBE tf> inm .H3ip»a nnja «tr masi 
K5*w :/'3\ni nb «in '-nw^i ■jww ^nttt* fia ^nttna itère b*m 
«5*cd *mto N3*bi -omria mtfire rteata œps .ttnab vna v-o -i;.^ 
ffDfc , ttfhfï ara pi , ï-ibnnsb r^iaan **bi rtb lain *imb i:b 
^rthi .Vao tfwa ritt nsrwb *jb n^ nNcn )vs '■nwi fcnaua 
nàÙVQ , rrb cin "HErt! iw&w Vrana IfcNiD bsa '-nEKI *»ffn 
"ntflfi bwm 2\N .nmab Éfflrrt «ripa hm ^m e-rto-n , vmn 
1à*j **M C^bît é*A "pVfl , frçj<nji f^P f^35 nNni ><n P4»b*a 
biôfctfa fi*1* w« [23 a] ^n 'psapi iswab taTO^n t^bi .t^ab:^ 
nabpn C3« i^bma ©1 'sa ^"ratfi ^m .wna Nnrre ewm*i 
n**?t«a cfi* p^tn .t^mœnb ir-a^m ïï\^ t-noïa bpa rt^aœa 
rh»ip*i ptt-np '0751 mïti , t*tfitfp «b , tarn na'nwa ta-n* e^ar-ati 
swtpna wii «m ,^mi aw f*errp ^apa^ «bps abriai mana 
-fwnfi îr-n-c: WDTpi t^fttto ■♦Kfta m ri to bwvy *i*»rt «bra t<b^ 
■pbrffl «^ 'sai t^m fnDTtp 'oai ^n mûis» roa «unia^j £a*n 
'si ^jrsn *jNai ,i&o ta^s ro^ui in s^u:iz5n s^inria t<bp ^an Npsa^ 
W<1 w r-rb n\NT ta^is nd^n ù^r? ro^tfai tnaiNio flpbma w 
6*ï!ïi*a bas , r-ravis !H1D r-nn «nsia Ninnn ,^ttJTip 'Ottl ^ria 
mznpnara nrtsè «b« ip^s ba «ar» «b nsnsari ,ma '"ntn '■4p«i 
..MWÎ1 ^na j-raœ Ftann i^r "îrtNb t^bN ni^ ^bi ,ù^mta i^np 

.-lansaw itdd vi Nba rri^nrtb d^a 13N &nn 
7. — R. SAMUEL allègue que beaucoup de personnes ont vu cet 
acte de mariage qu'il a perdu, et qu'il était signé de témoins, mais 
il n'y a pas à tenir compte de cette allégation, même si des témoins 
venaient attester qu'ils ont vu cet acte entre ses mains (suit un 
exposé théorique, 15 lignes, d'où il résulte qu'il faut d'abord prouver 
que ces signatures, si elles ont été vues, sont authentiques ; et, en 
outre, que fussent-elles authentiques, il faut encore, dans un cas 
suspect comme celui-ci, examiner et scruter la véracité de l'acte). Et 
il y a d'autres motifs encore donnés par de grands hakkamim, comp- 
tant parmi les hommes remarquables de notre époque (pour re- 
pousser les prétentions de Samuel), et je suis d'accord avec ces 
rabbins en ce qui concerne la formule de mariage prononcée par le 
plaignant [23 b] : « Tu es mon épouse (wnN) depuis longtemps, 
sois-le encore par ceci ». Gela n'est point un mariage, car on ne peut 
pas faire mariage sur mariage {ywnp b$ "poein pttTTp V N )> ce 
dernier mariage ne compte donc pas. DE plus, Samuel a rattaché ce 
dernier mariage au précédent, et puisque le précédent n'a aucune 
réalité, celui-ci ne signifie rien, puisqu'il s'appuie sur le précédent ; 
c'est un point sur lequel ces grands savants se sont étendus dans ce 
qu'ils ont écrit, et leur opinion paraîtra probable à toute personne 
disposée à reconnaître la vérité. JE n'ai pas tiré d'argument de ce 
que B. dit que S. lui aurait donné lettre de divorce et qu'elle se 
serait mariée ensuite (avec Isaac), car il semble que son conseil lui a 
suggéré cela et lui a enseigné ce mensonge ('nptûi ïmïaaK «nasal 



LE PROCÈS DE SAMUEL 1BN T1BB0N 87 

msbfc), et aussi bien que le mariage allégué par le plaignant est 
mensonge, aussi bien l'allégation de B. qu'il y aurait eu divorce est 
mensonge, et j'ai trouvé dans Torat cohanim du Lévitique, section 
N4ço, un cas semblable, d'où il résulte que, quand il y a apparence 
(i^rr-n), on n'accueille pas une allégation de ce genre. On y dit : 
R« Aléir dit : « Si tout de suite un homme dit qu'il a agi exprès 
pHTfc), on le croit ; mais s'il ne le dit qu'après de longues discus- 
sions, on ne l'écoute pas. De même, dit R. Méir, si on dit à un homme 
qu'il est nazir et qu'il répond (tout de suite, non, mais) j'avais l'in- 
tention de faire le vœu de nazir, on le croit; si, au contraire, il 
tergiverse toute la journée, etc., et dit seulement à la fin qu'il avait 
(uniquement) l'intention de faire le vœu, (mais qu'en réalité il ne l'a 
pas fait), on ne le croit pas. A le bien examiner, l'allégation pro- 
duite maintenant par B., qu'elle a reçu divorce, ressemble à cette 
atVaire de nazir. J'ai trouvé dans le *HÛ3 "ifittû Oim '0 du rab Barce- 
lone à la fin des règles du divorce {)^ï msbrt), une consultation 
du gaon R. Isaac Al-Fassi, dont voici le texte 1 : 
nb*a «a a"n*o fiNTDai ïtb*na na>iasra ton nba-w*:) ï-rr "paya 
jTOrrp yz-z "as bap N*b !na*ta >mi ranima Kb n»ai nanan 
wai Y- "^WM ab *:ni 'pab ira ï-pî-ï *iaba to-nan "pap >*bN 
ï— nan l'aniona naa î-n^oi ton rtiîrn ï-in^r; rnnm snwaaio û^a* 
n— :n naatt manw ttptrTiri iifflfi aiba fmaia "pa ^aai cas "i 
aa ^ nna Nb rnnfiwî n»a Taba tman pap aba irra r-rn «b 
n-;r: v^an as t-ibcana pi:\s vnDTprû ab t-njcnwi ba*i w 
i-ib 'pKi ïrb*a knnn» rtniN ^firsitti na^a» w*£ ■rçrnD'na mftao 
mnau nabnïaH ba> ■pfTOtttt "pin ro*ba a*bi niTa Rbi nains «b 
mari vnanb s-tttbrœa ln-> *paa msro *» ba *p nsaiat rtna tawc 

Et je sais que tous les hommes de valeur et maîtres en questions 
de vertu et de péché (ar^n "nttl !rb^ ^ba>a) diront que nos paroles 
sont fleur de farine pure et il (l'auteur de cet écrit) a bien décidé et a 
bien mérité avec les autres hommes éminents de l'époque. Samuel 

BAR JOSEF BAR SaLMIE (13 bUTOUJ TPTÏl "^TO 'W Û3> hD^TI "p flÔ^ 

ûtoîj ?rab« -.a hot). 

8. — J'ai aussi trouvé quelque chose de rab Haï Gaon, dans le 
livre du rab Barceloni, au sujet du mariage contracté [lia] par un 
homme dans une salle de festin (mwrnDttti ri^M), où il s'était marié 
avec une jeune fille, et les témoins du mariage étaient impropres au 
témoignage par suite de parenté (avec un des mariés) et par simple 
règle rabbinique, et la jeune fille contestait le témoignage (disait 
qu'elle n'était pas mariée), et il (R. Haï) répondit que celui qui con- 
tracte mariage avec témoin impropre par règle rabbinique, quand 
même un des témoins est bon (*W}5), du moment que la mariée 
contredit les témoins, le mariage est nul, comme je l'ai écrit plus 
haut, mais si la femme convient qu'il y a eu mariage, ce mariage 

1 Cette consultation paraît inédite. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

compte ft^ttmpa ■pWlfi), quand l'impropriété des témoins vient 
seulement d'une règle rabbinique. 

maa n*ataa «ipb aria» ïfîi a^ate ï"naa ht laa-naa ainb nb^i 
Ipm naan fuBiipa ftvt'Mi k-na*û iani ia aman m^PM^ 
ttainaa baa moa NbwN rwp^ abo îa^apt tmm «aaii rcntt &nb 
fcattb ipn r-n -nos i^nib bai "pOT-PK tna-iai tsns hM^m 
ttjnpîa Np "pa-n kiwk «Hp^n ba la-n^na "pWTipa jtobth v&w) 
î-itd ipnb tab ifin tan» R|mi .s-pa-»» ^wiip "pn-i irwjpMn 
iai*ai laroan iod 15 ^bibi . a"* to aina» taa^aE pbnorwi 
mboi ï— rn^— n^a* fmn fcarmn im !-imn ibya THii ^b-m 
oam y-iD swtid -im ittîi ^sb pto ipnb ii&n ï-pïi , i-npa 

.y-iwNn taïrb» 



PROGËS-VERBAUX DU TRIBUNAL DE MARSEILLE 



Premières allégations de Samuel. 

9 à 14 : Récit sommaire de ses trois mariages successifs, les cadeaux envoyés à 
Bienvenue, l'acte perdu, l'arrivée de Bella à Marseille, etc. 

9. — a) ALLÈGUE R. Samuel fils de R. Moïse : Quand la fille de 
R. Moïse Cohen était âgée d'environ 6 ans ou plus, elle fut fiancée 
(rmaiia) à lui R. S. par sa mère (Bella) et ses tuteurs, il y a 10 ans 
environ, par acte, et témoins, et Mnyan, et kenas, et serment grave 
prêté par moi (Samuel) et par les tuteurs, avec toutes les sortes de 
confirmation (plTH). Et son père, le hakam R. Moïse était là (à Naples) 
et reçut les engagements (CPNDn) et les serments au nom de son fils 
ledit R. S,, et R. Moïse prit des engagements semblables (!"rtl)3> 
ûin»a tPNan). A la suite de ces fiançailles ("pailU)), ledit R. Moïse 
envoya à B. beaucoup de présents (ma») au nom de sondit fils, à 
titre de sablonot, conformément à l'usage. Bon et certifié : Jacob 

FILS DE R. ISAAC )"T(129 V "U>, HlLLEL FILS DU HAGID R. SAMUEL DE 

Vérone b"ii:T; Moïse fils de R. Menahem ïl"3> WPiôïi*. 

b) NOUS tribunal de trois avons, d'un commun accord, ordonné 
à R. S. de produire l'acte de ses fiançailles, qu'il dit avoir été faites 
par son père pour lui. Nous avons ordonné aussi qu'il amène son 
père devant nous pour nous dire si ledit R. Samuel était consentant 

1 Sur ce nom de ©"PIS, voir Benjamin de Tudèle, édit. Asher, I (hébr.), p. 3, 
qui nomme un R. Ascher laplDÏ-J, de Lunel, et explique ce que c'est qu'un 125T1D : 
un homme détaché des choses de ce monde, qui étudie la Loi jour et nuit, jeûne et 
ne mange pas de viande. 



LE PROCÈS DE SAMUEL IBN TIBBON 89 

{WlTO) à ces fiançailles et à ces saMonot qu'il (R. Moïse) avait en- 
voyées à B au nom de son fils, et s'il ne peut pas amener son père, 
quïl produise des témoins sur le fait de ce consentement aux fian- 
çailles faites par son père et aux saMonot envoyées, et qu'il indique 
immédiatement les noms de ses témoins, s'il en a ; et s'il n'en a pas, 
qu'il le déclare (immédiatement) devant nous. Tout bon et certifié : 
Jacob etc., Hillel etc., Moïse etc. 

c) [Ikà] ITEM dit R. S., en toute certitude (aman), que ladite B. 
son épouse (ViOYTKJ connaissait les fiançailles par lesquelles sa mère 
et ses tuteurs la fiancèrent avec serment et kenas et kinyan ; elle 
savait aussi et avait vu qu'on lui avait apporté, en présence de 
témoins, des cadeaux d'étoffe fim) et autres choses à titre de sablo- 
not, de la part de R. S., et de R. Moïse au nom de son fils R. S., et 
qu'elle fut consentante. Tout bon et certifié. Cette allégation fait 
partie de la première (précédente) et les deux n'en font qu'un. Tout 
bon et certifié : Jacob etc., Hillel etc., Moïse etc. 

d) ET nous tribunal lui avons dit de produire les témoins devant 
lesquels fut donnée la commission (mrpboj d'apporter ces saMonot 
qu'il lui avait envoyées à son nom (Ï1J31B3 ; peut-être pour Toan, en 
son nom, au nom de Samuel). Il répondit, avec serment, qu'il ne se 
rappelait pas s'il avait eu des témoins de cette commission. Nous lui 
avons demandé ensuite s'il avait des témoins devant lesquels B. 
avait reçu l'étoffe et les autres objets envoyés à titre de saMonot ; il 
répondit, avec serment, qu'il ne se rappelait pas. Tout bon et cer- 
tifié : Jacob etc., Hillel etc., Moïse etc. 

10. — a) ITEM dit R. S. que B. son épouse (inoriN) avait reçu 
devant témoins de l'argent et des saMonot et autres objets qui lui 
furent apportés, à titre de cadeaux de mariage fplDYip ûtfîb), de 
Marseille à Naples, au nom dudit R. S., et qu'elle avait porté plu- 
sieurs années le vêtement qui lui fut fait de cette étoffe; et qu'il y 
avait d'autres témoins pour certifier que ces cadeaux lui furent 
envoyés de Marseille, à titre de kidduschin, par ledit R. S. l'époux 
(OVW) et par R. Moïse au nom de son fils, et les chiffons (m«ba) de 
ces étoffes (ou vêtements) existaient encore. Tout bon et certifié : 
Jacob etc., Hillel etc., Moïse etc. 

b) ITEM dit R. S. que B.,son épouse (inOTlK), avait reçu devant 
témoins de l'argent et des saMonot d'étoffe et autres objets. Nous lui 
avons demandé s'il avait des témoins sur ce fait, et il a répondu que 
cet argument est comme le second argument et qu'il ne se rappelait 
pas s'il avait des témoins. Tout bon et certifié : Jacob etc., Hillel 
etc., Moïse etc. 

11. — a^ ITEM dit R. Samuel « : J'ai moi-même envoyé à R. Isaac, 
gendre de dame Bella, ma tante, des cadeaux et saMonot pour ma 
dite épouse pnOTlK) B., et je lui ai donné commission d'être mon 
représentant à Naples par lettre de commission faite ici, par des 

1 Premier passage reproduit par If. Neubauer p. 82. 



00 REVUE DES ETUDES JUIVES 

témoins valables, avec charge de remettre à madife épouse ('OTIN) 
lesdités sablonot à titre de kidduschin, devant témoins valables. 
Quand .Tacob vint ici, il médit qu'il avait remis à madite épouse 
('0T1K] lî. lesdites sablonot devant témoins valables et connus et ayant 
sfgné (l'acte de remise), et ceci me fut certifié avec vérité par d'autres 
personnes. Tout bofl et certifié : Jacob etc., MoïSB etc., Hillel ete. 

b) ET nous tribunal lui avons demandé quels étaient les témoins 
de la lettre de commission dont il parlait et disait qu'elle avait été 
faite ici par témoins valables ; à quoi il répondit que ce furent R. Da- 
vid bar Isaac et [25 a] R. Mardochée bar Menahem qu'il avait nom- 
més (ou auxquels il avait fait allusion) dans ses allégations fFSOfl 
"PrnaJùaj. Et les témoins devant lesquels ladite B. avait reçu les 
sablonot étaient (suivant Samuel) R. Jacob bar Samuel et R. Jacob 
bar Josef. Tout bon et certifié: Jacob etc., Hillel etc., Moïse, etc. 

12. — ITEM dit R. Samuel : Parce que B. mon épouse ('OTTO) et 
ma tante sa mère ne sont pas venues ici (à Marseille) dans le délai 
convenu avec monseigneur mon père, monseigneur mon père m'a 
forcé de prendre une autre femme en dehors de mon intention (yin 
■WT73), mais je ne pouvais pas transgresser son ordre obligatoire. 
C'est pourquoi lorsque, il y a trois ans et plus, elle vint ici, elle vint 
dans ma maison, qui est la maison de monseigneur mon pèreR. Moïse, 
en vertu (na^aa) des fiançailles primitives et des sablonot précédentes, 
et je l'approchai (îim& "•nanp) et elle demeura dans ma maison, c'est- 
à-dire la maison de monseigneur mon père, environ trois mois, et 
souvent nous étions ensemble (d^'irT^maï moi et elle dans les étages 
et les appartements (û'mrm rrpb^n), sans cesse, de jour et de nuit, 
tantôt devant témoins, tantôt sans témoins. Lorsqu'elle eut quitté 
ma maison, j'ai plusieurs fois mangé dans sa maison et couché dans 
sa maison, sans cesse, j'y étais comme un familier et habitué ("rr^'m 
!lb2fi* b^Ti 1t*W). Mon cœur était fier d'elle (m 03), à cause des 
fiançailles et des sablonot que nous lui avions envoyées moi et mon- 
seigneur mon père à titre de kidduschin. Il est vrai qu'elle était encore 
mineure quand elle reçut les sablonot, m'ais'elle grandit (a acquis sa 
majorité) après qu'elle est venue ici et qu'elle avait demeuré dans ma 
maison, et quand elle a grandi, ses kidduschin ont grandi avec elle, 
elle est donc mariée en vertu de ce mariage, qui est un mariage véri- 
table. Tout bon et certifié. Moïse etc., Hillel etc., Jacob etc. 

13. — a) ITEM dit R. Samuel : Afin d'écarter toute espèce de 
doute, et quoique j'eusse pu m'en rapporter à ce premier mariage, 
puisqu'elle avait atteint l'âge de la majorité et avait les signes connus 
(de puberté) Tlpltfn b? w, et n'avait pas protesté (fait ïiaott), avant 
sa majorité, contre son mariage avec moi, et qu'étant devenue ma- 
jeure, son mariage avait grandi avec elle; néanmoins j'ai voulu (par 
surcroît de précaution) l'épouser par mariage de la tora et je l'épousai 
ici devant des témoins valables et dignes de foi. En ce mariage par 
lequel je l'épousai j'ai aussi voulu accumuler les précautions et le 
confirmer, tout en sachant bien que des kidduschin faits une fois 



LE PROCÈS DE SAMUEL IBN TIBBON 91 

suffisaient, mais pour qu'il ne pût y avoir ni discussion ni contesta- 
tion sur aucun de ces mariages, ni au sujet des témoins, ni au sujet 
de la minorité (de B.), ni à aucun autre sujet, je l'ai épousée encore 
une fois devant d'autres témoins. De plus, quand je jouais avec elle, 
je lui donnais de beaux fruits et autres présents (mSTfttt), en des 
époques différentes, b\"m Tnm Yran W*fi un Ipnfcb Btbttl t jfTSÙ 
PlbatM. Souvent nous étions ensemble dans les étages et les appar- 
tements, devant témoins et quelque fois sans témoins ; et aussi je 
mangeais, couchais et me tenais [couchais, la nuit ; me tenais, le jour) 
dans sa maison continuellement, les jours et les nuits. Une partie 
des témoins du mariage 1 ont signé [25 b] de leur main, pour attester 
leur présence, un acte de témoignage authentique, mais cet acte m'a 
été volé ou s'est perdu, je ne sais lequel des deux. Une autre partie 
des témoins du mariage ont porté témoignage devant eux (le Mt-din) 
en présence de témoins, et une partie 2 ne s'est occupée ni de signer 
ni de porter témoignage devant le tribunal, mais ils se sont récusés 
eu disant: « Nous n'avons rien vu, et si nous avons vu et entendu, 
nous ne t'en donnerons pas témoignage actuellement, et si (pour 
avoir notre témoignage) tu nous imposes une contrainte quelconque, 
par la cour ou par serment ou hérem, sache, en vérité, que nous nie- 
rons tout et que nous dirons qu'il n'y a rien de vrai dans ton alléga- 
tion, car nous craignons pour nos tètes et nos personnes, depuis que 
nous avons vu de nos yeux ce que tes adversaires ont fait à toi et à 
tes témoins et à ceux qui te soutiennent et à ton père, et nous savons 
ce qu'ils répandent d'or pour vous perdre (dsna mo?:b) et pour vous 
atteindre dans vos personnes et vos biens ; qui pourrait résistera ces 
coups de force? Nous sommes convaincus que nous ne pécherons pas 
en refusant notre témoignage, à cause de ce danger que nous signa- 
lons, Car la Bible dit : II vivra par là, et non : II en mourra. » Les 
témoins du mariage ne sont pas les seuls qui parlent ainsi, mais 
beaucoup de témoins dont le témoignage serait formel sur d'autres 
points se récusent et retiennent leur témoignage et s'abstiennent de 
parler actuellement, parce que c'est dangereux, si nous ne leur jurons 
pas, par serment grave, que nous cacherons et tairons leurs noms et 
ne les ferons connaître à âme qui vive ni par acte ni par parole con- 
cernant cette matière, à cause de ces rebelles et terroristes (D^bNn 
t^oaiWTl] grands et puissants. Bref, l'acte de témoignage des témoins 
du mariage signé par ces témoins, je ne sais comment il s'est perdu, 
mais beaucoup de gens l'ont vu en vérité. Tout bon et certifié : Jacob 
etc., Hillkl etc., Moïse etc. 
b) ET nous, tribunal soussigné, nous avons examiné cette alléga- 

1 Ce passage, qui paraît obscur, devient très clair si, par les mots « une partie des 
témoins du mariage », on entend : une partie de tous les témoins que j'ai sur tous 
ces trois mariages, savoir, les témoins du second mariage. Quelques lignes plus loin, 
les mêmes mots désignent les témoins du troisième mariage. 

* Une partie, c'est-à-dire les témoins qui avaient vu le prétendu acte du second 
mariage, ou quelques-uns de ceux qui avaient vu partir ou arriver les sablonot, etc. 



U REVUE DES ETUDES JUIVES 

tion dudit R. S. disant qu'il a voulu épouser B. suivant la tara 1 , et 
qu'il l'a épousée ici (no) devant des témoins valables et dignes de foi, 
et nous lui avons demandé quels étaient ces témoins, et il nous a 
répondu : l'un est R. Mardochée bar Menahem, je ne me rappelle pas 
qui rtait l'autre, un acte signé par eux a été fait \ il m'a été volé ou je 
l'ai perdu. SUR ce qu'il a dit qu'il l'a épousée une autre fois devant 
témoins valables, nous avons demandé quels étaient ces témoins, et 
il nous a répondu que c'était R. Mardochée bar Samuel [lire : bar 
Jekutiel] et R. Josef bar Samuel. Un acte de réception de leur témoi- 
gnage a (en effet) été dressé devant un tribunal, il est entre nos mains, 
et c'est là ce qu'il veut dire quand il allègue que quelques-uns des 
témoins du mariage en ont porté verbalement témoignage devant le 
tribunal. Les mots « un acte a été dressé de leur signature, il m'a 
été volé ou je l'ai perdu », qui sont en surcharge entre les lignes, et 
tout le reste écrit ici, sont bons et certifiés : Jacob etc., Moïse etc., 
Hillel etc. 

c) ET nous tribunal soussigné avons interrogé ledit R. S. sur 
ce qu'il allègue qu'il se rencontrait avec B. dans les étages et les 
appartements, devant témoins et sans témoins, et lui avons de- 
mandé si, dans ces rencontres, il avait accompli jusqu'au bout l'acte 
du mariage, et il a répondu devant nous que non Nbi ïrb? Nn abu: 
ûbi^b ïrûPn i"D Tiïïy, [26 a] et c'est pourquoi nous l'avons dis- 
pensé d'amener les témoins de ces rencontres. Le mot Nb entre les 
lignes, le mot ùb")3>b sur la marge, et tout le reste qui est écrit dans 
cet acte, est bon et certifié : Jacob etc., Hillel etc., Moïse etc. 



II. 

Seconde série des allégations de Samuel. 

I. 14-1 5 a. Cadeaux envoyés à B. il y a six ans. — 15 b. Le seconl mariage à Mar- 

seille. — 15 c. Plaintes contre le tribunal. — 15 d. Arrêt du tribunal (qu'il four- 
nisse des preuves). La séance est antérieure de quelques jours au 43 kislcv. 

II. Séance du 15 kislev (dimanche 14 nov. 1255). — 16. Acte de réception du témoi- 

gnage de Mardochée b. Jekutiel (M. b. J.) et d'un autre témoin sur le troisième 
mariage. 

14. — VOICI les allégations de R. S. b. M. Tibbon, dans leur 
ordre, la première en premier lieu, la dernière en dernier lieu, et 
le mariage qu'il a fait avec B. devant R. Mardochée bar Jekutiel et 
R.. Josef bar Samuel est le dernier de ses mariages, c'est ce qu'il a 
dit lui-même de vive voix et ce dont convient aussi l'avocat qui 
parle pour lui. Nous avons signé pour certifier la vérité. Tout bon 
certifié : Jacob etc., Hillel etc., Moïse etc. 

15. — a) IL est écrit, dans mes allégations (c'est-à-dire dans les 

1 C'est son second mariage. 

* C'est le seul sens probable des mots nW !"lti)3>i dPE^nrWl. 



LE PROCES DE SAMUEL IBN T1BBON 93 

procès-verbaux antérieurs), que j'avais chargé R. Isaac Cohen, gendre 
de dame Bella, à Naples, d'être mon représentant pour donner en 
mon nom, à titre de kiddnschin, les sablonot que je lui avais envoyées 
(à Isaac) pour les donner en mon nom. Les témoins de cette com- 
mission sont R. David bar Isaac et R. Mardochée bar Menahem, qui 
étudiait dans sa maison (celle de David) et un français qui y logeait 
avec eux, et il y a de cela plus de six ans. Après un certain temps, 
R. Isaac Cohen vint ici et nous raconta qu'il avait exécuté ma com- 
mission et avait donné les sablonot à B. et qu'elle les avait reçues à 
titre de kiddîischin véritables, en mon nom, de la main de R. Isaac 
Cohen, en présence de mon parent le hakam R. Anatoli, et devant le 
hakam R. Schemaria bar Elie, et devant R. Jacob bar Josef et R. 
Jacob bar Samuel, qui se trouvaient là pour cela et pour autre 
chose de ce genre. Peut-être trouvera-t-on leur acte de témoignage 
écrit et signé de leur propre main, ou peut-être trouvera-t-on des 
témoins qui auront vu cet acte signé de leur main. Les sablonot 
aussi que monseigneur mon père a envoyées à B. en mon nom et 
par ma volonté, et avec mon plein consentement du commence- 
ment à la fin, il en a donné commission devant témoins, quoi- 
que ce ne fût pas nécessaire, et l'homme à ce commis les a remis 
là-bas, à Naples, aux mains de la jeune fille mon épouse (tidtin) B., 
en présence de R. Abba Mari fils de R. Jacob et de R. Méir «bs 
a^Via et de beaucoup de gens de la ville de Naples dont je ne con- 
nais pas le nom. 

b) IL est écrit ! dans mes allégations que quelques-uns des té- 
moins du mariage l'ont attesté en un acte signé de leur main : ce 
sont là les témoins du mariage que j'ai fait ici, à Marseille, d'après 
la tora \ mais je ne me rappelle pas les noms de ces témoins et je 
ne suis pas très bien sûr de l'époque exacte (de ce mariage?), et cet 
acte, je le dis en toute sincérité, je l'ai perdu, je ne sais pas com- 
ment ni dans quelles mains il se trouve, mais sachez, en vérité, 
qu'il y a, dans la ville et hors la ville, beaucoup de personnes qui ont 
vu cet acte signé de la main de ces témoins, qui étaient valables et 
dignes de foi, [26 b] je ne puis les forcer, ni par contrainte ni par per- 
suasion, à venir devant le tribunal pour porter témoignage de ce 
qu'ils ont vu écrit et signé par ces témoins, et si vous (tribunal) 
pouvez, par hérem, les forcer à parler, faites-le. Tout bon et cer- 
tifié. 

c) ET sur ce que vous êtes convenus vous deux 3 (û^na) de me 
faire clore (ûinnb) en un jour toutes mes allégations en matière de 
mariage (en une matière si difficile et qui demanderait plus de 
temps), je dis que vous n'en avez pas le droit, pas plus que de pro- 

1 Second passage reproduit par M. Neub., p. 82-83. 
* Le second mariage. 

3 II y a trois juges, Samuel a probablement à se plaindre surtout de deux 
d'entre eux. 



REVUE 1>I.S KTUDES JUIVES 

noacer les amendes dont vous me frappez (dans le cas où il ne se 
soumettrait pas à celte décision), mais, par respect pour vous, je vais 
cependant dire tout ce que je puis dire aujourd'hui (en ce seul jour) 
sur ce que je me rappelle concernant le mariage et les cadeau:;. Je vous 
rapporterai aussi le récit des témoins concernent les sab. onot et le ma- 
riage. Je dirai ce que je me rappelle, donnant le certain pour certa-n, 
le douteux pour douteux, le oui pour oui, le non pour non, et mon oui 
sera vrai et mon non sera vrai. D'après moi, vous êtes forcés de me 
dire 1 [*b "jrrt) pourquoi vous m'avez condamné à clore mon plaidoyer. 
car c'est une question où, même au bout de nombreuses années, je 
pourrai en appeler du jugement en cette matière, avec des arguments 
ou des preuves nouvelles, si j'en trouve, même si le jugement éiait 
rendu par le tribunal de Moïse 2 , et même si (maintenant) je vojs 
disais nulle fois que je n'ai ni témoins ni preuve. Pourquoi donc me 
conjurez- vous en pure perte (d'amener des témoins), surtout en ceite 
question où tout le monde sait et voit (agir mes adversaires) les ter- 
roristes, et pourquoi chaque décision que vous prenez à mon sujet 
est-elle accompagnée, sur chaque point, d'une clause d'amende ? 
Tout bon et certifié : Jacob etc., Hillel etc., Moïse etc. 

d) ET nous tribunal avons, d'un commun accord, ordonné à 
R. S. b. M. Tibbon de nous apporter l'acte du tribunal qu'il a sur la 
réception (devant ce tribunal) du témoignage du mariage en lequel 
il dit avoir épousé B., fille de R. Jacob Cohen, devant R. Mardoehée 
bar Jekuliel et R. Josef bar Samuel, et le tribunal (devant lequel 
cet acte fut dressé) était composé de R. Simson bar Abraham et 
de R. David bar Jacob fils du Nadib R. Salomon 3 ; et lui avons or- 
donné d'apporter cet acte d'ici jusqu'à dimanche prochain qui est le 
13 kislev. 

16. — a) Au jour dit, il vint devant nous (le tribunal) et apporta 
ledit acte, en voici la teneur : 

/>) « NOUS tribunal soussigné 4 avons été sommés par R. Samuel 
bar Moïse Tibbon de recevoir le témoignage suivant de la part des 
témoins suivants qu'il a amenés devant nous, en tout ce qu'ils té- 
moigneront et diront mot pour mot ; Et avons reçu leur rapport, 
chacun parlant en l'absence des autres, selon le droit et la règle, en 
tout Ce qu'ils ont dit, sans addition ni retranchement (de notre part). 
Et nous les connaissons pour témoins valables, auxquels nous ne 
connaissons aucune incapacité testimoniale. Voici donc le témoi- 
gnage qu'ils ont fait devant nous. 

c) » R. MARDOCHÉE b. Jekutiel a dit, en témoignage authentique, 
qu'étant une fois entré dans la maison de dame Bella, fille du hakam 
R. Samuel Tibbon, il y avait trouvé R. Samuel fils de son frère (frère 

1 II manque probablement un mot. 

2 Inutile d'avertir qu'il s'agit ici du Moïse de la Bible. 

3 II manque le nom de Juda bar Abrabam, comme il est facile de s'en convaincre 
par la suite. 

* Troisième passage reproduit par M. Neub., p. 84. 



LE PROCÈS DE SAMUEL IBM T1BB0N 9o 

de Bella) R. Moïse Tibbon, qui y était seul avec B., fille de dame 
Bella, et lui parlait des fiançailles antérieures et des dons et présents 
r-:-;.":i m3tt) que lui et sou pore lui avaient envoyés (à B.) à titre 
de sablonot, quand elle était encore à Naples, [27 a] par l'intermé- 
diaire de plusieurs personnes, et il l'appelait son « épouse ». Et tout 
eu lui disant ces choses en ma présence et en celle de R. Josef bar 
Samuel, qui était là avec moi, il sortit de sa poche une fleur en ori- 
peau l et la donna à ladite B., devant nous, à titre de kiddnschln. et 
lui dit : « Tu es depuis longtemps mon épouse pnoilN), sois encore 
mon épouse ('OV1K) par cet objet. » Et il lui dit aussi en provençal : 
Sois par ceci mon « épouse ». Après que ce témoin eut parlé, nous 
l'interrogeâmes : Dans quelle maison était-ce? Réponse : Dans la 

a que dame Bella avait louée de R. Jonathan fils de hakam 
K. A\igdor. — Quels jour, mois, année ? Réponse : il ne savait ni se 
rappelait la date mensuelle, mais il savait que c'était en tammuz de 
l'an 5044. 

APRES que ce témoin fut sorti, on lit entrer R. Josef bar 
Samuel, et il témoigna devant nous pariant de lui-même (TDE, sans 
que les juges intervinssent pour l'interroger), conformément à tout 
ce qu'avait dit le témoin précédent, sans addition ni retranchement, 
sur les faits, le lieu et l'époque, seulement il ne se rappelait pas le 
jour. Et après avoir reçu ce témoignage de leur bouche, selon la 
règle, nous avons écrit et signé selon tout ce que nous avons en- 
tendu de leur bouche, lettre par lettre, mot pour mot, et nous avons 
donné (l'acte) audit R, Samuel bar Moïse Tibbon pour lui servir de 
preuve. SiliSON bar kBB.AB.AU ibm U)"53DE DNbo , Juda bar Abraham 
V'7, David bar Jacob fils du nadib R. Salomon n"33, » 

. r voici la légalisation (ûvp) de cet acte (elle est en araméen) : 

ous juges soussignés siégeant tous trois ensemble, avons vu 
cel acte dressé par les juges R. Simson bar Abraham ibn Slam 
-■: = ': et R. Juda bar Abraham V't et R. David bar Jacob fils du 
nadiu R. Salomon n"Dj ; et sont venus devant nous R. Simson bar 
Abraham et R. Juaa bar Abraham lesdits juges, et ont chacun porté 
témoignage de leur signature qu'elle est authentique ; et est venu un 
passant de la rue et a témoigné que la signature du juge David 
bar Jacob était authentique, et lesdits juges Simson bar Abraham et 
Juda bur Abraham ont chacun également certifié l'authenticité de la 
signature du juge David bar Jacob. En conséquence, nous avons 
certifié et légalisé l'acte comme il convient, et il est certifié et léga- 

•ïossf bar Abraham '•"rO, Isaac bar Juda n' s n, Araham bar 
Gersom. » 

1 C'csl-d-dire en cuivre doré. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

III 
Allégations de Bienvenue. 

17. — ab. Incompétence des juges; c. Témoignage en l'absence d'une des parties; 
d. Juges ennemis de B. ; tfg. Défauts de l'orme ; h. Témoins à invalider. — 18, 
19, 20. Témoins corrompus. 

17. — a) VOICI les réponses de B. la défenderesse, faites par 
R. Abraham bar Laveyre, son avocat (ïsna) : 

à) D'ABORD, je dis devant vous, juges, qu'il n'y a pas lieu de 
tenir compte et de se préoccuper et de faire état de cet acte de ré- 
ception de témoignage produit devant vous par R. S. b. M. Tibbon, 
et cela pour plusieurs raisons. Premièrement, il n'a pas été fait par 
des juges experts et instruits et connaissant les règles et procédés de 
témoignage et l'art d'examiner la bonne foi des témoins et de les 
embarrasser, comme l'a écrit le grand rab R. Isaac le grand, fils 
d'Abba Mari, dans son livre * [27 l\ (suit un passage d'ordre pure- 
ment théorique sur l'audition des témoins, 9 lignes). Ces juges qui 
ont reçu ce témoignage n'ont jamais sérieusement appris le Talmud 
(ûb"i:>ft Nn^M Tift} jab), cela se voit à leurs paroles, à leurs actions 
et à leur rédaction, et ils sont connus pour n'être ni experts ni 
instruits pour la réception des témoignages et pour examiner les 
témoins et les embarrasser, et pour multiplier les questions qu'on 
leur adresse et pour les scruter, les faire passer d'un point à l'autre 
dans l'interrogatoire, afin de les réduire au silence ou de les amener 
à se rectifier, si leur témoignage contient quelque inexactitude, 
comme il est nécessaire d'examiner et d'embarrasser les témoins et 
de recevoir le témoignage selon la loi et le droit, et ces juges ne 
savent pas quelle est l'étendue/ et la gravité de la faute de celui qui 
laisse porter faux témoignage T^T lïmàiaa Nin ft'nsx 

c) DE plus, ils ont fait erreur en recevant ce témoignage en secret, 
sans en informer B. et sans lui communiquer le témoignage, comme 
c'est obligatoire, car il est de règle qu'on ne reçoit témoignage que 
devant la partie adverse, à moins qu'elle ne fasse défaut après avoir 
été convoquée ; de sorte que, lors même que ces juges seraient 
experts et que les témoins seraient valables, un acte dressé dans ces 
conditions ne fait pas foi, comme l'a écrit le rab susdit (suit un pas- 
sage d'ordre théorique, 4 lignes). Sachez et voyez à quel point ces 
juges se sont trompés en recevant ce témoignage, ils l'ont reçu en 
l'absence de la partie adverse, et le mal commis par eux est d'autant 
plus grand qu'ils savaient, à l'époque où ils ont reçu ce témoignage, 
qu'il y avait contestation sur ce témoignage, car B. et tous ses amis 

1 C'est le Séfer ha-ittur. 



LE PROCES DE SAMUEL IBN TIBBON 97 

le contestaient, et eux (les juges) ne les ont pas informés (pour as- 
sister à la séance). 

d) ITEM, une autre erreur de ces juges est qu'ils n'étaient pas com- 
pétents pour former un tribunal en rien de ce qui concerne B. et R. 
Isaac bar Isaac, car ils sont tous (ces juges) les ennemis de H. et du 
susdit R. Isaac, son mari, ce sont eux qui ont créé et fait naître tout 
ce procès et cette querelle et cette inimitié qui s'est élevée entre R. 
S. et B. et sa mère dame Bella, et tout le monde sait que tout ce que 
R. S. b. M. a fait [28 a] a été fait sur leur avis, leur ordre et leur con- 
seil, ils y ont aidé à toute heure et de toute leur force, à la cour et 
hors la cour, et se sont engagés à fond pour lui (rmpn ">m3>n "iDjD2"i 
■mara), et cependant ils se sont constitués en tribunal sur ce sujet, 
tout en sachant qu'ils ne le pouvaient pas, car nous avons dans la 
ville de grands hakamim, plus instruits qu'eux, mais la haine est 
mauvaise conseillère. La preuve est que chaque fois qu'on parlait 
d'une transaction sur ce sujet à R. S. b. M., il répondait : Allez chez 
R. Juda bar Abraham et chez R. David bar Jacob et parlez-en avec 
eux, car l'afî'aire dépend d'eux, non de moi, et tout ce qu'ils voudront 
et me diront de faire, je suis prêt à le faire et à le tenir. CE qui le 
prouve encore, c'est que les dits R. Juda bar Abraham et R. David 
bar Jacob, qui ont reçu ce témoignage, ont dit publiquement, dans 
les rues et sur les places, quand on parlait de transaction avec R. 
Moïse et R. S. son fils : « Ne vous adressez pas à eux, mais à nous, 
l'affaire ne dépend pas d'eux, mais de nous. » R. Simson aussi, le 
troisième juge, a dit en public que tout ce qu'il avait fait (comme 
instigateur), il l'avait fait par haine contre R. Isaac bar Simson et 
contre le fils de celui-ci, lesquels il haïssait d'une haine violente. 
Voilà de grandes et fortes preuves que ces juges sont les ennemis de 
B. et de son mari, et il est de règle qu'un ennemi est incapable d'être 
juge ; par conséquent, s'ils étaient experts, ils ne se seraient pas 
constitués juges en rien de ce qui regarde B. et R. Isaac son père 
[lisez: son beau-père ou son mari], car un homme expert sait qu'un 
ennemi ne peut être juge, comme dit la règle : « Ne peut juger qui- 
conque a de la bienveillance ou de la haine (pour la partie inté- 
ressée). » 

é) ITEM, autre ehreur : le témoignage du second témoin n'a pas 
u comme il faut, car il est dit, dans l'acte qu'ils ont fait, que ce 
second témoin a dit tout ce qu'avait dit le premier, mais son témoi- 
gnage n'a pas été exposé explicitement, et la règle dit : « Si le témoin 
dit: je témoigne comme l'autre, son témoignage est nul par mesure 
.lique, » et les mesures rabbioiques doivent être observées plus 
ment i[ue celles de la tora. DE plus, le second témoin n'a pas 
déclaré qu'au moment où, suivant lui, les kidduschin furent faits 
(par Samuel), l'autre témoin n'était pas présent avec lui (ne faut-il 
pas plutôt : était présent ? 

f) JE dis, en outre, qu'ils ont fait erreur, car, s'i 1 est vrai que 
les rabbins n'ont pas ordonné de marquer l'époque des kidduschin 
T. XV, n° 2'J. 7 



«8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

flWlpa *ï7ûT napn fc*b), cependant, après que ces témoins ont indiqué 
le mois el l'année, mais n'ont pu indiquer convenablement la date, 
puisqu'il? n'ont pas su indiquer le jour et la semaine, cet acte est 
nulet infirmé par son contenu, et par conséquent ce témoignage est 
nul, car R. Eliézer convient qu'un acte qui s'infirme par son con- 
tenu est nul. 

g) JE dis, en outre, que ces témoins devaient absolument indiquer 
le jour et la semaine où ils assistèrent au mariage, car B. s'apprête à 
les démentir et à les invalider, en vertu de l'opinion du susdit [rab] : 
il faut que les témoins de l'acte se souviennent de la date, quand il y 
a d'autres témoins qui les invalident "wr; ûsnD ^stt 'H'O'l tfb *wi, 
et puisque nos témoins ne se rappellent pas le jour, leur témoignage 
échappe à la vérification et est nul et sans valeur. 

h) ITEM, ces juges ont commis une autre erreur : ils ont reçu le 
témoignage de gens qui ne sont pas propres à témoigner, pour di- 
verses raisons connues de tout le monde, car ils sont réputés im- 
propres au témoignage pour tous les motifs possibles d'invalidation, 
car ils sont voleurs, joueurs [28 b] et ils n'ont pas d'autre profession 
que celle-là (le vol et le jeu ?), et l'un d'eux est soupçonné d'adultère, 
et ils ne sont pas [instruits] ni dans la Bible ni dans la Mischna, ni 
dans les usages du monde [fnN *]li), et bien des fois ils ont trans- 
gressé les décisions de la communauté, et le dit rab a écrit: Il en ré- 
sulte que quiconque transgresse les décisions de la communauté est 
impropre au témoignage, car, c'est 'ntt'n n3n:att5 ; c'est aussi l'opi- 
nion de R. Jacob et de R. Meschullam b"T (suit une petite discussion 
théorique, 6 lignes). 



(La fin au prochain numéro.) 



HISTOIRE D'UN PRET FORCÉ 

DEMANDÉ A LA COMMUNAUTÉ DES JUIFS DE FRANCFORT 
EN 1622-1623 



Les maux que les Juifs eurent à souffrir pendant la guerre de 
Trente Ans lurent Lien moindres que ce qu'on aurait pu craindre 
de l'exaspération des partis belligérants, de la sauvagerie et de la 
brutalité des mœurs amenées par ces luttes interminables. Toute- 
fois quelques communautés isolées ressentirent toutes les hor- 
reurs du fléau et quelques-unes disparurent même entièrement *. 
Néanmoins, le savant juif Haiin Nurlingen, qui écrivait vers 1630, 
prétend que ses coreligionnaires ont été moins éprouvés que les 
chrétiens-. Les Juifs des villes libres surtout se trouvèrent re- 
lativement en sûreté pendant cette période agitée. Peu de temps 
avant l'explosion de la guerre, les villes libres de Worms 3 et 
de Francfort avaient expulsé leurs habitants juifs. Ces expulsions 
de Juifs étaient fréquentes alors et jusque-là elles s'étaient ac- 
complies impunément. Mais, cette fois, il se produisit quelque 
chose d'inattendu : non seulement l'empereur Mathias II imposa 
à ces cités le rappel des expulsés, mais il punit sévèrement les 
coupables et obligea les habitants à restituer aux Juifs ce qui leur 
avait été pris ou à les dédommager. Cette leçon infligée par l'em- 
pereur aux villes libres ne fut' pas perdue pour l'avenir : elle 
empêcha ces cités d'abuser rtv* mesures arbitraires à l'égard des 
Juifs. Lorsqu à la mort de Mathias II, Ferdinand II monta sur le 
trône impérial, les Juifs purent craindre d'avoir à traverser des 
temps difficiles, sous un prince auquel on prêtait cette parole 
significative qu'il aimerait mieux régner sur un désert que sur 

1 Cf. Zunz, Die tynagogale Poésie da Mittclaltcrs, p. 342-343. 
>ir Grraetz, Oeseh. de* .Jwlcn, X, p. 39, et surtout la note 2. 
3 Voir Wolf, Qetchichtt <i et, dans Oeschichtc der Juden von 

cfbrt-a.-M. à<i Kriegk, lu chapitre intitulé « l'émeute de Feitmilch ». 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un Etat peuplé d'hérétiques. Heureusement, ils se trompèrent dans 
leurs appréhensions. Malgré son intolérance envers ses sujets 
protestants, il fut à l'égard des Juifs d'une remarquable man- 
suétude. Nous avons une série d'édits par lesquels il défendit 
chaleureusement les droits menacés des Juifs, recommandant à 
ses généraux et à ses soldats d'épargner leur vie et leurs biens, 
de ne pas les accabler de contributions de guerre, de billets 
de logement pour les troupes, etc.; et de les protéger en toute 
circonstance autant que possible 1 . Le récit qui va suivre est 
une preuve de l'énergique intervention de ce prince en faveur 
des Juifs 2 . 

La bataille du « Weissen Berge » avait mis fin rapidement à la 
puissance du « roi d'hiver » Frédéric V de Bohême ; fuyant devant 
la vengeance de l'empereur, il avait fini par trouver un asile en 
Hollande. Cependant l'empereur cherchait à user de sa victoire 
sans ménagement et à dépouiller l'Electeur proscrit de toutes ses 
possessions. Bientôt Farinée de la Ligue, commandée par Tilly, 
jointe aux troupes espagnoles, envahit le Palatinat inférieur et con- 
quit successivement toutes les places fortes. Elle fut arrêtée dans 
ses succès par Ernest de Mansfeld, que Frédéric V avait nommé son 
généralissime. Au printemps de 1622, celui-ci arriva sur le théâtre 
de la guerre, à la tête de 20,000 hommes, et réveilla le courage de 
Frédéric V. Ce prince quitta La Haye et se rendit au camp de 
Mansfeld. La campagne s'ouvrit par le succès que remporta Mans- 
feld près de Mingolsheim et de Wiesloch. Si le généralissime par- 
venait à faire sa jonction avec le duc Christian de Bruns*wick, qui 
arrivait du Nord, Tilly allait se trouver en grand danger. Mans- 
feld s'avança donc à la rencontre de son allié, à marches forcées. 
Le 2 juin, lui et le comte du Palatinat atteignirent Darmstadt, 
qu'ils traitèrent en ville conquise. Le trésor de guerre de Mans- 
feld se trouvant complètement épuisé, il demanda au landgrave 
Louis de Hesse, un emprunt de 60,000 florins 3 . Celui-ci, pour 
échapper à cette prétention., prit la fuite, et Mansfeld se vit obligé 
de chercher un autre moyen de se procurer de l'argent. Dans la 
ville de Francfort, située non loin de Darmstadt, demeuraient 
beaucoup de Juifs riches ; quoi de plus commode que de chercher 
à leur extorquer les sommes d'argent nécessaires ? Mansfeld 
comptait les effrayer par ses menaces et les plier ainsi à ses exi- 

1 Voir l'article de Wolf, Die Juden unter Ferdinand II, dans Jahrbuch fur die 
Geschichte der Juden, I, et surtout les appendices III, VI, XIII. 

2 Les matériaux de ce travail nous ont été fournis par environ 41 documents des 
Archives municipales de Francfort-sur-Mein. 

3 Voir Gindely, Geschichte des 30 jâhrigen Kriegs, II, 364. 



HISTOIRE D'UN PRET FORCÉ DEMANDÉ AUX JUIFS DE FRANCFORT 101 

gences. Dès le 3 juin, il chargea de cette mission le lieutenant- 
colonel Lippe, qu'il envoya à Francfort en lui donnant des lettres 
de créance pour le Conseil. Mais, au lieu de s'adresser à celui-ci et 
de lui communiquer ses ordres, Lippe se rendit, aussitôt après 
son arrivée à Francfort, auprès des présidents (Baumeister) de la 
communauté des Juifs, qui s'étaient réunis dans la salle de la 
communauté. Là, en sa qualité d'envoyé du « roi de Bohême », il 
lit la déclaration suivante: Les Juifs savaient bien qu'ils étaient 
obligés de payer, tous les ans, un impôt de protection aux princes 
électeurs du Palatinat, et qu'ils avaient, de ce chef, un arriéré de 
quelques années à payer; le roi ayant précisément besoin de fortes 
sommes pour recouvrer ses États héréditaires, il exigeait d'eux 
le paiement immédiat des sommes échues et, en outre, une con- 
tribution supplémentaire de 60,000 thalers ; en retour, il leur as- 
surait sa protection pour l'avenir. 

Cette réclamation, fondée sur des motifs si étranges, provoqua 
chez les Juifs la surprise la plus vive. Il leur semblait dérisoire 
que le prince dépossédé, qui ne pouvait se protéger lui-même, 
leur offrit sa protection. Ils répondirent au lieutenant-colonel 
qu'ils n'avaient jamais été les protégés du Palatinat et qu'ils n'a- 
vaient jamais entendu parler des droits à payer, à cet effet, au 
prince-électeur. Ni leurs quittances, ni leurs registres n'indi- 
quaient rien à ce sujet. Au surplus, il leur était défendu sévère- 
ment, par l'autorité supérieure, «. de procéder, à son insu, en ma- 
tière si grave ». Lippe déclara qu'il attendrait leur consentement 
jusqu'au soir. Entre temps, ils pourraient communiquer sa de- 
mande aux deux bourgmestres ; ce qui fut fait. Les bourgmestres 
prièrent les Juifs de soumettre au Conseil, qui se réunirait, le 
lendemain (samedi), un procès-verbal de l'entretien qu'ils avaient 
eu avec le lieutenant-colonel; au surplus, ils devaient, dans une 
entrevue ultérieure, faire observer à celui-ci que l'électeur du 
Palatinat n'avait aucun droit sur les Juifs de Francfort. Le lieute- 
nant-colonel finit par reconnaître ce point : il s'excusa en disant 
que, ses instructions ayant été écrites à la hâte, il y avait eu une 
erreur de commise. Cependant il persista dans ses réclamations. 
Il dit qu'il attendrait jusqu'au samedi soir la résolution définitive 
des Juifs pour la communiquer à Sa Majesté royale, qui, certes. 
trouverait d'autres voies et moyens pour faire valoir ses droits sur 
les Juifs. 

Entre temps, Lippe avait remis ses lettres de créance au Con- 
seil. Mais, à son grand étonnement, celui-ci n'y trouva pas la 
moindre justification des prétendues obligations des Juifs envers 
l'électeur du Palatinat. Au contraire, Mansfeld disait simplement 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'il avait besoin d'argent pour payer ses mercenaires, il n'atten- 
dait pas que la ville lui en donnât et il ne l'exigeait pas. Il vou- 
lait seulement entrer en relation avec les Juifs de la ville pour 
leur faire un emprunt de 100,000 thalers, qu'il entendait restituer 
prochainement. L'envoyé du roi faisait encore observer aux con- 
seillers délégués que son maître emmènerait ses troupes hors du 
territoire de Francfort, dès qu'il pourrait satisfaire à leurs exi- 
gences, et que, dans le cas contraire, il serait obligé de camper 
devant la ville, qui aurait ainsi à supporter tout le fardeau de la 
guerre. Les conseillers délégués déclarèrent que, vu la gravité de 
l'affaire, le Conseil assemblé pourrait seul en décider. Cependant 
ils engagèrent Lippe à entrer en pourparlers avec les Juifs eux- 
mêmes. 

Le lieutenant-colonel se rendit, en effet, dès le dimanche soir, 
auprès des chefs de la communauté juive — il n'était donc pas re- 
parti le samedi soir — et exigea, en prétendant y être autorisé par 
le Conseil, un prêt de 100,000 thalers, accompagnant sa demande 
de violentes menaces. En vain les Juifs firent-ils observer qu'ils 
ne pouvaient se procurer une somme aussi forte, en vain offri- 
rent-ils 10,000 à 15,000 florins, Lippe déclara qu'il ne rabatterait 
pas un liard de la somme demandée. Il ne restait donc aux Juifs 
d'autre ressource que de s'adresser au Conseil en implorant son 
assistance. Il était, d'ailleurs, de l'intérêt du Conseil que ses con- 
tribuables ne fussent pas trop pressurés. Cette fois encore, comme 
en d'autres circonstances beaucoup plus importantes, le Conseil 
montra qu'il manquait du courage nécessaire pour prendre une 
attitude décidée ; il chercha, de nouveau, un compromis pour 
mettre les deux partis d'accord. Dans sa séance du lundi, il dé- 
cida de ne pas exercer de pression sur les Juifs, mais il leur fit 
comprendre qu'ils eussent à s'entendre pour le mieux avec l'en- 
voyé royal, afin d'éviter des dommages plus considérables. Les 
Juifs entrèrent alors en pourparlers avec le comte de Mansfeld 
lui-même et trouvèrent chez lui beaucoup de bon vouloir. En effet, 
il avait appris que Tilly s'avançait à sa rencontre, et. comme il ne 
voulait pas se mesurer avec ce dernier avant sa jonction avec 
Christian de Brunswick, il était forcé de quitter, sous peu, Darm- 
stadt et de se mettre rapidement d'accord avec les Juifs au sujet 
de l'emprunt. Ceux-ci finirent par consentir un emprunt de 
10,000 thalers, mais ils reculèrent de jour en jour le versement de 
cette somme, désireux d'attendre pour savoir de quel côté tour- 
nerait la chance de la guerre. Christian s'approchait déjà, venant 
du nord; le 12 mars, il avait établi son quartier-général à Nidda 
(grand-duché de Hesse) ; de là, il envoya le colonel Dodo de Knip- 



HISTOIRE D'UN PRET FORCÉ DEMANDÉ AUX JUIFS DE FRANCFORT 103 

hausen à Francfort et fit dire au Conseil qu'il songeait à marcher 
sur Francfort et à traverser le Mein; il ne tenait pas à traverser 
la ville, mais, en échange, il priait qu'on mît des bateaux à sa dis- 
position, pour que ses troupes pussent traverser le fleuve, et, 
« comme en temps de guerre, on a toujours le droit de rançonner 
les Juifs, » il demandait qu'on les imposât d'une somme de 30,000 
thaïe rs. 

Le fait qu'à quelques jours d'intervalle on avait adressé de 
deux côtés différents des demandes si considérables aux Juifs de 
la ville rendit le Conseil hésitant. Que signifiait cela encore? Il 
fallait bien combattre cette prétention sur les Juifs, qui en fai- 
sait une sorte d'épongé que chacun pourrait presser à son gré. Le 
Conseil renvoya le colonel en lui faisant savoir que le duc était 
dnns l'erreur ; que les Juifs n'étaient pas à la merci de tout arbi- 
traire, mais « qu'ils étaient placés sous la protection et sauve- 
garde du Sénat ». Les négociations des Juifs avec Mansfeld étaient 
parvenues aux oreilles de Tilly, mais toutes défigurées : « Mans- 
feld, lui avait-on dit, avait imposé au clergé catholique une con- 
tribution de 200,000 florins, et aux Juifs une contribution de 
100,000 florins, et, ces derniers, effrayés, seraient disposés à lui 
donner 10,000 thalers. » Tilly écrit donc à la date du 13 juillet, 
d'Eberstadt (près de la « Bergstrasse »), une lettre menaçante au 
Conseil, disant que la conduite de la ville, en cette affaire, le sur- 
prenait au plus haut point, que le devoir de toute autorité était 
de défendre les sujets et de les protéger contre de semblables pré- 
tentions (Insolenlien), surtout lorsqu'il y avait de ce chef grand- 
dommage pour les intérêts de l'empereur, leur très gracieux 
maître. Il exigeait donc formellement que la ville ne fournît pas 
d'avances à ses ennemis et refusât énergiquement les conditions 
imposées au clergé catholique et aux Juifs. Si le comte recevait 
un seul liard de la ville, les Conseillers en seraient responsables. 
Son commissaire de la guerre, Alexandre Massoni, devait met- 
tre l'embargo sur les 10,000 thalers remis, entre temps, par les 
Juifs. 

Ainsi le chef de la troisième armée qui se trouvait dans le voi- 
sinage de Francfort, venait d'entrer également dans le débat. Dans 
sa réponse, le Conseil protesta de sa soumission inébranlable aux 
intérêts de l'empereur, mais ajouta que les ennemis de la ville 
avaient répandu des bruits malveillants au sujet des négociations 
entamées avec Mansfeld. Celui-ci n'avait pas eu, vis-à-vis des 
Juifs ni vis-à-vis du clergé, des exigences semblables à celles que 
Tilly décrit dans sa lettre. Contre la volonté formelle du Conseil 
— ceci n'est pas très exact — , le général ennemi avait su décider 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les Juifs à lui prêter une somme de 10,000 florins, mais comme il 
ne leur offrait pas de garanties suffisantes et comme il avait agi 
en se passant du Conseil, il n'avait encore rien touché. La ville 
saurait se défendre de la même manière contre toutes les préten- 
tions de la part du duc Christian de Brunswick qui, sur ces en- 
trefaites, était arrivé jusqu a Oberursel. 

Le duc, en effet, qui opérait de concert avec Mansfeld, avait ap- 
puyé la demande de celui ci, mais en la présentant sous une forme 
moins brutale : C'est, disait-il, un antique et « excellent » usage, 
en temps de guerre, que, lorsqu'une Armada passe près d'une ca- 
pitale, d'une seigneurie, d'un duché ou d'une principauté, les 
Juifs qui y demeurent soient obligés de verser au commandant 
du quartier général une contribution fixée à l'amiable; c'est pour- 
quoi il envoyait dans la ville son intendant Albrecht de Westenha- 
gen, pour qu'il s'entendît avec les Juifs de Francfort et des envi- 
rons afin de fixer le chiffre des sommes qu'ils auraient à lui 
payer. » Mais lorsque Christian apprit que les Juifs remettaient 
de jour en jour le paiement des 10,000 florins promis au comte, 
il feignit de prendre parti pour les intérêts de celui-ci, et exigea 
l'exécution immédiate de leur promesse, sinon il serait contraint, 
à son grand regret, de prendre contre eux les mesures que conseil- 
leraient les circonstances. 

Ni le Conseil, ni les Juifs ne se laissèrent intimider par ces me- 
naces vagues. Une rencontre était inévitable entre Tilly, qui se 
trouvait déjà sur la rive droite du Mein, et Christian, qui n'avait 
pu faire sa jonction avec Mansfeld. On voulut attendre l'issue de 
la lutte pour prendre une décision. Le 20 juin 1622, les troupes de 
Christian subirent une défaite près Hochst sur le Mein, et Chris- 
tian ne put amener à Mansfeld qu'un faible contingent. 

Les Juifs de Francfort purent croire que c'en était fait pour 
toujours des prétentions de Mansfeld et de Christian. Comment 
auraient-ils supposé que c'était précisément à ce moment qu'ils 
allaient être inquiétés de tous les côtés à cause de l'emprunt con- 
senti à Mansfeld ? Mais les chefs de l'armée avaient besoin d'ar- 
gent et ils étaient résolus à en prendre partout où ils pourraient. 
Au surplus, il s'agissait de Juifs, avec lesquels tout est permis. D'a- 
bord arriva notre connaissance, le lieutenant-colonel Lippe, qui 
se présenta à Francfort, le 10 octobre 1622. Il exposa au Con- 
seil les embarras qui lui étaient survenus par la faute des Juifs : 
Ernest de Mansfeld lui avait, en effet, fait cession des 10,000 flo- 
rins promis par les Juifs, et avec cet acte de cession il avait pu 
faire des emprunts en différents endroits, Worms entre autres. 
Lorsqu'il produisit cet acte devant les Juifs, ils ne jugèrent pas à 



HISTOIRE D'UN PRET FORCE DEMANDE AUX JUIFS DE FRANCFORT 10,'i 

propos d'y répondre et, naturellement, le Conseil, de son côté, ne 
prit pas sa demande en considération. 

Une autre réclamation, faite aux Juifs par l'archiduc Léopold 
d'Autriche, qui couvrait alors l'Alsace contre les attaques de 
Mansfeld, ne fut pas aussi facile à écarter. A sa requête, le 17 jan- 
vier 16*23, le colonel Annibal de Schauenbourg, commandant de 
Worms, déclara au Conseil que, l'empereur ayant mis le séques- 
tre sur la somme promise à Mansfeld, son frère, l'archiduc Léo- 
pold avait décidé qu'elle servirait à payer les troupes campées 
autour de Worms. Le Conseil était invité à remettre immédiate- 
ment l'argent à son fondé de pouvoir. 

Le Conseil répondit aussitôt au colonel que l'archiduc avait évi- 
demment été mal renseigné sur le véritable état des choses. Il 
était vrai que les négociations entamées avec le comte avaient 
fait croire que celui-ci était effectivement entré en possession de 
l'argent, c'est ainsi que le Conseil s'expliquait la réclamation que 
Tilly lui avait adressée, mais Tilly s'était désisté après avoir reçu 
les explications du Conseil. 

Cependant l'archiduc ne se laissa pas convaincre si facilement, 
ou, pour mieux dire, ne voulut pas se laisser convaincre, pour ne 
pas laisser échapper cette grosse somme. Le Conseil avait beau 
affirmer que les Juifs étaient entièrement innocents en l'affaire, 
il prêchait à des sourds : le colonel de Schauenbourg reçut Tordre 
de persister jusqu'à ce qu'il eût triomphé de la résistance du Con- 
seil. Pour peser plus fortement sur ce dernier, l'archiduc s'adressa 
à son frère, l'empereur Ferdinand, et le décida à écrire au Con- 
seil une lettre, qui arriva à Francfort le 1 er avril. Il y était dit que 
« Mansfeld le proscrit, le destructeur du royaume, avait extorqué 
aux Juifs, sous menace de rançonnage, une somme de 10,000 tha- 
lers, que le Conseil détenait actuellement; cette somme revenait à 
l'empereur seul, comme ayant été offensé dans sa personne de 
chef suprême: le Conseil était donc prié de verser ladite somme, 
sans réplique et sans délai, à son frère Léopold, qui en donnerait 
reçu et quittance. » 

- Pour la troisième fois, le Conseil dut faire un rapport détaillé 
sur l'histoire des 10,000 florins ou 10,000 thalers. Dans sa ré- 
ponse à l'empereur il dit, non sans quelque inexactitude, qu'il 
avait vertement relevé l'absurdité des prétentions de l'envoyé de 
Mansfeld et engagé les Juifs à éviter d'entrer en pourparlers avec 
lui ; si, néanmoins, ces derniers l'avaient fait, on ne pouvait les 
en blâmer ni les en punir, la crainte que Mansfeld, en cas de re- 
fus, n'usât de représailles sur leurs coreligionnaires habitant aux. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

alentours do la ville, les avait engagés à l'amuser par de vaines 
promesses .jusqu'à ce que la victoire des armes impériales à 
Hôchst les eût délivrés de toute alarme. Par contre, pour témoi- 
gnagede leur zèle pour la cause de Ferdinand, ils avaient donné 
à'Tilly, son général, 25 chevaux avec leur harnachement, et 
d'autres équipements pour son artillerie ; cette générosité était 
d'autant plus méritoire pour les Juifs, que la longue durée de la 
guerre avait ruiné tout à fait le commerce, et provoqué une dimi- 
nution sensible de leur fortune. Beaucoup d'entre eux avaient 
désormais de la peine à gagner leur vie. C'était amener leur ruine 
certaine que de leur demander 10,000 florins, dans la situation 
où ils se trouvaient. » 

Sur ces entrefaites, le major du régiment de Schauenbourg, 
Ertl d'Eriau, exaspéré par un nouveau refus des Juifs de Franc- 
fort, avait eu recours à la force. Il avait fait emprisonner, par les 
soins du prévôt du régiment, un Juif de Francfort, demeurant au 
« chant des oiseaux» (zum Vogelgesang), qui s'était trouvé juste- 
ment à Worms, et un Juif de Worms nommé Beider Kannen, 
dont le père habitait Francfort, Grâce à de hautes intercessions 
et moyennant caution, il consentit à ne pas les mettre aux fers et 
même, au bout de quelques jours, il les remit en liberté. Cepen- 
dant Erlau informa les chefs de la communauté juive de Franc- 
fort que, « si à la fin de la fête de leur Pâque, il n'avait pas reçu 
les 10.000 florins, avec tous les frais, il ferait saisir les cautions et 
les mettre en prison. Mais il espérait que cette fois on tiendrait 
meilleur compte de son « avis sincère » et qu'on respecterait 
mieux la signature et le sceau de l'empereur ». 

Sans s'arrêter à la protestation du Conseil contre cet acte de 
violence commis à l'égard de ses Juifs, le major mit même le sé- 
questre sur les sommes que les gens de Worms — aussi bien les 
Juifs que les chrétiens — devaient aux Juifs de Francfort. Ceux- 
ci ne pouvaient plus avoir d'espoir qu'en l'empereur, qui n'avait 
pas encore répondu à la lettre du Conseil. Ils lui adressèrent une 
supplique, qui fut appuyée par le Conseil. Ce dernier se plaignit 
surtout du procédé d Erlau, qui était contraire non seulement aux 
droits de la ville, mais encore aux privilèges concédés aux Juifs 
par les prédécesseurs de l'empereur et confirmés par l'empereur 
lui-même. Le Conseil faisait encore ressortir un autre point : les 
troupes du colonel avaient occupé toutes les routes, de sorte que 
les Juifs n'osaient s'aventurer hors de Francfort. Par suite, tout 
commerce leur était impossible et ils ne pouvaient plus remplir 
leurs obligations envers leurs créanciers, parmi lesquels on comp- 
tait beaucoup de chrétiens, qui se trouvaient ainsi lésés. C'est 



HISTOIRE D'UN PRET FORCE DEMANDE AUX JUIFS DE FRANCFORT 107 

pourquoi le Conseil priait l'empereur de révoquer toutes les me- 
sures de coercition prises contre eux. 

Peu de temps après l'envoi de cette supplique, Schauenbourg 
écrivit de nouveau à Francfort, disant qu'il ne se retirerait de 
\Yorms et de Spire avec ses troupes que quand il aurait reçu sa- 
tisfaction des Juifs par le versement de la solde pour son régi- 
ment. « Si on continuait à traîner les choses en longueur, il en 
résulterait quelque inconvénient pour eux ; il se verrait obligé de 
prendre des mesures qu'il aurait voulu leur épargner. » Du reste, 
Tilly, dont ils vantaient tant la conduite à leur égard, exprimait 
son opinion sur toute cette affaire dans une lettre qui accompa- 
gnait celle de Schauenbourg et qui prouvait que les Juifs avaient 
jugé la conduite de Tilly avec trop d'optimisme. Dans cette lettre, 
il avait l'air d'ignorer qu'il avait pris les Juifs sous sa protection 
contre Mansfeld ; il semblait aussi avoir oublié qu'en février 1623, 
il avait renoncé à se faire verser les 10,000 florins en litige, et 
s'était contenté d'une contribution pour l'équipement de son artil- 
lerie. Cette contribution n'aurait été, d'après lui, qu'un témoi- 
gnage des Juifs pour la victoire qu'il avait remportée à Ilochst, 
elle ne les dispensait nullement du payement des 10.000 florins. 
Il ne la réclamait pas pour lui-même, mais il en avait fait don au 
colonel de Schauenbourg, il conseillait à celui-ci, pour briser la 
résistance des Juifs, de mettre sous séquestre toutes leurs mar- 
chandises qui allaient de Francfort à Leipzig, et, à cet effet, d'en- 
trer en relation avec Schweickhard , archevêque de Mayence. 
Comme pour empêcher les Juifs de respirer, il arriva par là-des- 
sus une nouvelle lettre de menaces du comte Ernest de Mansfeld. 
Il y reprochait aux Anciens de la communauté juive d'avoir, au 
mépris de sa dignité, amusé son lieutenant-colonel par toutes 
sortes de faux- fuyants et de l'avoir retenu à Francfort. Si on ne 
lui payait pas tout de suite les 10,000 florins, il ferait, aux dépens 
de toute la juiverie de Francfort, un exemple qui ferait regretter 
•■lle-ci de n'avoir pas plutôt payé le décuple. » 

L'impatience avec laquelle les Juifs attendaient la décision de 
l'empereur allait en grandissant. Enfin, le 4 septembre, le rescrit 
si longuement et si ardemment désiré arriva à Francfort. Son 
contenu causa aux Juits une grande satisfaction : Ferdinand ap- 
prouvait l'intervention du Conseil en faveur des Juifs et déclarait 
que l'archiduc Léopold avait reçu Tordre de ne plus importuner 
les Juifs par des réclamations d'argent, de lever le séquestre mis 
sur leurs biens et de leur épargner les exécutions judiciaires. Si, 
dans la suite de la guerre, un général d'armée ou un autre chef 
produisait des prétentions injustes à l'égard des Juifs, il espérait 



108 REVUE DES ETUOES JUIVES 

que le Conseil interviendrait énergiquement en faveur de ses pro- 
tégés ». 

L'affaire paraissait terminée pour toujours, et les Juifs eurent 
de longues années de répit. Mais, huit ans plus tard, le 6 mars 
L631, Alexandre Massoni vint apporter, de la part du colonel Ro- 
dolphe d'Ossa, à Glèves, une lettre adressée au Conseil dont le 
contenu dut exciter un étonnement très légitime. L'empereur 
Ferdinand, disait le colonel, lui avait donné plein pouvoir pour 
s'emparer des biens de tous ceux qui auraient porté les armes 
contre lui, et aussi des biens de ceux qui avaient donné assistance 
à ses ennemis, comme les Juifs de Francfort. Ceux-ci ne pou- 
vaient se disculper en invoquant la crainte que leur avaient inspi- 
rée les menaces de Mansfeld, ils n'avaient rien à redouter puisqu'ils 
étaient les protégés de la ville de Francfort. Ils étaient donc invités 
à remettre à Alexandre Massoni 10,000 florins et, de plus, à payer 
une amende pour leur crime de haute trahison. 

Ce qui était curieux, c'est que c'était précisément Massoni qui 
devait percevoir l'argent des Juifs. L'ancien fondé de pouvoirs de 
Tilly aurait dû savoir quelle avait été l'issue du débat et le peu 
de fondement de la nouvelle réclamation. Il était probable qu'il 
avait engagé Rodolphe d'Ossa, qui ignorait complètement l'affaire, 
à l'envoyer à Francfort, dans l'espoir d'extorquer de l'argent aux 
Juifs, mais son attente fut déçue. Les Juifs se plaignirent au Con- 
seil de cette nouvelle réclamation et, faisant valoir ce qu'il y avait 
d'étrange dans' cette demande, le prièrent de débouter Massoni en 
se référant au rescrit impérial. C'est ce que fit le Conseil. Aussitôt 
Massoni réduisit ses prétentions et demanda que les Juifs lui payas- 
sent au moins les frais du séjour de plusieurs jours qu'il avait 
fait à cause d'eux, dans la ville lors de la mission u"ont Tilly l'avait 
chargé huit ans auparavant. Cependant, il ne put même obtenir 
cela des Juifs, ils se référèrent au rescrit impérial qui les déga- 
geait de toute obligation au sujet de cette affaire. Du reste, lors de 
son séjour, ils lui avaient fait spontanément cadeau de 12 cou- 
ronnes qu'il avait reçus avec remercîments. 

Alexandre Massoni dut ainsi quitter Francfort les mains vides. 
Ce fut la dernière tentative faite de ce chef contre les Juifs de 
Francfort; la volonté formelle que l'empereur avait exprimée les 
protégea contre toute nouvelle réclamation. 

J. Kracauer. 

1 L'original de l'ordre envoyé par Ferdinand à son frère (daté de Vienne, 19 juil- 
let) et dans lequel il donne explicitement les motifs pour lesquels il entend que toute 
poursuite contre les Juifs soit suspendue, fut adressé à la communauté juive : les 
Archives de Francfort n'en possèdent que la copie. 



NOTES ET MÉLANGES 



LE SARCOPHAGE DE TABNIT 1 



Les fouilles effectuées dans les environs de Saïda, l'ancienne 
Sidon, sous la direction de M. Handi-Bey, conservateur du musée 
Tschinili-Kieusk, à Constantinople, ont fait découvrir un certain 
nombre de sarcophages, dont l'un doit avoir renfermé les dé- 
pouilles de Tabnit, roi de Sidon et père de cet Eschmounazar dont 
le sarcophage est conservé au Louvre. Nous laissons la description 
du cercueil ainsi que tous les détails archéologiques aux journaux 
spéciaux qui s'occupent de cette matière. Notons seulement un 
point qui intéresse davantage les études juives. 

Comme on le verra dans l'inscription gravée sur le cercueil, le 
roi Tabnit prend un soin extrême des accidents qui pourraient 
survenir à son corps. Le même souci se révèle dans l'inscrip- 
tion de son fils Eschmounazar; il se retrouve dans, les épi - 
taphes araméennes des tombeaux de l'idumée découvertes par 
M. Daughty et dans un grand nombre d'inscriptions himyarites. 
Rien de pareil ne se voit chez les Juifs. Le Pentateuque ne con- 
tient aucune prescription relative à la conservation des morts. La 
dépouille mortelle est considérée comme un objet impur, et il est 
même défendu au prêtre et au naziréen , le cas de proche pa- 
renté excepté, de s'occuper de l'ensevelissement. Les monuments 
[owat) élevés sur les sépulcres y sont placés bien moins en l'hon- 
neur des morts que pour préserver de toute souillure les per- 
sonnes qui pourraient s'en approcher. De tout cela on pourrait 
tirer un argument bien plus puissant en faveur de la croyance à 
l'immortalité de lame chez les Juifs, que des textes que l'on a 
péniblement interprétés en ce sens, puisque l'indifférence qu'on 
témoigne au cadavre prouve du moins qu'on cherchait ailleurs la 

1 Cette notice, excepté les quelques lignes qui précèdent le texte de l'inscription, 
a été lue le 8 juillet à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 



lld REVUE DES ETUDES JUIVES 

personnalité de l'individu. — Il est temps maintenant de donner 

le texte de la nouvelle inscription : 

p dns ^btt mrnw \ro n^nn y» 1 

n bN bN t "j-in mN psn en d^a bs pn ■*» t 3 

•jb™ \n t]DD "jb™ "wa ïTinn bNT ^nb* ppd 4 

rien b« ba t "pan sdo *p« pbn to» ù:» bai ynn 5 

ne uni nïi -im:-! mnw p^^p s jn-in bai ^pb^ n 6 

m nnn ûtd snt *|b *;£]•> b&* ïwin nm \nb^ nnDP n 1 

En voici la traduction : 

1. Moi, Tabnit, prêtre d'Aschtôrét, roi de Sidon, fils de 

2. Eschmounazar, prêtre d'Aschtôrét, roi de Sidon, je suis 

couché dans le cercueil 

3. que voici. J'adjure tout homme, quand tu rencontreras ce 

cercueil, n' 

4. ouvre pas ma chambre et ne me trouble pas, car il n'y a pas 

chez nous d'argent, il n'y a pas chez nous 

5. d'or, ni quoi que ce soit de la dépouille, si ce n'est moi qui 

suis couché dans ce cercueil. N'ouvre pas 

6. ma chambre et ne me trouble pas, car ce serait une abomi- 

nation devant Aschtôrét que cet acte. Et si tu 

7. ouvrais ma chambre et me troublais, que tu n'aies pas de 

postérité pendant la vie sous le 

8. soleil ni de couche avec les Refaim. 

Cette inscription présente un double intérêt : elle n'est pas seu- 
lement importante par elle-même, elle est aussi fort instructive 
pour l'inscription d'Eschmounazar IL 

Au-dessus de l'épigraphe de Tabnit se lit une inscription hiéro- 
glyphique se rapportant à un personnage égyptien haut placé ; 
il n'y a donc aucun doute sur la provenance de ce sarcophage. 
M. Mariette avait déjà supposé que, sur le cercueil d'Eschmou- 
nazar II, on avait d'abord gratté les hiéroglyphes avant d'y 
graver les caractères phéniciens , parce que ceux-ci se trou- 
vaient sur une surface inférieure de quelques millimètres à la 
surface générale de la pierre. L'inscription de Tabnit, qui n'a 
que huit lignes, au lieu de vingt-deux qu'a celle d'Eschmouna- 
zar II, a pu être placée au-dessous des hiéroglyphes. On peut même 
supposer que la courte inscription placée sur le côté du cercueil 
d'Eschmounazar II, et dont le contenu répond presque exactement 
à la nouvelle inscription, était une première tentative pour con- 



NOTES ET MELANGES 111 

server les hiéroglyphes ; seulement la more d'Eschmounazar II, 
jalouse de raconter longuement les « grandes choses » qu'elle 
avait accomplies, a obligé le graveur à chercher un emplacement 
plus étendu et à taire disparaître l'ancienne inscription égyptienne. 

Notre inscription nous montre aussi que le père d'Eschmou- 
nazar II, ïabnit, et son grand-père, Eschmounazar I er , n'étaient 
pas seulement rois de Sidon, mais aussi prêtres d'Aschtôrét. 
après la mort de Tabnit, ce dernier titre passa à sa veuve, qui, 
à la ligne 15 de l'inscription d'Eschmounazar II, est appelée 
Kohéaét Aschlôrét (mniB* nsrû . Eschmounazar II était beau- 
coup trop jeune, à la mort de son père, pour remplir les fonctions 
du sacerdoce, puisque, « en mourant avant son temps », comme 
dit l'inscription, après quatorze ans de règne, il pouvait encore 
se désigner comme « orphelin, fils de veuve ». 

M. Maspero pense que ces actes de profanation eurent lieu sous 
la dernière domination des Perses en Egypte : les tombeaux 
furent violés, les cadaves jetés dehors, les objets précieux déposés 
dans les cercueils furent volés et les cercueils eux-mêmes apportés 
et vendus en Phénicie. Ce fait permet de mieux comprendre 
pourquoi Tabnit et son fils Eschmounazar II déclarent qu'on ne 
doit chercher dans leur sarcophage aucun objet précieux, car la 
vue d'un cercueil égyptien devait toujours faire naître la pensée 
qu'une quantité d'objets précieux y était enfermée avec le mort ; 
c'est pourquoi nous avons lu, ligne 5, mischôd (tciz) et traduit 
en conséquence. 

Nous avons traduit ûa» par « quoi que ce soit », parce que nous 
ne pensons pas qu'il s'agit ici du pluriel de f»3H mine, nous pré- 
férons voir dans ce mot un composé de Jn et p (ïi»), littéralement 
« de quoi » (cf. ïTQTft»). Peut-être même yi»w, argent, n'est-il que 
la métathèse de )n et ïfa, il aurait ainsi une origine analogue au 
mot arabe b«7a = b Ktt, qui signifie ce qui est à, c'est-à-dire bien, 
argent, et au mot araméen *ôt: = in n», qui a le même sens 
que le mot bs*: . 

Dans cette même ligne 5 se présente deux fois un mot que nous 
n'avons pas encore rencontré, c'est ïVttt, il répond à )n dt8 de 
l'inscription d'Eschmounazar II : n« peut être difficilement égal 
à û«, mais jb = rh répond certainement à p = laa, ce qui rend 
impossible la lecture ûansa adoptée dans le Corpus. Il nous ré- 
pugne d'identifier *t« avec w, bien que, dans ce cas, les mots 
tps nsb nr *pN eussent la signification : « nous n'avons plus d'ar- 
gent, » et fissent ainsi allusion à l'état antérieur, où le cercueil 
en contenait. Nous préférons considérer p™ comme l'équivalent 



112 REVUE DES KTUDES JUIVKS 

de l'hébreu nabiSN « chez nous », bien que la dentale dalét permute 
rarement avec la sifflante tsadé l . 

Un autre passage intéressant se trouve à la ligne 3 : bs n« *n 
tn«. M. Renan lit : Mi attah hol adarn, et traduit : « Qui que 
tu sois parmi tous les hommes. » Mais les mots ïin« ■>» ont-ils le 
sens de quisquis sis? Le passage de II Sam., xvm, 12 (15a v.ud 
dnbtDMCi wa) prouve peu de chose, puisque les anciennes ver- 
sions portent ^b à la place de ■*» ; de plus, il faudrait bsn ou ba»-. 
Puis, la seconde personne du pronom personnel ne s est pas en- 
core rencontrée dans les textes phéniciens, et on peut bien se 
demander si ce n'était pas anta (na»), comme en arabe et en ara- 
méen. Nous remarquons, d'autre part, que cette phrase répond 
aux mots d*jn ba riN ... *7»p, ligne 4 de l'inscription d'Eschmouna- 
zar II. En établissant une sorte d'équation, i» serait égal à ■nmp ; 
or, dans les dialectes araméens, nw a le sens de jurer, et, en 
retranchant de cette racine les lettres faibles * et s, il ne reste 
plus que le mim : miyya pourrait donc signifier également « mon 
serment». D'ailleurs, en arabe également, le mot serment est 
rendu quelquefois par mou ou mi. 

J. Derenbourg. 



ORMUZ ET AHRIMAN 

Un texte pehlevi que vient de publier M. Barthélémy 2 ren- 
ferme un passage qui mérite d'être relevé pour les études talmu- 
diques : « Comme nous croyons en deux principes. . ., le costi 3 
montre cette dualité dans notre corps. La partie ormazdéenne est 
la lumière. . ., de la même manière est tout ce qui est dans la 
moitié supérieure du corps, comme l'ouïe, l'odorat, le siège de 
l'intellect, de l'âme. . ., et cela est le siège de Dieu et des Am- 
schaspands. . . Et la moitié inférieure est comme le siège de la 
puanteur et de l'impureté, réceptacle d'urine, de fumier et de 
puanteur. . ., c'est le siège d'Ahriman et des démons » (p. 37). 

Ces lignes constituent le commentaire le plus net de ce bout de 
dialogue, entre un mage et un rabbin, rapporté par le Talmud 

1 Peut-être faut-il voir dans IN l'équivalent de l'adverbe de temps TN = 'tN, et 
lui donner le sens de t certes » ou de « maintenant ». 

2 Gujastak Abâlish, relation d'une conférence tbéologique présidée par le calife 
Mnmoun, Paris, Vieweg, 1887. 

3 Le costi est une ceinture que doivent porter les Parsi. 



NOTES ET MÉLANGES 113 

(Sanhédrin, 38 b) : «Un mage dit à Amémar : La partie supérieure 
de ton corps depuis le*milieu est à Hormiz, la partie inférieure 
à Ahriman. — Dans ce cas, répliqua Amémar, comment Ahri- 
man permet-il à Hormiz de faire passer ses eaux dans son ter- 
ritoire ? » 

Rabbénu Hananel était assez près de la vérité, quand il expli- 
quait ces mots ainsi : « Hormiz a créé la bouche, qui fait entrer 
dans le corps les bons aliments et les boissons pures, et Ahriman 
les organes du fumier et de l'urine, etc. » Par contre, Raschi a 
tort de supposer que le mage veut dire qu'il sait par sorcellerie 
que la partie supérieure d'Amémar appartient à Ormuz. 

Israël Lévi. 



LE SENS DU MOT KIpO 

Dans l'étude publiée ici {Revue, t. XIII) sur le Règlement des 
Juifs de Castille, se trouve la phrase suivante (p. 197) : « L'ensei- 
gnement de l'école se réduit à l'étude du Pentateuque (piD3 ou 
anpfc). » Qu'il me soit permis de faire à ce sujet une observation. 

Déjà dans la Massora, le mot vnpn (aussi fcmp) désigne toute 
la Bible à l'exception du Pentateuque, qui est appelé ©«in (voir 
Frensdorf, Massora Magna, s. v. win et jsm-n-iN). Ces dénomi- 
nations devinrent usuelles en Espagne. Bahya ibn Pakuda dit 
que les commençants dans l'étude de la tora sont ceux qui savent 
lire matériellement OTin et *np73 , sans en comprendre le sens 
[Hobot hallebabot, m, 4, p. 481 de Fédit. Sluzcki) ; il emploie 
aussi les mêmes expressions dans l'original arabe (i&., p. xxiv). 
Ibn Ezra appelle le targum des Prophètes anptttt ûmn, opposé à 
Frnnïl û"i:nn ; la grammaire hébraïque est pour lui fiiab ntt^n 
N-ipEi rmn (voir mon Abrah. ibn Esra als Grammatiher, p. 11, 
n. 54). Dans son commentaire sur Exode, xxm, 20, il parle éga- 
lement de Bnpnin STVWrt, et dans son Divan (éd. Egers, p. 69, 
n° 169, 1. 6) il dit : i-oaaa ïWDnm N-ip?3 "pan rmn pan. Ibn 
Parhon, dans la conclusion de son Mahbéret, dit aussi rmm 
anpttai. Joseph Kimhi, dans sa grammaire, ch. n, dit : û^ibn br) 
Énp»m rmnae. Comparez aussi la remarque de Zunz, Gottesd. 
Vortràge, p. 11, n. b : « Zohar de *jb *]b, col. 239, dit qu'Onkelos 
a traduit le Pentateuque et Jonathan b. Uziel le anp» (toute la 
Sainte-Écriture?). «Mais le contexte répond à la question restée 

T. XV, N° 29. 8 



III RE VUE DES ETUDES JUIVES 

douteuso pour Zunz, il montre clairement que ce mot anptt dé- 
signe uniquement les livres prophétiques, à l'exclusion des Ilagio- 
graphefe, que Jonathan b. Uziel n'a pas traduits. Il semble bien, 
en effet, que Nip7j, dans son acception la plus large, désignait les 
Prophètes et les Hagiographes , mais dans son .acception plus 
étroite, les Prophètes seuls. Dans l'introduction d'Ibn Ezra à son 
commentaire du Pentateuque (voir Rosin, Reime u. Gedichte des 
Abr. ibn Ezra, p. 18, 1. 94) on lit : 

.ûmrûm anpttai !-mra 

Ici tora est le Pentateuque, micra les Prophètes, lietubim na- 
turellement les Hagiographes. Il est possible néanmoins que le 
mot ketubim eût été superflu (micra désignant à la fois les Pro- 
phètes et les Hagiographes) et qu'il est ici pour la rime. Voici, 
du reste, un passage intéressant de Profiat Duran qui prouve 
que le mot micra, dans le sens de Prophètes, était employé cou- 
ramment par les Juifs d'Espagne et non pas seulement par les 
écrivains. Ce passage se trouve dans l'introduction de sa gram- 
maire (Maasse Efod, p. 20) : mh -idoï-ï K*ipa mon naîb© ïuanan 
iittf ûi2:s "naai "îS&oi anptt EnïïsnH baut (la Bible entière) Empan 
?rt* Nipi i»3 îiis'npm rtwnpm wiia bips îtitpiû "nan la pD3>nu5 
•Mini ttt) kiïti (Is., lviii, 1) jima «np (Jos., ni, 2) iia'nptt na 
useras™ *th iiÈttaSîl "nso ht ûtts "ifcnp" 1 nns l^ïlïi 13 Tin* 1 ! bbss 
fc© nanpn (Jér., 11, 2) nanpi ^jibn ttfconpa tibniû ntt tien mna 
(/&., vu, 2). Ce sens attribué au mot micra se trouve enfin dans 
Sifré sur Deutéronome, g 317, où une explication sur Deut., xxxn, 
13, est donnée dans les termes suivants : yiN vixn hy im^T 
î-raiii» it 3>boiï ©ni "ifrp'W aopiï 1ï "nia mm3n bs^i ÏTfin it 
mttbn it mat iz^ttbn» fltfB\. Quant au mot pios, on s'en sert en- 
core aujourd'hui pour désigner les parties de la Bible étrangères 
au Pentateuque. 

W. Bâcher. 



DEUX MINIATURES AVEC LA ROUE DES JUIFS 

Les deux miniatures que nous reproduisons ici sont tirées d'un 
ms. (du xiv° siècle) de la « Bible historiale de Pierre Comestor, 
traduite en français par Guyart des Moulins » , qui appartient à 



NOTES ET MÉLANGES 115 

la bibliothèque publique de Troyes. La première est insérée au 




mmmmmiimiiMMmmmMmw\\\m\m\\\m 



VPtoJ.*, 



chapitre « des communes vestures des prestres et des evesques 




M-> 



IliB REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

selonc hystoires » ; la seconde au chapitre « du serpent d'araing 
contre le serpent de feu, selon la Bible ». L'intérêt de ces dessins, 
qui dans l'original sont coloriés, est de nous avoir conservé, 
comme ceux qui ont été publiés ici, le costume et peut-être le 
type des Juifs du moyen âge. On remarquera sur le premier la 
roue jaune qui est très apparente sur le côté gauche de la poi- 
trine, sur le second la môme rouelle et le bonnet pointu tradi- 
tionnel ». 

Ces copies ont été prises avec une scrupuleuse fidélité par 
M. Socard , et nous ont été transmises par notre savant ami 
M. Det, sous-bibliothécaire, à qui nous adressons ici tous nos re- 
merciements. 

Dijon, août 1887. 

M. Gerson. 



MINIATURES REPRÉSENTANT DES JUIFS 

Le ms. du Breviari d'Amors, du xiv e siècle, de la Bibliothèque 
nationale (n° 9219) renferme lui aussi de bien curieuses minia- 
tures représentant des Juifs. Elles m'ont été signalées par M. Paul 
Meyer, qui a édité cet ouvrage. On y chercherait en vain la 
rouelle, et le vêtement du juif n'a rien de particulier, c'est le cos- 
tume donné dans les autres illustrations du ms. à tous les laïcs. 
Mais le sujet en est vraiment amusant. On voit d'abord deux per- 
sonnages, dont l'un est généralement un prophète, qui montrent 
chacun du doigt un texte de la Bible considéré comme messia- 
nique. Ces passages sont en latin, en provençal et même en hé- 
breu, hébreu dont les caractères, en or, sont admirablement 
tracés. Faisant pendant à ces deux dessins, un Juif, qui se rendrait 
certainement à l'évidence, si, derrière lui ou au-dessus, n'était 
posté un diable qui lui bouche les yeux de ses mains ou avec un 
bandeau. L'une des citations est tellement probante que l'aveu- 
glement du Juif par ces moyens énergiques ne se justifie pas en- 
core : le diable, placé cette fois devant lui, lui crève les yeux. 

Bien que ces miniatures, au nombre de onze, ne varient pas 
leur thème, cependant elles se distinguent toutes l'une de l'autre 
par la composition et la coloration. 

1 Bégin, Histoire des Juifs en France, p. 198. 



NOTES ET MÉLANGES 117 

Voici maintenant les versets qu'illustrent ces dessins : 

1° f° 86 &, col. 1 : Genèse, m, 16 ; 

2° — col. 2 : Exode, m, 15; 

3° f°87a, col. 1 : Nombres, xvn, 22-24; 

4° — col. 2 : Ezéchiel, xliv, 1-2 » ; 

5° f° 87 &, col. 1 : Isaïe, xi, 1-2; 

6° — col. 2 : Isaïe, vu, 14 (ba la»* en deux mots) ; 

7° f° 88 a, col. 1 : Isaïe, ix, 5 ; 

8° — col. 2 : Ezéchiel, xxxvi, 25-27; 

9° f° 88 &, col. 1 : Genèse, xlix, 10 ; 
10» — col. 2 : Daniel, ix, 26 ; 
11° — — : Malachie, n, 2. 

Israël Lévi. 



LES EXILES D'ESPAGNE A FERRARE 

EN 1493 

La bibliothèque de la communauté israélite de Vérone pos- 
sède, entre autres manuscrits intéressants 2 , un document d'Al- 
phonse [I er ] d'Esté, duc de Ferrare, Modène, Reggio, Rovigo et 
Marche d'Esté, en date de décembre 1506, qui confirme et cite 
le décret précédent d'Hercule [I er ], son père, en date du 1 er fé- 
vrier 1493, par lequel ce dernier duc accordait aux Juifs exilés 
d'Espagne, par redit de 1492, le droit de s'établir dans la ville 
de Ferrare, et leur concédait des privilèges dont jouissaient les 
autres Juifs qui demeuraient sous sa juridiction. 

Le parchemin contenant ce document et que j'ai pu examiner 
et copier grâce à l'extrême obligeance de M. le rabbin J. Pardo, 

1 Ce passage, cité pour prouver l'immaculée conception, a été plus rarement em- 
ployé que les autres. Il est utilisé, entre autres, dans VAltercatio Judei de fide 
christiana ; voir cette Revue, t. V, p. 241. 

* Parmi ces mss. nous signalons celui du N"|p72b UN, le seul où l'auteur soit 
désigné (R. Méir Bendig d'Arles) ; le nTmtt de 1306, écrit par ïfblD fill e de 
R. Abraham ha-Sofer ben Joab. Le mot ha-Sofer est marqué de points sur chaque 
lettre, pour signifier probablement que c'est le nom de famille et qu'il n'indique point 
la profession de scribe, ainsi que l'article dont il est précédé pourrait le faire sup- 
poser. Paula était femme de R. Salomon b. Moïse, fils de R. Jehiel (le ms. de Vé- 
rone a Jekutiel), père de Natan, auteur de TArukh (voir catal. Zuckermann, du 
sémin. isr. de Breslau, n° 104 ; catal. Neubauer des mss. hébreux d'Oxford, n» 635, 
et Mayazin, de Berliner, 1884, p. 141-142}. 



H8 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui l'a mis à ma disposition, a 56 centim. de haut sur 40 de large ; 
récriture occupe 51 lignes, y compris la liste des 21 noms qui suit 
le texte et qui sont rangés sur 3 colonnes avec 7 noms par -co- 
lonne. Le document est assez bien conservé ; cependant il y a une 
déchirure au milieu, et par endroits l'écriture est endommagée. 
J'en donne ici la copie, en remplaçant par des points les passages 
manquants (par suite de la déchirure) ou illisibles. 

ALFONSUS, dux Ferraria) Mutina) et Regii, marchio Estensis 
Rodigiique Cornes, etc., etc. Concessit atquo impertitus est Illustris- 
simus Princeps et Excellentissimus dominus dominus Hercules , 
olim dux Ferraria), etc. Parens nostri observamus decretum infras- 
criptis Hebreis in fine ipsius decreti annotatis et descriptis. Quod 
quidem decretum nobis exibitum fuit per ipsos Hebreos in presen- 
tiarum in Ferraria degentes, atque approbare velimus. Volentes 
autem ipsis satisfacere harum nostrarum patentium literarum te- 
nore et decreti série ex certa scientia et animo deliberato, ac de ple- 
nitudine protestatis nostra) omnique alio meliore modo quo magis 
et melius possumus, decretum antedictum et omnia in eo contenta, 
prout jacet, predictis Hebreis approbamus et confirmamus, ac de 
novo ubi opus sit concedimus et impertimus. Volumusque, edicimus 
ac jubemus inviolabiliter , sub pena indignationis nostrae et alia 
quavis graviore arbitratu nostro imponenda, per quoscunque offi- 
ciâtes et subditos nostros présentes et futuros quorum intererit 
prorsus observari, quibuscumque in contrarium quovis modo fa- 
cientibus non obstantibus, et in quorum robur et testimonium pré- 
sentes nostras literas et decretum fieri jussimus et registrari nos- 
trique maioris sigilli consueti-appensione muniri. Datum Ferrariœ, 
in palatio nostro, anno nativitatis dominicse Millesimo quingente- 
simo sexto, indictione nona, calendis decembris. 
Ténor autem dicti decreti sequitur ut infra, videlicet : 
Hercules, dux Ferrariee, Mutinse et Regii, marchio Estensis, Ro- 
digijque Cornes, etc., etc. Cum nonnulli Hebrei, in huius nostri de- 
creti fine descripti, ex partibus Hispaniee recesserint et habitandum 
ad partes Italiee se se contulerint, ab eis requisiti fuimus, ut velimus 
eos cum eorum familiis in urbibus locisque dictionis nostrae subjec- 
tis suscipere et acceptare, necnon concessiones, privilégia, arbitria 
et facultates infrascriptas ipsis impertire. Et cupientes eorum votis 
et desideriis libenti animo satisfacere, moti requisitionibus predic- 
torum Hebreorum , tenore presentium nostrarum patentium lite- 
rarum et decreti série, ex certa scientia et animo deliberato ac de 
plenitudine potestatis qua publiée fungimur, eisdem Hebreis, pro 
se et eorum filiis et descendentibus, et pro aliis quibuscunque ex 
dictis partibus ad terras et loca nostra habitandi causa venturis, 
concedimus et impertimur quod possint ac eis liceat omnes et sin- 
gulas eorum familias conducere [et] conduci facere habitandum in 



NOTES ET MELANGES 119 

hac nostra urbe Ferrari» et in quibuscunque aliis urbibus, terris 
et locis nostris, cum infrascriptis capitulis, privilegiis et facultati- 
bus qua3 et quas. .. efficaci prece postulaverunt ut infra, videlicet : 

Primo [namque ?] eiisdem omnibus, pro se et eorum filiis ac des- 
cendentibus et aliis ut supra* promittimus quod si. .. his partibus 
discedere cogerentur, quod tamen fore non credimus, unius anni 
spatium quemadmodum petierunt ad discedendum concedimus. 
Secundo, quod quantum erit pro eo quod ad nos pertinet, eos nun- 
quam impediemus quin medendi utantur facultate, nec quando in 
eorum artibus se exercebunt , penam aliquam eadem causa ipsis 
imponemus. Verumtamen arbitramur quod licentia Ghristianos 
medendi necessaria a Sanctitate Summi Pontificis nostri erit im- 
petranda. cui quidem rei omnem favorem et nos praebemus ; qua 
impetrata ab omni contradictione liberi tune erunt et tuti. Tertio, 
contentamur quod possint accipere, et ad affictum conducere, datia, 
gabellasque ac res quascumque alias pro arbitrio suo. Quarto, 
etiam eisdem concedimus ut ipsi et eorum quilibet artes exercere 
ac cum Gbristianis et Judeis societates super ipsis artibus et mer- 
cationibus et aliis negotiis peragendis facere et apothecas publicas 
tenere possint et valeant, dummodo se ipsos in eis ut reliqui arti- 
fices se gèrent, ita se habeant et gérant. Excipimus tamen ea quas 
judeis non conveniant, declarando tamen quod pro ipsis artibus 
faciendis et causa exercendi eas, teneantur ingredi dictas artes, 
eorumque Massariis solvere id quod pro aliis solvi consuetum est, 
tanquam si cives essent, et ipsarum artium beneficiis gaudere pos- 
sint et valeant. Quinto, eis plene impertimur, ut cum familiis bo- 
nisque et rébus suis in dictionem nostram venire possint, ita tamen 
quod res et bona ipsa sint ad eorum familiarumque suorum usum, 
pro quibus tantum decernimus et volumus ut nihil solvere tenean- 
tur pro datiis et gabellis non modo in nobis retentis, sed etiam 
locatis. Quantum vero sit pro rébus quœ mercaturam sapiant, a 
datiis et gabellis non locatis volumus ut liberi sint et immunes ; 
sed pro locatis, necesse erit ut cum conductoribus earum se intel- 
ligant, quos Don dubitamus aliqua liberalitate usuros esse, in quo 
quidem et nos nostris Ilebreis etiam favore non deerimus. Sexto, 
eis promittimus quod quandocumque ex terris et locis nostris ad 
alia loca habitanda dictioni nostra) non subiecta se conferre volue- 
rint, cum uxoribus etiam et filiis, bonisque quibuscumque suis, eos 
[vel eorum] aliquem non impediemus, nec per aliquem alium im- 
pediri permittemus, quin pro suo arbitrio bona inde extrahant et 
extrahi faciant, solutis tamen prius per eos [datiis vel] gabellis in 
terris nostris solvi consuetis. 

Postremo vero eis etiam concedimus ut omnibus privilegiis et 
immunitatibus aliis Hebreis in terris nostris habitantibus uti et 
gaudere possint, sed cum illis modis et limitationibus quœ ipsis 
concesse sunt. Ita tamen quod ulla nostra concessione ad usuram 
prestandi usurarioque minime uti ipsi audeant. Hoc quoque 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

addentes, quod si libros debitorum aliquorum pro suis creditis ipsi 
Ilebrei tenere voluerint, iides in judicio vel ex[tra] non prestetur 
neque prestari debeat, nisi débita ipsa manu propria débitons 
scripta vel saltcm subscripta fuerint, vel ad minus pro ipso debitore 
ea débita subscripta fuerint : saltem ab uno teste fide digno, dum- 
modo ipsi libri sint rite et recte compositi, more mercatorio for- 
mati... et capitulati, et in eis non sit ulla suspitio vel abrasio. 
Inque eis sint anni, dies et menses, ac nomina debitorum, ac rerum 
et pecuniarum quantitates, et cause. Ideoque harum nostrarum pa- 
tentium literarum et decreti vigore mandamus omnibus et singulis 
Rectoribus, Magistratibus, Gapitaneis, Pretoribus, Commissariis et 
aliis quibuscumque officialibus et subditis nostris présentes visu- 
ris, ut predicta omnia et singula Hebreis ipsis infrascriptis et de 
quibus supra habita est mentio, inviolabiliter servent servarique 
faciant in quibuscumque terris et locis tam médiate quam immé- 
diate nobis subiectis, sub [pena] indignationis nostrce et alia qua- 
vis arbitrio nostro imponenda. Non obstantibus etc. aliquibus legi- 
bus, juribus, statutis, privilegiis et ordinibus... tam factis quam 
faciendis in contrarium quomodocunque disponentibus. Quibus 
omnibus et singulis quantum... de quibus in his nostris literis de 
verbo... facienda fuisset. Quoniam, si qua forte sint contra, pro 
expressis et déclara tis haberi volumus et jubemus. Ad quorum 
fidem et robur, has nostras fieri jussimus et registrari, nostrique 
maioris sigilli consueti appensione muniri. 

Data S [sic) Ferrarise, in palatio Curiee nostrse, anno nativitatis 
dominicee Millesimo quadringentesimo nonagesimo tertio, indictione 
undecima, die primo februarii. 

Nomina supradictorum hebreorum sunt infrascripta : materno 
Sermone declarata, videlicet : 



1 . Rabi Santo Abenamias, et sua famiglia ; 

2 . Don Ferror el Levi, medico, et sua famiglia ; 

3. Don Moysen [Abujlafia, datiero et mercadante, et sua famiglia ; 

4. Don Abraham [Aben]amias, mercadante et sua famiglia ; 

5. Don Abraham [Abujlafia, mercadante, et sua famiglia ; 

6. Don Abraham [Go]hen, mercadante, et sua famiglia ; 

7. Dona Polonia et sua famiglia, mercadante ; 

8. Rabi David Marich, medico et mercadante ; 

9. Don Abraham Marich, mercadante, et sua famiglia ; 
•10. Moysen Abolafia e suo fratello, mercadante; 

1 1 . Don Zachoen l . , ^ ~ -^ t> 

ta ~ ., , ~. et le sue done che sono in Ferrara 

12. Don Abrahen Choen } . - . ,. 
,o -r^ A^ • cum la sua famiglia; 

13. Don Moyse Abenamias J 

14. Santo e Isach suo fratello, aragonese, et sua famiglia ; 

15. Mair de Gallo 

16. Abrahin de Callo 



| cum sua famiglia, artesani ; 



NOTES ET MÉLANGES 121 

17. Movse de Franco et ) . .. 

BO ., . [ et sua famigha, artesani ; 

18. Moyse asi ) D * 

19. Montalvan et sua famiglia, artesano. 

20. Hain Franco et | . . ,. 
at . . _, > cum sua famiglia. 

21. bimoel Franco ) & 

Signé : Hiero[nimus] Magnani[nus?]. 

Voici quelques observations sur la liste des noms des Juifs es- 
pagnols qui vinrent s'établir à Ferrare et qui sont mentionnés à 
la fin de notre document : 

Santo (n os 1, 14) est la forme espagnole bien connue pour Semtob ; 

Abenamias est Aben Nahmias. 

Ferror (n° 2) est sans doute pour Ferrer, nom très répandu en 
Espagne chez les chrétiens et les juifs. 

Dona Polonia (n° *7) est probablement l'abréviation de Dona 
Appolonia. 

Marich (n os 8, 9), nom de famille inconnu jusqu'ici et que 
nous ne savons pas expliquer. 

Don Zachoen (n° 11) pourrait bien être pour Don Zag Cohen. 
On sait que Zag = Isaac. 

Callo (n 08 15, 16) serait-il Galo , localité espagnole, prov. 
Coruîïa? 

Moyse (n° 18) ; le mot asi qui suit paraît n'être qu'un nom de 
famille mal transcrit. 

Montalvan (n° 19) est un nom tiré de la ville de Montalban, 
dans l'Aragon, à 14 lieues de Saragosse. 

Les professions indiquées sont celles de marchand, collecteur 
d'impôts (datiero), médecin et artisan. Ce dernier mot signifie 
peut-être chirurgien 1 . 

Je ferai une dernière observation. H. Isidore Loeb a soutenu, 
dans le précédent numéro de la Revue, que le nombre des Juifs 
espagnols qui partirent en 1492 ne fut pas si considérable qu'on 
le croyait jusqu'à présent. Notre document est une confirmation 
éclatante de cette thèse. 

Leonello Modona. 



1 En effet, en Italie, au moyen âge, on désignait par le mot artesano celui qu 
exerçait la basse chirurgie (Cf. 1 hébr. "J73TN NBT1 = medicus artifex). 



1 22 REVUE DES ETUDES JUIVES 



LE SCEAU D'ABRAHAM BAR SAADIA ET LE SCEAU tWTjrttK'» 



I 



Nous soumettons aux lecteurs de la Revue une idée que nous a 
suggérée le sceau d'Abraham bar Saadia publié Revue, XIV, 268 . 
Pourquoi la légende n'a-t-elle pas de nom de famille ? Le sceau 
appartenait sans doute à un Juif espagnol, et les Juifs espagnols, 
contrairement à ceux d'Afrique, de Babylonie ou d'autres pays, 
portaient des noms de famille. Je pense que le dessin qui est au 
centre du sceau supplée ici au nom de famille. Ce dessin repré- 
sente probablement le calice d'une fleur de lys, en hébreu "poiiû. 
Notre Saadia appartient donc probablement à la grande famille 
espagnole des Ibu Schoschan, dont les armes auraient été un lys. 
Si cette hypothèse est exacte, elle pourra servir de clé pour l'ex- 
plication d'autres sceaux espagnols. Depuis longtemps on sait que 
les dessins des sceaux juifs représentent des prénoms (d'ailleurs 
exprimés dans la légende). C'est ainsi qu'on trouve un lion pour 
Juda, un ours pour Issakar (Béer), le bouclier de David pour Da- 
vid, etc. Même sur les pierres tumulaires juives de Prague, on 
trouve le dessin d'animaux qui ont quelque relation avec le nom 
du défunt. Je possède un ancien ms. allemand du Nizzahon de 
Liepmann Mùhlhausen, où un précédent propriétaire a peint une 
oie (en allemand : Gans) dans un écu, pour illustrer son nom de 
Gansmann, qu'il a signé en toutes lettres dans le ms. L'hypothèse 
que je propose a aussi pour avantage de nous faire connaître 
exactement la prononciation du nom d'Ibn Schoschan, dont Zunz 
a écrit l'histoire (Zur Geschichte, index, s. v.). 

Je hasarde une autre hypothèse sur le lûï-ttr-DN^ du sceau som- 
mairement décrit au même endroit de la Revue. On peut sup- 
poser que ce singulier assemblage de lettres n'est pas autre chose 
que le nom de Jean (Johannes). Le sceau serait donc chrétien, c'est 
ce qui expliquerait la singulière orthographe de la légende. On 
sait comment des graveurs chrétiens ont transcrit par les lettres 
rrom le nom de Jésus. Ce n'est pas là, comme on l'a supposé, un 
m!"p avec tû de 1*71» intercalé, c'est purement et simplement une 
orthographe maladroite, obtenue par tâtonnement, pour trans- 
crire en lettres hébraïques le mot Jésus. On a beaucoup abusé 
du ri chez les Juifs et les chrétiens, pour la représentation de 



NOTES ET MÉLANGES 123 

voyelles. Dans les inscriptions juives des catacombes publiées 
par Ascoli ne voit-on pas avec étonnement même la voyelle i re- 
présentée par un ti dans laSBHQ ? Dans les inscriptions chré- 
tiennes, le n remplace le e. Des transcriptions chrétiennes comme 
celle de notre sceau ne sont pas rares. Il n'est pas impossible 
que les chrétiens attribuaient à ces mots écrits en caractères hé- 
breux une puissance magique, car on les employait dans les 
opérations magiques et alchimiques. Inversement, on sait que 
l'on se servait, pour le même usage, de mofs écrits en lettres 
grecques ou latines, mais composés des initiales de mots hé- 
breux. Dans x'x'x ', je crois qu'il n'y a pas autre chose que le 
trois fois saint ttnp ovrp wn-p ; Agla pour i*tk ûbub -ma rrna 
est connu. 

Scheweningue, juillet 1887. 

David Kaufmann. 



Il 



L'explication donnée ci-dessus par M. Kaufmann sur le sceau 
d'Abraham bar Saadia est des plus séduisantes, l'idée paraît ex- 
cellente, on peut pourtant y faire une objection. Dans le Jahr- 
buch fur die Geschichte der Juden, II, p. 289 et planche, Lévy a 
reproduit un sceau qui est justement de cette même ville de Sé- 
ville où a été trouvé le sceau d'Abraham bar Saadia. Si l'on com- 
pare les deux pièces, celle du Jahrbuch et celle de la Revue, on 
est d'abord frappé de la ressemblance extraordinaire du dessin. 
Le contour des deux sceaux est exactement le même, et la division 
en compartiments sur les deux sceaux se ressemble également. 
Le sceau du Jahrbuch porte, avec le prénom du propriétaire, un 
nom de [famille qui n'est pas Schoschan (c'est Toderos Hallévi 
b. Samuel Hallévi b. Allavi), et cependant ce sceau présente, à 
chacun des quatre frontons qui l'entourent, une petite fleur de 
lys ; ce motif d'ornementation était, par conséquent, très usité 
à Séville et employé par d'autres personnes que les membres 
de la famille d'Ibn Schoschan. Sur la fréquence de ce symbole 
dans les monuments de tout genre, voir Ad. de Beaumont, Re- 
cherches sur l'origine du blazon et en particulier de la fleur 
de lys, Paris, 1853 (ouvrage qui nous a été signalé par M. John 
O'Neill). 

Nous partageons moins l'opinion de M. K. sur l'autre sceau. 
L'exécution de ce sceau, le dessin du cartouche central, le dessin 



12/i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des lettres hébraïques, tout indique que ce sceau est très moderne, 
de ce siècle ou de la fin du siècle dernier. On peut s'en convaincre 
par la reproduction que nous donnons ici de cette pièce 1 . Or, il 
nous parait peu probable que, dans un temps si rapproché de 
nous, même des chrétiens aient reproduit le nom de Johannes, 
prononcé si l'on veut, Jowhannes, d'une façon aussi singulière ! 



£MWl+> 




De plus, M. K. n'explique pas le taureau ou bœuf qui est au 
centre du sceau. A. cause de cette figure et du ti> de la fin de la 
légende, M. D. Simonsen suppose que le sceau appartenait à un 
membre de la famille Schor (tkd) et il trouverait presque dans 
notre légende un nom littéraire connu : m;i *p ù^bn [p] np:n 
-nia ttTri ^bnsi (voir Steinschneider, catal. Bodl., col. 1255). Mais 
ce n'est là, sans doute, qu'un jeu. Ajoutons que, d'après une tra- 
dition recueillie dans sa famille par le propriétaire actuel, notre 
pièce serait le sceau d'un membre de cette famille (israélite), du 
côté maternel, et le nom de famille serait Booz (le sceau vient 
d'Amsterdam, à ce qu'on assure), et ce serait par une espèce de 
jeu de mots (Booz = bos) que le sceau porterait au centre l'image 
d'un bœuf. 

Isidore Loeb. 



1 Le dessin est agrandi. L'original a 14 mm de haut sur H mm de large. 



NOTES ET MÉLANGES 125 

LA JUIVERIE DE JEREZ DE LA FRONTERA 

EN 1266 

M. Fidel Fita a publié, dans le Boletin de la Real Academia, 
de Madrid (tome X, juin 1887, p. 465 et suiv.), un document du 
plus haut intérêt : c'est la répartition des maisons de la juiverie 
de Jerez de la Frontera faite par le roi Alphonse X, après qu'il 
eut conquis cette ville en octobre 1264. La pièce a été rédigée en 
1266, et elle fait partie du cadastre de la ville dressé à cette 
époque. L'original est perdu, mais une copie en fut faite, par les 
soins de la municipalité, en octobre 3338, et c'est d'après cette 
copie que M. Fidel Fita a publié le chapitre relatif à la juiverie. 

La pièce décrit les maisons l'une après l'autre. Chaque article 
est composé de trois parties : 1° description très sommaire de la 
maison ; 2° énumération des confronts (le précédent, le suivant, 
celui de derrière) ; 3° indication du propriétaire à qui la maison 
a été allouée par le roi. 

Il n'est pas très facile de faire le compte des maisons et des 
propriétaires. Les noms sont souvent estropiés soit par le premier 
rédacteur, soit par le premier copiste, ce qui rend les identifica- 
tions difficiles; il y a des personnes qui figurent dans l'énuméra- 
tion des confronts et qu'on ne retrouve plus dans l'indication des 
propriétaires, ou inversement. On peut supposer que le premier 
copiste a omis un certain nombre d'articles. Toutes les fautes, 
cependant, ne doivent pas être mises à son compte, il y en a sû- 
rement qui proviennent du rédacteur, qui n'a pas toujours énu- 
méré tous les confronts. Les maisons étaient probablement très 
enchevêtrées et cette énumération était difficile '. 

Il ne sera pas superflu que nous notions ici, en détail, quelques- 
unes des remarques que nous avons faites sur ces imperfections 
et incorrections de la pièce. 

Voici, d'abord, une liste de personnes qui figurent dans l'indi- 
cation des confronts, et dont cependant les maisons ne sont pas 
décrites. Ce sont : Abraham Atabac, n 09 33 et 34; Fi Alexul, 
n° 54 ; Aly Axucuri, n 08 23, 24 (Xucuri) et 25 ; Çag fils de Mayr, 

1 Par exemple : Jacob Anoc (n° 1) a pour confront Çag Açot (n° 2], mais ne figure 
pas dans les confronts de ce dernier. Les cas analogues sont très fréquents. — La 
maison de Hayon Ahnelahmar est décrite avec ses confronts au n° 83 ; dans la des- 
cription des maisons de ces confronts, Hayon Abnelahmar ne figure pas. 



120 REVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

n° "78 ; Cimha ïille de Puraia, n° 21 (sa maison a été omise par 
erreur, probablement parce que la propriétaire de la maison sui- 
vante s'appelait aussi Cimha (n° 22) ; Guleyma Adarhi, n° 87 ; 
Falcon, n° 81 ; Salomon Ballestero, n° 17 ; Samuel Ilodeida, n 0B 2, 
13, 14; Aben Rrahab, n°24 (cf. n« 19). 

Le rédacteur est amené à décrire, à côté des maisons, des esta- 
blia et des solar, mais comme certains propriétaires ont des so- 
lar éloignés de leurs maisons, il lui arrive de décrire deux fois ces 
solar \ la première fois lorsqu'il décrit la maison du propriétaire, 
la seconde fois lorsqu'il arrive à la description des maisons près 
desquelles se trouve le solar. Ainsi le solar du n° 54 paraît être 
celui qui est déjà décrit au n° 36 ; celui du n° 59 paraît être celui 
qui est déjà décrit au n° 41. 

M. Fidel Fita a déjà proposé un certain nombre d'identifications 
dans les noms de personnes, nous proposons aussi les identifica- 
tions suivantes : 

Alhalle du n° 82 doit être Joseph Alhalle des n 08 52, 53. 
Abraham Alcaal, du n° 58, doit être Abraham Alleial, n°64, 

et, par suite, l'Abraham du n° 65. 
Gag, frère de Lévi, n° 65, pourrait bien être Gag aben Héni 

dun° 61. 
Mossé Alahem, n° 33, est sûrement Mossé Cohen, n° 32. 
Gid, n os 44, 45, 70, 87, est Cidiello Alfayate, n° 88. . 
Haym Halucan, n° 68, est Aben Hayn, n° 66. 
Iza Halhayl, n° 31, est Ismel Hallayn, n° 30. 
Vellocid, n os 15 et 19, est Velocid Ballestero, n° 78. 
Samuel, n os 2 et 14, est Samuel Hodeida, n° 13. 
Yucaf, n° 71, est Yucaf Abez, n° 70. 

Il est clair que Çarrag et Barrach, Çabbay et Çarbay, sont les 
mêmes noms. 

A notre avis, la liste contient 93 maisons, sans les solar et les 
establia, plus les propriétés de la communauté juive, qui sont : 
deux synagogues, la casa de la merced et la fondiga de la 
farina. 

Par suite de l'insuffisance des indications, il est extrêmement 
difficile de se faire, à l'aide du document, une idée claire du plan 
de la juiverie. Voici cependant quelques notes qui pourront aider 
à débrouiller la matière. 

A. Le cadastre décrit d'abord un pâté de maisons comprenant 
les n°s 1 à 14, plus les n os 80 et 82. Il le décrit en descendant la 
rue, dans l'ordre où elles se suivent (n os 1 à 5 probablement); puis, 



NOTES ET MÉLANGES 127 

il tourne la rue et la remonte, jusqu'à ce qu'il revienne au point 
de départ (n os 14, 80, 82). 

Le tableau suivant peut donner une idée approximative du 
procédé. 



1 


80 


82 
14 


2 


Samuel Hodeida. 


3 


13 


4 


12 


5 


11 


etc. 


etc. 



B. Un second groupe de maisons est décrit de la même façon, 
mais plus irrégulièrement, dans les n os 15 à 31. A ce point est la 
alfonCiga de la farina, et l'auteur fait un crochet pour décrire le 
bloc de maisons qui s'y rattache; son vrai chemin eût été de con- 
tinuer par les n os 76 à 78, qui l'auraient ramené au point de départ. 

C. Les n 03 32 à 39 contiennent précisément ce groupe de mai- 
sons qui se rattachent à la alfondiga de la farina, et dont nous 
venons de parler. La description de ces numéros forme également 
cercle et le n° 39 revient au point de départ. 

D. Les n 08 40 à 52 décrivent un groupe de maisons qui se sui- 
vent sur une même ligne, et qui ont pour confronts de derrière, à 
l'origine (n° 40 et suivants), les n os 75 à 70, et, par suite d'un acci- 
dent dans la disposition des maisons, les n os 83, 87 et 90, qui sont 
derrière les maisons des n os 43 à 45 ; les maisons n os 46 à 52 de la 
première ligne n'ont point, sur le derrière, de ligne parallèle de 
confronts. 

E. Les n 08 53 à 64 forment un groupe qui, d'un côté, se rattache 
au n° 52, et, d'autre part, a pour centre la maison n° 53. La rue 
fait probablement un coude aux n 0s 52-53. 

F. Les n 0s 65 à 69, probablement disposés sur deux lignes de 
confronts parallèles, se rattachent, encore par un coude, à ce qu'il 
semble, au n° 64, et, par les n 0s 65, 69 (auquel il faut joindre 81, 
Jamilla), ils viennent rejoindre le point de départ de toute la des- 



128 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cription (Barzallaï, n os 1, 2, 80; Polgar, n 98 14, 82; Castellano, 
Lévi, Jamilla, n 08 68, 69, 81, 53). 

G. Les n 08 70 à 75 sont, comme nous l'avons dit, les confronts 
de derrière des n 08 40 à 43 (dans le groupe D). 

H. Les n 03 76 à 78 sont, comme nous l'avons dit également, les 
confronts de derrière des n os 15 et suivants (groupe B). 

I. Les n 08 79 à 84 sont disposés auprès de la Casa de la merced 
(Bienfaisance) et c'est pour cela qu'ils sont réunis ici, mais ils ap- 
partiennent tous, plus ou moins, à un des groupes précédemment 
décrits. Le n° 83 doit être rapproché des n 08 45 à 48 (dans le 
groupe D). 

J. Nous ne savons où placer les n os 85 et 86, qui forment un 
petit groupe à part. 

K. Enfin, les n os 87 à 90 sont décrits à part, parce qu'ils se trou- 
vent près de la porte de la juiverie, mais ils appartiennent au 
groupe D, précédemment décrit. 

On voit qu'en réalité, ce cadastre décrit six groupes de mai- 
sons, qui sont nos groupes A à F. 

Autant que nous pouvons en juger, le groupe D, d'un côté, et 
le groupe E-F, d'autre part, formaient ensemble un coude qui ve- 
nait s'insérer à l'angle du groupe A, à l'endroit où celui-ci portait 
la maison d'Abraham Polgar (n oS 14, 82). 

Les deux groupes B, G, formaient probablement entre eux un 
coude, où se trouvait la fondiga de la farina. Rien n'indique où 
il faut placer, relativement aux autres maisons, ce groupe B-G. 

Il y avait une synagogue à l'extrémité extérieure du groupe D, 
et une autre au commencement du groupe B. Si, contrairement à 
ce que nous pensons, la synagogue du groupe B était la même 
que celle du groupe D, il est clair que la place des groupes B-G 
serait trouvée. 

Il y a eu, à ce qu'il semble, deux maisons de la Bienfaisance 
[casa de la merced), l'une au centre de A, l'autre au haut de A, 
à l'endroit où les groupes E-F venaient rejoindre le groupe A. 

Isidore Loeb. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 



1. Ouvrages hébreux. 

{Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de Vauteur du livre, 
mais de l'auteur de la recension, à moins Celles ne soient entre guillemets.') 

?*nT mN '0 Gloses talmudiques d'isaac b. Moïse de Vienne, 3° partie, 
publié par Jacob Mardochée Hirscbensobn. Jérusalem, impr. Chajim 
Hirschensohn, 1887, in-f° de (3)-79 p. 

Les deux parties précédentes sont celles qui ont été imprimées à Zitomir. 
Cette 3° partie, publiée d'après un manuscrit acquis, il y a environ deux 
ans, par le British-Museum, de Londres, comprend les gloses sur Baba- 
Kamma. Il est superflu de signaler aux lalmudistes l'utilité de cette publi- 
cation. Elle est faite, matériellement, avec beaucoup plus de soin que n'en 
mettent généralement les éditeurs de Jérusalem. 

nTIDOÏl WM ma Magazin fur bebraisebe Literatur und Wissenscbaft, 
Poésie, und Belletristik, gesebrieben von mebreren Celebritaten, edirt 
von Eisig Graber ; I. Jabrgang. Jaroslau, impr. Zupnik à Przemisl, 1887, 
in-8° de xxn-132 -f 8 + 22 + 74 -f 64 + 36 p. 

Il est impossible de faire une publication plus décousue et plus em- 
brouillée que cet Annuaire ; la pagination seule est déjà un chef-d'œuvre 
de désordre. Où M. Gr. a-t-il pris les articles posthumes (?) qu'il nous 
donne ? il ne se donne pas la peine de nous le dire. Dans la Revue, XIV, 
290, nous avons rendu compte des 81 premières pages de cet Annuaire, 
voici quelques mots sur les pages suivantes. P. 84, Réponse à la recension 
du \y& "H*© faite par Abr. Ehrlich. — P. 90, Dobsewitz, Extraits d'un 
livre de lui sur le Targum des Samaritains. — P. 97 à 120, Diverses notes 
talmudiques et autres, de divers auteurs. — P. 121 à 132, Biographie de 
M rdochée Rosenfeld et David Teble. — P. 1-28, Nouvelle série de bio- 
graphies (les frères Francès, Leibelé Prostitz, Ilayyim Malakh, et autres). 
— P. 1, Notes sur l'Histoire dos Juifs en Pologne, par L. Zunz. — P. 8, 
Prospectus pour une publication sur les persécutions en Russie des années 
1648-1649. — P. 13, L. Lewysohn : Noms d'animaux en langues étran- 
gères chez les rabbins juifs. — P. 16, Comparaison de divers passages 
T. XV, N° 29. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Homère avec la littérature juive. — P. 37, Lettres en hébreu de Reuch- 
lin à Bonet de Lattes, de Paul Emilien à L. Beck, de llenricus Vi"lb} • 
La Lettre de Reuchlin n'est pas inédite. — P. 41, Sur les persécutions de 
Russie 1648 et 17(iS. — Et cela continue ainsi. P. 1 à 04, Poésies. — Puis, 
p. 1-3G, Contes. 

VCrni TH TH Zur Gcschicbte der jùdiscbon Tradition, pur J. -II. Weiss; 
4 e partie. Wien, chez l'auteur, 1887, in-8° de (2)-367 p. 

Ce volume clôt dignement la série deg excellents travaux de M. W. sur 
l'histoire delà tradition juive. Il contient les matières suivantes : Livre 15: 
Les Saboréens et premiers guéonim, action des guéonim, R. Simon de 
NT^p» H- Aha de Sabaha, l'école de Pumbadita jusqu'à la fin du vi e s., 
R. Jehudaï gaon et l'école de Sora jusqu'en 4600. — Livre 16 : Les Ca- 
raïtes jusqu'à la fin du vi e s., leur doctrine et leurs études, leur propa- 
gande, comparaison avec les rabbanites, services rendus par eux à la 
science. — Livre 17 : Suite de l'école de Sora et de celle de Pumbadita ; 
R.. Cohen Cédek, Saadia, Scherira, Haï gaon, Samuel b. Hofni. — L. 18 : 
Institutions des guéonim, midrascb, aggada, cabbale, grammaire hébraïque 
et lexicographie, massora. — L. 19: Les études talmudiques en Occident, 
Espagne, Provence, Italie, France et Allemagne. — Nous signalons par- 
ticulièrement le chapitre sur les Caraïtes. M. Weiss a émis sur leur his- 
toire plusieurs idées très intéressantes. Il a montré quels étaient leurs 
rapports matériels et intellectuels avec les Musulmans et expliqué, par 
ces relations, la situation humiliée de leur parti et l'origine de quelques- 
unes de leurs doctrines. 11 a aussi prouvé que plusieurs des mesures et des 
décisions rabbiniques des guéonim ont pour but, sans qu'on s'en doutât jus- 
qu'à présent, de combattre les doctrines caraïtes. 

ïlfcblïîïlïl 'o « Sefer Haschlamab, œuvre talmudique achevant les œuvres 
de Rabbi Isaac Alpbasi, par Rabbi Mescboulam fils de Moïse fils de Juda 
de Béziers.. . éditée pour la première fois, commentée et accompagnée 
d'une préface intitulée Tboratb Hascblamab, par le rabbin Juda Lubetzki. 
l rc partie, Baba Mezia. » Paris, Versailles, impr. Cerf, 1887, in-f° allant 
de f° 51 à f° 74. 

La partie précédente a été publiée en 1885; voir la recension de M. Ad. 
Neubauer, Revue, XIII, p. 133. 

ÙTHS rnï2 n-Dn Compte rendu de la Société de bienfaisance Bzrat Nid- 
dahim, de Jérusalem, 4 e année, 5647. Jérusalem, s. impr., (1887), in-8° 
de 36 p. 

tlDT 1 rijrû A Hand-Boock of Hebrew Abbreviations witb tbeir explana- 
tions in Hebrew and Englisb for tbe use of students of tbe oral Law and 
rabbinical Literature, by Josepb Ezekiel, Head master, David Sassoon 
Benevolent Institution, secretary to tbe Bene-Israel improvement society, 
and fellow of tbe university of Bombay. Bombay, Anglo-Jewisb and ver- 
nacular Press, 1887-5647, in-8° de n-124 (1) p., plus, en tête, 3 ff. de 
titre et dédicaces. 

L'ouvrage n'a pas de prétention scientifique, M. Perreau, qui a publié 
de si bons recueils sur la matière, le trouverait peut-être faible, mais fait 
par un Beni-Israël, à Bombay, et par un auteur digne de toute sym- 
pathie, il mérite d'être signalé aux historiens plutôt encore qu'aux litté- 
rateurs. 

bin^ b^ rHTWîl nimpb Beitrâge zur Gescbicbte der Judenverfolgungen, 
von Jonas Gurland. Séparât Abdruck aus dem Jùd. liter. Magazin, von 



BIBLIOGRAPHIE 131 

Eisig Giiiber. Jaroslaw, impr. Zupnik, Kuoller cL Ilammersclimidt, 1887, 
in-8° de 32 p. 

Persécutions en Russie, années 1048 et 1708. 

ÛTDT fcW3*P3 Vnïl y"N^ ttîûbo riVOÎQ Voyages de Salomon Rinman, de 
Cocbin, dans l'Inde, la Birmanie et la Chine, augmenté et édité par 
W. Schur. Wien, impr. Georg Brog, 5G47 ',1887), in-8° de 204 p. 

L'ouvrage a paru, en partie du moins, dans le Schachar, année XII. Il 
contient un certain nombre de renseignements sur les Juifs de Suez (p. 7), 
Aden (p. 9 et 15), Bombay (p. 97 à 112), Cocbin (p. 97 et suiv.), Calcutta 
(p. 182 à 184), autres parties de l'Inde (p. 197, 198). 

35 "nsb 3b ^iyn Aus Lion Gomperz' nacbgelassenen Scbriften, be- 
ransgg. von Sigmund Gomperz. Wien, libr. Cb.-D. Lippe, 1887, in-8° de 
xn-102 p. 

L'ouvrage contient des notes sur le Pentateuque, quelques propbètes 
(p. ï2 à 50), les Psaumes, les Proverbes, Job et d'autres Hagiographes, 
sur le texte de certaines parties du rituel des prières, enfin une sorte de 
consultation sur la question de savoir s'il est permis de se couper la barbe 
aux demi-fêtes de Pàque et Succot. Pour apprécier cet ouvrage, dont l'au- 
teur est mort à "Waag-Neustadl en 1859, il faut le placer à son temps et 
dans son milieu, les pbilologues et exégètes modernes n'en tireront pas 
grand profit, mais il est un témoignage honorable de la sincérité scienti- 
fique et de la droiture intellectuelle de l'auteur. On est à peine en droit 
d'attendre des idées et des méthodes aussi saines, relativement, d'un 
homme de sa génération. L'introduction de M. David Kaufmann, et la 
biographie de l'auteur par Josef Weiss , sont particulièrement intéres- 
santes. M. D. Kaufmann, avec un soin pieux, a cherché à reconstituer 
1 histoire et la généalogie de la famille Gomperz, et il est arrivé à remonter 
jusqu'au xvn e siècle. Il y a probablement peu de familles juives dont la 
filiation puisse être suivie aussi loin et déjà, par là, cette introduction est 
une curiosité. La famille Gompertz est originaire d'Emmerich, d'où elle a 
passé à Clèves, son nom de famille a été tantôt Emmerich, tantôt NT^bp, 
ou tP5p ou Spibp (de Clèves). Elle a compté un grand nombre d'hommes 
distingués par leur science ou par les services qu'ils ont pu rendre aux 
Juifs comme administrateurs des communautés, et grâce à la faveur dont 
ils jouissaient auprès des autorités. Elle était alliée aux descendants de la 
fameuse famille Wertheim, de Vienne, et le grand-père de notre Lion 
avait épousé une fille de Lcib Wertheim. Samson Gompertz, fils de 
l'auteur, et éditeur de cet ouvrage, est le beau-père de M. D. Kaufmann, 
notre excellent et savant collaborateur. 

V"~ *PJ> comprenant, d'après le titre, toutes les prescriptions négatives et 
positives provenant du Sinaï et destinées aux isruélites, plus les pres- 
criptions orales du même genre et de môme origine. Jérusalem, impr. 
I.-D. (David ?) Fromkin (qui est l'auteur du livre?), s. d. (1887), in-8° de 
96 p. 

bz2 ,, — ;-: bï Histoire de la Babylonic, des Juifs de cette région, les 
Resch Galuta, synagogues, écoles, études, hommes remarquables, par 
Nahman llirsch Gezow. Varsovie, impr. Levinski, 1887 (le titre porte, 
par erreur, 1878,, iu-8" de iv-152 p. 

Il y a du Ljn dans cet ouvrage, quoique l'exposé des faits soit incom- 
plet et fragmentaire. 

ÏMntF "WH PYïbiri IN TA DTW Pardes David oder Gcscnichte der 
jùdischen Aerztc nebst Aufùlirung ihrer Werke von der altesten Zeit bis 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

auf unsere Tago herauf, mit Hinzufiigung cincr gcdrangtcn Literatur- 
geschichte, Geschiehle der Arzneikunde im AUgemeinen, wie sic sich 
nach uud nach cntwickelt bat, mit Anfiïhrung aller heidnischen, chri- 
Btlichen und mohamedanischen Acrzle ; bearbeitet von David Holub ; 
Separat-Àbdruck ans dem llaschachar, Jahrg. XI u. XII. Zweiter Theil. 
Wien, impr. Georg Brog, 1884 (paru 1887 ?), in-8° de 145 p. 

Le titre promet beaucoup et met en défiance ; il y a sans doute de bonnes 
choses par ci par là dans cet ouvrage, mais nous craignons qu'il ne con- 
tienne aussi beaucoup de verbiage et des développements qu'on trouverait 
tout aussi bien ailleurs. Que peut dire de nouveau M. Hol. sur Maïmo- 
uide ? il lui consacre néanmoins les pages 92 à 145. C'est beaucoup trop 
pour ne rien dire qui ne soit archi-connu. 

1V7 fltt£ Raccolta di Inni, odi, sonetti, epitaffi ed elegie nel sacro idioma, 
di Moisè Giacomo Ottolenghi, Livornese. Salonique, impr. Ez. Ackaim 
(Eç ka-hayyim), 1887, in-8° de 72 p. 



2. Ouvrages en autres langues. 



Analele societatii istorice Iuliu Barasch. Anul I, 1887, Bucharest, impr. 
Eduard Wiegand, 1887, in-8° de 111 (1) p. 

La société historique israélite appelée Jules Barasch, dont nous avons 
annoncé la fondation à Bucharest, vient de publier ce premier Annuaire. 
Il fait honneur à la Société, c'est un recueil de travaux importants pour 
l'histoire des Juifs en Roumanie. Par ces études, la Société exercera une 
excellente influence sur les israélites roumains tout d'abord, elle leur ap- 
prendra à connaître leur passé et à l'aimer; elle apprendra aussi, à ceux 
qui veulent le savoir et même à ceux qui ne le veulent pa9, que les Juifs 
ont un passé en Roumanie, que leur histoire, dans ce pays, remonte à 
une haute antiquité, et qu'ils ont vécu pendant des siècles sur le sol de 
là patrie. Voici la liste des articles de cet annuaire : 1. Ancienneté des 
Juifs en Moldavie et en Valachie ; 2. Langue, port, coutumes, culture, 
états et professions'; 3. Situation légale et coutumière (dans le passé); 
4. Persécutions et autres actes. (Ces quatre chapitres sont de M. M. 
Schwarzfeld, premier secrétaire) ; 5. Biographie de Jacob Psantir, auteur 
d'écrits en hébreu sur l'histoire des Juifs en Roumanie, par Lazare Sai- 
neanu ; 6. Liste de documents inédits recueillis par la Société. Le plus 
ancien de ces documents est de 1724. 

Annuaire des Archives israélites pour l'an du monde 5648, 4 e année, par 
H. Prague. Paris, au bureau des Archives israélites (1887), in-8° de 116 p. 

Contient, outre le calendrier, les articles suivants : 1° H. Prague : 
Revue de l'année israélite 5646-5647 ; 2° Léon Kahn : Un Te Deum à la 
synagogue de la rue Saint-Avoye en 1811 (à propos de la grossesse de 
l'impératrice Marie-Louise) ; 3° Léon Kahn : Souvenir de Jacques Offen- 
bach ; 4° L. Lazard : Note sur la légende du Juif de la rue des Billettes 
(1290). Cette publication, on le voit, continue à être intéressante. 

Blogh (J.-S.). Aus der Vergangenheit fur die Gegenwart, social- und litera- 
turhistorische Vortrâge und Essays. Wien, libr. Hugo Engel, 1886, in-8° 
de 258 p. 

La plupart de ces Essais ou tous ont déjà été publiés séparément. En 
voici la liste : 1 . Les travailleurs chez les anciens (avec vues et compa- 



BIBLIOGRAPHIE 133 

raisons intéressantes pour l'histoire du judaïsme) ; 2. Le droit de domicile 
et le droit du pauvre ; 3. Ecole élémentaire chez les anciens ; 4. Le droit 
au travail; 5. Corruption dans la société moderne; 6. Les talmudistes 
ecclésiastiques dans la chambre des députés hongrois ; 7. Le « Nathan » 
de Lessing; 8. Jean Bodin, précurseur de Lessing. 

Bloch (J.-S.). Der nationale Zwist und die Juden in Oestsrreich. Wien, 
libr. M. Gottlieb, 1886, in-8° de 92 p. 

Catalogue of Anglo-Jewish historical Exhibition 1887, Royal Albert Hall, 
and of supplementary Exhibitions held at the public Record Office, Bri- 
tish Muséum, South Kensington Muséum. Londres, impr. W. Clowes, 
1887, in-8° de xxvi-206 p. (Voir l'analyse de ce catalogue dans la Revue 
bibliographique précédente). 

Chaikin (Avigdor). Apologie des Juifs, étude historique et littéraire sur 
l'état politique et social des Juifs depuis la chute de Jérusalem jusqu'à 
1306. Paris, libr. Vieweg, 1887, in-8° de 319 p. 

Chap. i* r , depuis la chute de Jérusalem jusqu'à Charlemagne ; 
chap. il, depuis Charlemagne jusqu'aux tosafistes en 1)05; chap. m, depuis 
les tosafistes jusqu'à la destruction des écoles en 1306. M. Chaikin a de 
la lecture, il a consulté un grand nombre d'ouvrages, ses notes sont rem- 
plies de citations, de renvois, de renseignements bibliographiques, il s'est 
montré, dans cet ouvrage, compilateur diligent, et l'on peut espérer qu'avec 
la préparation qu'il paraît avoir, il saura mettre plus tard dans ses tra- 
vaux plus d'indépendance, de méthode et de critique. L'appareil scienti- 
fique des notes est souvent une enseigne trompeuse, et tout n'est pas 
également bon à citer. En plus d'un endroit, il nous semble reconnaître 
l'origine de tous ces titres accumulés, mais ce n'est rien encore. Une apo- 
logie maladroite fait plus de mal que de bien. Il faut avant tout ne pas 
aller répéter ces phrases stéréotypées, inventées par les ennemis des Juifs, 
et que les Juifs eux-mêmes ont acceptées, parce qu'ils ne connaissaient pas 
leur histoire et qu'elles sont monnaie courante. Voici, pour commencer, 
la première phrase de l'ouvrage : « Les Israélites, dispersés aux quatre 
coins de la terre...» Cela n'est pas exact, les Israélites ne sont pas si 
dispersés que cela, ils ne sont pas aux quatre coins de la terre, il y a des 
pays immenses où il n'y a pas ou guère d'Israélites; à certains égards, les 
Allemands et les Anglais sont au moins aussi dispersés; cette fameuse 
dispersion est une idée des théologiens chrétiens, qui y ont vu un signe 
de la colère divine. Je continue : « ...ont puisé dans les souvenirs de 
leur pays natal les sujets des magnifiques compositions du Talmud. » C'est 
absolument faux à plusieurs égards, et cela n'a même pas de sens. Plus 
loin (p. 10, note), nous apprenons que les talmudistes connaissaient le 
chloroforme. Pourquoi pas le téléphone et le traitement de la rage ? Et 
dans son ensemble, tout cela, c'est un peu du verbiage, un verbiage qui 
ne manque pas d'un certain goût et qui fait que l'on s'intéresse au jeune 
auteur. 

Chantepie (P. -D.) de la Saussaye. Lehrbuch der Religionsgeschichte ; 
1 er volume, Fribourg in Brisgau, libr. Mohr, 1887, in-8° de x-465 p. 

Courte caractéristique de la famille sémitique, p. 214-221. — P. 313-318, 
chapitre intitulé Egypte et Israël. (L'auteur croit que l'Egypte n'a exercé 
aucune influence directe sur le Judaïsme.) 

Corpus inscriptionum semiticarum ab Academia inscriptionum et littera- 
rum humaniorum conditum atque digestum. Pars prima, inscriptiones 
Phœnicias continens. Tomus I, fascicul. 4. Paris, impr. nat., 1887. 



IM REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dkhskmann (Otto). Die Jiulon in Aachcn, Historisclic Uebersicht. Aix-la- 
Chapelle, M. Jacobi, 1887, in-8° de 24 p. 

Il est sûr qii'il y a eu des Juifs à Aix-la-Chapelle du temps de Cliar- 
lemagne ou de son successeur, un capitulaire de cette époque le prouve, 
mais il est probable qu'ils y ont vécu auparavant et peut-être du temps des 
Romains. La persécution dut amener ù Aix beaucoup de conversions, l'obi- 
tuaire de l'Eglise Sainte-Marie, au xm° siècle, contient des Jacobus Ju- 
deus, Godefridus Judeus, Willelmus Judeus, etc. Ici, pas plus qu'ailleurs, 
les Lombards ne manquaient pas, ils font presque oublier les Juifs, on se 
plaint de leur usure au moins autant et aussi souvent que de celle des 
Juifs. On ne sait si en 1348, époque de la peste noire, et dans les années 
suivantes, il y a eu des Juifs à Aix-la-Chapelle. Pendant deux siècles il 
n'est pas question d'eux, sauf une seule fois. M. Dres. ne croit néanmoins 
pas qu'ils aient été expulsés. 

Durla-Gher (E.). Joseph et ses frères. Paris, chez l'auteur, 1887, in-8° de 
47 pages. 

Le midrasch n'est pas mort, cette publication prouve qu'il sait çncore 
vivre et se renouveler en plein xix e siècle et dans ce Paris affairé qui 
semble poursuivre tout autre chose que ces rêves ailés et légers. Mais 
M. Durlacher a son coin bien tranquille, où il peut, à son aise, suivre le 
vol et le gentil jeu d'ailes du papillon midraschique. M. D. est un sage 
et un heureux. 

Enoch (Joseph). Das Achtzehngebet nach seiner sprachlichen und geschi- 
chtlichen Entwickelung dargestellt, als Beitrag zur Gesch. der jùd. Lite- 
ratur. Kreuznach, impr. Oscar Lehmanu, de Mayence, 1886, in-8° de 
41 p. 

Contient les trois chapitres suivants : 1° Histoire de la première rédac- 
tion des prières juives ; 2° Sur la langue dajis laquelle furent rédigées les 
premières prières juives ; 3° Analyse des dix-huit bénédictions. Cette 
étude ne contribuera pas beaucoup à la critique du texte des dix-huit béné- 
dictions. 

Fita. (Fidel). Estudios historicos. Coleccion de articulos escritos y publi- 
cados par el R. P. Fidel Fita.. Tomo VII, El santo Nifio de la Guardia. 
Madrid, impr. Fortanet, 1887, in-8° de 162(2) p. 

Nous avons déjà parlé {Revue, XIII, 258) d'un travail antérieur de 
M. Fita sur cet enfant de La Guardia qu'on avait accusé des Juifs d'a- 
voir tué (en 1490). M. Fita nous donne aujourd'hui une belle collection 
des actes du procès, qu'il a publiés avec une science consommée. Le 
volume contient 68 pièces, plus divers mémoires et notes. Les 68 pièces 
publiées se rapportent presque toutes au procès fait à l'un des accusés, 
Jucé Franco, de Tembleque ; les pièces du procès fait aux autres accusés 
n'ont pas été retrouvées. Nous reviendrons une autre fois sur cette pu- 
blication. — Voici quelques notes sur divers passages du texte des actes. 
P. 35. Aliha honeni, prière dite à l'issue du samedi pour marquer la sé- 
paration du samedi et de la semaine, est sans doute le morceau qu'on in- 
tercale, le samedi soir, dans le 4 e alinéa du Schemoné essre'. Lire, sans 
doute, "^n ^ïlbN élohai honnêni. — P. 37. L'eau donnée par les narines 
(l. 16) parait être l'eau du baptême', l'eau bénite, qui fait que la personne 
qui parle s'appelle Benito. — P. 57. Les onze ans ne peuvent pas s'expli- 
quer par TU252N qui est, du reste, peu usité ; il aurait fallu TC3^ VM33>. 
— P. 57. mita (mort), en hébr. rabbinique ïirpft. — P« 86. Tisàbeaf est 
3ND ÏT^tïîn le jeûne du 9 ab, et sema est la prière bien connue du 
bNTÛÎi 3^73115. — P- 88, note 1, lire Tpafa. — P. 103. Pour le oddoayon 
qui, aussi bien que oddoays (115 "Wïl imtf), doit désigner Jésus, nous 
pensons provisoirement qu'il faut lire oddoagoy i*U!"I imN- 



BIBLIOGRAPHIE 135 

Franke (Ilermarm). Ueber Bedeutung, Inhalt und Alter des Sephcr Ilaj- 
jaschar, Beitrag zur Gescbicbte der jûdiscben Litoratur. Leipzig, libr. 
Gustav Fock, 1887, in-8°. de 41 p. 

Il s'agit du Tw^" 'D de la Bible; l'auteur traduit ce titre par « Le 
livre (de lecture) du brave homme ». Il croit que ce livre est identique 
avec le 'rî m 72*1 5 53 '0, qu'il était formé d'un recueil de morceaux édi- 
fiants avec tendances politiques ou religieuses. D'après la langue, le livre 
serait des derniers temps de la royauté. L'auteur veut que diverses parties 
de la Bible (Cantique de la mer Rouge, cantique de Débora, 3 e chapitre 
d'Habacuc) aient fait partie de ce livre, mais ce sont des conjectures qui 
n'ont pas de fondement sérieux. 

Gaster (M.). Greeko-Slavonic. Ilcbester Lectures on Greeko-Slavonic Lite- 
rature and its relation to tbe Folk-lore of Europe during the Middle- 
Ages, with two Appendices and Plates. Londres, libr. Triibner, 1887, 
in-8° de x-229 p. 

L'ouvrage de M. G. contient un grand nombre de vues intéressantes sur 
l'histoire des légendes et des contes des Juifs et leurs rapports avec les 
productions similiaires de la littérature chrétienne. Nous ne parlerons ici 
que de la remarquable étude de M. G. sur la Bible historiale (p. 147 et 
suiv.). Cette Bible, qui a des formes diverses, contient les faits de l'his- 
toire biblique enrichis de légendes. M. G. croit qu'elle est faite d'après un 
ouvrage slavonique analogue et qui, d'après lui, serait plus ancien, c'est la 
Palaja. Mais la Palcea, à son tour, aurait pris une grande partie de ses 
légendes dans les Midraschim juifs ou d'origine judéo-chrétienne, le Livre 
des Jubilés, les Pirké de Rabbi Eliézer, le Se fer hayyaschar. Le Mystère 
du viel Testament, publié par feu M. le baron James de Rothschild, a em- 
prunté ses légendes à cette littérature des Bibles historiales et des ou- 
vrages analogues. D'Orient la Palrea serait venue en France, M. Gaster 
suppose que ce sont les Vaudois qui ont les premiers propagé ces traduc- 
tions de la Bible illustrée de légendes, et que ces Vaudois et autres hé- 
rétiques n'ont pas manqué, pour leurs œuvres, de consulter les Juifs, avec 
lesquels ils auraient eu de nombreuses relations (c'est un point qui n'est 
pas encore bien établi). Ces paraphrases de la Bible en langue vulgaire, 
ayant une pareille origine, devaient être taxées d'hérésie et elles furent, en 
effet, proscrites d'abord par l'Eglise. La Bible des Pauvres, dont on 
ne connaît pas bien l'origine et dont le nom même est obscur, serait la 
Bible d'une de ces sectes hérétiques, celle qui s'appelait les Pauvres de 
Lyon. 

IIildesheimer (J.). Die Vaticanische Handscbrift der Halachoth Gedoloth 
besprochen und in Auszùgen mitgetheilt. Beilage zum Jabresberichte des 
Rabbiner-Seminars zu Berlin 5645 (1885-86). Berlin, imp. H. Itzkowski, 
(1887), in-8° de 42 p. 

Cette étude forme une espèce d'introduction à l'édition du ms. des hala- 
khot gedolot qui se trouve dans la bibliothèque du Vatican et que M. Hild. 
va publier pour la Société M'kize Nirdamim. Le savant directeur du sé- 
minaire rabbinique orthodoxe de Berlin est, il va sans dire, des mieux 
préparés pour un travail sur les halakhot. 11 no suffit pas, pour faire ce 
travail, de connaître les deux Talmud, il faut aussi être familiarisé avec 
les ouvrages de casuistique écrits jusqu'au xv e siècle au moins, comme ou 
peut le voir par le 5 a chap. de L'étude de M. Ilild., où se trouve une 
liste provisoire de passages de nos h.alahhot cités par les auteurs, passages 
dont les uns ne se retrouvent que dans le ms. du Vatican, dont les autres 
se trouvent rectifiés par ce ms. Voici quelques observations sur le travail 
de M. II. Dans les notes I, :!, M. II., parlant des notes marginales du 
ms., dit que, contrairement à M. Neubauer, dans Magid année 1"b*"in, 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

elles no sont pas en araméen ni en arabe. Or, dans le Magid de 5432 
1872 ; non 5434), n° 14, nous avons dit que ces notes sont en arabe, et elles 
le sont d'un bout à l'autre, sauf quelques mots empruntés au persan. L'é- 
pigraphe du ms. (p. 5), pour laquelle M. H. a accepté sans contrôle les 
énonciations envoyées par des gens ignorants du Caire, est tout simple- 
ment massacrée par le copiste : "HNS est "HNS, Pado, l'ancien nom du 
Pô ou d'un affluent du Pô près de Ferrare (notre excellent collaborateur 
M. le chevalier Marco Mortara pourra peut-être nous renseigner sur ce 
m sujet) ; Û"HSt72 (avec d) n'est évidemment pas Meziers (M. H. veut-il dire 

Mézières, en France?), mais, comme le prouve le ï-ft!"î, c'est une ville 
près du Caire (fcdîipbN nommé sur la même ligne), c'est Fostat (voir 
Benjamin de Tudèle, édit. Asher, II, 197). La suite de l'épigraphe (p. 5, 
1. 3) doit être lue ainsi : ûblJrTDÏ fcnïlpb&O ÛrP3p rpbSn fiOlE) "^fi 

'73N rmnn nr-N imn» ^"hn mn n* b$ b'nsMaa ïitôw 

La traduction de ce passage n'offre pas de difficultés, bl^"PD est connu 
dans le Talmud de Jérusalem (et se trouve dans l'Arukh). Plus difficile 
est l'explication du passage hébreu de la p. 7, 1. 30. La date 4742 A. M. 
(p. 8, 1. 4) = 992 de l'ère cbrét., paraît être la date du ms., qui est très 
ancien. La date "pN (p. 7), qui est 1091 des Séleucides, n'aurait pas été 
corrigée en ^N (1054 des Séleucides) par M. H., s'il avait consulté la pré- 
face de M. Halberstam aux mpiOS msbtt (Revue, XIII, p. 133). Une 
autre date (p. 9) est très obscure. Sur cette même page, M. H. parle 
d'une glose du ms. et il l'attribue à l'époque postérieure au Zohar, mais 
quelle est, pour lui, la date de la rédaction du Zohar ? Nous ne supposons 
pas que M. H. continue à attribuer le Zohar à Simon b. Johaï, le ms. du 
Vatican est, en tous cas, postérieur à Simon b. Johaï, et nous espérons 
que l'école de M. H. ne prend pas sous sa protection ce livre frauduleux 
et blasphématoire du Zobar, qui a fait et fait encore tant de mal. A la p. 10, 
M. H. parle d'un passage du ms. contenant une attaque contre les minim 
au sujet du mariage d'un homme avec sa nièce, M. H. croit que ces 
minim sont les Samaritains ou les Mahométans, et plutôt les Samari- 
tains, puisqu'il n'est pas probable que l'on aurait écrit quelque chose ici 
contre la religion dominante (celle des Mahométans), et M. H. en conclut 
que le ms. vient de Palestine, puisqu'il n'y avait pas de Samaritains en 
Babylonie. Nous croirions plutôt que ces minim sont les Caraïtes (voir 
notre Aus der Peter&burger Bibliothek, "j-p^lDN, chap. 22), et comme il y 
avait et il y a encore des Caraïtes en Palestine, en Mésopotamie et en 
Egypte, le ms. peut venir d'un de ces trois pays. On pourrait plutôt don- 
ner comme preuve de l'origine palestinienne le mot ÊOp^O^'ID (page 36, 
note ô), qui est l'équivalent de NEàEûOID» et î 1 ^ est * P ar conséquent, un 
mot grec (voir l'Arukh) . M. H. se demande si ce n'est pas le pristaw 
slave, comme si le glossateur pouvait être un juif slave ayant vécu en 
Palestine. Ajoutons encore une observation sur la localité de l'auteur de 
nos halakhot. Il ne faut pas l'appeler Simon du Caire, le Caire n'existait 
pas encore à l'époque où le livre a été fait. Les bons ms. ont JST^p, non 
NTlTIp' Nous avons proposé, dans le Isr. Letterbode, d'identifier cette 
ville avec Kayyar, dans la Mésopotamie (qui est peut-être le Tp de Amos, 
i, 5). M. H. devrait se procurer une bonne description paléographique du 
ms. et une copie correcte des gloses arabes ; d'après les extraits peu 
nombreux que nous avons pris autrefois sur le ms., la reproduction de 
ces gloses par M. H. (p. 21) laisse beaucoup à désirer pour l'exactitude 
des lectures. Pour terminer, signalons à M. H. l'article de M. Moïse 
Bloch paru dans cette Revue, t. V, p. 26-40, où l'auteur a déjà appelé 
l'attention sur les erreurs que présente l'énumération des 613 lois dans les 
Halakhot gedolot et qu'il a en partie rectifiées à l'aide de certaines Azha- 
rot. — A. N. 

Theologischer Jahresberickt. . . hrsggb. von R. A. Lipsius. Sedbster Band, 



BIBLIOGRAPHIE 137 

enthaltend die Literatur des Jabres 1886. Leipzig, libr. Georg Reichardt, 
1887, in-8°. 

Les chapitres x, xi et xn sont spécialement consacrés au Judaïsme 
(p. 62-75). Ce rapport annuel est une œuvre très remarquable et qui rend 
aux études les plus grands services. Les lecteurs de notre bibliographie y 
trouveront encore à glaner. Par exemple : Baumgarten , Notes sur la 
poésie gnomiquo juive, Bâle ; Manzoni, Séfer guèr scham, ovvero annali 
tipogr. dei Soncino, II, 1, Bologne ; Motta, Ebrei in Como, Corne. 

Lagarde (Paul de). Purim, ein Beitrag zur Geschichte der Religion. Gôt- 
tiDgue, libr. Dieterich, 1887, in-4° de 58 p. Extrait du 34 e vol. des 
Abbandl. d. k. Gesellscb. d. W. zu Gôttingen. 

Etude sur l'origine et le sens du mot Purim et de la fête de Purim. 
Déjà en 1827, Jos. von Hammer avait émis, comme simple conjecture, 
l'opinion que Purim serait le Furdian des Perses, et vers la même époque 
M. de L. avait eu la même idée, qu'il avait trouvée indépendamment de 
v. H., et qu'il avait appuyée le premier sur un certain nombre de 
preuves. M. de L. revient aujourd'hui, et plus amplement, sur la ques- 
tion. Il remarque d'abord que les formes grecques du mot de Purim sont, 
d'un côté, ©poupon, tppoupcua, etc., avec 9p au commencement ; d'autre 
part, oo-jpaaia, tpoupôia, et probablement cpoupSoua. Cela conduit à des 
transcriptions K"HV1B et ÎOTT1D, qui ont des formes araméennes. Il 
serait d'ailleurs impossible de prouver, comme on le suppose d'après le 
texte hébreu, que soit en persan, soit dans une autre langue de ces ré- 
gions, TID signifie le sort. Pour M. de L., le mot est identique avec les 
noms arabes HÏ-JD et TiE (/wAr, fur) qu'on trouve, le premier pour une 
fête où les Juifs mangent et boivent, le second pour le nom de la nouvelle 
année ; le 'J'HÎTPJ ou 'plïlfà qui, dans Talm. bab. Aboda Zara, 11 b, 
désigne une des quatre fêtes persanes, serait encore "pfTlD et *p""|î-n!D, 
ce qui est bien près de Q^IQ. Purim est donc la fête perse des Far- 
wardigan, placée autrefois à la fin du 8 e mois perse, et le mot Û^ID 
serait le persan *jN-)!"n""lD Froharân, c'est-à-dire la fête du mois des Fer- 
wers, placé en tête de l'année. L'institution de cette fête serait contempo- 
raine de Zoroastre, chez lequel les Ferwers ont un si grand rôle. Le Purim 
serait donc une fête perse, altérée naturellement, dans son sens, d'après 
le sentiment juif et rattachée plus ou moins étroitement à des événements 
ou des traditions de la vie nationale des Juifs. Sur ce point, M. de L. ne 
s'explique pas clairement. 11 croit seulement reconnaître dans les rites de 
la fête de Purim et dans le livre d Esther, outre les traits de la fête des 
Farwardigan, des souvenirs d'une fête perse appelée par les Grecs payo- 
çovÉa (p. 51) et de la fête perse du Sans-Barbe. La scène de Mardochée 
à cheval conduit par Haman serait empruntée à la légende de Kusa, la 
chevauchée de l'été contre l'hiver, qui a lieu dans le mois de "lINN On 
pouvait s'attendre que M. de L. mêlerait à ses belles recherches ses amé- 
nités, qui lui sont maintenant habituelles, contre les Juifs. Le carnaval des 
Juifs est une abomination, celui des Ariens, naturellement, n'est que 
poésie et idéal ! Les Juifs mangent et boivent, pendant cette fête, comme 
des brutes ; les Ariens, dans leurs fêtes, se délectent d'ambroisie et ne 
s'enivrent jamais. Les Juifs maltraitent, en efligie, leur persécuteur, celui 
qui voulait ou qui veut les exterminer, cela les peint tout entiers, ils sont 
bien méchant9 ! Mais innocents comme des agneaux sont ceux qui brûlent 
les Juifs dans le feu de Saint-Jean et encore autrement ! 

Langlois (Ch.-Y.). Le règne de Philippe III le Hardi, Paris, libr. Hachette, 
1887, in-8°. 

Contient quelques notices sur les Juifs. — P. 221, le sénéchal anglais 
de Gascogne demande à son roi ce qu'il doit faire en présence des préten- 



138 KEVUB DES KTtïPES JUIVES 

tions des Inquisiteurs de la foi qui veulent le forcer à conduire à Tou- 
louse des Juifs qu'ils accusent d'être relaps. — P. 298, Ph. le Hardi suit 
envers les Juifs toute la politique intolérante de son père saint Louis : dès 
le '1 oct. 1270, il confirme les Établissements de saint Louis sur les Juifs ; 
en 1280, mesures sur les domestiques chrétiens ; en 128:}, sur la rouelle 
(prescription renouvelée de saint Louis), sur les synagogues et le Talmud. 
— P. 295 et p. MO, n° 21, pièce inédite du 11 août 1282, contenant la pro- 
mulgation faite, le 2 septembre 1282, dans la sénéchaussée de Carcassonne, 
d une ordonnance du roi sur la condition juridique des Juifs, le prêt sur 
gages, la taille des Juifs. — Les n 0s 151, 179 et 180 des mandements, ù 
' l'Appendice, ne contiennent rien d'inédit. 

Ley (Julius). Lcitfaden der Mctrik der hebrâischen Poésie nebst dem 
ersten Bûche der Psalmen nach rhytmischer Vers- und Stropkenabthei- 
lung, mit metrischer Analyse. Halle a. S., libr, du Waisenhaus, 1887, 
in-8° de v (n)-60 + 30 p. 

M. Ley a déjà exposé en 1875 ses idées sur la métrique hébraïque, dans 
un ouvrage intitulé Grundzùge des Rythmus, des Vers und Strophen- 
baues. Son Lcitfaden est une espèce de vulgarisation de ce précédent 
ouvrage. L'auteur y a simplifié et, à notre avis, amélioré sa théorie. Elle 
consiste dans cette règle très simple que le vers hébreu se compose d'un 
nombre déterminé de groupes vocaliques ou mètres (5, ou 6, ou 8, etc.), et 
que chacun de ces groupes ou mètres a pour centre la syllabe qui porte 
le ton, autour de laquelle se groupent les autres syllabes. Le nombre de 
>celles-ci est indifférent, la seule chose qui compte, c'est le nombre des 
tons. Cette théorie est très séduisante et M. Ley cite des exemples (Deu- 
tér., ch. 32, entre autres) où elle s'applique très bien. Il est sans doute 
obligé de changer quelquefois, pour échapper* aux difficultés, soit le texte, 
soit l'accentuation, soit le groupement de mots adopté par la massora, 
c'est là-dessus que devra et pourra porter la discussion et la contradiction. 
Il suffit ici de constater que la théorie de M. Ley est très plausible et 
mérite d'être examinée en détail. Si elle se confirme, elle deviendra un bon 
instrument de critique pour la restauration du texte biblique. 

[Maïmonide] . A tévelygôk utmutatoja. Irta Mozes ben Maimun forditotta es 
magyarazo s irodalmi jegyzetekkel elatta D r Klein [c'est-à-dire : Guide des 
Égarés de Moïse b. Maïmon, traduit et accompagné de notes explicatives 
et littéraires par le D r Klein]. Fascicules I à III. Papa, 1878-1880, in-8° 
de 316 p. 

Voici donc l'œuvre de Maïmonide interprétée aussi en hongrois. Il est 
fâcheux que, malgré l'avertissement d'Ueberweg ( voir mon Attribu- 
tenlehre, p. 363, note l), le titre ait été traduit inexactement, d'après 
l'exemple de Munk et d'autres. M. Kl. suit la traduction de Munk, il 
reproduit par extraits les notes de Munk, mais il a profité aussi des 
recherches plus nouvelles, autant que le lui permettaient les ressources 
scientifiques restreintes dont il disposait. Sa traduction va provisoire- 
ment jusqu'au chapitre lxx du 1 er volume. Parmi les écrits, encore 
rares, qui ont pour but de créer une littérature judéo-hongroise, cet ou- 
vrage occupera une place distinguée. — David Kaufmann (Budapest , 
juin 1886.) 

Maybaum (Siegm.). Die Zerstôrung des Tempels und des Prophetenhauses 
zu Silo. Extrait de Ztschr. f. Vôlkerpsych. u. Sprachw., vol. XVII, 3, 
p. 290 à 315. 

Le principal objet de cette intéressante étude est de donner une expli- 
cation nouvelle du fameux verset de la bénédiction de Jacob concernant 
Silo. Dans son ouvrage « Die Entwicklung des isr. Prophetentums » (Berlin, 



BIBLIOGRAPHIE 139 

1883), M. Mayb. a cherché à prouver que le fameux temple de Silo, où se 
trouvait la maison d'Eli, avait encore existé du temps de Salomon, et ne 
fut définitivement détruit que plus tard par Roboam. M. Mayb. ajoute 
qu'après la victoire remportée par les Philistins, du temps d'Eli, l'enlève- 
ment de l'arche et le retour de celle-ci, les prêtres de Silo, qui formaient 
sans doute un groupe des plus importants et des plus influents, dureut 
concevoir une grande animosité contre la tribu de Juda, parce qu'elle 
s'était appropriée l'arche sainte, patrimoine du temple de Silo. Comme on 
le voit par le rôle que joua le prophète Ahiyya, de la maison de Silo, les 
pivtros de ce temple, irrités de la déchéance qui les frappait, auraient été 
les principaux adversaires de la dynastie de David et auraient grandement 
contribué au schisme des dix tribus. La bénédiction de Jacob serait d'un 
auteur éphraïmite do cette époque et le verset sur Silo serait purement une 
allusion à l'affaiblissement du royaume de David par suite du schisme, 
lequel serait représenté comme la conséquence de la destruction du sanc- 
tuaire de Silo par Roboam. Il faudrait donc traduire comme suit : Le 
sceptre (ou, si l'on veut, aucune tribu) ne quittera Juda. . . jusqu'à ce qu'il 
(Juda) vienne à Silo (pour détruire le sanctuaire) et que le nombre de ses 
peuples (tribus) soit diminué (affaibli, nnp n ). 

Na.ta.li (Ettore). Il Ghetto di Roma. l or volume, Rome, impr. de la Tribune, 
1887, in-8° de 268 p. 

Cette histoire du Ghetto des Juifs de Rome n'est pas et ne veut pas être 
une œuvre d'u» caractère historique très sévère, elle contient cependant 
beaucoup de matériaux, dont quelques-uns, il est vrai, de provenance sus- 
pecte et de mauvaise qualité. On ne pouvait demander à l'auteur que de 
les utiliser en littérateur habile et en bon metteur en œuvres, et c'est ce 
qu'il a fait. Le meilleur est de sauter les chapitres consacrés à l'histoire 
ancienne des Juifs de Rome, pour arriver à celle du moyen âge. Déjà la 
discussion sur l'emplacement des synagogues de Rome et la topographie 
du Ghetto (vers p. oO) est intéressante. Le chapitre consacré aux Juifs 
savants de Rome (p. 57 à 71) est nécessairement faible, l'intérêt commence, 
au moins pour nous, à la description historique des jeux ou courses aux- 
quels on condamnait les Juifs de Rome pendant le carnaval, à celle des 
taxes singulières qu'ils payaient, de l'hommage humiliant qu'ils devaient 
rendre aux papes nouvellement élus, quoique tous ces faits soient déjà 
plus ou moins connus. Puis viennent des chapitres consacrés aux lois 
somptuaires contre les Juifs, aux médecins juifs, à des histoires d'enfants 
tués, d'hosties volées, aux efforts faits pour convertir les Juifs au christia- 
nisme. Il n'est pas très facile de se faire une idée du plan suivi par l'au- 
teur, mais cela n'a pas beaucoup d'importance ici, son livre est attachant 
et cela suffit. 

[Philon]. Fragments of Philo Judœus newly edited by J. Rendel Harris, 
with two Facsimiles. Cambridge, impr. de l'Université, 1886, in-4° de 
xxm-110 p. 

Ces fragments sont publiés d'après deux mss. de Paris qui n'avaient 
pas été étudiés ou utilisés par les précédents éditeurs. L'édition actuelle 
contient des morceaux inédits, et beaucoup d'autres qui ont déjà été pu- 
bliés. On a reproché à M. R. de ne pas avoir utilisé encore un autre ms., 
connu de lui, et qu'il trouve lui-même meilleur. Voici comment il a groupé 
ces fragments : 1. Fragments du 4° livre (perdu) des Allégories de la 
Loi; 2. Fragm. du lwre sur 'es Géants (perdu) ; 3. Fr. du traité contre 
Flaccus |perdu^ ; 4, :;. Divers ; 0. Questiones in Genesim, blxodum et Le- 
viticum ; 7. Fragm. de livres perdus, De Providentia, Ilypothetica, 
De Mundi Opificio, etc. Une bonne table des matières eût été très utile. 

Pressel (Wilhclm). Die Zerstrcuung des Volkes Israël. Erstes Ileft : Der 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Charaktcr diescr Zcrstrcuung. Ilcilbronn, libr. Ilcnninger, 1887, in-8° 

de 40 p. 

On fait un certain bruit de cet ouvrage, nous ne savons pas trop pour- 
quoi. Non qu'il ne soit intéressant et que l'auteur ne s'efforce d'être im- 
partial, mais il est trop dominé par l'idée théologique. Sa conclusion est 
que la dispersion des Juifs parmi les chrétiens est un bien pour les Juifs et 
les chrétiens. 

Rundo (Dawida). Przypowiesciowy Eexicon talmudyczny i midrascowy. 
Varsovie, impr. II. -J. Rundo, 1887, in-8° de 282 p. 

Schultze (Martin). Zur Formenlehre des semilischen Verbs. Wien, libr. 
Cari Konegen, 1886, in-8° de 55 p. 

Nous ne sommes pas compétent pour juger des théories où figurent et 
sont appelées à la rescousse toutes les langues connues. Les idées de 
M. Sch. nous paraissent aventureuses. 

Schwarzfeld (M.). Ochire asupra Istoriei evreilor in Romania, de la ince- 
put pana la mijlocul acestui veac. Bucharest, impr. Eduard Wiegand, 
1887, in-8° de 61 p. 

Ce coup d'oeil sur l'histoire des Juifs en Roumanie est un tirage à part 
des quatre chapitres de M. Schw. dans l'Analele analysé plus haut. 

Schwarzfed (E.). Macelul Evreilor sub Mihai-Viteazu al Munteniei si 
Aron-Voda al Moldavei, 1593-4. Dans Annuar pentru israeliti. Bucharest, 
(1886), p. 70-83, in-8°. 

Dans cette étude très bien conduite, M. Schw. soumet à un examen 
critique les documents latins, roumains, grecs, et les relations historiques 
qu'on a sur un massacre de Juifs, en 1593-94., en Valachie, sous le règne 
de Michel le Brave, et en Moldavie, sous le règne du prince Aron. Les 
deux princes étaient en guerre avec les Turcs. Lorsque Michel le Brave 
monta sur le trône de Valachie, il trouva le trésor à sec, la nation plongée 
dans la misère, par suite des exactions commises par les fonctionnaires 
turcs et les janissaires. Le 13 novembre 1593, il fit convoquer tous les créan- 
ciers turcs et juifs (plus quelques Grecs) de Bucharest auxquels le trésor 
devait de l'argent, sous prétexte de régler, selon la coutume du pays, les 
payements par à-comptes ; les créanciers devaient, dans cette assemblée, 
exhiber leurs titres. Quand ils furent réunis, on cerna la maison et on les 
massacra, au nombre de 2,000 environ, leurs titres et leurs livres furent 
brûlés . Le prince fit savoir que les particuliers devaient, aussi bien que 
le trésor, être déchargés de leurs dettes. Ce fut le signal d'un massacre 
général des créanciers (et sans doute d'autres personnes), surtout des 
Turcs et des Juifs. Toute la communauté juive de Bucharest périt. Le 
peuple, délivré de ses dettes, se sentit dispos et prêt à suivre le prince 
dans ses entreprises militaires contre les Turcs. En janvier 1594, son ar- 
mée victorieuse, en revenant de Roustchouk, massacra les Juifs de Giur- 
gevo et probablement ceux d'autres villes encore. Les Heiducs firent pri- 
sonniers (mai 1595) les Juifs de Plevna et les emmenèrent avec eux. Il leur 
fallut probablement payer une forte rançon pour recouvrer leur liberté. 
Tels sont les faits qui ressortent de la combinaison des documents sui- 
vants : Un passage des Res gestae Mihaelis, de Balthazar Walther ; un 
passage de Balcesco, dans son Istoria Romanilor sub Mihaï-Voda ; deux 
textes d'un chroniqueur grec contemporain (Stavrinos) ; un rapport officiel 
du baile des Vénitiens à Constantinople au doge de Venise, du 29 no- 
vembre 1593. Walther, suivant l'habitude de l'époque, trouve tout de suite 
une bonne raison pour justifier le massacre des Juifs : on les tue, parce 
que, selon leur coutume, ils sont toujours prêts à trahir (more sibi proprio 



BIBLIOGRAPHIE 141 

deditis semper proditioni Hebrœis). Chez Walther, c'est un simple procès 
de tendance qu'on leur fait ; chez Balcesco, l'accusation vague de Walther 
se change en inculpation précise : les Juifs s'étaient joints aux Turcs pour 
piller le pays et le ruiner. Mais Walther, chez qui il a puisé le renseigne- 
ment, ne dit rien de pareil. Walther dit que tous les Juifs furent massa- 
crés; Balcesco, qui veut atténuer le fait, dit qu'avec les Turcs, on tua 
quelques Juifs. La chronique grecque ne reproche rien aux Juifs, encore 
moins le baile des Vénitiens. 

A la même époque, 13 novembre 1593, le hospodar Arou de Moldavie, 
invité par le sultan à se rendre à la cour, à Constantiuople, fit couper la 
tête aux membres de l'ambassade ottomane, puis massacrer les Turcs de 
la Moldavie et environ 19 juifs turcs qu'on trouva dans la province, puis 
il se joignit aux Valaques (le mot Moldaves du texte est probablement une 
erreur) et au peuple de la Transylvanie, pour déclarer la guerre au sultan 
(d'après une relation allemande contemporaine). 

D'après le même chroniqueur allemand, ce serait grâce à l'intervention 
d'un médecin, qui aurait été un juif, qu'Aron devint hospodar de Mol- 
davie. Le médecin avait avancé, pour cet objet, une somme de 4,000 tha- 
lers. Quand il alla plus tard en Moldavie réclamer cette somme au hos- 
podar, celui-ci, pour le payer du service qu'il en avait reçu, s'empara de 
sa personne et le livra (pourquoi ?) au Voivod de la Transylvanie. 

M. Schw. nous prie d'ajouter que, dans la Greschichte der u?igarischen 
Juden, de Joseph Bergl, p. 61-62, il est fait mention d'une accusation 
contre les Juifs de Hongrie qui ressemble à celle de Walther contre ceux 
de Valachie. M. Bergl rapporte, eu outre, d'après Gebhardi, le massacre 
des Juifs de Bucharest, mais la date est inexate, c'est peut-être Gebhardi 
qui a confondu le massacre de janvier 1594 avec celui de* 1593. 

Singer (Benedikt). Beitrâge zur Geschichte der Musik. — I. Heft, Synago- 
gal Gesânge, mit einer Einleitung von M. Grùnwald. (Prague ?), libr. 
W. Pascheles, 1887, in-8° de 8 p. imprimées (introduction de M. Gr.), et 
24 p. lithographiées (chant). 

Contient quatorze airs usités dans les synagogues de Bohême. M. Gr. 
a parfaitement raison de dire que la publication des chants usités dans les 
synagogues a un grand intérêt historique. Ces airs, le plus souvent em- 
pruntés aux chants populaires, montrent la part prise par les Juifs aux 
sentiments et aux émotions des peuples parmi lesquels ils ont vécu. Je 
serais encore plus indulgent que M. Gr. pour les emprunts faits par la 
musique synagogale aux chants et airs populaires, cela n'est pas aussi 
contraire au bon goût qu'on pourrait le supposer. Les délicats peuvent en 
être quelquefois blessés, mais la naïveté du sentiment populaire a bien 
aussi sa valeur morale et esthétique, et même dans ses écarts elle est res- 
pectable et touchante. 

Uhry (Isaac). Recueil des lois, décrets., ordonnances, avis du Conseil 
d'État, arrêtés, règlements et circulaires concernant les israélites depuis 
1850, précédé de l'Ordonnance royale du 23 mai 1844, suivi d'un. Appen- 
dice contenant : 1° Une notice historique sur les israélites de l'Algérie, 
par Ab. Cahen ; 2° diverses notes relatives à l'émancipation des israélites 
algériens. Deuxième édition. Bordeaux, impr. E. Crugy, 1887, in-8° de 
xix-186 p. 

Ce recueil fait suite au Recueil bien connu de Halphen. Cette seconde 
édition (la l ro est de 1878) coutieut des pièces nouvelles, de la p. 110 à 
la p. 136. L'Appendice contient, outre la note de M. Abr. Cahen, un 
rapport du Consistoire israélite au gouvernement sur l'émancipation des 
israélites algériens (1869) ; une note du Consistoire central sur la natura- 
lisation des israélites algériens (1871), avec trois pièces annexes. 



1 ,2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Vidal (Pierre). Mine historique et archéologique. Perpignan, impr. de l'In- 
ddpendaDt, mai 1887, in-8° de 177 p. 

(',»• joli petit volume a pour auteur le savant bibliothécaire de la ville 
do Perpignan, ù qui nous devons un beau travail sur les Juifs inséré dans 
ce numéro même de la Revue. Elne est situé dans l'arrondissement de 
Perpignan. L'étude de M. V. contient (p. 47-48) un petit chapitre sur les 
« Juifs à Elue ». En 1349, le roi d'Aragon autorisa l'évêque à avoir dix 
maisons juives à Elne (donné à Saragosse, le 9 des calendes d'août 1349). 
Bonet, fils de Léon d'Elne, demeure à Girone en 1377. Maître (médecin), 
Mossé Vives et Davi Mossé Dayot achètent, en 1407, la ferme de l'aide de 
tout le vin juhic (juif, cascher) qui se fera à Elne pendant un an à partir 
du 20 septembre. En 1409, Léonina, fille d'Aaron Deui (Devi ? Davi?), 
juif de Perpignan, désire épouser Jafuda Natan Jacobti, d'Elne. L'évêque 
expulse les Juifs d'Elne en 1409, mais ils y reviennent peu de temps après. 
En 1492," Mossé Rimoch, médecin, Jacob Tolossano, Benvenist Basso, 
David Gatenyo, Senton Àlmoynino, Ysach Gatenyo, Ysach Scarelle (?), 
se firent « de nouveau » hommes de l'évêque et du chapitre d'Elne, leur 
prêtèrent hommage et serment de fidélité, et promirent de payer, tous les 
ans, à titre de vasselage, 10 florins. Us n'eurent pas à les payer deux fois, 
dès l'année suivante ils furent expulsés. 

Wigkes (William). Û'HSD R"3 ^12912 A treatise on the accentuation of the 
twenly-one so-called Prose Books of the Old Testament with a Facsimile 
of a page of the codes assigned to Ben-Asher in Aleppo. Oxford, impr. 
Clarendon, 1887, in-8° de xiv (ij-155 p. • 

Nous analyserons, dans le numéro prochain, ce très intéressant ouvrage.. 



3. Publications pouvant servir à V histoire du Judaïsme moderne. 



Dughiron (E.). Les Juifs et la légalité. Paris, impr. L. Paiïselle, 1887, 
in-8° de 8 p., et impr. L. Guérin, petit in-8° de 15 p. 

Farges (Louis). La question .juive il y a cent ans. Paris, libr. Gharavay, 
1886, in-8° de 25 p. 

Histoire sommaire de l'émancipation des Juifs en France à l'époque de la 
Révolution. Si l'auteur avait connu le Recueil de Halphen, il se serait épar- 
gné beaucoup de peines et de recherches. Son travail est excellent, sans con- 
tenir guère, cependant, de faits nouveaux. Il a utilisé Paul Fauchille (La 
question juive en France sous le premier Empire, Paris, Rousseau, 1884), 
qui a fait, sur ce sujet, aux Archives nationales, des recherches tout à fait 
méritoires, quoique lui aussi ne paraisse pas connaître les ouvrages relatifs 
à la matière, pas même les procès-verbaux imprimés de l'Assemblée des 
Juifs et du grand Sanhédrin. Le grand défaut de l'ouvrage de M. Fau- 
chille, d'ailleurs intéressant, quoique les faits nouveaux n'y soient pas non 
plus très nombreux, c'est qu'il se soit servi sans critique des documents, 
qu'il a consultés. S'il y avait réfléchi, il n'aurait, par exemple, pas admis 
ce fantôme de l'accaparement de la fortune immobilière par les Juifs d'Al- 
sace (p. 9), la suite a bien montré que c'était une apparence tout à fait 
menteuse et dont il était facile de se rendre compte. Par ce seul exemple, 
M. Fauchille aurait pu voir ce qu'il y avait d'exagéré dans les plaintes 
qui venaient d'Alsace contre les Juifs, et qu'elles étaient, en grande partie, 
l'effet du préjugé social et théologique. Nous connaissons des rapports 
administratifs inédits de cette époque qui sout loin de confirmer ces 
plaintes. L'administration elle-même était, en partie, égarée par la phra- 



BIBLIOGRAPHIE 143 

séologie qui avait cours sur les mœurs et l'avilissement des Juifs, mais 
ce sont de purs clichés, rien de plus. Une étude plus approfondie des 
séances du Sanhédrin aurait aussi fait faire à. M. Fauchille quelques dé- 
couvertes intéressantes. M. L. Farges paraît avoir senti le défaut que nous 
signalons, ses jugements sont plus réservés et il sait que, daus ces plaintes 
contre les Juifs du temps, il y a à prendre et ù laisser. 

Lambert (E.). Les Juifs, la société moderne et l'antisémitisme. Paris, 
libr. A. Durlacher, juillet 1887, in-8° de 32 p. 

Lazarus (M.). Treu und frei. Gesammelte Reden und Vortrage liber Judeu 
und Judenlhum. Leipzig, libr. Winter, 1887, in-8° de vn-355 p. 

Contient entre autres : (Discours prononcés aux synodes juifs tenus en 
Allemagne 1869 et 1871). — Was heisst national? — Unser Standpunkt. 
— An die deutschen Juden. — Auf Moses Mendelsshon. — Auf Michael 
Sachs. — Aus einer jùdischen Gemeinde vor 50 Jahren. — Un appendice, 
p. 311 et suiv., contient des explications, notes et additions. 



4. Périodiques. 



TWniZ12T\ (Jérusalem, mensuel). ==: 2° année. N° 1. Hirschensohn : Les 
Sedarim de la Mischua. — J. Mardochée : Explications de divers pas- 
sages talmudiques. — Hildesheimer, idem. — Wolf Jabez : Les Psaumes 
de Hallel. — Salomon Laniado : Règles talmudiques en ordre alphabé- 
tique. = = N° 2. Nous manque. = -— N° 3. Hirschensohn : Remarques 
lexicologiques sur le langage talmudique. — Le même : Observations 
sur Élie Bahur. — Jacob Mardochée, suite. = = N° 4. Hirschensohn : 
Si le Talmud de Babylone connaissait le Talmud de Jérusalem. — Expli- 
cation de mots talmudiques de S. D. Luzzatto, publié par A. Berliner. — 
Jacob Mardochée, suite. = = N° 5. Hirschensohn : Que signifie le mot 
ÏTMDîa ' — Jacob Mardochée, suite. = = N° (5. Nous manque. = = 
N° 7. Hirschensohn, suite. — Jacob Mardochée, suite. 

Archives Israélites (Paris, hebdomadaire). 48° année. = = N 0S 2G, 27, 30. 
Charleville : Études historiques : Louis XIV et les israélites. 

Das judischc Ccntralblatt (Jungbunzlau # , pas de périodicité régulière). 
= 5° année, février 1887. M Grùnwald : Zur Geschichte der jùdischen 
Cultusgemeinde Jungbuuzlau in Bôhmen. — Nachklango zu der bio- 
graph. Skizze ùber den verew. grossen Talmud-Lehrer R. Aron Korn- 
feld. — Simon Ilock : Institutionen der alteu Prager Judengemeinde. 
= = 6 e année, 1 er fasc, paru avril 1887. M. Grùnwald : Die Juden 
unter Rudolf II. — M. Eisler : Joseph ibn Zadik und sein Buch Olam 
hakkatan. — M. II. Friedlander : Materialen zur Leidensgeschichte des 
Talmuds und der rabbinischen Literatur. — Grùnwald : Mater, z. Gesch. 
der j. Cultusgem. Jungbuuzlau (suite). 

Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 

(Paris) = = 4° série, tome XIV, octobre-décembre 1886. Clermont- 
Ganneau : Note sur l'identilication de la ville de Ilippos avec le Kirbet 

Sousya. = = Tome XV, janvier-mars 1887. Rien à signaler. 

• 

Corriere israelitico (Trieste, mensuel). == 25 e année. N os 10, 11 et 12. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pietro Perreau : Per la sloria délie communità isr. in Italia c loro eman- 
Cipazione. = = N° 12. E. Lolli : Considerazioni sulla convenienza o 
mène- di riferirse constamento ail' arabo nella spiegazione dei fenomini 
nella grammatica ebraica. = = 26° année. N 08 1 et 2. P. Perreau : Per la 
sloria, etc. (suite}. = = N° 3. Barzilai : Ideografia semitica. 

•Jewish Chronicle (Londres, hebdomadaire). = = N° 921. Jos. Jacobs : 
Aaron, son of the Devil (pièces de Colchester) . = = N° 925. Ad. Neu- 
bauer : The expulsion from Spain (le ms. d'Abraham de Torrutiel). — 
Israël Abrahams : The rod of Moses (suite n 08 926, 927). = = N° 927. 
Gaster : Jewish Folk Lore (suite n 08 928, 930). = =N° 928. The Jews in 
Persia. — The Jews of Panama. = = N 08 934, 935. I. Meisels : Some 
rabbinical learned women. = = N 08 936 et 937. Chotzner : Art among 
the ancient Hebrews. = = N 08 938, 939, 940. Joseph Jacobs : Jehuda 
Halevi poet and pilgrim. = •= N° 938. Archseological researches in 
Daghestan (notes sur les Juifs, suivant M. Anissimout). = = N 08 942, 
943, 946, 947. Stem : The eighteen Bénédictions. = = N os 941, 942, 
945. The Anglo- Jewish historical Exhibition. = = N° 946. Joseph Ja- 
cobs : London Jewry 1290 (avec plan et vue) ; voir aussi Jewish World, 
n° 744. = = N° 947. Exhibition notes (Entre autres, notes historiques de 
M. Lucien Wolf sur les Juifs en Angleterre depuis leur exil jusqu'à leur 
rappel ; David de Pomis à Hull en 1598). — (Recension des Abot de 
R. Natan publiés par M. S. Schechter). — (Mention d'un article de 
M. Lee dans l'Academy sur Shylok). = = N° 949. Persécution of the 
early Jews in England (d'après une lecture de Walter Rye). — Litterary 
Intelligence (mentionne la Crucification of a boy by the Jews of London 
1244, d'après le Miracle de Henri III). = = N° 950. Lucien Wolf : Jews 
in England between 1290 and 1656. = — N° 951. Litterary Intelligence 
(mentionne article de A. Neubauer dans Academy sur le mot Arabie). — 
The pronunciation of !-n;-r (Cambridge Hebrew Society). — The exche- 
quer of the Jews (lecture du D 1 ' Gross). — N° 953. The Jewish origin of 
the legends of Merlin and Arthur (d'après une lecture de M. Gaster ; cf. 
Jew. World, n° 751). = = N os 954, 957, 958. Claude Montefiore : The 
wisdom of Solomon. = == N°956. The chief Rabbis of England (lecture 
du D r Herm. Adler). 

Hebraica (Chicago, trimestriel). = = Vol. III. N° 2 (janvier 1887). 
W.-H. Bennett : Notes on a comparison of the texts of Psalm xvni 
and II • Sam. xxn. — Clermont-Ganneau : Mené, Tekel, Pères. — 
M. Jastrow : Jewish Grammarians of the middle âges. — P. Haupt : On 
the etymology of û^D3!3. — J- P. Peters : Féminine Plural of verbs; Waw 
consécutive; Numbers in Hebrew, etc. = = N° 3. A. Nordell : On the 
synonyms ?ft2 and b!"1p- — Gottheil : Kottek's Das 6. Buch des « Bel- 
lum Judaicum ». — A. Briggs : The strophical organisation of Hebrew 
trimeters. — O'Connor : Inscriptions of Nebuchadnezzar. — Jastrow, 
suite. — Cheyne : Notes on b"D?2 ^b^BS, etc. = = N° 4 (juillet 1887). 
Smith : The text of Jeremiah. — Craig : The monolith inscription of 
Salmanassar II. — Crâne : Tikkun Sopherim. — Felsenthal : S- J. Finn's 
new Hebr. Dictionary. — Woods : Notes on Psalm lxxiv. — Edwards : 
Genesis n, 25 and xlviii, 10. — Pick : Old Testament passages mes- 
sianically applied by the ancient Synagogue. 

Israelit (Mayence, bi-hebdomadaire). = = Année 1887. N° 17. Eine jùd. 



BIBLIOGRAPHIE 145 

Forschungsreise nach Arabien (continué dans quelques numéros sui- 
vants, puis interrompu; l'authenticité de cette relation a été contestée). 

J <■ s fh in un (Hanovre, hebdomadaire). = = 5 e année. N os 2 et 3. Alte 

Ainsterdamer Gemeindeverordnungen. = = N os 7 et 8. Aus der Gesch. 
der Juden Wùrttembergs in Mittelalter (d'après la Gesch. Wùrttembergs, 
de P. F. Stâliu). = = N° 9. Cari. Schœfer : Alte Stadt Augsburger, Nù- 
renberger und Mùnchener Juden-Ordnungen. I, Zur Gesch. d. Juden 
in Deutschlaud. = = N° 10. Bemerkungen zu den alten Amsterdamer 
Gemeinde-Verordnungen. = = N° 11. C. Schœfer, suite : II, Juden- 
Ordnung von 1276. = — N° 13. C. Schœfer, suite : III, Der Stadt 
Mùnchen Juden-Verordnung von 1340 ; Geschichtliche Erlâuterung der 
Juden-Ordnungen. ==N° 14-15. Schœfer, suite : Rechtliche Erlâuterung 
tler Juden-Ordnungen. — Eiu Besuch in der Juden Savanna (d'après le 
hollandais du capitaine G.-P.-II. Zimmermann). = = N° 15-16. Schœfer, 
suite : Zur Gesch. der Rechtslage der Juden in unserem Jahrhundert. — 
Die Statistik der Juden in Polen. — Die Frankfurter Bùcherhandler und 
ihre jûdisch. Collegen ini 17. Jahrhundert (dans Fr. Kopp, Gesch. d. 
deulsch. Buchhandels). = = N os 17 et 25. Schœfer, fin. = = N° 26. 
Der landesherrliche Judenschutz. = = N os 28 et 29. Historische Notizen 
zur Gesch. der Juden in Mùnchen gelegentlich der Fertigstellg. der 
ueuen Svnagoge. 

Journal asiatique (Paris). = = 8 e série, tome IX, n° 1. Clermont-Gan- 
ueau : La stèle de Mésa, examen critique du texte ^Examen de la publi- 



cation de Smend et Sosin sur la stèle). 



Die Laubhiittc (Ratisbonne, hebdomadaire). = = N 03 4 à 30. M. H. Fried- 
lânder : Materialen zur Geschichte der Juden in Bohmen. (Il est fâcheux 
que les numéros de ce journal ne soient pas datés.) 

Isiaelitische Letterbode (Amsterdam, sans périodicité déterminée). = = 
11 e anuée. P. 145 : Suite de la relation de voyage (p. 38 et suiv.). 
P. 14S. M. Grùnwald : Zur Etymologie des Worles blDCtf- — P. 151. 
Le même : Asarja ben Mose de Rossi, 1510-1578, Notizen zu dessen 
Leben und Wirken. — P. 157. A. Neubauer : 1° Kurze Notizen ùber 
Handschriften ; 2° P 166. Notizen aus Einbânden und gedruckten Bû- 
chera ; 3° P. 171. Varianten und Zusâlze zu Jellineks conteros Worms aus 
der Rosenthal' schen Handschrift ; 4° P. 173. Martyrer-Liste ans Ms. 
Oxford Opp. add. quo 185, catalogue n° 2555. — P. 175 à 192. Recen- 
sions, entre autres celle du Catal. des mss. hébr. de la Bodleienne par 
\d. Neubauer. 

.Iiiilisfhfs Liitfi-.itur-Klatt Magdebourg, hebdomadaire). = = 15'' an- 
nue 1886 . N" 35 A. Meis.-ls : Shakespeare und keiu Eude. — Samuels : 
Exegetische Analekten. I, Zu Hiob. —S. Wiener : Zum jûd.-russischen 
>u. = = N" 36. Kroner : /-ur Kennzeichnuu^ der Wissenschaftlich- 
keit des Ins'titutum judaicum in Leipzig. = = N 08 37 et 38. Kroner, 
suite. — Cohen : Die Censur in Menorath Hamaor. = = N° 39, rien à 
signaler. = = K° H». S. WeiasmaBS - Psalin 45. — D. Simonsen : Ver- 
wechslung von i: und û- — Nochmala Ofberîmaïi '©. = = N 0, 4l et 42. 

ssmann, BUile. — ^TOÏI f V3, suite. — L. Coheil : Dalen-Berichti- 
-eu zu D' Grâlz' Geschichte der Juden. = = N° 44. Wiener : Die 
Erd- und Feuerbestattung nach Bibel u. Talmud. — L. Cohen, suite. 
T. XV, n° 29. 10 



M6 REVUE DES KTUDES JUIVES 

= =: N° 45. Wiener, suite. — [Trôner : Gollectanea. XVI, Ueber "j^ip^DN- 
= = N° 46. M. Krakauer : Die Erd- und Feuerbestattung — Th. Kro- 
ûor: Zwei Pergamentblâtter der kônigl. Bibliothek zu Erfurt (fragments 
curieux de Mahzor). = = N° 47. Kohn : Die Erd- und Feuerbestattung. 

— Kroner : Theologischer Jahresbericht fur 1885 (le Beiicht de Lipsius). 

— Kroner : Zwei Pergamentblâtter, suite. = = N° 49. Kohn, suite. — 
Kroner, Zwei Pergamentblâtter, suite. == N° 50. J. Garo : Zur Escha- 
tologie in Talmud und Midrasçhim. I, Korper, Seele, Tod. = = N° 51. 
Kohn, suite. — Kroner : Theolog. Jahresbericht, suite. ===== N° 52. 
Kohn, suite. 

1G° année. N° 1. Steckelmacher : Zur Erd-und Feuersbestattung (sur 
môme sujet, n 08 2, 3, 5, 6, 7, 8). — Kroner : Tlieologischer Jahresbe- 
richt, suite (suite dans n os 2, 4). = = N J 4. Caro, Zur Eschatologie in 
Talmud und Midrasch. Il, Sùhne, Tôdeszustand. = = N° 8. Ziemlich : 
Einer der nicht Liturgiker sein w'ill, Antwort an Hn. Prof, de hagarde 
(suite n os 9, 10, 11). — Beerdigung und Feuerbestattung in Bibel und 
Talmud (suite n os 12, 20, 21, 22, 28, 30). == N° 9. Kroner : Theolo- 
gischer Jahresbericht fur 1885, suite [suite dans n° 10). = = N" 11. 
L. Cohen : Zur Chronologie (suite n os 13, 15, 16, 17, 20, 23, 24, 30, 31). 

— Hochstâdter : Ueber die Schreibart und Aussprache des gôtllichen 
Namens (faudrait lire yihvé). = = N° 13. J. Goldschmidt : Der Rechts- 
standpunkt der Petitionen der Thierschùtzler gegen den Schlachtritus 
der Juden. — Kohn : Chama bar Tobia (Sanhédrin 52 b). = = N° 14. 
S. Weissmann : Der 110. Psalm (suite n os 15, 17, 18 . — L. Cohen : Zur 
Litteratur der Pessach-Hagadah (bibliographie). = == N° 15-16. Kroner : 
Harmlose Lagardeana (suite dans n os 19, 21, ^3, 25, 26, 29, 31, 32). 
= = N° 19. Gustav Karpeles an Friedrich Spielhagen. — Die Thiere 
im Leviticus (d'après L. Karpelles dans Vèrhandlg. der K. K. zoolog. 
botan. Gesell. in Wien 1885). = = N° 21. Goldschmidt : Die Agitation 
gegen den jùd. Schlachtritus (suite dans n° 24). = = N° 24. Deutsch : 
Jùd. Wissenschaft in christlicher Beleuchtung und umgekehrt (recension 
de la traduction des aggadot par Wùnsche). = = N oS 25 et 26. Dans le 
Familienblatt, supplément à Wochenschrift : Zur Geschichte des Syna- 
gogen- Baues. = = N° 26. Die Anglo-Jewish Exhibition. — Zum Râthsel 
Simsons. = = N° 27. Das Andernacher Judenbad (ancienne construc- 
tion ; notice sur divers mikwë d'Allemagne ; suite dans n 03 28 à 32). — 
Gossel : Zur Gesch. d. Juden in Westphalen (pièces de 1766 et 1770). 
= = N° 32. Goldschmidt : Erklârung der Tosaphotstelle Taanit 16 a (sur 
la crémation des morts). 

Magazin fur die Wissenschaft des Judeuthums (Berlin, trimestriel). 
:rr=:14 e année (1887). 1 er trimestre. A. Epstein : Der sogenannte Raschi- 
Commentar zu Bereschit-Rabba. — Berliner : Nachbemerkung zum vori- 
gen Artikel. — M. Jastrow : Hebr. und Chaldâische Wortbildung in der 
talmudischen Zeitperiode, —David Kaufmann : Elia's von Nisibis und 
Saadja Alfajjùmfs Aeusserungen ùber die Trinitàt. 

The Mènera (New- York, mensuel). = = Vol. Il, janvier à juin 1887. 
Contient, entre autres, l'histoire de l'Independent Order Bene Berit 
(I. O. B. B.) et l'histoire de la mission de M. B. F. Peixotto, à titre de 
consul des États-Unis, en Roumanie. En outre, diverses études de 
M. Felsenthal (Dictionn. hébr. de Finn, n° 5 ; Chronological dates in 
Hebr. Literature, n° 6). == Vol. III, n 0s 1 et 2 (juillet et août 1887). 



BIBLIOGRAPHIE 147 

Suite de l'histoire du I. 0. B. B. et de la mission de M. Peixolto. — 
Felsenthal : Wo was Hayyim Kimbi ? The two-year Cycle ; was a biennal 
Cycle ever in use? Division of the Pentateuch. 

Popular wissensrh'.iftlichc Moiiutsblatter (Francfort-sur-le -Mein, men- 
suel). 7 e année. = = H° 1. Ein Christ (Renan) ùber die ursprùnglische 
Gleichheit und allmahliche Trennung des Judentums und Christentums. 

— Ein Grab auf dem jùd. Friedhofe in Frankfurt a. M. — Anna Constanze 
von Cosel, eine jùd. Proselytin. = = N° 2. Rothschild : Der ewige Jude. 

— Aus spani ehen Archiven (sur enterrement de Charles II le Mauvais, 
1386, et le juif Samuel, qui fait l'embaumement). = = N° 3. Gôthe und 
Spinoza. — Ueber Juden in Persieu und Malabar. = = N° 4. Pharao- 
Raamses. — Gedanken ùber das Christentum. = = N° 5. Nettes ùber 
Paul de Lagarde. = = N° 6. OiTener Brief an Hn. Prof. M. Lazarus, von 
Gustav Maier. == = N oa 7 et 8. Tamus-Neumond. — - Erzherzog Karl von 
Oessteneieh in der Schweiz im Jahre 1797, nach Notizen aus dessen 
Tagebuch und nach Aufzeichnungen in Handschrilten. — Ad. Kurrein : 
Die soziale Frage im Judentum. — Joël Millier : Die jùd. Kanzelbered- 
samkeit im xvm. Janrhundert. 

II or.: itsschrift fur (*i schJchte mul Wissenschaft des Judenthums 

(Krotoschin, mensuel). = = 3(5° année, 1887. N° 1. Graetz : Der Autor 
masoretischeu Werkes Ochlah w'Ochlah. — J. Theodor : Die Midra- 
schim zum Pentateuch und der dreijahrige palâstin. Cyklus (suite). ===== 
N 2. Graetz : Der Eheprozess in der Familie Ibn Tibbon. — Perlitz : 
Rabbi Abahu, Charakter und Lebensbild eines paliist. Amoràers. — 
D. Kaufmann : 1° Eine Auekdote von Juda Halewi ; 2" Hordt bei Speyer. 
===== Ko 3 Graetz : Die Bedeutung der Priesterschaft fur die Geselzge- 
bung w&hrend der zweiten Tempelzerstorung. — Perlitz, suite. — = 
N° 4. Graetz : Bedeutung der jùd. Mùnzen mit dem Feststrauss (Lulab). 

— Perlitz, suite. = = N° 5. Graetz : Nachtrag zu den lùckenhaflen Vér- 

in der Bibêl pl'OS !9&£}&p NpOfc- — Neubauer : Der Wahnwitz und 

die Schwindeleien der Sabbatianer nach ungedruckten Quellen. = = 

. Graetz : Lehrinhalt der Weisheit in dem biblischen Schriftthum. 

— Neubauer, suite. — Perlitz, suite. == = N° 7. Graetz, suite. — Ueber 
R. Gcrschom und sein Verhâllniss zum masoretisclien Sammelwerk 
Ochlah we Ochlah. — Perlitz, suite. — Mendeisomana. = === N° 8. 
Graetz : Parallelen aus der jùd. Geschichte. — Theodor, suite. — lloro- 
witz : Ueber den Bcgritï" von Nnnn. — Neubauer : Noliz i'iber Menahem 
Vardimas (Vardimas serait Verdun). 

Istaelietisrhc IHouatsschrift (Berlin, mensuel; supplément à la Jùdische 
isej. = = Année 1887. N° 1 . D. Hoffmann : Die historische Momente 
im Schemone Esreh Gebet (suite n 0H 2 à 6). — Olitzki : Rituelle und ju- 
dicielle Falle bei Flavius Josephus (suite n°" 1 et 7\ =1= N c 2. Tietz : 
Eine schwierige Raschi Stelle, Gen. 86, 81 suile n 08 2 et 3). — — N° 3. 
WiMeflSGhaflliche Mitlheilungen sur les mss. découverts par M. A. Har- 
I. l. Biaher unbekaonte I iluU ; 2. Bericht eines Âugenzengen 

ùber die Verbannung der Juden in l'orlng-ik (Abiah. de Torrutiel). — 
Lechnumn : Zwei tmnôlbige Correcturen [contre Tietz). == = Tietz : 
Eine yod Heidenheim offenbar miasTeratandene Stelle des Machsor 
(dans Kerobot du 2 e jour de Paque . — Das grundlegende Buch der 
Karfter oder der Talmud des Anan (lettre de Saint-Pétersbourg. = = 



l , REVUE DES ETUDES JUIVES 

N° 5. A. HarLavv : Wissenschafil. Mittheilungen : Ein bis jetzt un- 
bekanntes Werk liber Astronomie aus der Epoche dcr Gaonim (Rab bar 
Levi). Der alteste Commentai' zu den bibl. Bûchera (Daud b. Mervvan 
Arraki al Mokammez). — = N os G et 7. A. Wolff: Zum Capitel ùber das 
jûd. Erbrecht. = — N° 7. J. Levy : Ein Wort ûber den jûd. Kalender. 

Die Neuzelt (Wien, hebdomadaire). = = 27 e année. N° 1. Die industriel- 
len und commerziellen Verbiiltnisse im alten Palâstina (d'après Die 
anlike Weltanschauung, de Job. Fritz, Hagen i. W. 1886). — Zirndorf : 
Erinnerungen an D r J. M. Jost. = = N° 2. Die Juden in Persien (d'a- 
près Persicn wie es ist, du D r Wills et d'après Jew. Chronicle). = = 
N° 12. G. Wolf : Historische Notizen. II, Jûd. Studierende (1781) ; III, 
Der Verein zur Unterstùzung mittelloser isr. Studierender in Wien. 
= = N° 13. G. Wolf, suite : IV, Von der isr. Gemeinde Wien 1806-7 
(actes officiels) ; V, Dank der Verlreter (6 janvier 1808, mariage de l'em- 
pereur François). — Eine historische Stimme ùber Moses Mendelssohn 
vom Jahre 1766 (dans Histor. Bildersaal, 14 e partie,. Nuremberg 1766). = 
= N° 15. G. Wolf : Histor. Notizen. VI, Die Tùrkische Gemeinde in 
Wien ; VII, Das Alenu Gebet; VIII, Allerlei Steuern. == N° 22. G. Wolf: 
Aus der Zeit der Kaiserin Maria Theresa (Bohême et Prague, 1744-1769). 
= = N° 26. Der geistige Zustand der Juden des Hidjaz zur Zeit Muham- 
med's (d'après H. Hirschfeld, Beitrâge zur Erklàrg. des Korans, Lpzg., 

. 1886 ; suite n os 27 et 29). 

Jiïdisclie Presse (Berlin, hebdomadaire). = := 18 e année. N os 2 et 3. Der 
russische Philosoph Wladimir Sergewitch Solowiew ùber den Talmud. 
= = N° 4. Zwei Màrtyrer der Posner Gemeinde vor 150 Jahren. — — 
N° 27. Die Berliner jùd. Gemeinde in den ersten 50 Jahren dièses Jahr- 
hunderts, Vortrag, von S. Gumbinner (suite dans n os 29 et 31). 

Palestine Exploration Fund (Londres, trimestriel). — = Janvier 1887. 
G. Schumacher ; Récent discoveries, Notes and News from the Liva of 
Accà. — Hippos of the Decapolis. — Sir Charles Warren : Notes on 
Arabia Petrseâ and the ccuntiy between Egypt and Palestine. — The 
Mosque El Aqsa, Jérusalem. — C. Schick : 1° The stones of Jérusalem ; 
2° Newly discovered rock-hewn Tomb at Kolonieh. — The Size of the 
City of David. — The Rock-Altar of Zorah. — Byzantine capital found 
in the Haram area. — Middoth, or the measurements of the Temple 
(suite). = = Avril 1887. The Sakharah. — G. Schumacher : Researches 
in the plain north of Csesarea : 1° An excursion to the crocodile rives ; 
2° Tiberias and its vicinity. — Guy le Strange : Notices on the dôme of 
the Rock and of the church of the Sepulchre by Arab historians prior 
to the first crusade. — Capt. Conder : Notes, 1° From the Quarterly 
Statement 1886-7 ; 2° On Perrot and Chipiez's « Histoire de l'art. » — 
W. Milner : Kirjath-Jearim and Eben-Ezer, — C. Schick : A remarquable 
tomb. — Middoth (suite). = = Juillet 1887. Thomas Chaplin : Transla- 
tions of the Middoth. — Capt. Conder : 1° The Hittites ; 2° The criticism 
of the Hittites; 3° Lydda and Anti-Christ; 4° The Canaanites- — The 
Karnak List of Palestine. — C. Schick : Notes. — A Jérusalem Chro- 
nicle. — Schick : Herod's Amphithéâtre. — Capt. Conder : Remark on 
Herr Schicks Report. — Hutchinson : The towr of Edar. — Schuma- 
cher : 1° Population list of the Liva of Akka; 2° Arabie Proverbs. — 
Clermont-Ganneau : Note. 



bibliographe: iv 

Revint» Israélite ^Bncharest, bi-mensuel). == l re année (1886). N° 18. 

Scrisora inedita (de Jassy) de la 1804. — Un act de la 1827 (de Moïse 
Sofer, concernant Focsani). = = N° 20. Amintiri despre revolntia de la 
1848 din Valachia. = = N 08 22 et 24. Joseph Kaufmau : Comunitatea 
din Roman, descriere istorica. = = N 08 23 et 24. Extrase din ziarul 
semi- officiai Vestitorul Romanesc (années 1845 et 1846). 

2 f année (1887). N os 1, 3, 7*, 8. Kaufman, suite = = N° 3. Extrase, 
suite (année 1647). — Un hristov inédit de la 1783. — Un act inédit de 
la 1832. = = N° 8. Un act privitor la tempul coral (1857). = = N oS 7 
à 13. Rien à signaler. 

Revue île l'histoire des religions (Paris, bimestriel). = = 8 e année, 
tome XV, n° 1. A. Sabatier : De la question de l'origine du péché d'a- 
près les lettres de l'apôtre Paul. — Menant : Les Hétéens. = = N° 2. 
Sabatier, suite. — P. Régnaud : Le ôaCjxiov, histoire d'un mot et d'une 
idée. — Maspero : Le rituel du sacrifice funéraire, Bulletin critique de la 
religion égyptienne. — G. Lafaye : Les découvertes en Grèce au point 
de vue de l'histoire des religions. = — N° 3. Maspero : Le Livre des 
morts. — L. Massebieau : L'apologétique de Tertullien et l'Octavius de 
Miniicins Félix. 

Univers israélite (Paris, bi-mensuel). — = 42 e année. N° 11. Isidore 
Weil : Choix de fables talmudiques (continué dans numéros suivants^. 

— Abrah. Lévi : Un document messin (17 mai 1791, démarche des Juifs 
de Metz près de l'assemblée nationale pour la rentrée des impôts). 

Il Vessillo israelitieo (Casal-Monferrat, mensuel). = = 35 e année. N° 1. 
P. Perreau : Intorno al Targum di Onkelos (suite de l'année précédente). 

— S. Momiglianno : I monumenti di Ninive et di Babilone (suite de 
l'année précédente). == = N° 2. P. Perreau : Intorno al R. Josef Kara 
ed il suo Commenlo sopra l'Ecclesiaste. = = N os 3, 4, 5. P. Perreau : 
Intorno aile leggende populari isr. nel medio evo. — Leonello Modona : 
Di una edizione de Siddur Tefilloth in lingua volgare e lipi ebraici sco- 
nosciuta ai bibliografi (se trouve à la biblioth. de Bologne, donné en 
1761 par le pape Clément XIII). = = N° 6. Gli Ebrei dell' India e il 
D* Mantegozza. == = N° 7. Astorre Peregrini : lscrizioni Cartaginesi. 

Oesterreirhische Wochenschrif f (Wien, hebdomadaire,. = = 4 e année. 
N " 1. Arou Briman in Sicht ? = = N° 6. Der neue Schulchan Arukh aus 
Basel. = = N° 7. Ad. Sternfeld : Die Juden in Abyssinien. = =N° 13. 
Ein Kiiminalfall vor hundert Jahren (affaire de sang rituel en 1788 à 
Totis). == N° 17. Die Prager Judenschaft (d'après le D r Stein, dans le 
Czechy, fasc. 99, suite dans n 08 18 à 25). = = N° 28. Die Juden in der 
Sahara und Timbuktu nach Mittheilungen von Oskar Lenz. = = N° 31. 
Aus dem Kirchenbuch in Egelin (un Juif baptisé 1624). 

Jewish World (Londres, hebdomadaire). = = N 08 732, 733. A Contem- 
porary opinion of Uriel Acosta (Daniel Levy de Barrios). = = N 0s 735, 
73<). Grammatical notes on Hebrew inscriptions : Baal Lebanon, Dibon, 
Siloam, Gebal and Escbmunazar. — — N" 739. Opening of the Jeweries. 
= =s N os 740 à 747. The Jeweries (Les juiveries 'I'' Londres). = = 
N ■ 745, 746. Studies in Jewish Legend; I, The Nimrod fable. 

Zcitsrlirirt der deutsrhen nior^enlaiidisrlicii Gresellschafl [Leipzig, 



150 . REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trimestriel). = = 40° vol., 4 e fasc. Pliilippi : Die Aussprache der semi- 
tischen Consonanten i und i. = = 41° vol., l 0r fasc. Kien à signaler. 

Zeitsrhrift des deutselicii Pularstina-Vereins (Leipzig, trimestriel). 

Volume X, fasc. 1. R. Rôhricht : Syria sacra (Bibliographie). — K. Zan- 
gemeister : Romische Inschrift von Jérusalem (sur la fameuse X e legio 
Fretensis). — G. Gatt : Eiu Besuch bei Abu Suweirih (chef de tribu sur 
la côte palestinienne). 

Zeitschrift fur die itlttestamentliche Wissensrhaft (Giessen, semes- 
triel). Année 1887, fascicule 1. Baethgen : Siebenzehn Makkabâische 
Psalmen nach Theodor von Mopsuestia (Schluss). — Reckendorf : Ueber 
den^Werlh der altathiopischen Pentateuchùbersetzung fur die Recons- 
truction der Septuaginta. — J. Derenbourg : Les variantes de M. le Pas- 
teur Pick (sur Mechilta et Sifré). — Budde : Richter und Josua, — Die* 
hebr. Grundlage der Apokalypse (hypothèse de E. Vischer, approuvé par 
l'auteur de cet article). 

Zeltsrhrift fur die Geschichte der Juden in Deutschland (Bruns- 
wick, trimestriel). = = Vol. I, n° 4. Moritz Stern : Beitràge zur 
Gesch. der Juden am Bodensee und in seiner Umgebung. — G. Wolf : 
Zur Gesch. der Juden in Oesterreich ; III, Gemeindestreitigkeiten in 
Prag 1567-1678. — L. Geiger : Gcethe und die Juden. —M. Isler: Briefe 
von Lazarus und Gabriel Riesser. — Steinschneider : Hebr. Drucke in 
Deutschland (suite). — M. Stern : Aus der àlteren Gesch. der Juden in 
Regensburg. — M. Grùnwald : Zur Gesch. der Juden in Jungbunzlau, IL 
— L. Lowenstein : Memorbùcher (suite). = — Vol. II, n° 1. C. A. 
Burkhardt et M. Stern. : Aus der Zeitschriften-Literatur zur Gesch. d. 
Juden in Deutschland. — M. A. Stern : Briefe von und an Gabriel 
Riesser. — J. Aronius : 1° Ein Wunder in Coin und die Juden ; 2° Karl 
der Grosse und Kalonymos aus Lucca. — L. Lowenstein : Memorbùcher 
(suite). — L. Geiger : Zur Mendelssohn-Literatur. 

AUgemeine Zeitung des Judenthums (Leipzig, hebdomadaire). — = 
51 e année. N° 7. Ad. Rozenzweig : Skizze zur Gesch. der Juden in Te- 
plitz, BÔhmen. — = N° 12. J. Wolf : Oesterreichiche Ceusursachen. 
== = N° 15. Die Juden in Marocco (extrait de Marokko, de V. J. Horo- 
wiz, Lpzg., 1877). — G. Wolf : Gesch des jùd. Schulwesens in Galizien 
(à partir du xvin e s.). »=a N° 16. Josephus und die Tradition. = == 
N* 18. Eine Synagoge in Palmyra (avec inscr. héb.r., découverte par 
Euting, d'après Landauer dans Sitzungsberichten der K. preuss. Akad. d. 
Wiss. in Berlin, année 1884, p. 933). == = N os 19 et 20. Die Hungers- 
noth in den biblischen Zeiten. — == N os 22 et 23. Aus einer Pariser 
Reise im Jahre 1854. = = N° 24. Die staatsbùrgerliche Gleichberechti- 
gung in Wûrttemberg von einem Protestanten (d'après Beobachter des 
26 et 27 mai). 



5. Notes et extraits divers. 



: M. Joseph Derenbourg, membre de l'Institut, vient de donner une suite 
à sa belle publication du Kalila et Dimna hébreu, c'est la traduction la- 



BIBLIOGRAPHIE 151 

Une de Jean de Capouc. Les notes de Mi Dbg. sont pleines d'observations 
savantes et ingénieuses, et le texte a été reconstitué et corrigé par lui, 
à l'aide des différentes versions connues, avec une sagacité extraordi- 
naire. Voici le titre de cet ouvrage : « Jobaunis de Capua Directorium 
Vitœ humanœ, alias Parabole antiquorum sapientum, version latine de 
Kalilali et Dimnah, 1 er fascicule. » 72 e fascie. de la Bibliotb. de l'École 
des Hautes-Études, Paris, libr Vieweg, 1887, in-8° de 2-10 p. 

= La communauté israélite de Vienne vient de proposer au concours la 
rédaction des deux ouvrages suivants : 1° Un catéchisme israélite en 

. deux parties (prix offert : 3,000 marcs) ; 2° Une bistoire des Juifs depuis 
l'exil, en deux volumes (prix proposé : 4,000 marcs). Le premier ou-, 
▼rage doit être déposé avant le 1 er mars 1888 ; le second avant le 31 dé- 
cembre 1888 (voir Neuzeit, 1887, n° 7). * ' 

= Dans l'Athcnœum du 27 août 1887 : 1° Notice biographique sur le lit- 
térateur danois Méir Aaron Goldschmidt, né à Vordingborg le 26 octobre 
1819. Auteur, entre autres, d'une nouvelle intitulée En Jode (1845) et 
d'autres nouvelles juives. — 2° A. Neubauer : The Jew Antonio de Ve- 
rona. (Le 25 mai 1626 on lit à l'Académie d'Oxford une lettre par la- 
quelle la reine Henriette Marie recommande Maria Antoine de Vérone, 
famulum nostrum ; la lettre est du 19 janvier 1625. La réponse est qu'on 
tiendra compte de la recommandation de la reine en faveur de Maria 
Antonio de Vérone, juif. En 1623-24, le Kings Collège, de Cambridge, 
accordait au juif Antonio de Vérone une pension (?) de 2 1. ; M. N. sup- 
pose que ce juif était baptisé.) 

= Quelques pages très intéressantes, et exprimant d'excellents sentiments, 
sur l'histoire des Juifs à Rome pendant le moyen âge, dans « La Re- 
naissance italienne et la philosophie de l'histoire, » d'Emile Gebbart ; 
Paris, libr. Cerf, 1886. Le chapitre que nous signalons se trouve p. 188 
et suiv. ' 

= L'Espagne et les Juifs, par Isidore Loeb, dans Bulletin mensuel de l'Al- 
liance israélite universelle, avril 1887, p. 71 à 92. (Étude sur les ques- 
tions historique, légale, économique et sociale, à propos de tentatives 
récentes faites par des publicistes espagnols pour appeler dans ce pays 
un plus grand nombre de "Juifs.) 

= M. A. Lœwy, à propos de son article sur la stèle de Mésa dont nous 
avons parlé dans le précédent numéro, et dont M. J. Ilalévy a fait une 
recension \dans le môme précédent numéro), prépare une réponse à toutes 
les objections et critiques qui ont été laites contre sa thèse ; il maintient 
l'opinion que la sléle est apocryphe. 

= Excellent article de M. E.-A. Astruc, dans la Nouvelle Revue (Paris, 
juillet 1887, p. 332 à 350). Le titre de cet article est : « Le mouve- 
ment religieux » ; il se divise en cinq chapitres qui sont : 1° Existe- 
t-il un mouvement religieux ? 2' le mouvement religieux dans le inonde 
ancien ; 3° l'orthodoxie et la nouvelle critique indépendante ; 4° les rô- 
le mouvement religieux et la paix so- 
ciale. Les principales publications traitées sont : L'Ancien Monde et le 
Christianisme, par E. de Pressensé ; l'Histoire de- R "lirions, par Mau- 
rice Vernes; lus Mélangea de critique biblique, par G. d'Eichthal ; la 
traduction de la Bible, par Ledrain ; Jésus-Christ attendu et prophétisé, 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

conférences de l'abbé Frémont; l'Islamisme et l'histoire des Religions, 
par II. Derenbourg ; l'Introduction à l'histoire générale des Religions, 
par Goblet d'Aviella ; Zur Judenfrage, par Jos. Kopp. 

=,La librairie II. Grevel, de Londres, annonce qu'elle va publier une édi- 
tion anglaise des ouvrages français de M. I. M. Rabbinowicz sur le Tal-. 
mud (Les législations civile et criminelle, la médecine^. La publication 
comprendra 6 volumes, chacun de 500 à 600 p. Le prix du volume est 
tixé à 1 livre 1 sh. 

= L'Alhenreum (n° du 23 juillet) annonce la publication d'une petite gram- 
maire hébraïque du Rev. W. H. Lowe. — Dans le même numéro (p. 118) 
note sur une conférence faite par le D 1 ' IL Adler, de Londres. M. H. 
Adler croit que les Tosafot de Gornich sont de Norwich. (voir Jew. Chr., 
n° 95*6). 

= Revue des Deux-Mondes du 15 août 1887 : Excellent article de M. Maxime 
Du Camp, intitulé « La bienfaisance israélite à Paris ». 

6. Chronique des Journaux. 



= Nouveaux journaux : 

1. « Sem et Japhète, paraît en langue française et allemande, par Isi-' 
dore Rail ; 10 livraisons par an. » — Le n° 1, publié en juillet 1887, se 
compose, pour chacune des deux éditions (allemande et française), de 
8 p. in-8°. Il est imprimé à Léopol (Lemberg), chez Ch. Rohalyn. Prix : 
fl..2,25 par an. 

2. Nous voyons aujourd'hui pour la première fois le journal suivant : 
« lnfratirea, Ziar israelito-roman. » — Publié à Bucharest, en langui; 
roumaine ; format petit in-folio, de 4 pages le numéro, à 3 col. par page ; 
prix, 8 fr. par an. Le numéro que nous avons sous les yeux porte la date 
du 1 er août 1887, et est numéroté année II, n° 42. 

3. Israelitisches Volksblatt, volksthùmliche Wochenschrift fur die 
Interessen des Judenthums. — Publié à Trêves par A. Nussbaum, ré- 
dacteur responsable ; in-4° ; le numéro a 8 pages à 4 col. la page ; 
6 marcs 50 par an. Le n° 1 de la l re année est-du 15 mai 1887. 

= Une publication soi-disant périodique, ayant pour titre ^ûlfctDOp?, a 
été distribuée à la fin d'août 1887 avec les journaux israélites allemands. 
Elle porte comme date : « IV. Jahrgang, Monat August 1887, » et est 
composée de 4 p. in-4° à 2 col. Elle paraît spécialement destinée à servir 
d'annonce pour la vente des Etrogim. L'adresse du journal (?) est : Expor- 
teur, Trieste. Le rédacteur et propriétaire est S. Rotter ; l'imprimerie est 
celle de Moritz Burian, Budapest. Les 3 premières pages du numéro d'août 
1887 sont en allemand, caractères hébreux, la 4 e page est en allemand, 
caractères latins. Sans autre indication sur la périodicité ; se distribue 
sans doute gratuitement. 

= Il y a longtemps que nous n'avons reçu ni le Schachar, ni la Sulamit ; 
le Zion, de M. Zupnik, parait avoir cessé de paraître après le second 
numéro. La publication du Bêt-Talmud est interrompue depuis quelques 
mois. 

Isidore Loeb. 



BIBLIOGRAPHIE 153 



Mélanges de critique biblique: Le texte primitif du premier récit delà 
création, le Deutéronome, le nom et le caractère du Dieu d'Israël Tahveh, par 
Gustave d'Eichthal. Paris, librairie Hachette, 1886, in-8°. — Ine nouvelle 
hypothèse sur la composition et l'origine du Deutéronome. 

Examen des vues de M. G. d'Eichthal, par Maurice Vernes. Paris, librairie 
Ernest Leroux, 1887, iu-8° de 53 pages. 



Nous avons déjà annoncé la publication de ces deux études, mais 
sans les analyser. L'ouvrage de M. d'Eichthal contient trois études 
anciennes, auxquelles uous ne nous arrêterons pas, nous n'exami- 
nerons que le morceau inédit, celui qui a pour titre le Deutéronome. 
Il mérite d'être spécialement signalé. Si l'hypothèse sur laquelle il 
repose est exacte, M. d'Eichthal aura eu l'honneur de transformer 
entièrement et de renouveler la critique du Deutéronome et peut- 
être du Peutateuque tout entier. Nous ne voulons pas ici exposer 
par le menu les recherches et les conclusions de M. d Eichthnl on 
pourrait, dans le détail, discuter un grand nombre d'opinions 
admises par lui comme certaines ou probables, il nous suffira d'indi- 
quer le principe dont il s'est inspiré et qui lui a servi de règle dnus 
cette recherche. Jusqu'à présent, l'école critique admettait qu'à part 
l'introduction et la conclusion (en. î à ni ou îv, 43 ; ch. xxix ou 
xxxi a xxxiv), le Deutéronome formait un recueil assez homogène 
et offrant plus que tous les autres livres du Pentateuque un carac- 
tère d'unité assez bien déterminé. D'après M. d'Eichthal, au con- 
traire, ce livre est composé d'un grand nombre de documents 
différents et simplement juxtaposés. Nous ne nous arrêterons pas à 
tout ce que dit M. d'Eichthal des deux discours par éné tiques dont il 
retrouve les morceaux dans les chapitres i à xi du Deutéronome, il 
nous suffira de mentionner la définition que M. d'Eichthal donne de 
ces discours. Pour lui, ils ne forment pas une introduction à la 
Collection des lois, ce sont des morceaux indépendants et qui se 
suffisent à eux-mêmes. Le premier (ch. i, 1-5, iv, 1-40) est composé 
pour ainsi dire d'un seul trait, et développe quelques idées fonda- 
mentales : glorification de Yahveh et de son peuple, admonitions 
contre 1 idolâtrie, unité de Dieu, punition et miséricorde. Le second 
serait composé de plusieurs morceaux juxtaposés, d'origine diffé- 
rente, qui développent et répètent les mêmes idées. Ce serait comme 
un recueil d'homélies pieuses, de midraschim religieux et moraux, 
réunis plus tard par un compilateur. Il faudra examiner do plus 
près l'hypothèse de M. d'Eichthal suivant laquelle le rédacteur du 
Deutéronome aurait utilisé un ouvrage que M. d'Eichthal appelle 
Revue des principaux événements de la migration (sortie d'Egypte 
jusqu'à l'arrivée bur la frontière palestinienne), qu'il aurait intercalé 
dans les discours parénétiques, après en avoir distribué les moi- 



L8« REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ceaux un peu à tort ci à travers. La reconstitution de cette Revue 
historique est ingénieuse, mais il ne nous semble pas que l'hypo- 
thèse s'impose comme une nécessité. L'ancienne explication du 
texte peul très bien se soutenir. Dans les chapitres consi< 
comme l'introduction du livre, l'auteur (à part des exceptions dont 
on peut rendre compte) passe en revue les événements matériels, 
d'ordre civil ou militaire, qui ont marqué l'histoire des Juifs jusqu'à 
leur arrivée au fleuve de Zared. L'intercalation des deux morceaux 
des chapitres v et ix (promulgation de la Loi, veau d'or) s'explique 
par d'autres raisons. Ces morceaux racontent des événements 
d'ordre religieux, connus d'ailleurs par l'Exode, et qui ont été mis 
ici à une place suftisamment convenable. M. d'Eichthal considère 
aussi comme des morceaux distincts du reste et distincts entre eux 
les bénédictions et malédictions prononcées sur l'Ebal et le grand 
morceau des bénédictions et malédictions qui suit. Il n'est pas le 
premier qui ait fait un morceau à part de la promulgation d'une 
alliance avec Israël au pays de Moab (ch. xxvwi et xxix). Enfin, 
M. d'Eichthal pense que le Gode des lois se compose, en gros, de 
deux parties distinctes et probablement indépendantes: le code du 
culte national (ch. xn à xvm) et le code des lois civiles (ch. xix à 
xxv). Il nous paraît probable qu'en appliquant la méthode de 
M. d'Eichthal avec plus de rigueur encore qu'il ne l'a fait, on 
pourrait découvrir dans le Deutéronome un plus grand nombre de 
morceaux interpolés (par exemple, le 3'M du ch. vi) et une plus 
grande variété de documents. On pourrait soutenir, par exemple, 
que le recueil des lois civiles n'est pas d'un seul jet, mais qu'en 
partie au moins il est une compilation (voir, par exemple, les deux 
passages sur la guerre, ch. xx et xxi, 10, avec la procédure sur la 
découverte d'un cadavre intercalée xxi, \ à 9). Un des résultats les 
plus remarquables de l'étude de M. d'Eichthal est que son hypo- 
thèse met en danger ou ruine la théorie de l'école critique actuelle 
sur l'invention du Deutéronome sous Josias. Nous n'avons jamais 
compris comment, sur des indices si peu significatifs, on a pu sou- 
tenir, avec une si grande assurance, que le livre découvert sous 
Josias était le Deutéronome. Il fallait, pour cela, voir tout un 
monde, toute une réorganisation de classes sacerdotales, dans quel- 
ques mots du récit biblique qui nous paraissent loin de contenir 
tant de choses. Le travail de M. d'Eichthal est de nature à modifier 
grandement, sur ce sujet, les idées régnantes. 

Cette opinion est aussi, mais pour d'autres raisons, celle de notre 
collègue et ami M. Maurice Vernes, avec lequel nous sommes 
heureux de nous rencontrer sur ce point. Par contre, nous ne pou- 
vons nous associer aux idées émises par M. Yernes sur l'authen- 
ticité de Jérémie et d'Isaïe et d'autres prophètes. M. Vernes fait 
assurément beaucoup de remarques intéressantes et justes, mais 
les conclusions qu'il en tire nous paraissent souvent contestables, 
plus souvent encore excessives. Que Jérémie soit tantôt d'accord, 



H1BL10GRAPHIK 1!» 

tantôt en contradiction avec telle ou telle partie du Deutéronome, il 
nous paraît difficile, dans L'état actuel des études, d'en tirer autre 
chose que des conclusions hasardées. Les faits constatés se prêtent 
à des interprétations très diverses, et dans les rapports des textes 
les uns avec les autres on peut essayer tant de combinaisons, qu'il 
serait bien risqué de donner la préférence à Tune d'elles. Nous 
croyons avec M. Vernes qu'il y a dans le second Isaïe des morceaux 
postérieurs à l'exil (notamment ceux qui parlent de la dispersion 
d'Israël et peut-être même les morceaux concernant Cyrus), mais la 
personnalité du prophète, comme celle du premier Isaïe et de son 
livre, subsistent. Nous ne pouvons ici entrer dans les détails, l'inté- 
ressant travail de M. Vernes soulèvera probablement des polémiques 
dont les résultats ne pourront que profiter à la science. 

Au moment de clore cet article, nous recevons de M. Maurice 
Vernes la publication suivante qu'il a faite : M. Gustave d'Eichthal 
et ses travaux sur i Ancien- Testament ; Paris, au cercle Saint-Simon, 
1887, in-8° de 59 p. Nous nous associons à l'hommage rendu par 
M. Vernes à la mémoire de Gustave d'Eichthal. 

Isidore Loeb. 



Des Gregovius Abulfarag genanut Bar Ebroyo Anmerkungen zu den Salo- 
monischen Schriften herausgegeben von Alfred Raiilfs. Inauguraldissertation der 
philosophischen Facultaet der Georg-August Uuiversitact zu Goettingen. Leipzig, 
Drugulin, 1887, in-8°, ix et 29 pages. En vente chez Dieterich, libraire à Goet- 
tingue, 1 M. 50. 



Les commentaires de Barhebrseus sur l'Ancien et le Nouveau Tes- 
tament, intitulés KTÉH n^iN, <• Le Magasin des mystères », ont été 
souvent signalés comme une des œuvres les plus importantes pour 
la connaissance de la langue syriaque et l'exégèse des versions de 
la Bible en usage chez les Syriens. Il ne faudrait pas cependant se 
méprendre sur le sens de ces mots et leur donner plus de portée 
qu'ils n'en ont. On a eu tort autrefois de considérer comme clas- 
siques les œuvres de Barhebrseus et d'en publier de longs extraits 
dans les chrestomathies destinées à initier les élèves à l'étude du 
syriaque. Barhebneus vivait au xm° siècle ; à cette époque, le sy- 
riaque avait cessé d'être parlé et était en Syrie même une langue 
savante, comme en Europe le latin. Mais, si l'illustre Jacobite ne 
doit pas être pris comme modèle de style, ses commentaires sont de 
première valeur pour la grammaire et la lexicographie syriaques. 
On sait que les Jacobites et les Nestoriens avaient les uns et les 



156 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nulles une massore distincte qui variait selou les différences dialec- 
tales de ces deux sectes. La Peschitto étant commune à tous les 
Syriens, le texte variait peu, mais la prononciation différait sou- 
vent. Tant que ces massores n'auront pas été publiées, les commen- 
taires de Barhebraeus devront, dans une certaine mesure, en tenir 
lieu, car ils notent scrupuleusement les variantes, et, à ce titre 
même, ils seront un élément de critique pour la future édition des 
maésores syriaques. 

Les Nestoriens restèrent fidèles à la Peschitto, les versions posté- 
rieures telles que l'Hexaplaire et l'Héracléenne sont des œuvres pu- 
rement jacobites. Tout en conservant la Peschitto, les Jacobites con- 
sultaient et citaient souvent les révisions qui avaient été faites sur 
l'Hexapla. Barhebmeus ne cache pas ses préférences pour l'Hexaplaire 
syriaque, même quand celle-ci s'écarte du texte original, comme dans 
Prov., xxx, 3, où l'hébreu rpasn "Wîab-Nbn est traduit exactement 
Ntt5"Hp1 NrW nab^ Nbi dans la Peschitto, tandis que lTIexaplaire 
n'a pas la négation. 

Ces préférences ne lui sont pas dictées par un esprit d'hostilité 
contre les Nestoriens, car très souvent il donne raison à la massore 
nestorienne contre la massore syriaque. Dans Prov., xvn, 26, par 
exemple, ^nttb était ponctué ^ntob par les Jacobites, et ^Pttb par 
les Nestoriens; de même, Prov., xxn, 22, les premiers lisaient 
^pnri «b et les seconds ^nn Mb, parce que les uns rattachaient le 
verbe à une racine creuse et les autres à une racine géminée ; 
Barhebrœus approuve la leçon nestorienne. Prov!, xxi, 24, MnDN3, 
« dans sa colère », était ponctué ïi^DN? par les Jacobites (avec kaf 
aspiré), mais mieux par les Nestoriens, suivant Barhebrseus, ïlrtèfcO 
(avec kaf dur, comp. l/floç). Prov., xxm, 24, Barhebrseus préfère la 
ponctuation nestorienne Rn^Tia à la ponctuation jacobite RÇJTD 
(comp. Frœnkel, Die aramœiscken Fremdwœrter im Arabischen, p. 104). 

Il importe de connaître ces différentes prononciations pour éviter 
des confusions fâcheuses. Ainsi, à propos de Prov., xvni, 19, Barhe- 
brseus nous apprend que les Jacobites prononçaient ÏT^HK, « ses 
verrous », et les Nestoriens rt^MN, M. Payne Smith, induit en er- 
reur par un manuscrit de Bar Ali, traite dans son lexique, col. 12I, 
ces deux prononciations comme deux mots distincts. Dans certains 
manuscrits de Bar Bahloul on trouve ponctué NiriN ; la voyelle de 
la première consonne indique ^prononciation nestorienne ahada. 
On ne doit accepter, d'ailleurs, qu'avec la plus grande circonspec- 
tion les ponctuations qu'on trouve dans les manuscrits des lexico- 
graphes syriaques. Ces manuscrits donnent des prononciations 
différentes selon qu'ils ont passé par des mains nestoriennes ou 
jacobites, sans compter les erreurs dues à des copistes modernes et 
peu éclairés. 

Les commentaires de Barhebrœus sont aussi une source d'utiles 
informations pour l'histoire de l'exégèse biblique. Dans les passages 



BIBLIOGRAPHIE 157 

difficiles ou douteux, Barhebrœus cite souveut les interprétations 
des Pères de l'Eglise grecque et de l'Eglise syriaque, même des hé- 
térodoxes comme Théodore de Mopsueste. L'édition complète de ces 
commentaires rendrait un grand service, mais elle entraînerait de 
grands frais, car l'œuvre est volumineuse. Des extraits en ont été 
publiés par différents auteurs, à diverses époques ; M. Nestlé en a 
donné la liste dans sa grammaire syriaque : Brevis linguœ syriacœ 
Grammatica, 1881, p. 31-32. Depuis quelques années, M. Paul de 
Lagarde, professeur à l'Université de Gœttingue, a eu l'heureuse 
idée de proposer à ses élèves, comme sujets de thèse de doctorat, 
d'autres parties de ces commentaires. En 1878, M. Schwartz publiait 
le commentaire sur l'Évangile de saint Jean, et M. Klamroth le 
commentaire sur les Actes des Apôtres et les Épitres catholiques. 
Dans ces deux thèses, M. George Hoffmann puisait le sujet d'une 
savante dissertation sur la grammaire syriaque (Zeitsch. der D. M. 
, xxili, 738 et suiv.). En 1879, M. Spanuth faisait connaître le 
commentaire sur l'Évangile de saint Mathieu. Aujourd'hui, un 
autre disciple de M. de Lagarde, M. Alfred Rahlfs, publie le com- 
mentaire sur les livres dits Salomoniques : les Proverbes, l'Ecclé- 
siaste, le Cantique des Cantiques et la Sagesse. C'est un choix très 
louable. Les Proverbes renferment beaucoup de mots difficiles et 
peu usités sur lesquels s'exerce la science de Barhebrœus. Outre les 
citations faites plus haut, voici un passage de ce commentaire digne 
d'être signalé : Prov., xxv, 11, le mot amas était ponctué N'jiaa par 
les Jacobites et les Nestoriens (cf. Opuscula nestor., éd. Hoffmann, 
p. 101, 17) et on se demande si le rapprochement de l'arabe nâdjûd 
proposé par M. Fraenkel {Die aramaeischen Fremdwœrter im Ara- 
bische?i, p. 167) est à l'abri de toute contestation. Notons aussi 
n:":çVw, a fourmi », Prov., vi, 6, dont la diphthongue au ne peut 
représenter que la voyelle o selon le système nestorien, si l'on 
compare Vu bref de l'arabe sumsum ; ^Dtt et non WM3, id., xiv, 30, 

et xxv, 13; KÇXïi et non MS^n, id., xx, 17 (comp. Barhebnrus, 
Œuvres gramm., éd. Martin, I, 207. 10) ; les Nestoriens prononçaient 
NSMÊn. Ce commentaire sera également utile pour le targoum des 
Proverbes, qui suppose un original syriaque. 

Dans l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques, les observations 
grammaticales et les variantes sont moins nombreuses. L'explica- 
tion allégorique que Barhebrieus donne du Cantique des Cantiques, 
d'après saint Grégoire de Naziance, saint Jean Chrysostôme et saint 
Ilippolyte, remplit eu grande partie le commentaire; l'auteur si- 
gnale le mot mÔlYiaa avec a long du schin comme le synonyme de 
R"NP, i nombril », Gant., vu, 3. 

Le court commentaire du Livre de la Sagesse renferme, au con- 
traire, des remarques importantes. La leçon Nmxb'l Nrri, que Bar- 
hebneus admet, Sag. , xi, 11), pour Rivanitab, « éclairs », est évi- 
demment fautive ; elle a porté Barhebra'us a créer une forme dimi- 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

native RrPfc'Ûfcb = WMttfcba , qu'il donne à lorl dans sa grande 
grammaire, I, p. 65, 1. 15 (comp. notre Traité de gramm. syr., p, 227, 
note I). C'est là la source de la glose de Kannsedinoyo sur RTHatTatb, 
comme l'indique le dernier mot Kn»2fc, c'est-à-dire, « Le livre des 
Splendeurs », nom de la grande grammaire de Barhebneus ; cette 
glose ne méritait pas de figurer au Thésaurus syriacus (voy. col. 
1966). 

On trouve dans ces commentaires d'utiles renseignements sur les 
noms des plantes mentionnées dans la Bible, tels sont : Prov., vu, 17, 

wasms = i«is*t, et waMp = lawr, var. ■rç^aMm; Eccl., xn, 6, 
wntâ = iwfà »nb; Gant., i, 13, anciû «= «rn ; id., iv, 13, imna 
= «rwn Nnbno ; id., iv, 14, "ibr = Niait. . Sur tous ces noms on 
pourra consulter l'excellent traité de M. Immanuel Lœw intitulé 
Die aramœischen Pflauzennamtn. 

En appendice, M. Rahlfs traite de la prononciation des mots ppis, 
)tbv et Ï15Y1. 

L'édition de M. Rahlfs ne mérite que des éloges : le texte est cor- 
rect, imprimé en bons caractères sur beau papier. Il a été établi 
d'après trois manuscrits dont deux appartiennent à la Bibliothèque 
de Berlin (collection Peiermann et collection Sachau) et un troisième 
à la bibliothèque de l'université de Gœttingue. M. Rahlfs a relevé- 
avec un soin scrupuleux les moindres variantes ; il a distingué par 
des guillemets le texte biblique du commentaire et noté les chapitres 
et les versets par des chiffres de différente grosseur. Dans les notes, 
il cite a l'occasion les passages bibliques auxquels il est fait allu- 
sion. Grâce à ces soins, le commentaire de Barhebneus se lit avec 
beaucoup de facilité. 

RUBENS DUVAL. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome V, p. 142. — En analysant la JiuUsch- deutsche Chrestomathie, de 
Griïubaum. M. Xeubauer signale l'omission faite par M. Gr. d'une version 
judéo-allemande du Pentateuque qui existe à la Bibliothèque nationale de 
Paris et dont M. N. donne la descriplion, d'après un catalogue, en partie 
manuscrit, de cette bibliothèque. Ce même catalogue signale un ynTip en 
judéo-allemand, sans texte hébreu (cf. Giiïnb., p. 289-296'. Cet ouvrage a 
été imprimé à Prague le trente-quatrième jour de Yomer (19 iyyar) 5382 
[=29 avril 1622 , en seconde édition rP3ffi Û?E), par les fils de Jacob b. 
Gerson Back, et composé par Juda Loeb b. Moïse Jacob. M. Steinschneider, 
catal. Bodléien, col. 391. signale une édition de 1(319, puis une autre de 
mais non celle de 1622, qui diffère grandement, du reste, de ces 
deux éditions. Dans notre exemplaire, le plat intérieur de la reliure porte 
le nom du propriétaire : nWO r,:-\2i:r> tnblB b» 1 !»® ^.2 TMOa^K ^N 
;-::-:w 52SN ÎITb* rri'::. Moi Alexandre fils de Samuel Schalom, 
dit Seuder llaguenau, en Alsace près Strasbourg. » Le N13JPÏ1 de M N. 
{Revue, XII, p. 93, n. 1) pourrait plutôt être Ilegenheim, en Haute-Alsace, 
qui se prononce Ilégené Notre exemplaire est arrivé à la Bibliothèque 
nationale après la conquête de l'Alsace sous Louis XIV. Ajoutons qu'à la 
fin du Thésaurus yramhi linguœ saactœ^ de J. Buxtorf, il y a un chapitre 
intitulé Lediodis hebr.-germ. usus et ezercitado, qui contient une liste d'ou- 
vrages et des textes étendus en judéo-allemand. — Puisque nous avons 
parlé plus haut du propriétaire d'un ms., signalons la propriétaire du traité 
de Kelubot, édit. Cracovie, qui se trouve à la Bibliothèque nationale 
(A 812/8). Son nom est en tête du volume, il est 'n CTipn p T123 2psn 
l'y 2- — M. Schw. 

T. XII, n" 23, p. 91, 1. G. — L'ouvrage de Jacob de Rolhenbourg fut 
composé, non à Edigheim, mais à Bœdigheini, grand-duché de Bade, où 
lalia fut longtemps rabbin. Un obituaire (Memorbuch; que j'ai sous 
eux contient le passage suivant : 

s b-> -i"nm73 d'ton p+tit zb-w-r:n hnxn ann nfcaa û^pba Sian 
-:---:-i DTBPTJaa Vin '*rtB a-na^arin z'nn nnsa»E np^" 1 n"nm 
bzi in; bnai a-rça ':-: -inv namrtn cd by 'rn^^ rmn "pn-im 
-;-- irr*a fm bYiaïi îmaî Wn maïb rrwtt inwinai pisa swaoïi 

, n'^aN n^ Tjb b^-iw- bz 

Un H. Gedalia Rothenbourg est aussi mentionné, à cote d'Éliakim Rothen- 
bourg, auteur du -;.— nblfiO, ''ans l'obituaire de Pfersee, d'après Perles, 
Monatuchrift, 1873, p. 511. — W Lœwensûein, de Gailingen juillet 1886), 

T. XII. Sur l'article de M. Perles, p. 244 et suiv. — P. 245, 1. 17. Les 

cet OUVn . car 'a citation hébraïque se trouve 

dans le n - ;"— *:*? cf. p. 257). Le : dernier ouvrage est mainte- 

nant dans ma bibliothèque. Il a pour le passage cité ici ib prfifc" 1 "^b et 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

non 1381 pn^b "»3ab \Cf. p. 257, 1. 5 eu remontant). Cependant il semble 
bi.n que le fils de Johanan s'appelait Isaac, ce nom, dans mon ms., est 
surmonté d'une barre, pour en faire ressortir la signification. — P. 24G, 
note: Josef Colon, mort en 1450 ; M. Perles a probablement écrit en 1480 ; 
Graetz, VIII, 2 e édit., p. 251 et 432, a l'année 1490. L'année 1480 to"n) se 
trouve dans le Schalschélet haccabbala, p. 64 b, et est reproduite dans Gans. 
Si M. Graelz a raison, il faudrait, dans le Schalschélet, lire a"73"V — P. 248, 
dernière li^ne : au lieu de a"}, lire y"i (yiy *p). — P. 256, l. 2 : au lieu de 
-IT, lire 1TK. — P. 257, 1. 15 : au lieu de 'naN, mon ms. a 'm "]N. — 
S. J. Halberstam. 

T. XII, p. 284. — M. Abr. Cahen se demande si Jonathan Eybeschùtz 
était réellement à Prague pendant le siège de cette ville par les Français, 
en 1741. Dans le n^n?2 nn^N, dont l'original hébreu appartient à M. N. 
Briill, de Francfort-s.-M., et dont je possède une traduction , on voit sûre- 
ment que Jonathan était à Prague pendant le siège de cette ville, et qu'il 
s'est employé avec dévouement à soutenir et à soulager la population. — 
D r Grùnwald (Pisek, juillet 1886). 

T. XIII, p. 254. — Dans les actes du moyen âge, le mot allemand bes- 
cheiden ne signifie pas modeste, mais 'prudent. — W. Bâcher, Budapest. 

T. XIV, p. 205, note 2, lire Mangey. — P. 214, note 1,1. 3, lire potiren- 
tur, au lieu de potirenter, et plus loin Id. . ., Judœi. 

T. XIV, p. 227. — Le passage le plus important, qui est décisif pour le 
sens du mot 1T72D (pour lequel la Mischna doit, sans contredit, faire au- 
torité), est Ber., 36 b, Pesah., 52 £. Là le mot est mis en parallèle avec 
ionnfa, « l'enveloppe de la fleur 1 *, spatha palmœ, qui couvre le panicule 
de la fleur avant la floraison ; Abulwalid le compare également avec l'arabe 
ybûbfc*. D'après ce passage, il ne peut faire de doute que le sens misch- 
nique-talmudique, et par conséquent le sens biblique du mot, ne soient 
bouton de la vigne. La véritable explication se trouve dans Pinsker, Lïkhute 
Kadmoniyot, p. 211, où il y a lieu de remarquer le mot arabe correspon- 
dant : tnsba* \k N-mn ■nna&t ^s b^pN23>bN don im twho -n»o — 

Immanuel Low. 

= Dans l'introduction de nos Tables du Calendrier juif nous avons si- 
gnalé quelques dates juives anciennes, et dans la recension (Bévue, XII, 
309;, nous avons signalé celle de Sabbatai Donolo, dans son commentaire 
du Livre de la création. En voici une autre, qui nous est signalée par 
M. Lambert. Elle se trouve dans le commentaire du même Livre de la créa- 
tion, par Saadia : « Ce jour présent qui est le troisième jour (mardi) 12 sivan 
de l'année 1242 (des Séleucides). » Cette date correspond au 31 mai 931. 
C'est l'année 4691 de la création, ce qui prouve, comme le fait remarquer 
justement M. Lambert, que Saadia plaçait l'ère des Séleucides en 3449 
(non 3448) de la création. — I. Loeb. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 

1 Au lieu d'enveloppe de la fleur, Lévy dit, selon son habitude de traduire par 
à. peu près, Talm. WB., III. 296 a « une écorce dure, en forme de coupe, la pelure 
de la datte ». cinc harle, kelchfôrmige Binde, die Schale der Dattel. 



RECHERCHES BIBLIQUES 



X 



LE XIV e CHAPITRE DE LA GENESE. 

Le xiv e chapitre de la Genèse contient un récit extrêmement 
intéressant au point de vue de l'histoire. Pendant qu'Abram ' 
s'installait à Hébron et nouait des relations amicales avec une 
famille émorite, on vint lui annoncer que son cousin Lot, établi à 
Sodome, dans la Pentapole de la Mer morte, avait été emmené 
captif par Chodorlogomor, roi d'Élam (Susiane), dont l'armée avait 
saccagé ces villes pour les punir de leur rébellion. Abram n'hé- 
sita pas un instant. Il arma ses serviteurs et ses alliés, au nombre 
de 318, courut après les ravisseurs jusqu'à Dan, les surprit pen- 
dant la nuit et, après leur avoir infligé une grave défaite, réassit 
à leur reprendre les prisonniers et le butin. Au retour, Abram 
entra en relation avec deux rois du pays. L'un, nommé Melkisé- 
dec, qui était en même temps roi de Salem et prêtre du dieu Elion, 
lui apporta du pain et du vin avec sa bénédiction sacerdotale. 
L'autre était le roi de Sodome, qui le pria de lui remettre les pri- 
sonniers qu'il avait arrachés à la captivité. Abram se montra 
digne du haut rang où sa victoire l'avait élevé aux yeux des indi- 
gènes. Dans les deux occasions, il fut d'une rare générosité. Au 
prêtre Melkisédec, il offrit la dime de tout son avoir ; au roi mal- 
heureux, il rendit non seulement les captifs, mais tout le butin, 
sans s'en réserver la moindre chose. Il n'oublia cependant pas ses 
alliés émoréens, qui touchèrent la part à laquelle ils avaient 
droit ; lui seul renonça complètement à tirer profit des richesses 
qu'il avait reprises à l'ennemi. 

1 Je conserve la forme Abram pendant la discussion des détails du chapitre xiv, 
où cette forme est employée. Plus Loin, OÙ il B'agit de comparaisons avec d autres 
textes, je me sers de la forme ordinaire, Abraham. 

T. XV, n° 30. 11 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



1. Critique verbale. 

Le texte hébreu nous est parvenu dans un état de conservation 
très satisfaisant. Les versions grecque et araméenne ne présen- 
tent ([ne peu de variantes. Parmi les noms royaux, on note eapykX, 
au lieu de br^in ; Ran&, au lieu de sna ; Ba>^x, au lieu de rbs (vers. 2, 
8, 9). Le remplacement de. -i?? dans le texte samaritain par tnw a 
pour but de faire de l'Émoréen un compagnon digne d'Abram (ûw., 
« le Très haut a répondu »). La transcription Aùvàv par les Sep- 
tante semble due à une altération postérieure-du texte grec, pro- 
duite par une malheureuse réminiscence de Aùvâv (IJiN), fils de Juda 
(Genèse, xxxvm, 3). Au verset 10, la leçon correcte est certai- 
nement mfcsn tno "Obtt nagjn ; la correction ïrra* "jbfti û^d *fin 
admise d'après le texte samaritain ne remédie à rien, si on ne met 
pas en même temps le singulier ça;n (cf. v. 8 ; Genèse, ix, 23 ; 
xxiv, 50; xxxi, 14), tandis que l'addition d'un i laisse le texte, 
pour ainsi dire, intact. Une faute que personne n'a encore relevée 
est le mot ùbpN (1. 11), qui est d'abord inutile, puisque le b;?N fait 
partie intégrante du utan, à moins d'y voir les mets tout préparés, 
ce qui serait absurde. C'est sans doute une altération de trjmâ, 
« leurs captifs ». La mention de la transportation des prisonniers, 
^mp, est inévitable à cause des expressions explicatives tntttoï*! nN 
ù^r» nan et utoirs, qui se distinguent du ftp*] aux versets 16 et 21 '. 
Le suffixe de fcnaiç peut se rapporter soit aux vainqueurs, sujets 
des verbes inp-n et -û^n (cf. Nombres, xxxi, 19), soit à Sodome et 
Gomorrhe (cf. Deutéronome, xxi, 10). Quelques mss. des Sep- 
tante, ainsi que la version syriaque, omettent rtlïr au verset 22, 
visiblement dans le but d'établir une distinction entre le dieu 
d'Abram et le dieu suprême du chananéen Melkisédec. Le terme 
trîrbNft employé parle copiste samaritain tend au même but. Ilgen 
et les critiques qui le suivent ont pris la chose à rebours en con- 
cluant que le tétragramme est une addition postérieure. En vérité, 
si l'auteur fait offrir par Abram la dîme au prêtre d'El-Èlion, c'est 
que, dans son idée, ce dieu est identique avec celui du patriar- 
che; autrement, son offrande serait un acte d'impiété à l'égard de 
son dieu particulier, auquel il devait attribuer sa victoire ; le po- 
lythéiste le plus grossier n'aurait pas agi différemment dans une 

1 La confusion de tf et 125 se constate aussi dans ntlNS (Proverbes, xxvm, 18), où 
il faut lire nHUÏ^. 



RECHERCHES BIBLIQUES 163 

pareille occasion. Donc, l'authenticité de ttiîT dans le verset 22 
est au-dessus de tout doute, et ce fait est très important, comme 
on le verra tout à l'heure. 

2. Unité de la rédaction. 

Le chapitre xiv porte les marques les plus évidentes d'une ré- 
daction unique. Il n'y a pas une seule expression hétérogène ou 
parasite où l'on puisse voir la main d'un compilateur de narrations 
différentes ou celle d'un glossateur qui insère ses remarques dans 
le corps du texte. La critique émiettante a perdu son temps et ses 
peines à démontrer le contraire. Le texte est agencé comme il 
suit : Notions générales sur les envahisseurs et leurs adversaires, 
ainsi que sur le champ de bataille choisi par ceux-ci (v. 1-3), cause 
et date de l'invasion, route parcourue et peuples châtiés par les 
envahisseurs (v. 4-7), choc des deux armées, description parti- 
culière du champ de bataille, défaite des Pentapolitains, saccage- 
roent des villes rebelles, enlèvement des habitants, parmi lesquels 
était Lot, cousin d'Abram (v. 8-12). C 1 est la première moitié de 
l'épisode, qui prépare l'entrée en scène du patriarche. Elle se com- 
pose de douze phrases principales ou versets. La seconde moitié 
comprend le même nombre de versets (v. 13-24) et est ainsi cons- 
tituée : Réception par Abram de la nouvelle de la captivité de 
son cousin, l'armement de ses serviteurs et de ses trois hôtes, sa 
course après les ennemis, la défaite de ceux-ci à Dan, leur pour- 
suite jusqu'au-delà de Damas, la reprise du butin et des prison- 
niers (v. 13-16); retour d'Abram, sa rencontre avec le roi de 
Sodome et le roi de Salem, son respect pour l'un et sa géné- 
rosité envers l'autre (v. 17-24). Voilà une rédaction matérielle- 
ment très pondérée, qui répond admirablement bien au but que 
cet épisode était destiné à atteindre. 11 serait facile de s'en con- 
vaincre. 

3. Rapports contextuels. 

I..' récit relatif à Abram, dans les chapitres précédents, laissait 
bi'ii «les pointa obscurs qu'il fallait éclaircir : l'état politique et 
religieux du pays à l'arrivée d'Abram; pourquoi ce patriarche y 
était toujours resté à l'état nomade ou comme hôte des indigènes, 
sans y acquérir un domaine où il eût pu être chez lui ; quelle était 
la conduite des indigènes envers le nouveau venu et réciproque- 
ment. Toutes ces questions ne sollicitent <l<*s réponses précises 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que depuis qu' Abram eut établi des relations permanentes avec la 
famille Mamré, car, antérieurement, il ne faisait que traverser le 
pays pour se rendre en Egypte. La place donnée au récit qui ré- 
pond implicitement à ces questions est donc des plus naturelles. 
Quant aux renseignements qu'il fournit, ils sont d'une précision 
parfaite : Le séjour d'Abram sur le domaine de Mamré a été 
marqué par l'invasion d'une armée susienne dans la Pentapole 
révoltée contre sa domination, qui avait duré treize ans sans con- 
testation. Cette domination, cela va de soi, S'étendait sur toute la 
Syrie depuis le même nombre d'années, de sorte qu'à l'arrivée 
d'Abram, Chanaan était déjà soumis aux étrangers. Comme, dans 
l'esprit de l'auteur biblique, la perte de l'indépendance est tou- 
jours le résultat d'un état de péché qui attire la colère de Dieu, 
cela revient à dire que les Chananéens de ce temps n'étaient pas 
précisément des modèles de vertu, et nous obtenons ainsi d'une 
façon détournée la raison de la promesse faite à Abram que ce 
pays appartiendrait un jour à sa postérité. Prévoyant que la démo- 
ralisation des Chananéens irait grandissant, au point de causer leur 
destruction totale, Dieu ne peut mieux faire que de remettre la 
possession de leur pays à l'homme le plus vertueux de l'époque. 
D'autre part, les Chananéens n'étaient pas à ce moment assez cor- 
rompus pour être détruits immédiatement : trois Émorites nobles 
étaient les alliés fidèles du patriarche hébreu, et, ce qui plus est, 
le culte du Dieu d'Abram avait encore un prêtre digne de lui dans 
la personne de Melkisédec, roi de Salem, de la ville même où le 
culte de Ialrwé devait trouver plus tard sa résidence préférée et 
sacrée. Par suite de ces circonstances très particulières, Abram 
devait rester dans le pays sans se mêler aux habitants et sans y 
posséder une propriété territoriale toute sa vie durant; ne serait-ce 
pas indigne de chercher à acquérir de la main des hommes ce que 
Dieu venait de lui accorder comme un don gracieux? Disons, en 
passant, que l'obligation de ne posséder aucun bien foncier dans 
la Terre promise, fidèlement accomplie par ses successeurs Isaac 
et Jacob, ne fut abrogée qu'en faveur des morts, qu'on ne devait 
pas non plus mêler aux morts chananéens (Genèse, xxm). Pour 
les enterrer, on recourut naturellement à l'opération de l'achat, en 
repoussant fièrement toute offre gratuite [Ibidem, 12-16), mais 
cela était et restait une nn]? nm« [Ibidem, 4, 20) ; les vivants ne 
devaient pas posséder d'immeubles. On comprend maintenant la 
vraie portée du verset 13, qui accentue vivement, par l'antithèse 
■^fettti •••'HaJÇïi une opposition radicale entre Abram et ses alliés, 
dont le nombre se bornait d'ailleurs à trois seulement. Du reste, 
Abram eut soin de n'armer que les gens nés dans sa maison, 



RECHERCHES BIBLIQUES 465 

Irva "h^i dans lesquels il avait pleine confiance, WW S et, à 

l'exception de ses trois hôtes, il se méfiait des Chananéens. 

On le voit bien, notre récit se rattache inséparablement aux 
deux chapitres précédents, qu'il éclaire d'une façon remarquable. 
Aussi emploie-t-il les mots ton ,\8D2 ,$11:12 "oba ,rnîT, qui en ca- 
ractérisent la rédaction. Mais les liens qui l'unissent aux récits 
suivants ne sont pas moins évidents. Le premier verset du cha- 
pitre xv contient à lui seul trois allusions d'une entière transpa- 
rence. La phrase « Ne crains pas Abram » suppose un événement 
dont Abram appréhendait les suites fâcheuses, et, en effet, l'armée 
ennemie pouvait revenir d'heure en heure pour punir l'audacieux 
qui venait de lui infliger un sanglant affront. C'était le moment de 
calmer l'inquiétude du patriarche par les mots : ^b )yn ^DÎM, «je 
suis un bouclier pour toi », c'est-à-dire : « je serai ton défenseur ». 
Sans le récit de l'expédition guerrière, ces phrases n'auraient 
aucun sens, il y a plus, le mot \xn t unique dans le Tétrateuque, a 
été choisi seulement pour faire paronomasie avec le verbe égale- 
ment unique 'ja:: de xiv, 20. Enfin, la promesse : « ta récompense 
sera très grande », suppose des actions très méritoires de la part 
d'Abram ; or, ce ne peut être que les actions relatées dans xiv, 
17-24, puisque les chapitres xn et xn ne mentionnent que l'érec- 
tion d'autels pour tout acte de piété de sa part. Dans le reste du 
chapitre xv, on relève des réminiscences plus ou moins parono- 
mastiques : ptt73*T(2; cf. xiv, 15), imn-p (3; cf. imn ^rb->, xiv, 
14), "n (14 ; cf. xiv, 14), ton (14 ; cf. xiv, 11), bbç (16 ; cf. xiv, 18). 
L'affirmation même que les crimes des Émorites n'étaient pas 
encore à leur comble est motivée d'avance par le récit relatif à 
Melkisédec (xiv, 18). Enfin, rénumération, dans xv, 18-21, des 
peuples non palestiniens : wy ^Trp ,^Ï2~-p_ ttnvttrr, et la fixation des 
possessions des Abrahamides jusqu'à l'Euphrate, déterminant le 
surcroit de récompense auquel fait allusion le verset 1, ne se com- 
prennent que comme résultat des nouvelles preuves de piété 
données par Abram d'après la relation du chapitre xiv. Les pro- 
messes faites antérieurement à ce sujet n'embrassaient que les 
limites étroites de la Palestine cisjordanique (xn, 7; xm, 15). 

Si dous ne nous trompons, nous sommes parvenu à prouver 
l'unité du cnapitre xiv en lui-môme et aussi avec le milieu où il 
est pi 3 mots et expressions qui lui sont, particuliers ne 

constituent pas une réelle différence : chaque récit biblique a des 
expressions propres, et je considère comme une prétention injus- 

1 Très bien Dillmanu, « seine Srprobten oder Bervahrten [(Jniesis, 5« éd., p. 238) ». 



166 REVUE DM ETUDES JUIVES 

tiflable le parti-pris de certains critiques d'enfermer l'auteur 
hébreu dans une phraséologie banale et d'une pauvreté excessive. 

4. Caractère historique du récit. 

Passons maintenant à une question plus grave : la valeur des 
faits racontés. Y a-t-il là un enregistrement historique d'événe- 
ments réels, ou bien une fiction poétique du genre des romans 
guerriers, où tout est inventé suivant le caprice de l'auteur ou le 
goût des lecteurs? Nous n'avons aucun préjugé à cet égard, et 
c'est la science seule qui doit avoir le dernier mot. Plusieurs 
savants ont déjà fait connaître leur avis, tâchons de formuler 
le nôtre. 

Le récit du chapitre xiv qui affirme non seulement l'invasion 
d'une armée élamite en Palestine au temps d'Abraham, mais la 
domination antérieure de l'envahisseur dans la Phénicie et presque 
aux portes de l'Egypte, ce récit, où la Palestine apparaît comme 
une annexe de la Susiane, avait bien de quoi étonner les histo- 
riens. Aussi, quelques critiques d'une science consommée n'ont-ils 
pu s'empêcher de le déclarer de pure fantaisie. Cependant, la 
Genèse donne des détails qui sont d'une précision extraordinaire : 
relativement aux envahisseurs, les contrées transjordaniques qu'ils 
ont traversées et les peuples qu'ils ont écrasés sur leur chemin ; 
au sujet des défenseurs, on apprend les points extrêmes de la 
poursuite, les circonstances exactes de la surprise opérée, la ren- 
contre d'Abram avec Melkisédec et le roi de Sodome. Et quand 
même on se résoudrait à regarder tous ces détails comme la tra- 
duction factice d'une légende populaire tendant à faire d'Abram 
un guerrier courageux, il resterait encore à expliquer les données 
précises sur les chefs de l'armée envahissante. D'après l'écrivain 
hébreu, le roi susien mentionné ci-dessus eut pour auxiliaires, dans 
son expédition aventureuse, trois vassaux, Amraphel, roi de la plus 
grande partie de la Babylonie (Sennaar), Ariok, roi d'Ellasar, et 
Tid'al (ou Thargal), roi de Goyim. Comment et dans quel but 
l'auteur eût-il pu inventer ces personnages, les distribuer s*ur des 
régions diverses et leur assigner des noms si particuliers? Tout 
cela s'éloigne évidemment des usages propres aux faiseurs d'apo- 
cryphes et d'historiettes romanesques. 

5. Vérification générale par la littérature babylonienne. 
Heureusement, l'assyriologie n'a pas tardé à dissiper la per- 



RECHERCHES BIBLIQUES 167 

plexité des historiens. Presque tous les éléments de ces noms 
inusités en Palestine ont été retrouvés dans les documents cunéi- 
formes. Au sujet du nom porté par le grand roi susien "tfabb-Yis, 
xo8opV>yo[idp, on a découvert, d'une part, l'existence d'une ancienne 
dynastie élamite, les Koudourides, ayant conquis et souvent tyran- 
nisé la Babylonie. Le plus ancien parmi eux dont l'histoire fasse 
mention est le conquérant susien Kudur-nanhundi, antérieur de 
1635 ans à Assurbanipal, qui, entre les années 2302 et 2300 avant 
l'ère chrétienne, avait emporté de Babylone à Suse l'image de la 
3e Nana. Environ un siècle plus tard, on trouve en Babylonie 
même un dynaste élamite du nom de Ko\\ùoi\r-Ma-1)ii-ug (Iùtdur- 
ma-bu-ug), qui prend le titre de « Souverain de l'Occident ». 
Ici nous sommes aux environs du temps assigné ordinairement à 
Abraham, et, de cette sorte, la domination susienne en Palestine 
se trouve confirmée par les documents contemporains. 

Une confirmation encore plus éclatante attendait le récit hébreu 
à propos du vassal nommé Ariok, roi d'Ellasar (ibbM 1fb« Tvhn), 
qui a été retrouvé dans la personne de Eri-Alni ou Ri-iw~Ahu, 
lils du précité Kouùour-Ma-bu-itg, et roi de Larsa. La différence 
phonétique entre Ellasar et Larsa, môme en admettant la méta- 
thèse de sar pour rs dans le mot hébreu, m'avait longtemps em- 
pêché de prendre cette identification au sérieux, mais mes déné- 
gations cessèrent quand j'appris, par l'une des désignations de 
cette ville, ashte-azag-ga (= ellu), que la forme non contractée de 
La-Arsa était Ella-Arsa (mot à mot : pur ou saint-siège), ce qui, 
la métathèse à part, coïncide très bien avec la forme hébraïque. 
Comme la suprématie des Élamites et le royaume de Larsa prirent 
lin avec la défaite de ce roi et n'ont jamais été rétablis aux épo- 
ques postérieures, ii est évident que l'auteur biblique n'a pas pu 
avoir en vue un événement plus récent. D'autre part, cet auteur 
n'a pu penser non plus à des rois antérieurs, cela ferait remonter 
l'activité d'Abram à une antiquité très haute et en désaccord avec 
son système chronologique. On en conclut donc avec la plus 
grande vraisemblance que le ^"rnN de la Genèse est ce dernier roi 
rsa, bien que la lecture Eriio-Ahu, du groupe nitah-an-cn- 
zu qui figure son nom, ne soit pas d'une certitude absolue. Ce- 
pendant le doute se réduit à peu de chose. La variante ri-iw du 
premier élément n'est, au fond, qu'une forme apocopée de Eriw, 
valeur habituelle de L'idéogramme çab t Bynonyme de nitah, « mâle, 
serviteur ». fille exclut, en outre, la lecture strictement possible 
Arad-Sin, admise par quelques-uns. Le second élément, an-cn-zti, 
i" le dieu Sin, qui est L'équivalent do an-ahu (R., II, 48, 
48 a). Le mot akv fait partie d'une série de noms divins se termi- 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nant par la désinence u et qui sont de vrais vocables assyriens : 
an-dapinu (1. 4 ( .)), an-bibbu (1. 53), an-simidù (1. 54). Du reste, la 
lecture Eriw-Ahu, suffisamment justifiée par ces considérations, 
recevra un nouvel appui par le principe général qui sera exposé 
dans le paragraphe suivant. Les textes cunéiformes concordent 
donc avec le récit biblique sur plusieurs points très remarqua- 
bles : le nom du roi, le siège de sa royauté, son origine élamite, 
l'époque de son règne. Peut-on imaginer un contrôle plus minu- 
tieux? Certes, dans n'importe quelle histoire on procéderait à des 
identifications dans des conditions d'une bien moindre évidence. 
IL y a plus, en laissant de côté le roi probablement non babylo- 
nien, ù^v. *jbtt b^n, dont on ne peut guère espérer trouver des 
monuments, on s'étonne de voir manquer à l'appel le roi bsn^N, 
dont la résidence devait être à Babylone même. En réfléchissant sur 
ces événements lointains, j'ai eu une idée que je trouve maintenant 
exprimée dans un intéressant mémoire de M. Eberhard Schrader 1 . 
La dynastie élamite fut renversée par le roi Hammurabi, fils de 
Sinmuballit, qui vainquit Eri-Aku et fonda une dynastie purement 
babylonienne. En supposant que le vainqueur fut pendant quelque 
temps le vassal et l'allié des Élamites, ce qui est en soi-même 
assez vraisemblable, pourquoi Hammurabi ne serait-il pas le roi 
Amraphel que nous cherchons ? La seule objection qu'on puisse 
faire à cette identification consiste dans la dissimilitude des noms. 
M. Schrader obvie à la difficulté en corrigeant d'abord bsifta en 
■^"Von, et en supposant ensuite que le n de Hammurabi pouvait être 
négligé dans la prononciation babylonienne. Mais l'exemple de 
Hamalu (nttft), qui s'écrit aussi Amalu, sur lequel il s'appuie, ne 
peut pas prouver grand'chose, puisque c'est un mot étranger. 
Puis, le changement de a eus dans un mot aussi clair que ràbi, 
de imi « être grand », est difficile à comprendre ; autant vaudrait 
admettre tout de suite que bsnttN est une altération de "Wfcrj, mais 
l'exactitude relative des autres noms contrôlés déconseille l'emploi 
de corrections aussi violentes. 11 est, du reste, un argument sou- 
verain qui met le phonème Ha-am-mu-ra-bi hors de toute cause. 
Dans une liste de noms royaux publiée par M. Pinches, ce groupe 
de cinq syllabes figure dans la colonne idéographique en face du 
nom réel, Kimta-rapashtu, donné par la colonne de droite, qui 
contient d'ordinaire les formes démotiques et usuelles. Le nom 
Hammurabi n'a donc jamais existé en dehors de l'écriture et le 
roi qu'il indique s'appelait, en réalité, Kimta-rapashtu ; or, de ce 

1 Die keilschriftliche balylonische Koenitjsliste. Excurs, p. 22-27. 



RECHERCHES BIBLIQUES 160 

son à celui de ^DnttN la distance est aussi grande que possible. 
Faut-il renoncer pour cela au rapprochement qui se recommande 
par des raisons historiques ? Je ne le pense pas et voici pour- 
quoi : la charpente consonnantique du nom KUnta-rapashlu, sa- 
voir Kmtrpsht, en sémitique nCDnnttD, contient les trois consonnes 
moyennes de ban^a : ni, r % ph, D^ft, tandis que l'idéogramme Ha- 
am-mu-ra-l)i=2 ^-,<:n n'en contient que deux : m et r, 172. L'a- 
vantage du côté de la forme phonétique ne s'arrête pas là. On sait 
que le sh assyrien devant les dentales se prononçait très souvent /, 
et, de telle sorte, l'élément rapashtu équivaut à rapaltu ; il s'en- 
suit qu'entre les deux formes nbsnn»3 et ba^EN, il y a, en réalité, 
une concordance sur les quatre consonnes bsntt, les trois dernières 
observent même une suite identique, la première seule, dans le 
vocable assyrien, est séparée parmi n. Or, une pareille coïncidence 
ne saurait être l'œuvre du hasard. 

Grâce à un principe que j'ai constaté naguère dans la for- 
mation des noms propres assyriens et hébreux, la conciliation 
entre ces deux formes en apparence très divergentes s'effectue sans 
la moindre violence. Notons d'abord deux points fondamentaux : 
Kimla ■ rapashtu signifie, non « famille (?) nombreuse », comme 
je l'avais cru jadis, mais, témoin les autres noms de la même 
série du texte précité, « famille (?) de grandeur, de domination 1 ». 
Le groupe idéographique Ha-am-mu-ra-bi a le même sens. Les 
éléments sont : ha, déterminatif d'abondance, dont la présence n'est 
pas strictement indispensable, comme le prouve le nom am-mi-sa- 
dug-ga = Kimtu kittu, « famille (?) de la vérité » ; ammu = ammi, 
reposant sur un mot ammu (de ûjûn, ûe?)» c< famille, parenté (?) » ; 
rabi (de rabû), « grandeur ». Ces préliminaires établis, nous 
procédons à l'explication du principe en question : il consiste dans 
l'emploi facultatif de synonymes qui ne changent pas le sens des 
éléments constitutifs du nom. L'onomastique hébraïque nous en 
fournit plusieurs exemples. C'est d'abord l'échange de bN et !-p, sans 
ou avec interversion des éléments constitutifs : Jnairp, ii-pana, 
irr'rx, etc., échange qui n'est pas toujours intentionnel. Plus frap- 
pante est la substitution de rrhfifâj « Puits», ville benjaminite, à 
=-1.' Isaïe, ix, 31), qui a le même sens 2 . Semblablement, le nom du 

1 Le mot rapashtum est expliqué par mitillutum dans H., II, 43, 9. 

1 Je m'aperçois maintenant que deux autres noms de ville mentionnés dans ce 
passage, et introuvables ailleurs, deviennent également très clairs, grâce au principo 
de synonymie. La mystérieuse rjw^b, dont la Massore accentue à tort l'avant-der- 
nière syllabe, est bien le féminin de W*\ « lion », et représente la ville connue sous 
le nom de ÏTVD3 (Josué, ix, 17 ; xvm, 20), « lionne *. L'autre nom également 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

iils d'Amasias, roi de Juda, s'écrit tantôt w*. tantôt !mï2> (mieux 
^Ï? 1 ); pourquoi? parce que les mots ïb et hT* sont synonymes et 
que le sens général n'est pas changé par la variante. Pour les 
idéogrammes cunéiformes, le principe de synonymie est un facteur 
fréquent et depuis longtemps reconnu. Les noms phonétiques n'é- 
chappent pas à ce procédé. Nous le constations ci-dessus dans la 
forme ashté-cllu, qui se substitue facultativement à Ella-arsa, par 
cette seule raison que ashtu est synonyme de arsu, « siège », et que, 
malgré l'inversion des termes, le sens de l'ensemble reste le môme. 
Ce principe a aussi produit deux noms pour l'ancienne capitale de 
l'Assyrie [Qal'aShergat) : Ashshur et Harran (ywn et ?jlj), c'est 
que l'un et l'autre de ces noms ont une signification commune : 
celle de « chemin, route ». La ville de ^-in a, entre autres noms, 
ceux de Uruli ou Arliu et Sirara (R., v, 23, la), qui tous deux 
signifient « siège, demeure ». Cf. le mishnaïtique ïra»!! d'ovin et 
l'arabe *mo. L'idée fondamentale est « s'allonger, s'étendre ». 

Le nom de Babylone nous fournit un exemple encore plus ins- 
tructif à propos des jeux de synonymie qui variaient les noms les 
plus usuels. La forme antique en était, suivant toutes les vrai- 
semblances, al Babilu ou Babalu balat kishti, « ville de ce qui 
apporte la vie du verger », c'est-à-dire « du canal qui arrose et 
fertilise les cultures». Ce nom composé s'abrège d'ordinaire en 
Babilu, en donnant lieu au calembour idéographique KA-DIN- 
GIR = Bâb'Ili, « porte de dieu ». D'autres fois, c'est Babilu qu'on 
laissait tomber et l'on se contentait de prononcer Balat-Kishte, 
d'où l'idéogramme din-tir. Quelquefois, cependant, l'abréviation 
affectait les deux éléments extrêmes, et le mot ordinaire balatu, 
« vie », était remplacé par le synonyme haaiii = ar. rsaon, héb. 
û^n. Ce nom phonétique de la capitale de Sennaar se rencontre 
dans deux textes auguraux que je transcris ci-après, en substi- 
tuant aux idéogrammes les expressions réelles : 

Umu XVI-u atalu ishaMan shar AMadi imât Nergal ina mati 

ikkal 
Umu ZX-â aîaht ishaMan shar mat Hatti shûma ; shar mat Haati 

itebbima hussâ içaïïat (R. III, 60, col. 1, 37-38). 
« Si le seizième jour (d'Ab) une éclipse a lieu, le roi d'Accad 

unique: ïlSfà'^, « fumier, boue », est simplement l'équivalent de ÏY")D3> [Ibidem, 
xviii, 23), « poussière ». Il se pourrait même que tp^} fût identique à Û"HS* (Ibidem, 
xviii, 23), les deux noms signifiant « monceaux, ruines ». J'ajoute, en passant, que 
ÏT32 est la ville nommée ï"P53# dans Néh., xi, 32. 

t--: t:--: 

1 Forme garantie par les textes as'syriens, qui transcrivent Az-ri-ya-u. 



RECHERCHES RIBLIQUES 171 

(= Babylonie) mourra; Nergal causera des destructions (mot 
a mot ce mangera ») dans le pays ; 
» Si le vingtième jour une éclipse a lieu, le roi de Hatti idem 
(c'est-à-dire « mourra •); le roi du pays de llaat (= Babylone) 
viendra et s'emparera de (son) trône. » 

L'autre porte : 

Onu XV-u atalu ishaklmn mar abisliu idakma laissa içabbat ù 

nakru itebbima mata ikkal 
Umu XVI-îi atalu ishaMan shar mat ahiti shuma shar mat Haati 

itebbima toussa içabbat zunnu ina skame melîù ina naqbi ibad- 

daqu. 
« Si le quinzième jour (d'Éloul) une éclipse a lieu, le fils du roi 

tuera son père et s'emparera de (son) trône et l'ennemi viendra 

et ruinera (mot à mot « mangera ») le pays. 
» Si le seizième jour une éclipse a lieu, le prince du pays 

ennemi (== Hatti) idem (c'est-à-dire : « tuera son père »), le roi 

du pays de llaat (= Babylone) viendra et s'emparera de (son) 

trône; la pluie (tombera) du ciel et les flots couleront dans les 

canaux. » 

Les deux assyriologues qui ont dernièrement discuté ces textes 
(Wright, The Empire of tlie Hittites, 2° édition, p. 222-224 et 
•227-228) se sont entièrement mépris sur la nature géographique 
de Haatu en y voyant, soit une contrée voisine de Hatti et répon- 
dant aux Kheta des Egyptiens, soit une simple variante de Hatti. 
Je ne doute pas que mat Haati ne soit l'équivalent de « mat Ah~ 
liad » et du simple mat, « pays », qui désignent la Babylonie en 
général, de même que l'expression 'mat ahiti, « pays ennemi », 
est l'équivalent de mat Hatti, « pays de Hatti ». La prospérité pro- 
nostiquée pour le pays de Haatu et la mention des canaux d'irri- 
gation montrent bien qu'il s'agit de la Babylonie et non d'un pays 
étranger. Il ne serait d'ailleurs jamais venu à l'idée d'un augure 
babylonien de prophétiser du bien pour les étrangers, surtout 
pour les Hittites, qui étaient généralement considérés comme des 
ennemis héréditaires. 

L'importance du sujet m'excusera, je l'espère, de la digression 
que je viens de faire sur le domaine de l'assyriologie. J'ai voulu 
établir la loi de synonymie par des exemples frappants et certains. 
Nous pouvons maintenant revenir aux formes onomastiques limita 
rabattu et bonîMl. Le principe que nous venons d'expliquer nous 
autorise à remplacer L'élément Kimtu par L'élément équivalent 
ammu (à l'état construit: am) que nous fournit Le groupe idéogra- 
phique et à rétablir ainsi la forme également réelle et populaire 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 

am-rapalia, en consonnes sémitiques nbs-ittN, forme à laquelle ré- 
pond, on ne peut mieux, le vocable hébreu bçn»K, sauf que celui-ci 
a laissé tomber le n de la forme babylonienne. Cela ne crée aucune 
difficulté. L'allégement des noms étrangers au détriment de la con- 
sonne finale est un fait avéré; contentons-nous des trois exemples 
suivants. Le nom assyrien Shalman-asharidu est en hébreu 
nDKjabrç, en grec saTvu-avcxaapoç. De môme, le nom nabatéen nmn, 
Harethat, est chez les Syriens et les Arabes mn ,rnnba ,rnNfibN; la 
déesse Astarté mnrç* est en moabite iwy, en araméen nn*, en 
sabéen 'inn*. 

L'identification des deux rois babyloniens Ariok et Amra- 
phel nous encourage à tenter celle du grand roi élamite, leur 
suzerain. Les documents de l'époque, on le sait déjà, désignent 
Eri-Aku comme le fils du roi Kudar-ma-bu-ug . Le premier 
élément de ce nom coïncide avec celui de Kudur-Lagamaru. 
nto^bn^D ; le second est dissemblable dans les deux. Mais n'est-il 
pas permis de se demander si la divergence n'est pas un simple 
produit d'une orthographe capricieuse du genre de celles dont le 
système cunéiforme est coutumier ? Il est certain que le groupe 
ma-bu-ug n'est pas phonétique : une racine an est impossible, et, 
si le. mot venait de aaN ou aïs, la préformante ne pourrait être 
qu'un 3 : nabug. Nous avons clone, en réalité, un nom façonné 
Kudur-X; mais alors tout nous invite à lire, comme l'avait déjà 
fait George Smith, Kndur-Lagamari, ce qui ferait de ntt^bmiD 
un roi classé et documenté. Autant que je sache, cette identifica- 
tion n'a rencontré aucune contradiction sérieuse et je ne vois point 
d'obstacle à ce qu'on l'admette, du moins à titre de conjecture, 
en attendant qu'une tablette lexicographique ou un texte à double 
rédaction nous donne explicitement l'équation : ma-bu-ag — la- 
ga-ma-ru. Je ferai remarquer, en passant, que, contrairement à 
ce que je croyais autrefois, ce nom divin ne renferme pas la néga- 
tion la ; ce monosyllabe est contracté de ellu ; l'ensemble signifie 
« pur parfait ». C'est une forme analogue à celle de Larsa que 
nous avons expliquée plus haut *. 

1 Pendant que je corrigeais ces épreuves, je suis arrivé à la conviction que le 
groupe ma-bu-ug est, au fond, une traduction périphrastique de [El]la gamaru. En 
effet, ma équivaut à banu\R., n, 31, 8), qui signifie en même temps « construire, 
faire » et c briller » ; bu rend l'idée de nûru (R., n, 11 ab), « lumière », et ug, celle de 
sharru (R., n, 48, 8), • roi ». Le groupe entier signifie donc t faisant (ou brillant de) 
lumière de roi •, c'est-à-dire : « lumière parfaite ». Sur le principe de la périphrase ou 
paraphrase dans Fallographie assyrienne, voyez Aperçu grammatical, p. 12. 



RECHERCHES BIBLIQUES 173 



G. But, source et date du récit. 

Gomme résultat de ce qui précède, le lecteur a déjà pu formuler 
la proposition suivante : les rois babyloniens Amraphel et Ariok, 
ayant résidé l'un à Babylone, l'autre à Larsa,et ayant tous deux eu 
pour suzerain un roi d'Élam de la dynastie des Kudourides, sont 
des personnages historiques dont l'époque coïncide avec celle de 
l'immigration d'Abraham en Palestine. La fixation de ce synchro- 
nisme l'ait l'objet principal du chapitre xiv de la Genèse. L'auteur 
de la biographie d'Abram, ne voulant pas se répéter, n'a parlé de 
ces rois contemporains qu'au moment où, par suite de l'invasion 
accomplie par eux dans la Pentapole, ils sont mis en relation di- 
recte avec le patriarche. Il distingue à dessein, parmi les alliés 
orientaux, les deux rois babyloniens des deux autres dont les 
royaumes sont situés ailleurs. Cela nous donne d'abord la clé de 
l'ordre qui préside à rémunération de ces souverains. Au verset 1, 
le couple babylonien a le pas sur les étrangers, parce qu'il y avait 
urgence à dater du roi le plus proche du pays natal d'Abraham, et 
ce pays était la Babylonie ; et, comme il y avait là deux royautés 
distinctes, il était naturel que le roi Amraphel, qui dominait sur la 
plus grande partie du pays, précédât son contemporain Ariok, qui 
gouvernait un territoire de peu d'étendue. Aux versets 5 et 9, où 
il s'agit d'expéditions militaires dans lesquelles le grand roi non 
babylonien Kodorlogomor devait nécessairement occuper le pre- 
mier rang, l'auteur y a joint immédiatement le vassal non baby- 
lonien Tid'al, en réservant pour la fin les vassaux de la Babylonie 
dans l'ordre adopté précédemment. 

Une telle disposition est trop sûre par elle-même pour qu'on 
puisse l'attribuer à une tradition populaire ; le narrateur hébreu 
a visiblement puisé son récit principal dans un document écrit, 
lequel doit être une chronique phénicienne remontant elle-même 
à un. texte plus ancien. L'emprunt direct aux textes babyloniens 
par les Juifs de l'exil est exclu à cause de la forme pleine Ellasar, 
qui n'y est pas usitée. L'original du récit doit provenir d'un 
peuple qui, ayant été, à cette époque-là, en un contact très étroit 
avec la Babylonie, avait été à même d'entendre la prononcia- 
tion non écourtée du nom. Si la conjecture que j'ai jadis pré- 
sentée au sujet de tria » était admise, ce peuple pourrait bien être 
les Hittites, qui, depuis les temps les plus reculés, étaient en butte 
aux invasions babylonieni 

1 Voir lievue, janvier-mars 1881, p. 9-10. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il y a, du reste, pas mal d'indices que le chapitre xiv a déjà été 
connu, non seulement pendant la captivité, mais plusieurs années 
auparavant. Une attention soutenue fait voir que le prophète de 
l'exil ou le second Isaïe, frappé sans doute par l'analogie qui 
existe entre la naissance de la nationalité juive par Abraham 
et la renaissance prévue de cette nationalité par l'intervention de 
Cyrus, applique systématiquement à ce dernier les épithôtes du 
premier. A l'expression solennelle ^artfo ûïi'isn (Isaïe, xli, 8, *7), 
correspond celle de insjN ttiïT appliquée à Cyrus (Ibid., xlviii, 14). 
On peut même dire, en général, que presque toutes les expressions 
caressantes de xli, 8-9, ,^rû ■*nr ,pmN ,ïpnfcnp, se rapportant, 
au fond, à la grande figure d'Abraham, j'w, ,ïprnrû ^njjïtt^, 
ïpntnp, reviennent xlii, 1-6', à propos de Cyrus. Cela étant donné, 
on s'aperçoit bientôt que la magnifique description de la marche 
victorieuse de Cyrus, xli, 2, 3, répercute bien des traits de l'expé- 
dition heureuse d'Abraham. 

Ce passage, en expurgeant quelques fautes de scribe très évi- 
dentes, est ainsi conçu : 

Qui a suscité de l'Orient celui que la justice appelle à sa suite? 

Qui lui livre les peuples, lui asservit les rois? 

Qui fait (disperser) leur épée ' comme de la poussière, leurs arcs 2 

comme la paille emportée ? 
Qui fait qu'il (Cyrus) puisse poursuivre ces rois et parcourir 

indemne un chemin où il n'a jamais mis le pied ? 
Qui est-ce qui a produit ces événements? 
C'est celui qui a appelé les générations dès l'origine : 
C'est moi Iahwé qui suis au début, 
Et qui suis encore avec les derniers venus. 

La comparaison des événements de l'antiquité avec ceux du temps 
du prophète saute aux yeux, et, dès lors, il devient impossible de 
méconnaître dans ùibc nh^ ÛDW (v. 3) le résumé condensé des 
expressions de la Genèse racontant la poursuite des rois par 
Abraham : )ï i* fp^i. et la rencontre de celui-ci avec Melkisédec, 
roi de ùbç = ûibrâ, « ville de paix ». La figure de la Justice, 
p'iit, appelant à sa suite (mot à mot : « à son pied ») le conquérant 
prédestiné de la Babylonie, est bien visiblement la copie du grand 
patriarche Abraham, ce vainqueur de rois babyloniens qui se sou- 
mit si respectueusement à l'autorité sacerdotale de Melkisédec, per- 



1 Lire ÛS'in au lieu de iSl^îj. 
a Lire ÙF11ï3p au lieu de imtpp. 



RECHERCHES BIBLIQUE 175 

sonnage dont le nom, interprété agadiquement, signifie : roi de la 
Justice, p*js. Il me paraît même probable que la phrase tnbo ^V 
wNz^ w \b vb:r,n m* constitue une réminiscence de la migration 
d'Abraham, spécialement de ynea Ûiatt "Wn (Genèse xn, G), mi- 
gration que le narrateur, ainsi que le prouve l'incidente tn "WatTi 
■pifcO, « le Ghananéen était alors dans le pays de Sichem l », avait 
déjà relevée comme un voyage miraculeux. 

Nous pouvons aller plus loin. Le récit que nous étudions est 
certainement antérieur à la captivité, car il sert de base à l'expos ; 
archéologique dudeutéronomiste. Les données de Deutéronome, n, 
sur les peuples préabrahamides autour de la Palestine, perdent 
toute raison d'être si on ne les envisage pas comme destinées à 
écarter des objections qu'on pouvait tirer d'un texte antérieur et 
autorisé contre la défense de s'emparer des territoires extra-pales- 
tiniens. Or, ce texte ne peut être que celui qui fait l'objet de notre 
recherche. D'après Genèse, xv, 18-21, la Syrie tout entière, de- 
puis le vYad-el-Arisch jusqu'à l'Euphrate, y compris les Raphaïm, 
devait former l'héritage des fils d'Abraham. D'autre part, le 
chapitre xiv de la Genèse mentionne les Raphaïm en qualité d'an- 
ciens habitants des territoires transjordaniques. Comment se fait- 
il alors que les pays d'Édom, de Moab et d'Ammon n'ont pas été 
conquis par Israël à la sortie d'Egypte ? Voilà la question qui s'é- 
tait présentée à l'esprit de l'auteur. La réponse établit une distinc- 
tion : Les Iduméens sont frères d'Israël (M'TO) et fils d'Abraham ; 
ils occupent donc de droit le pays conquis par eux sur les Ho- 
rites. Quant à Moab et à Ammon, l'auteur reconnaît que leurs pays 
étaient jadis occupés par les Raphaïm, et se complaît même à faire 
de l'érudition en donnant les noms locaux de ce peuple qu'il a lus 
dans Genèse, xiv, mais il accentue ce fait que les propriétaires 
actuels de ces contrées sont les enfants de Lot, cousin d'Abraham 
Dlb *:a) ; or, ces proches parents, ne fallait-il pas les établir à 
proximité des Abrahamides pur sang? Du reste, les fils de Lot ne 
possèdent qu'une partie du territoire raphaïte.Moab a même perdu 
une portion de son domaine entre les mains des Émorites (v. 24), 
et, de plus, une fraction de ceux-ci, gouvernée par un descendant 
des Raphaïm, occupe encore leGalaad et le Bassan jusqu'au mont 
Hermon; tous ces territoires restent donc, comme auparavant, 

1 Non t dans le pays en général (Dillmanu, Ibidem, p. 222) ». Le fait que la Pa- 
lestine était une possession chauanéenne résultait déjà du nom "ji'jD ^"1N du verset 
Dl ut. Le narrateur accentue plutôt cette circonstance qu'Abram n'a pus pu s'ar- 
rêter longtemps à Sichcru et encore moins s'y fixer pour toujours, a cause des habi- 
tants chananéens qui s'y seraient opposrs. La remarque analogue de xiif, 7, révèle 
également la BOttfdl hostilité des habitants. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ouverts à l'occupation israélite (Deutéronome, n, 31, m, 13). Le fait 
que le deutéronomiste connaissait le chapitre xiv de la Genèse 
résulte, d'ailleurs, du soin qu'il prend de mentionner la ville de 
rinpç? avant celle de irrrç, (Deutér., 1, 4), bien que cette dernière 
fût la plus considérable, rrnnia* est même passée sous silence 
dans Nombres, xx, 33 et Deutéronome, m, 10, tellement la loca- 
lité était peu importante alors. Mais l'auteur du Deutéronome ne 
pouvait s'arrêter à une considération d'actualité. Il écrivait pour 
des gens qui savaient, par la Genèse, que la capitale des Raphaïm, 
au temps d'Abraham, était d'O'-ip nn.rnD^; force lui fut donc, non 
seulement de lui consacrer une mention, mais de lui réserver la 
place d'honneur vis-à-vis de l'autre résidence. En la mentionnant 
dans l'introduction du récit de la migration, il a fourni, dès le dé- 
but, la preuve que le Bassan était une terre raphaïte. D'autre part, 
cette mention unique de cette ville, faite comme en passant, en 
indiquait assez clairement l'insignifiance actuelle. Remarquons, 
enfin, que la forme rmntus» usitée dans le Deutéronome et dans le 
livre de Josué, qui en dépend, n'est que l'abréviation du nom 
complet trnp nvimD^, particulier à la Genèse. C'est une nouvelle 
preuve de l'antériorité relative de ce dernier texte. 

Enfin, notre chapitre a déjà été connu et mis à profit par le pre- 
mier Isaïe. Iahwé, dit ce prophète, a racheté, ïto, Abraham (Isaïe, 
xxix, 22). Ce verbe suppose toujours, au propre, un danger de mort 
ou d'esclavage ; or, étant donné qu'Abraham n'a jamais éprouvé, 
dans ses pérégrinations, une calamité mettant en danger sa vie et 
sa liberté qu'à la seule occasion où il se trouva en lutte avec la 
puissante armée des envahisseurs mentionnés dans la Genèse, on 
est forcément amené à conclure que le prophète fait précisément 
allusion à cet événement et qu'il a connu l'unique source qui en 
fasse mention. 

Mais, si notre récit est antérieur à Isaïe, quelle peut être la date 
la plus vraisemblable de sa rédaction ? Le fait établi plus haut 
qu'il est tiré d'une ancienne chronique phénicienne semble militer 
en faveur de l'époque salomonienne, où Israélites et Phéniciens 
agissaient d'accord, sous l'égide d'une alliance intime et profitable 
aux deux nations. A cette époque, il y avait aussi un intérêt capital 
pour Jérusalem à être considérée comme le siège d'un culte pur 
dès le temps d'Abraham. La description des relations affectueuses 
entre Melkisédec et ce patriarche satisfait à cette préoccupation. 
L'existence réelle du roi-prêtre chananéen, sinon sa rencontre 
avec Abraham, peut également avoir été attestée par le document 
phénicien, mais l'assimilation du dieu Élion à Iahwé appartient 



RECHERCHES BIBLIQUES 177 

évidemment au narrateur hébreu et découle de ses convictions 
monothéistes. 



XI 

Dans Genèse, xvn, 5, le nom de dïrja» est expliqué par fifcïi sa 
tr»1*, « père d'une multitude de peuples ». Je dis « expliqué », parce 
que la particule motivante r? qui précède ces mots ne permet 
point d'y voir un jeu de mots imparfait, une légère assonance des- 
tinée à rattacher cette pensée au nom (Dillmann). Le narrateur 
s'est déjà servi de cette expression au verset précédent, où l'idée 
d'un jeu de mots est déplacée ; l'expression avait donc pour lui une 
importance particulière. Cela étant, on se demande comment l'au- 
teur de l'étymologie a pu perdre de vue le n du nom propre. Sans 
réfléchir beaucoup, il aurait pu dire : d^5 fitt^ l FKp ^phraséo- 
logie justifiée par la locution rnt ïttirçi (Isaïe, lui, 10), et produisant 
une assonance qui n'est certainement pas plus mauvaise que, par 
exemple, celle de 151x1 et "wa rnîr njn (Genèse, xxix, 32) et 
tant d'autres encore qu'il est inutile de citer. Celle que je viens de 
suggérer aurait même eu cet avantage assez appréciable d'élimi- 
ner la forme antigrammaticale aa, au lieu de -on, qui dépare l'ex- 
pression dont il s'agit. On le voit, aussi bien au point de vue de la 
rédaction qu'à celui de la grammaire, l'explication de la Genèse 
laisse beaucoup à désirer. 

La difficulté n'est pas m'oindre en ce qui concerne le sens du 
groupe explicatif. Si la leçon admise est exacte, on ne peut y 
trouver que l'assurance, pour Abraham, que ses fils auront une 
nombreuse postérité, et, de cette façon, non seulement la répétition 
fréquente de cette idée dans les versets 2, 4, 5, 6, est fastidieuse, 
mais la promesse additionnelle nacr; T\'zip Û^E (verset G), « des 
rois sortiront de toi », apparaît alors comme un hors-d'œuvre su- 
perflu et ne se rattachant pas le moins du monde au nom nou- 
veau. Et cependant, l'importance attribuée par l'auteur à cette 
promesse résulte clairement du soin qu'il prend de la faire répéter, 
à propos de Sara, au verset 16, et, ce qui plus est, à propos d'Is- 

1 Philon d'Alexandrie a déjà pensé ù Ï1N"!, far il traduit le nom d'Abraham par 
« père voyant le son ». 

T. XV, R 12 



178 REVUE DES ETUDES JUIVES 

maël, au verset 20, où il change intentionnellement Ù^bç « rois », 
en dN^ûM « princes, chefs ». A moins de renoncer à tout goût litté- 
raire, il serait difficile d'y méconnaître une insistance particulière 
et beaucoup plus accentuée que ne le comporterait un point acces- 
soire et de pur remplissage. Or, est-il imaginable que ce soit pré- 
cisément l'idée de « rois » et de « princes » qui ferait défaut dans 
l'explication du nom nouvellement assigné au patriarche ? Je ne 
le crois pas possible, et cela d'autant moins que la quantité numé- 
rique seule d'une nation n'a jamais constitué, aux yeux des an- 
ciens, un avantage enviable, si cette nation ne vivait pas sous des 
gouvernements forts et si elle n'était pas dirigée par des chefs 
reconnus et respectés au dehors. Sur l'article de la gloire, la 
Genèse se montre d'une sensibilité bien vive et n'oublie jamais 
de le noter dans ses récits. Comparez le titre tnrtbç erûp? donné à 
Abraham (xxiii, 6), la richesse d'isaac dépassant celle d'Abimélek 
(xxvi, 16), et l'élévation de Joseph à la vice-royauté d'Egypte (xli, 
40-45; xlv, 8-9, 26). En un mot, l'explication du nom d'Abraham 
ne devait pas passer sous silence l'existence future des rois dans 
la descendance du patriarche. 

L'examen approfondi des privilèges accordés à Sara, au verset 
16, me semble trancher la question en faveur de l'opinion que je dé- 
fends. Le texte hébreu de ce verset est agencé comme il suit : wiai 
mini uv2y i^oto tniab ïïmîn ï-pronm ia srb rtwatt n ^n5 ûjh anâ 

T v • • - ■• : - • : t : t : t • : - •• '■•']: T v • • — T - : T 

vty\. En laissant, pour le moment, la première phrase, que je dis- 
cuterai tout à l'heure, le sens de tout le reste est d'une clarté 
parfaite : «jeté donnerai d'elle un fils; je la bénirai; elle sera 
(mère) de peuples; des rois de nations viendront d'elle». Ici, 
l'expression ûnfc* "àbli est autrement énergique que le simple 
û^bs? de la bénédiction d'Abraham, et contient l'idée de rois effec- 
tifs gouvernant et dirigeant les peuples qui leur sont soumis, et non 
seulement leurs propres nationaux, mais aussi des nations étran- 
gères. Cette majoration intentionnelle de ù-rab» sert visiblement 
à rehausser la destinée extraordinaire de la vieille compagne du 
patriarche, qui, méprisée même par son esclave à cause de sa 
stérilité (xvi, 4), n'aspirait qu'à quitter la vie, où elle n'espérait 
plus aucune joie, aucune consolation (cf. xv, 2). Le contraste entre 
l'état méprisé de l'aïeule et le sort brillant qui lui est réservé a été 
admirablement peint par la composition tra? ^blo. Mais cette 
idée de domination qui forme le couronnement de sa bénédiction a 
trouvé son expression adéquate dans le nouveau nom qui lui est 
assigné, car snfe, féminin de nu?, « prince, roi », signifie précisé- 
ment « princesse, reine ». Est-il maintenant possible d'imaginer 



RECHERCHES BIBLIQUES 170 

un seul instant que le narrateur ait négligé de mettre cette idée 
prépondérante dans le nouveau nom qu'il fait donner au pa- 
triarche ? 

Ainsi donc, le groupe û^iu "jv:- 2N présente* deux lacunes 
béantes : l'omission matérielle du n de bïrDK, l'omission inter- 
prétative de l'idée de suprématie relevée dans la promesse, et une 
faute de grammaire par dessus le marché. 

Mais, dès le moment qu'on reconnaît la nature exacte des diffi- 
cultés, le moyen de les lever se présente aussitôt à l'esprit. Il 
faut simplement restituer au mot :zn la lettre n qu'il a dû avoir 
primitivement et qui lui a été enlevée par un accident du ma- 
nuscrit ou par la négligence d'un vieux scribe. Abraham a été 
tant de fois assuré qu'il sera le père d'une nombreuse pos- 
térité, que cette promesse seule n'aurait pas assez de relief au 
moment où Dieu voulait lui imposer l'observance pénible de la 
circoncision. La piété d'Abraham réclamait cette fois une récom- 
pense plus considérable et conforme à sa nature élevée et che- 
valeresque ; il sera donc le type d'hommes arrivés au faîte de la 
gloire, de rois gouvernant des nations. C'est ce qui est convena- 
blement exprimé par û^i^ 1i::rr -dn, « tu seras le fort, le chef 
d'une multitude de nations ». Le mot T3K, au propre « fort», 
fait partie du titre divin 3p3p Ta», remplacé une fois par l'équi- 
valent plus clair : ypsp ^bç, « roi de Jacob » (Isaïe, xli, 21). La 
même tournure domine le sens de TSK, « fort », qui est usité paral- 
lèlement à biç» (Jérémie, xxx, 21), «potentat, gouverneur ». On 
trouve aussi la forme WK au sens de « préposé ou chef (I Samuel, 
xxi, 8) », mais celle de -pris* semble préférable, à cause de son ap- 
parence archaïque et de son usage plus solennel. Dieu fait d'Abra- 
ham le premier chef idéal de nombreuses nations et le modèle le 
plus accompli des rois ses descendants ; il est, pour ainsi dire, 
le roi titulaire des peuples auxquels il donnera naissance lui- 
même, la personnification vivante de nations puissantes et ci- 
vilisées. 

Toutes les difficultés signalées plus haut disparaissent main- 
tenant d'elles-mêmes. Il n'y a plus ni lacune, ni faute 1 de rédac- 
tion. L'explication concise ft"i]tt?i na« comprend toutes les con- 
sonnes du nom propre DÏTDH et ne sacrifie rien de ce que contient 
:plication plus «'tendue du verset 6. J'ajoute que la forme btt 
« bruit, multitude », tiré de -•:-. quoique inusitée, est très régulière 
et comparable à d*, " sang », orf, « beau-père », n«, « frère », 
., qui viennent respectivement i\i>> racines *&T, Wl, IflK. Outre 
cela, on est à même de comprendre le développement graduel que 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'auteur a donné à sa pensée. L'annonce sommaire de l'alliance que 
Dieu voulait établir avec Abram est suivie d'une promesse som- 
maire aussi, mn nattas ^m« m-iai (vers. 2). Abram s'étant empressé 
de prouver sa gratitude (vers. 3), Dieu lui donne les détails de la ré- 
compense (vers. 4-8), en stipulant la condition du pacte (vers. 9 14). 
Les répétitions de l'idée concernant le grand nombre des descen- 
dants se supportent sans fatigue, par suite de l'énorme importance 
du nouvel élément qui y est joint : celui d'être le générateur des 
rois. Quand Dieu arrive à parler de la femme légitime du patriar- 
che, la môme scène se répète, mais en abrégé : Abram tombe sur 
sa face, pour prouver sa gratitude, mais avec cette différence que 
la réflexion sur l'âge combiné des époux le fait sourire (vers. 17) 
et que, pris d'un scepticisme très naturel, au fond (remarquez le 
même phénomène chez Sara, xvm, 12), il fait entendre qu'il serait 
déjà heureux qu'Ismaël lui fût conservé (vers. 18), ce que Dieu lui 
accorde aussitôt (vers. 20), tout en lui assurant que le pacte ré- 
cent concerne plus particulièrement le fils légitime, Isaac. Enfin, 
les dénominations honorifiques octroyées aux deux époux sont 
des plus équilibrées : l'une est "P3N, « fort, chef, prince », l'autre 
est îtjç, « princesse, reine ». Ces synonymes constituent, de leur 
côté, le type du nom glorieux octroyé plus tard au second ancêtre 
national, bçnp*;, « champion et vainqueur d'El ». 

Revenons à présent à l'expression nnk '^ro'Ynn du verset 16. 
Cette expression fait double emploi avec rnrcnrn qui suit à cinq 
mots de distance, elle est donc absolument insupportable. Les 
Septante ont parfaitement senti cette difficulté ; malheureusement, 
pour y échapper, ils ont pris le pire des partis en changeant, dans 
la seconde moitié du verset, toutes les terminaisons féminines en 
terminaisons masculines se rapportant à la « fils », comme s'il 
y avait : *w ^21212 d'W "^biï triab mm TFO-nv « je le bénirai, 
et il deviendra des nations; des rois de nations seront issus de 
lui ». En ce faisant, ils ont détruit le vrai sens du verset et obs- 
curci la signification typique de ïTrb. Le remède est beaucoup 
plus simple et ne donne lieu à aucun remaniement étendu ; il suf- 
fit de substituer, à la leçon visiblement erronée înnâ insnai, celle 
de ïnnâ ^rnari, « je me souviendrai d'elle ». Le verbe *dï est ré- 
gulièrement employé au sujet des femmes qui enfantent après une 
longue stérilité (Genèse, xxx, 22; I Samuel, 1, 11), et il ne pou- 
vait pas manquer ici, en raison de l'absence de tout autre équi- 
valent. 

Je termine par quelques observations de critique littéraire. Dans 
ce qui précède, j'ai regardé le chapitre xvn de la Genèse comme 



RECHERCHES BIBLIQUES 181 

étant en étroite connexion avec son entourage immédiat. Je n'i- 
gnore cependant pas que les critiques modernes, s'appuyant sur 
le nom d^ïibN qui y est employé, ainsi que sur quelques particula- 
rités de style, en font un texte élohistique absolument indépen- 
dant des chapitres précédents et suivants. Il faut donc que je dise 
pourquoi je n'y crois pas. Je pense que tous ces arguments prouve- 
raient tout au plus que l'auteur jéhoviste de l'histoire d'Abraham 
avait lui-même emprunté cet épisode à un écrivain élohiste, et 
précisément parce qu'il était avec lui dans une communauté par- 
faite d'idées, tandis que, d'après les critiques, ce serait le rédacteur 
final de la Genèse qui aurait mis côte à côte, et tant bien que mal, 
deux documents différents, qui auraient longtemps existé séparé- 
ment et dans une sorte de rivalité principielle. Ils tiennent, de plus, 
le document élohistique pour très postérieur au jéhoviste. Or, le 
chapitre xvn me semble présenter assez d'indices qui vont à ren- 
contre d'une telle théorie. 

Quand on isole ce chapitre des pièces jéhovistiques qui le pré- 
cèdent, la théophanie dont il s'agit sera forcément la première qui 
ait été dévolue au patriarche. Ce serait un cas absolument paral- 
lèle à l'apparition de Dieu à Noé, racontée par le même élohiste 
dans Genèse, vi, 9-22. L'auteur se sert même, dans les deux pas- 
sages, des expressions û^iiba fasb) nat "jbfinft et tPttn n^n, pour dé- 
signer les actes de piété indispensables pour s'attirer la faveur 
divine. Or, dans le premier cas, cette faveur divine, comme de 
juste, est la récompense méritée par une longue vie de vertus, 
passée dans un milieu corrompu; dans le second, Abraham est 
élu sans avoir rien fait jusqu'alors pour mériter une si haute dis- 
tinction ; il est, de plus, à un âge si avancé, que la corruption du 
monde, si elle existe, ne peut avoir aucune prise sur lui ; il vit 
enfin dans un milieu dont le narrateur ne rapporte aucun acte ré- 
préhensible.De cette façon, l'élection d'Abraham devient le résul- 
tat d'un simple caprice, tout autre aurait pu le remplacer. On se 
demande comment l'élohiste aurait oublié, à la fois, sa méthode de 
narration, et laissé tant de lacunes dans une biographie qui devait 
lui tenir à cœur bien plus que celle de Noé. Pour tous ceux qui 
examinent la chose sans parti pris, une pareille conception est ab- 
solument impossible. 

Mais voici qui dépasse toutes les limites du bon sens le plus élé- 
mentaire. En retirant le chapitre xvn, on élimine simultanément du 
texte jéhoviste la connaissance des noms Abram et Saraï, et, par 
suite, on est obligé d'admettre que la mention de ces noms dans 
les nombreux passages des chapitres xn, xm, xv et xvi, qui sont 
du jéhoviste, est due à l'ingérence du rédacteur final. Or, je de- 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mande à tout historien impartial s'il est vraiment raisonnable 
d'attribuer <l<\s corrections aussi nombreuses à un engouement 
exagéré pour le calembour û-na "ji^rs a« ? Le rédacteur, qui, à en 
croire les critiques, maniait ses sources avec un sans-gêne à peu 
près illimité, n'aurait-il pas simplifié sa besogne en supprimant 
les versets 5 et 15, et en mettant au début du verset 16 les mots 
^ntt>« mie n« Yun (ou *ûtn) ban? Il aurait ainsi écarté du même 
coup la contradiction apparente des deux documents sur les noms 
du couple patriarchal, qui devait le choquer plus encore qu'elle ne 
choque les lecteurs modernes. 

Une preuve non moins concluante nous est fournie par le pré- 
cepte de la circoncision, que le jéhoviste n'a pas pu ignorer, 
malgré l'affirmation contraire de l'école critique tout entière. La 
question mérite la plus sérieuse attention. L'opinion que, suivant 
le jéhoviste, la circoncision n'a été introduite qu'à l'entrée des 
Hébreux dans la Terre promise se fonde d'abord sur le passage 
du livre de Josué, v, 9, où, après avoir pratiqué l'opération sur le 
peuple, Josué dit : Aujourd'hui, j'ai retiré de vous la honte des 
Égyptiens. Il s'agirait, d'après eux, des injures lancées par les 
Égyptiens contre l'incirconcision des Israélites, lesquels, tout en 
habitant si longtemps dans la patrie de la circoncision, n'avaient 
pas voulu accepter cet usage religieux. Avec tout le respect 
qu'on doit aux savants qui admettent cette interprétation, j'a- 
voue qu'elle m'étonne beaucoup. Outre l'idée bizarre de faire de 
Josué un missionnaire dévoué à des usages égyptiens, et notam- 
ment un missionnaire prêchant aux autres ce' qu'il s'est bien 
gardé de faire lui-même, il y a là un point de départ absolument 
faux, car, à de rares exceptions près, dans certaines catégories 
de prêtres, la nation égyptienne était bel et bien incirconcise. 
C'était aussi le cas de la plupart des peuples sémitiques ; chez les 
Arabes eux-mêmes, l'usage de la circoncision ne s'est généralisé 
que très tardivement, de sorte que le prophète Jérémie pouvait 
dire à bon droit ùtw d"n3i"» b3 (ix, 25), « tous les païens sont in- 
circoncis * ». En réalité, les injures des Égyptiens portaient sur la 
négligence delà circoncision par la génération née dans le désert. 
Ils soutenaient que les Israélites, à peine devenus libres, avaient dé- 
finitivement abandonné la pratique religieuse à laquelle ils étaient 
fermement attachés quand ils étaient esclaves. En rétablissant cet 
usage négligé depuis si longtemps, Josué a lavé le peuple de cette 
honte, en apparence bien méritée. En un mot, le jéhoviste atteste 

1 Les mots incorrects !"îb"l^!2 bWD du verset 24 doivent naturellement être ainsi 
rétablis, d'après les Septante': b^3n bltt ou ïlbl^l iTîb^J. 



HECHKRCHES BIBLIQUES 183 

l'existence de la circoncision parmi les Hébreux durant leur séjour 
en Egypte, et, par cela même, il en reconnaît L'origine patriarcale. 

On invoque ensuite le passage Exode îx, 24-26. Pendant que 
Moïse était en route pour l'Egypte, il fut attaqué par Iahwé, qui, 
ayant pris la forme humaine, voulut le tuer 1 . Séphora, voyant le 
danger qui menaçait la vie de son époux, se munit d'un silex, 
trancha le prépuce de son fils, et, ayant jeté la chair sanglante 
aux pieds de l'assaillant, elle lui adressa ces paroles. « Certes, tu 
es pour moi un allié de sang (-6 nna tmi inn "o) ». Ce sacrifice, 
de propitiation, qui faisait de Iahwé l'allié de la famille, sauva 
Moïse, et, depuis lors, Séphora donna à la circoncision le nom de 
« alliance de sang (frw inn 2 ) ». M. Dillmann, bien qu'il explique 
ce passage d'une façon que nous n'admettons pas, résume excel- 
lemment l'essence de ce récit : « 11 en ressort clairement les deux 
idées que voici : d'abord, que la circoncision a la valeur d'un sa- 
crifice sanglant ; ensuite, que la vie du père est en même temps 
rachetée ou rédimée par l'offre du fils ». Cela s'accorde on ne 
peut mieux avec l'idée fondamentale de Genèse, xvn, que la cir- 
concision est, pour les descendants d'Abraham, le gage par excel- 
lence de l'alliance entre eux et Dieu. Séphora, ayant un circoncis 
pour époux, a dû, au moins dans l'hypothèse du narrateur, con- 
naître la signification de cette pratique, et n'avait nullement 
besoin de l'apprendre par le chapitre xvn de la Genèse, ou par 
les rares individus de sa nation qui, tout en pratiquant cet usage, 
n'y attribuaient certainement pas une telle signification. Dans 
tous les cas, on ne saurait conclure de ce récit que Moïse igno- 
rait jusqu'alors, toujours d'après le jéhoviste, le rite delà circon- 
cision. En cette conjoncture, Moïse, après l'événement dont il a 
été l'objet, ne se serait pas fait faute de recommander ce rite à 
ses co-nationaux d'Egypte, dès son arrivée auprès d'eux, comme 
le moyen le plus efficace de se réconcilier avec Dieu ; il les 
aurait, de plus, soustraits au mépris des Égyptiens, s'il était 
vrai, comme on l'affirme, que ceux-ci tenaient l'incirconcision en 
horreur. 

Résultat net : le jéhoviste, dans les deux passages invoqués par 
les critiques, suppose comme une chose qui va de soi que Moïse 
et Josué, les représentants les plus éminents de la génération 

1 Etait-co pour avoir négligé de circoncire son fils, comme le veulent les rabbins 
et quelques modernes, ou bien était-ce pour le punir de l'hésitation qu'il avait mon- 
trée dans l'accomplissement de sa mission? Cette dernière explication nous paraît 
plus vraisemblable. 

* I^H, « alliance », au lieu de "jrn, « allié de ». Avec celte correction, j'accepte 
le sens proposé naguère par M. Hubens Duval pour la fin du verset 26. 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'Egypte, étaient circoncis, et là-dessus il est en parfait accord 
avec la donnée du chapitre xvn. 

Ce résultat implique naturellement, comme corollaire irrécusa- 
ble, l'unité du chapitre xvn avec les pièces jéhovistes qui l'entou- 
rent, ainsi que la modification survenue aux noms du couple pa- 
triarcal. 

Un dernier mot à propos de ces noms. Les noms élohistiques 
tnaat et "nto se constatent aussi dans les inscriptions cunéiformes, 
où ils sont orthographiés A-bu-ra-mu (Strassmaier, AN, art. 61) et 
Sa-ra-a (IMd., art. 6590), preuve qu'ils étaient en usage en Ba- 
bylonie. Les formes ûïrn:?N et trjto n'ont pas encore été signalées 
chez les autres Sémites; pour bm^N, il est môme douteux qu'on le 
retrouve jamais en dehors du domaine hébreu, où il a toutes les 
chances de figurer comme une dénomination typique et de tous 
points semblable à celle de b&niB^ (Genèse xxxn, 29). 



XII 



LA LANGUE DES HITTITES D APRES LES TEXTES ASSYRIENS. 



Par suite de la publication faite par M. le capitaine Burton, en 
1872, des singulières inscriptions d'Hamath, rédigées dans un sys- 
tème hiéroglyphique inconnu, l'attention des historiens a été vive- 
ment attirée sur l'antique population de la Syrie septentrionale, 
que les annales égyptiennes et assyriennes d'une part, les écri- 
vains bibliques d'autre part, mentionnent fréquemment sous le 
nom de KJieta, Hatti et Hittim, au singulier Hitti, dérivé ethnique 
d'un personnage mythique et éponyme Hat ou Hêt. 

Peu de temps après cette publication, des inscriptions de la 
même espèce ont été découvertes à Djérabis sur l'Euphrate, l'an- 
cien Karkemisch, à Marasch, à Ibrîz, à Karabel, à Thyane et dans 
beaucoup d'autres localités de la Haute-Syrie et de l'Asie-Mineure, 
ainsi qu'un nombre considérable de monuments et d'œuvres d'art 
qui décèlent un génie particulier. On s'aperçut en même temps 
que le syllabaire national des Grecs de l'île de Chypre avait sa 
source dans l'écriture plus compliquée des Hittites. Tous ces faits, 
joints aux récits des écrivains orientaux qu'on a réunis et mis dans 
un ordre chronologique, ont, pour ainsi dire, ressuscité devant 
nos yeux une race et une civilisation qui avaient été ensevelies 



RECHERCHES BIBLIQUES 185 

dans l'oubli des siècles, après avoir longtemps rivalisé avec l'E- 
gypte et l'Assyrie et fécondé, par leur esprit et leur activité, le 
génie naissant des peuples de l'Asie-Mineure et des tribus hellé- 
niques. 

Au sujet delà langue des Hittites, les avis sont partagés. Les 
orientalistes anglais, M. Sayce en tète, soutiennent qu'elle n'ap- 
partenait pas à la famille sémitique, mais au groupe encore mal 
défini des idiomes de la Cappadoce, de la Cilicie et de l'ancienne 
Arménie, idiomes groupés par Lenormant sous la dénomination 
d'Alarodiens. Cette opinion a été aussi admise par Finzi en Ita- 
lie, par M. Eb. Scbrader en Allemagne. Les autres orientalistes 
allemands et français se tiennent sur la réserve ou ne se sont pas 
encore prononcés. Cette hypothèse, plus ou moins implicitement 
admise, m'avait toujours paru des plus contestables, et je l'ai com- 
battue à diverses reprises dans mes écrits. Les travaux récents des 
orientalistes anglais sur la matière, et l'éveil inespéré de Yalaro- 
disme dans les ouvrages de vulgarisation qui prétendent résumer 
les derniers résultats de la science, me font un devoir aujourd'hui 
de revenir sur la question, et de soumettre aux savants compé- 
tents les preuves en laveur de mon opinion, qui affirme le carac- 
tère sémitique de la langue hittite. Quelques mots seront pour- 
tant nécessaires pour faire comprendre la faiblesse des indices 
invoqués par les partisans de l'alarodisme à l'appui de leur thèse. 

Ceux qui admettent l'origine non sémitique des Hittites font va- 
loir deux arguments de natures diverses. Sur les monuments, di- 
sent-ils, les Hittites ont une physionomie différente de celle qui est 
propre aux autres Sémites, et cette différence physique répond à 
la différence du costume, et, tout particulièrement, de la coiffure 
et de la chaussure à pointe relevée que l'on trouve en usage chez 
les peuples de l'Asie-Mineure. Mais la ressemblance physique et 
celle du costume, en supposant même qu'elles soient aussi étroites 
qu'on le prétend, prouverait tout au plus l'origine plus ou moins 
mêlée des Hittites, elle ne déciderait rien au sujet de la langue 
que ce peuple a parlée aux époques historiques de son existence 
comme nation syrienne. Prenons, au hasard, un exemple dans 
des laits ethnographiques plus connus. L'origine anaryenne des 
habitants primitifs de l'Arménie, du Curdistan et de la Susiane, 
n'empêche nullement que les langues qui se parlent depuis au 
moins deux mille ans dans ces contrées ne soient parfaitement 
de famille iranienne. La question de la race n'a rien à voir avec 
celle de la langue, ce sont deux choses entièrement distinctes. 
Nous abandonnons la première aux anthropologues et aux enthou- 
siastes du préhistorique, nous ne nous occupons que de la seconde, 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

se rattachant à la langue des Hittites de la Syrie. Pour rester sur 
un terrain solide et purement historique, nous laissons tout d'a- 
bord de côté les inscriptions mystérieuses qui sont la cause domi- 
nante de la reprise de nos recherches. À moins que quelque trou- 
vaille particulièrement intéressante ne se produise au courant de 
noire étude, nous nous bornerons au problème linguistique seul, 
et nous en écarterons la question épigraphique. 

L'autre argument, le seul qui mérite d'être discuté, appartient ù 
la philologie. Il est tiré des noms propres hittites, mentionnés dans 
les documents égyptiens et assyriens. M. Sayce, le vrai auteur 
de l'hypothèse que je combats, a publié dans les Transactions 
ofthe Society of oïblical Archeology de 1881, page 288, une liste 
assez complète de noms propres destinée à démontrer le non sé- 
mitisme des Hittites. Toutes les sources ont été mises à contribu- 
tion : l'Ancien Testament, les inscriptions égyptiennes, les inscrip- 
tions assyriennes. J'ai dit précédemment que je laisserai de côté 
les deux premières sources, et voici pourquoi : les noms d'hommes 
mentionnés dans la Bible ont été portés, en grande majorité par 
des Hittites palestiniens, et peuvent, par conséquent, être emprun- 
tés ou hébraïsés. Je mets dans cette catégorie les mots hamathéens 
tnii (ou tninn) et wfci, parce qu'ils sont trop isolés, et je ne m'ar- 
rêterai qu'à ceux dont l'authenticité est garantie par les autres 
sources. Ceux qui connaissent les imperfections de la transcription 
des mots étrangers par l'écriture égyptienne comprendront ma 
répugnance à me lancer dans une œuvre de Tantale, où toutes 
les fantaisies peuvent se donner libre carrière, surtout quand 
on n'est pas égyptologue de métier. J'aime mieux me placer sur 
un terrain solide, où les chances d'erreur se réduisent à bien 
peu de chose. Les transcriptions assyriennes des noms égyptiens 
ou phéniciens se sont toujours montrées d'une exactitude des plus 
scrupuleuses, on peut être sûr à l'avance qu'elles conserveront 
cette précieuse qualité en ce qui concerne les noms hittites. On 
sait déjà que le dépouillement des textes assyriens au profit de 
l'onomastique hittite avait été préparé par M. Sayce, et que ce sa- 
vant s'appuie précisément sur cette liste pour proclamer le non- 
sémitisme des Hittites. Mais nous sommes convaincu que le sa- 
gace orientaliste ne tardera pas à modifier son jugement aussitôt 
que nous lui ferons voir le vice capital de son onomastique, qui est 
de noyer les noms vraiment hittites dans un flot de noms qui ap- 
partiennent à d'autres peuples et à d'autres régions géographiques. 
Tous les peuples de l' Asie-Mineure et de l'Ararat : Van, Naïri, 
Tabal, Mouski, Commagène, Gilicie, Qoui, ont livré les neuf 
dixièmes d'une onomastique qui se qualifie de hittite! On se de- 



RECHERCHES BIBLIQUES 187 

mande ce que tous ces éléments hétérogènes ont à y voir, et Ton 
ne peut s'empêcher de 'penser que l'hypothèse de l'alarodisme des 
Hittites doit son origine à ce tohu-hohu linguistique. J'ai donc 
pensé qu'il est temps de faire œuvre de discernement et d'étudier 
tes noms hittites en eux-mêmes et dans leur milieu naturel. L'o- 
nomastique nouvelle sera de proportions très modestes, mais elle 
aura l'avantage inappréciable d'être scrupuleusement hittite. 

Le pays de Hatti, dans le sens propre du mot, s'étendait depuis 
rilamathène jusqu'aux déclivités sud du Taurus. Le Liban et l'A- 
manus le séparaient de la Phénicie et de la Cilicie, et ses limites, 
du côté de l'est, étaient l'Euphrate et la Palmyrène. Mon analyse 
des noms locaux suivra la direction du sud au nord. 

Le royaume de llamat occupait les deux rives de l'Oronte. Au 
temps de Toutmès III et des Ramessides (du xvn e , ou xn° siècle), 
la forteresse stratégique du pays était Qadesh, située sur le lac du 
même nom. La capitale paraît déjà avoir été Hamath. Il est éga- 
lement vraisemblable que la ville de liibla, souvent mentionnée 
dans la Bible, existait déjà à cette époque. Ces noms portent un 
cachet sémitique des plus frappants. 

Hamath, en cunéiforme Hamatu, en hébreu nan; il répond à 
l'arabe rrçwan, « lieu protégé », de ">»rî, « protéger ». 

Qadesh, c'est l'hébreu, œn'p « (lieu) saint » ; nom porté, comme 
on sait, par plusieurs localités de la Palestine. 

Ribla, en hébreu rtbyi, « terrain fertile » ; comparez ar. bm, 
« être gras et fertile». 

Arantu, « Oronte » ; c'est ainsi que ce nom est orthographié en 
cunéiforme et en hiéroglyphe. On y reconnaît aussitôt le terme sé- 
mitique n:ns, féminin de "pN, « caisse, boîte ». Le fleuve est ainsi 
nommé à cause de la profondeur de son lit. Une formation ana- 
logue se fait aussi jour dans le lim bna de la Moabitide. Comme 
le terme "ps a encore le sens de « bière, cercueil », la légende 
locale de l'époque grecque a fait de ce fleuve le tombeau d'un 
Titan révolté contre les Dieux, et cette conception s'est conservée 
jusqu'à nos jours dans l'appellation arabe ■'itfcwba "!!TO, Nalir- 
el-Açi, « le fleuve du Révolté », bien que les indigènes voient 
actuellement dans cette dénomination une allusion à ce fait que 
l'Oronte coule du sud au nord, contrairement aux autres fleuves 
de la région. Après la mythologie, l'évhémérisme. 

I. 9 inscriptions assyriennes fournissent, en outre, des noms de 
ville très nombreux, que je réunirai ensemble dans l'analyse sui- 
vante : 

Qarqar; c'est l'homonyme de njpifc dans le pays de Galaad 



488 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(Juges, vili, 10); il signifie « décombres, ruines », de "ip^, « démo- 
lir, ruiner ». 

Xuqudina ; c'est, sans aucun doute, l'hébreu û^b, « (lieu de) 
bergers, propriétaires de bestiaux ». On voit, par cet exemple, que 
la désinence du pluriel était en hittite ^t, comme en moabite et 
en araméen, et non pas. ûv, comme en hébreu et en phénicien. 
Par contre, la forme du participe actif était exactement celle de 
l'hébreu, qui a un o dans la première syllabe, au lieu de Va pro- 
pre aux autres langues sœurs. 

AshJiani, en caractères hébreux irnûN. C'est très vraisembla- 
blement une forme contractée de Ashuhani =irnti)N, « lieu des 
cèdres femelles », de rrnBfij, moabite rm:tt, aram. nïthiîn, ass. as- 
liuha, « cèdre femelle ». La désinence \- forme des adjectifs. 
Comparez l'hébreu ïbTj?, "pria et l'araméen tça^ritt, ■prtK, etc. 

Yathabi, c'est-à-dire atr, « lieu bon », de Mai, « être bon ». La 
forme féminine fnrr est le nom d'une station dans l'Arabie Pé- 

t : t 

trée (Deutéronome, x, *7) et d'une ville palestinienne (II Rois, 
xxi, 19). 

Zitânu ; c'est clairement frnt, « endroit d'olives », de rnt « olive ». 
A noter la transition d'un ai primitif en i, qui est aussi très fré- 
quente en Assyrie. Comme nom d'homme, ïrnt se trouve I Chro- 
niques, vu, 10. 

Arâ\ la transcription exacte de ce nom reste douteuse à cause 
de l'impuissance de l'écriture assyrienne à exprimer les sons ïi et y 
qui pouvaient affecter le mot. Toutefois la forme £na serait aussi 
possible. Comparez le nom d'homme hébreu an» (I Chroniques, 
xvn, 38). 

Atinni, probablement « lieu d'ânesses », de fn», « ânesse ». 

Adennu ; c'est, sans nul doute, \rs % « lieu de délices », syno- 
nyme de yiy ma dans la Damascène (Amos, i, 5). 

Bargâ répond exactement à ignîa, « brillant ». Comparez "»5â 
pna, localité judéenne. Le son p est très souvent exprimé par 
a dans les inscriptions cunéiformes. Il faut néanmoins faire re- 
marquer que la lecture Mashgâ est aussi possible. Dans ce 
cas, nous aurions, soit ttîjp», « lieu arrosé », soit rtjç», « erre- 
ment ». 

Argaïiâ, c'est-à-dire "WTfiç, « lieu de tissage », de :dn, « tisser ». 

Kirzou correspond évidemment à iris, tiré d'une racine qui a 
donné naissance au nom de la ville palestinienne tn-O, x°P aJ > (Ma- 
thieu, xi, 21). 

Çubitu est le représentant parfait de l'hébreu î-j35fc, dont le 



RECHERCHES BIBLIQUES 189 

territoire est souvent mentionné dans la Bible avec le titre de tna 

T- * 

Le nom rtafc est contracté de tinns, féminin de ah£, « jaune, 
doré. » 

Iabrudu, en caractères sémitiques Tha*, de " I ^?> pl« b* 1 ??^' c< Da ' 
riolé, tacheté ». Le nom labrud s'est conservé sans changement 
jusqu'à nos jours. 

Ashtamaku, forme iftaal de la racine -pûb ou "pb, « appuyer ». 
Cette forme verbale, inusitée en hébreu et en araméen, s'est con- 
servée dans le verbe dnnbîi de l'inscription de Mêsha, roi de Moab ; 
elle est d'un emploi fréquent en assyrien et dans les langues sémi- 
tiques méridionales. 

Les noms précédents sont formés d'un seul élément, ceux qui 
suivent sont des mots composés : 

Qar-Dadda, forme contractée de WT"!]?, « ville du dieu Ha- 
dad ». L'habitude des occidentaux de prononcer T5 pour ttïi est 
formellement attestée par les Assyriens et vérifiée par des 
formes telles que Trba, rra etc., qui se substituent à "nrrba et 

Halarikka; la comparaison avec la forme hébraïque ^"Vin fait 
présumer que l'orthographe primitive du nom était "plnn, c'est-à- 
dire 'spj'nn, « le dieu Hat a foulé ». Cela fait évidemment allusion 
soit à une apparition locale du dieu hittite éponyme Hat, soit à une 
défaite infligée censément par lui à des ennemis. Pour ce dernier 
sens de "p"], voyez Isaïe, lxiii, 3. 

Ellitarbi, à diviser probablement en Ellit-arbi, c'est-à-dire -nb* 
n-s, « chambre d'embuscade ». Le terme nb* se trouve dans les 
inscriptions de Sidon et est très usité en araméen. 

Pioname s'analyse visiblement Pu-mame. La physionomie as- 
syriennne de ce nom est très frappante. Il signifie « bouche des 
eaux ». En hébreu, on dirait drçpB. On peut, cependant, diviser 
Puma-me = Tg-ûw. Le sens de l'ensemble n'en sera pas changé, 
mais on aura une forme différente. La forme ûid est notoirement 
commune à l'araméen et à l'arabe. 

Parmi les montagnes de l'IIamathône, on relève : 

Libnana, héb. ^ab, « montagne blanche, Liban ». 

A, natta. Je pense, avec M. Delitzsch, que ce n'est pas une va- 
riante du nom de Hamath. Malgré la qualification de mat, « pays », 
j'incline à y voir le nom sémitique de l'Antiliban, ï-jjns (Cantique, 
iv, 8), nom qui est aussi celui d'un fleuve de Damas. Amattu est 
pour Amanta. Le roi de Hamath possédait souvent une grande 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

partie de l'Antiliban ; de là, sa qualification de roi iVAmatta. Le 

terme nr:s vient de ïfctf, « Atre solide, ferme ». 

Hasa ; on y reconnaît un dérivé de la racine ^on, « s'abriter, se 
réfugier», d'où aussi la ville palestinienne nçh (Josué, xix, 29). 
Un nom d'homme nçn est consigné dans I Chroniques, xxvi, 30. 

Soué; on y distingue l'hébreu nji», « égal, uni ». 

Sait; c'est, à ne pas s'y méprendre, an©, « vide, illusoire ». 

Baliçapnna, sans aucun doute ïs£"b:?s, « Baal du nord », dieu 
phénicien synonyme d'une ville située aux confins est de l'Egypte 
(Exode, xiv, 2). 

Sarbua, probablement iano, de ano, « heurter, résister ». Néan- 
moins, les transcriptions is-rô, « lieu brûlé », isnrâ, « lieu dessé- 
ché », sont strictement possibles. 

Les textes assyriens font mention de trois rois hamathéens; 
leurs noms sont : 

Inili, le phénicien bfitt* , qui figure sur une monnaie de Byblos 
et qui signifie « œil d'El ». 

laubïdu ou EttbVdu; c'est W1^ ou W-ba, « Iaou ou El du 
loin (?) ». Sur une intaille sémitique on lit n^mn. 

Irlmleni ou Irhulena. On y reconnaît aussitôt ibfcrrvT, « le dieu 
Iarh (ou Lunus) est notre dieu (ou notre force) ». Comparez la di- 
vinité palmyréenne b'*nm\ iaptp^oî, dont le nom se compose de rrp 
et de b"n, c'est-à-dire b?n. Des compositions analogues se retrou- 
vent chez les autres Sémites. A noter l'apocope du a de ba ; c'est 
aussi souvent le cas en palmyrénien ; ex. Œttttîb, pour ©EnûbN. 

Au nord de l'Hamathène, la région arrosée à la fois par le cours 
inférieur de l'Oronte, par l'Ifrin et par le Kara-sou, formait an- 
ciennement un royaume puissant dont le nom, écrit en cunéiforme, 
peut se lire aussi bien Patin que Hattin. La plupart des assyrio- 
logues admettent la première lecture en rappelant la province 
de Batnae, que Ptolémée place dans cette région. Je crois que 
c'est une erreur : Batnae répond à fas avec a, et signifie « ventre, 
intérieur » ; le vocable cunéiforme, au contraire, renferme un n, 
comme le prouve l'orthographe analytique lia-li-in. Je préfère 
donc l'autre lecture. Ce nom sera expliqué en tête des autres noms 
de ville que les textes assyriens nous font connaître dans cette 
contrée : 

Hattin, probablement un nom ethnique au pluriel, tiré du nom 
de la divinité nationale Hat. C'est donc une forme contractée de 
Hatti-in, en hébreu a^nn ou ù^nn, abrégé en tnmn «Hittites». 
Si la lecture Patin était garantie, on y devrait voir un dérivé de 



RECHERCHES BIBLIQUES 101 

tna, « se disputer (arabe) », ou bien le pluriel de ftfts ,"pn»s, liéb. 
Dtnd, a confins, extrémités ». 

Ilazazi; c'est la ville de î»TJ, Azàz. Le mot signifie « fort», 
racine ït*. On sait que les Assyriens expriment parfois v par h. 

Kuiiulua ou Kinilia ; ce nom, que les alarodisants montrent 
comme le spécimen le plus évident de non-sémitisme, se reconnaît 
avec certitude comme représentant la composition ibir'j'.s ou 15 
ibar, « fermeté de Dieu ». Ecrit d'après la prononciation populaire 
rendue par les Assyriens, c'est-à-dire "îb&S, ce nom a bien des 
chances d'être le type du nom de "rsbs, ville citée par Isaïe entre 
Karkemish, d'une part, Arpad et Hamath, d'autre part (x, 9). 
Amos orthographie ce nom tt$b;s* et le mentionne avant Hamath 
(vi, 2). Ézéchiel le contracte en iijfâ. La métathèse, ainsi que la 
contraction subie par ce nom dans la bouche des Hébreux, s'ex- 
plique très naturellement par la difficulté de prononcer le groupe 
b:. Faisons toutefois remarquer que naba pourrait bien représenter 
la ville de Kullani mentionnée dans les textes assyriens, si sa 
situation géographique comme cité syrienne était bien constatée. 
Dans ce cas, on aurait un dérivé de la racine bba. Le pre- 
mier élément de ce mot composé, 'pS, constitue à lui seul le nom 
d'une ville du royaume de iiate (I Chroniques, xvm, 8). 

Aribua\ on songe aussitôt à iina, parallèle au nom de la ville 
judéenne ah» (Josué, xv, 51), « guet, embuscade ». La racine an» 
a déjà été relevée dans la ville hamathéenne Ellitarbl. 

Aliçir; c'est visiblement "rç-b*, « le très haut est un rocher ». 
En hébreu, on a un nom d'homme de formation analogue : -nsr*b&i, 
« El est un rocher ». 11 se peut même que le nom hittite dont il 
s'agit soit absolument identique avec celui-ci, et qu'il faille le 
transcrire "tifc-ba, avec un aleph. 

Nulia; c'est, selon toutes les vraisemblances, une forme con- 
tractée de ^bït), « lieu où l'on conduit les troupeaux ». C'est le qal 
de la racine b-;, qui n'est usitée qu'à la seconde forme verbale en 
hébreu : b-:- Un point à noter : le participe passif avait, en hittite, 
la forme hébréo-phénicienne bir;:, et non pas celle de l'araméo- 
assyrion b"*-:, riil. 

Butamt ; il se transcrit, sans nul doute, fma, « lieu où l'on reste 
la nuit », de ma « passer la nuit », racine dont vient notoirement 
le vocable sémitique n^a, « maison ». Il est permis de penser que 



1 M. Delitzsch identifie ftjbS avec le lieu nommé Koullan/tuu, u eix mille anglais 
d'Arpad. .Honore quelle est l'orthographe urahe de ce nom. 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'hébreu postérieur "jrna (Esther, i, 5) n'est pas autre chose que le 
double de ce terme hittite. 

Parmi les montagnes du Ilattin, je trouve mentionnées les sui- 
vantes : 

Ilamurga = lîaurga ; c'est probablement vin, « saillie, sortie », 
de ann, ar. ann, « sortir ». 

Munzigani ; ce mot rappelle singulièrement le nom d'arbre 
assyrien mussuqân, qui semble désigner une espèce d'olivier 1 . 
Comparez l'hébreu postérieur pott, « arracher les olives ». J'in- 
cline même à penser que le nom de ptoft^, en assyrien Dimashqi, 
en syriaque ptoail, signifie « demeure des oliviers », au lieu de 
signifier, comme quelques-uns l'ont conjecturé, « demeure de 
l'arrosage » de ripu: « arroser ». 

laraqu ; ici nul doute possible : c'est l'hébreu ph^ « vert ». 

la tari, en caractères hébreux injn, « fertile, abondant en pro- 
duits », de nn*(rt), « multiplier, rendre abondant (Ezéchiel, xxxv, 
13) », d'où aussi rnn*, « abondance ». Ce nom n'a rien de commun 
avec nwj (Genèse, xxv, 15). 

Saratini, probablement yro'ito, <( allongements, étendues », de 
snto « s'allonger ». 

Girpâni, adjectif tiré de tpa «entraîner»; il signifie visible- 
ment « mont aux torrents rapides et entraînants ». tç'n} est formé 
comme fnttt /Tf?H /T?p.\ etc. 

En dehors de l'Oronte, le Hattin était arrosé par plusieurs cours 
d'eau assez considérables, mais je n'ai constaté que la mention 
des deux fleuves suivants : 

Apre, le Ifrin de nos jours ; c'est simplement un dérivé 'de ns^, 
« poussière, boue ». Il y a là une allusion évidente à la nature 
boueuse de ses eaux. L'orthographe arabe moderne du mot con- 
serve encore le v initial : "pn^. 

Saluara ; c'est ainsi qu'est écrit le nom du fleuve qu'on nomme 
aujourd'hui Kara-sou, « eau noire ». L'interprétation de l'ancien 
nom est rendue difficile à cause de sa forme visiblement contracte. 
Il est d'ailleurs très possible que ce nom appartienne au dialecte 
parlé par les habitants de l'Amanus, montagne qui donne naissance 
au Kara-sou. 

Les textes assyriens mentionnent aussi quelques noms portés 
par les rois de Hattin. Ce sont : 

Lubama ou Lïbama, forme évidemment composée de trois 

1 D'après M. Eb. Schrader, ce serait le palmier, mais cet arbre ne croît pas sur les 
montagnes. 



RECHERCHES BIBLIQUES 193 

éléments : lu ou li, simplification de ba, c< dieu », bay % ou bur, qui 
est le masculin de l'hébreu r>yz, « forteresse », le suffixe possessif 
de la première personne, pluriel J-, « notre ». Le groupe unifié 
•;-nb n) signifie par conséquent « El est notre forteresse », sens fort 
rapproché du nom d'homme hébreu Ti^b» précédemment cité. 

Sapalulme: il rappelle le roi des Kheta, Saplel, que mention- 
nent les inscriptions égyptiennes. On a voulu voir dans ce dernier 
un nom composé avec ba et parallèle à l'autre nom royal hittite 
que les hiéroglyphes figurent par les consonnes m, t, n, r, c'est-à- 
dire : btrfàtt, « don d'El », tout pareil à mph, « don de Iahwé ». 
Mais la forme sapalul conservée par les Assyriens ruine cette 
hypothèse. En réalité, il doit y avoir un mot simple, savoir le 
syriaque b^bso, « aristoloche ». Ce nom a été aussi porté par un 
roi d'Édesse. Cela établi, le nom Sapalulme se montre distincte- 
ment comme représentant la composition ^fc-bibôD, « aristoloche 
des eaux ». Le terme ■*», pour « eau » en hittite, a déjà été cons- 
taté dans Fumante. 

Au nord-ouest du Hattin, vers les sources de l'Ifrin et du 
Kara-sou, était situé le canton de Iahan ou Ahan, qui rappelle le 
nom hébreu J:n appliqué à fy ville également située à l'extrémité 
nord de la Palestine (II Samuel, xxiv, 6). 

Le roi de ce canton, au temps d'Assurnaçirpal, s'appelait Agusi 
ou Gusi. On a ici, si je ne me trompe, un dérivé de ©p*, « être tor- 
tueux » ; c'est quelque chose comme rcp*. En hébreu, on connaît 
un nom d'homme «j&j (II Samuel, xxm , 26). Le fils d'Agusi se 
nommait Arami. Il est difficile de déterminer la nature exacte de 
la première radicale de ce nom. Cependant le nom d'homme ûn« 
(Genèse, xxn, 21) milite en faveur d'un n initial. 

Au sud-est du Hattin on trouve, dans les textes assyriens, les 
deux noms suivants, qui appartenaient peut-être à des princi- 
pautés séparées : 

Arpadcla ; c'est le iDnx de la Bible, terme dérivé de la racine 
Tsn, « paver, étendre ». 

Halman; le rapprochement du nom de la ville actuelle deffalet 
ou Alep n'est pas bien frappant. Il faut, en tout cas, y voir un dé- 
rive* de ûbn, qui signifie en arabe « être solide ». Le sémitisme de 
ces deux noms n'a jamais été sérieusement contesté. 

A l'est du Hattin se trouvait le royaume «le Karkemish, à proxi- 
mité de L'Euphrate. Nous analyserons ci-après les noms propres 
cités par les textes assyriens comme appartenant à ce pays : 
Karhamisha (hiéroglyphes) ou Qargamisha (cunéiformes) ; 

T. XV, n° 30. 13 



]'.», UKXVE DKS KTUDES JUIVKS 

c'est l'ancien nom de la capitale, le nom actuel Djerâbis vient 
du grec 'ûpowoc. En hébreu on rencontre l'orthographe ttprçpç-is. 
La forme indigène paraît avoir été Garkamish. Le premier élé- 
ment est le sémitique commun ip_, «ville, citadelle », le second 
rappelle l'assyrien Kemashu, « plomb » ; le tout semble donc si- 
gnifier « demeure (ou lieu) du plomb ». Le targum traduit rnçb 
par îWTps^s (Job, xix, 24). Cela remet en souvenir le Madinet- 
er-reçâç des Arabes. 

Sagura ; c'est le fleuve de Karkemish, aujourd'hui Sadjour. Il 
vient de nais, « envoyer, jeter, lancer», synonyme de nbra, d'où 

Sazabe, nom de bourgade; il signifie « salut, refuge », de 3r«J, 
« sauver ». Le nom ancien s'est conservé chez les Syriens sous la 
forme im© (Delitzsch). 

Araziqi, ville identique avec l'Eragiza ou Erasiga de Ptolémée. 
Chez les rabbins «Tan». Cette dernière forme répond exactement 
à l'hébreu îintf, « caisse, boîte » ; la seconde forme offre une mé- 
tathèse qui est constatée en Babylonie et dont il existe dans le 
Talmud le verbe ^nn ou pnrr, « enfermer ». Cette prononciation 
était déjà celle des Assyriens. Quant au sens, il est analogue à 
celui du nom de FOronte, expliqué ci-dessus. 

Pitru. On identifie d'ordinaire cette ville avec nins, la ville de 
Balaam (Nombres, xxn, 15), mais il est douteux que la seconde 
lettre radicale soit un n. J'incline à croire qu'il s'agit de nas, héb. 
las, « ouverture, début ». Elle formait la porte d'entrée ou, comme 
le disaient les Assyriens, le nerïïu (SV-!) du pays de Hatti pour 
ceux qui venaient de Mésopotamie. Elle était située sur le Sad- 
jour. 

Bishru ou Bisuru, nom de montagne ; aujourd'hui Tell-Basher 
(Sayce). On y reconnaît la racine n^a, « annoncer », faisant allu- 
sion aux vigies qu'on y établissait en temps de guerre. 

Les annales assyriennes nous ont transmis deux noms royaux 
de Karkemish: 

Sangara ; on l'a déjà comparé à lilttttJ, juge d'Israël (Juges, m, 
31). Il se peut néanmoins que ce soit un autre dérivé du verbe 1W, 

SOit : *15!23 

T - * 

Pisiri, le fils du précédent. Le nom est visiblement déduit de 
nûîD, « expliquer ». Ce nom est parfois suivi du signe iç ou gish, 
qui signifie « bois ». Un composé y^-ntos, faisant allusion à l'in- 
terprétation omineuse fournie par les bâtonnets de sort (cf. Hosée, 
iv, 12) à la naissance du prince, ne serait, en aucune façon, sur- 



RECHERCHES BIBLIQUES \[C 

prenant chez un ancien peuple ; mais l'existence même de ce 
signe n'est pas encore tout à fait garantie. 

Au nord du territoire de Karkemisch était situé le puissant 
royaume de Bit-Adini. Ce royaume s'étendait sur les deux rives de 
l'Euphrate. Les Assyriens avaient essuyé de longues résistances 
dans ce pays, et les noms propres qu'ils en rapportent sont d'une 
haute importance. Pour ne pas rompre l'ordre géographique, nous 
analyserons d'abord les noms des villes qui étaient situées en-deçà 
de l'Euphrate : 

Bit-Adini, nom du royaume, signifiant « maison d'Adini», et se 

rattachant à Adini, le fondateui de la dynastie nouvelle, si hostile 

aux Assyriens. C'est le JJJ-oa des Hébreux (II Rois, xix, 12). La 

variante hébraïque montre que le mot bit n'est pas une addition 

rienne. mais un élément primitif et indigène. 

Mabashere, « ville de l'annonciateur », héb. -îtentt. La racine 
"•:: a été déjà constatée, plus haut, dans le nom de montagne 
Bislrru. 

Dabigu ; c'est, sans nul doute, l'équivalent de l'hébreu ps 1 ^ 
«joint, attaché ». Cette ville est appelée bïrtu sha mat Ilatti, « la 
citadelle du pays des Hatti ». Les géographes arabes mentionnent 
aussi le bourg de Dâbiq, sis aux sources du Kuvek. 

Dummete ou Dummulu, « silence solitude, attente », de ûjq% 
« être silencieux, isolé ; attendre ». 

Açmu, « force, solidité », au propre « os » ; comparez l'hébreu 
z^;-, qui constitue aussi un nom de ville (Josué, xix, 3). 

', très probablement ■pnnsj, « petit mur », diminutif de 
";Vw, « mur ». Le diminutif en jv se constate dans les noms hébreux 
tels que jbaj, « petite demeure », li'i"-9> (( petit soleil » ; il est en- 
core plus usité en araméen. 

Shitamrat ; la forme représente un substantif féminin dérivé 
de la racine n?:c, « garder », à l'iftaal ; elle signifie donc « ville 
gardée, protégée », à l'instar de la rrr^y: des Arabes. 

Plus importants encore sont les deux noms de ville suivants, 
qui révèlent des idées mythologiques sur la divinité nationale : 

Hai-ripa ; c'est ainsi qu'il faut lire et décomposer le groupe 
qu'un transcrit ordinairement Paripa. On sait que le signe pa 
a aussi la valeur hat. Le nom signifie : « le dieu Hat a guéri » ou, 
peut-être, « Hat, guéris ! »; c'est l'analogue du nom palmyrônien 
n:— z, contracté de RVrt'U, « Bol (= Baal, a guéri ». En carac- 
tères sémitiques : N™r- OU KÇVnn. 

Hat-gar-ri<lLbn,ii\ il faut lire et analyser ainsi ce groupe, que 
les assyriologues ont l'habitude de rendre par Pagarruhbunt. Le 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sémitisme de ce mot méconnu s'impose avec une évidence irrésis- 
tible. En caractères hébreux, il représente le composé *i£"nn 
•jnrrr, « le dieu liât est notre citadelle vaste » l . Les premiers élé- 
ments nn et np sont déjà connus ; nnn est l'hébreu nnh, « largeur, 
ampleur » ; i est le suffixe possessif de la première personne au 
pluriel; en hébreu «, en phénicien *;. L'expression « citadelle de 
notre ampleur », à la place de « notre citadelle ample ou vaste », 
est celle que l'on rencontre d'innombrables fois dans la Bible, elle 
constitue un idiotisme inimitable dans toute autre famille linguis- 
tique. Pour le sens, l'image d'une citadelle ou d'une demeure 
vaste, héb. nrra, symbolise la sécurité, la commodité, le bien-être 
et est opposée au lieu étroit, héb. ntttt, qui représente la souf- 
rance, la détresse, la misère. 

Les rois de ce pays qui sont mentionnés dans les documents as- 
syriens sont : 

Admi, le fondateur de la dynastie ; il représente le mot hébreu 
•p*, « délice ». Son fils est : 

Ahuni, visiblement 'pm, « petit frère », diminutif de mn, « frère ». 
•pria, tfinriN, est un nom fréquent chez les Syriens. 

Girparuda, à diviser en Tis—ia, « hôte (= héb. na) du dieu Pa- 
rud ». Comparez les noms phéniciens 'pona,- mnrasna, ainsi que 
le nom Giridadi = Tima, porté par un roi de Ashaya. Le nom 
divin Tis est nouveau et paraît signifier « séparé, distingué ». La 
racine tib donne naissance en hébreu à *ns), « mulet », en araméen 
à arm?» « colombe ». Peut-être s'agit-il d'une divinité zoomorphe. 
Au lieu de Gir-Paruda, on trouve aussi Gar-Parunda. 

Nous avons maintenant atteint l'extrémité nord des pays sé- 
mitiques sur la rive occidentale de l'Euphrate, formée par la pe- 
tite principauté de Shabari avec sa capitale Shubarle, c'est-à- 
dire ^igç et nnnp, noms qui viennent l'un et l'autre de -nus, 
« rompre, briser », faisant allusion à l'apparence déchiquetée et 
déchirée du territoire. Il se peut toutefois que nous soyons en pré- 
sence de la racine nno ou nab, « attendre, s'arrêter ». 

Au-delà, s'étendait la région montagneuse des Urumaya ou Ar- 
maya, nom qui a laissé trace dans YUrima de Ptolémée, aujour- 
d'hui Roum-Qalèssi, et donnant entrée dans la Commagène, le 
Kummuh des Assyriens. Les habitants de ces deux pays étaient- 
ils des Sémites, ou bien ont-ils appartenu, ainsi que le mat- 
Gamgum (le sto des Hébreux) et le Milid ou la Mélitène, à la 

1 On voit que l'idée fondamentale du célèbre cantique des premiers Protestants : 
Eine feste Burg ist unser Gott, se trouve déjà chez les Hittite». 



RECHERCHES BIRLIQUES 197 

race non-sémitique et non-aryenne qui peuplait le Naïri ou l'Ar- 
ménie préiranienne ? Nous ne saurions rien affirmer dans l'état 
actuel de nos connaissances. Faisons toutefois remarquer que la 
Commagène est souvent comprise dans le pays de Hatti ou de 
Syrie, c'est aussi le cas dans les tables de Ptolémée. Le sémitisme 
de la Commagène deviendrait assez probable, si le nom ancien de 
ce pays Kummuh (ou Kuwwuh) pouvait être identifié avec le 
rip des Hébreux. 

Au point de vue des populations sémitiques limitrophes, toute 
cette zone géographique composée des hauts plateaux du Taurus, 
qui allait de l'Amanus à l'Euphrate, formait une frontière naturelle 
et aussi tranchée que celle que présentait l'Egypte à l'ouest ; et voilà 
pourquoi elle portait, chez ces populations hittites, le nom de Mnçri, 
qui est notoirement la désignation sémitique commune de la vallée 
du Nil. Les gens de Muçri qui amènent l'éléphant indien à titre 
de cadeau au roi assyrien Salmanassar, sur l'obélisque du JBritish 
Muséum, n'étaient nullement des Égyptiens, comme le soutien- 
nent quelques assyriologues, mais les voisins immédiats des Hit- 
tites dans la région du Taurus. Cela résulte indubitablement de la 
chaussure retroussée du conducteur, car l'habitude de porter cette 
sorte de chaussure est le trait caractéristique des populations de 
la haute Syrie et de l'Asie-Mineure. 

Nous passons finalement à la rive gauche ou orientale de l'Eu- 
phrate, en face de Urumaya, où ce fleuve prend subitement une 
direction presque perpendiculaire du nord au sud, pour longer 
les territoires hittites. Ce coin de la Mésopotamie supérieure est 
appelé hinqi ou masnaqli sha Purali, « les gorges ou les détroits 
de l'Euphrate ». Au temps de Tiglatpileser II, on y mentionne la 
ville TU Ashshari, « colline d'Assour », dans la Bible nrâbn. Il 
portait aussi les noms également assyriens de Mihranu « avance- 
ment », et Pitanu, « ouverture ». Antérieurement, ce pays faisait 
partie de Bit-Adini. 

Non loin de là, vers le nord-est, on signale deux districts d'une 
certaine importance : 

L'un est Tul (Til)-Abni, c'est-à-dire : pirbn, « monceau de 
pierres ». 

L'autre est : Bit-Çammani, probablement le môme que Bit- 
Çemmeni, qui produisait de bon vin. La prononciation exacte de 
ce nom parait avoir été BU-Cawwani et BU-Çno/ceni, avec w au 
lieu de m. On y distingue le sens de « maison do granit ou de silex 
(cf. ar. fÉtUt] ». Comparez le nom syriaque d'un couvent ghassa- 
nide j6n rrm n-^i, « couvent de la maison de sable ». 



198 HKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Enregistrons ici, en passant, le mont Arnabani ou Aranabani 
dont le site est incertain. Il signifie « lieu de lièvre », "priN, de 
n:nx, « lièvre » ; il était célèbre pour ses vignobles. 

Dans la partie transeuphratique du royaume d'Ahuni, on 
relève : 

Til-Barsip, « colline de Borsippa », nom purement babylonien, 
qui atteste l'influence de la Babylonie dans cette contrée antérieu- 
rement au développement de la puissance assyrienne. 

Kapri Dargilâ, c'est-à-dire ^a-jn'i ^P5, « village de la montée 
de dieu ». Cf. la û^ttbfirrtfaa des Hébreux. 

Ltialtite, à transcrire nabab, redoublement de riab, qui, en 
arabe, signifie « vache sauvage ». L'assyrien luu, pour liCu, est 
synonyme de alpu, héb. t)bs, « bœuf». 

Muthinu ; c'est-à-dire )^m ou *jpntt, « placé, affermi », forme 
hophal de pn ou fpn. 

Bur-Mar'wia, en caractères hébreux gnfc-ig, « citadelle de 
notre seigneur, » ou plutôt « notre seigneur est une citadelle ». 
C'est la même idée que celle qu'on a dans prrr-n-nn que nous 
avons expliqué plus haut. 

Aligu ou Alligi, vocable d'une physionomie babylonienne : al- 
ligi, « ville de prises ». Les vainqueurs assyriens ont changé ce 
nom honorifique en un sobriquet méprisant : Açbat-la-hunn, «j'ai 
pris ou enlevé votre gloire (la est abrégé de ella) ». 

Nappigi, forme également assyrienne pour na'piqi, « lieu de 
sources vives, de torrents » ; cf. héb. p^DH, « source ». 

Raguliti ; ce nom semble aussi signifier « source, eau cou- 
lante » ; comparez la localité de Galaad nommée û^bjn. 

Kap-rabi, composé des plus clairs, 3n"£|&, et signifiant soit 
« rocher grand », si t|S est pour C]S (Delitzsch) ; soit, et cela parait 
plus vraisemblable, « main grande » ; la montagne ressemblait 
quelque peu, on peut le supposer, à la paume de la main. 

Entre l'Euphrate et l'Hermus (harmish = tëtolFi, « faux, fau- 
cille »),"on constate l'existence de plusieurs principautés, dont 
quelques-unes occupaient les deux rives de l'Euphrate. Les plus 
considérables d'entre elles sont : 

Siihu. M. Delitzsch l'a identifié avec rmâ, lune des tribus Qatu- 
réennes mentionnées dans Genèse, xxiv, 2, à laquelle apparte- 
nait aussi Tibia, l'ami de Job (Job, n, 11). La situation si éloignée 
de ce pays relativement à la province iduméenne de y**, pays 
natif de Job, rend cette identification peu probable. Je suis d'a- 
vis que Suhu répond plutôt au yiw d'Ézéchiel (xxm, 23), nommé 



HKCHEUCHES BIBLIQIKS W 

avant ce yip dans lequel nous croyons trouver (voir plus haut) la 
dénomination hébraïque de Kummuh ou de la Commagène. 

Surit, une ville de Suhu ; c'est le wNnno des Syriens, dont le nom 
subsiste de nos jours sous la forme de Sourïa, rrmo. La racine 
en est visiblement -no, « écarter ». 

JHt-IIalupe, tjbrrma, « maison du lieu de passage ». 

SirfU, c est-à-dire ^pb, «lien, attachement », l'hébreu ^i-b- 
'>/•/, iMt, « amoncellement, tas », de -Dit. 

Nàharabanx x fënMi forme purement assyrienne. Le mot semble 
signifier « lieu propice », de harabu, « bénir, être favorable ». 

HlnVani , c'est-à-dire taîrj , « lieu de blé », de ttijati = naain, 
« froment ». 

Haridi = Tir?, « lieu delà source bouillonnante et agitée ». 
Comparez la localité transjordanique *nn ^a? (Juges, vu, 1), d'où 
le nom ethnique +fih (II Samuel, xxm, 25). 

J5*Y Sabaya, probablement ^ato-rra, « maison des anciens », de 
afe, ara m, kbd, « vieux ». 

Dans le voisinage du Habour, le nhn (« associant ») des Hé- 
breux, se trouvent : 

Dur-qum-limi, forme assyrienne des plus claires et signifiant 
« citadelle siège du limmou ou archonte annuel ». 

QaVni, fç^, « petit », héb. ■jbp. 

Shadiqanni, à diviser en shadi-qanni, « mont des cannes ou du 
jonc », composé assyrien. 

Kipina, )z 3, héb. tTB», « rochers ». 

Harranu ; le nom de cette ville célèbre de la Mésopotamie su- 
périeure, qui formait le dernier refuge du paganisme araméen, 
est certainement d'origine assyrienne et signifie « route, chemin ». 
On sait que la ville d'Assur portait en même temps le nom de 
Ilarran. 

Plus loin, vers l'est," est situé le territoire de Izalla, écrit aussi 
Azal et Zal ; on y constate la racine bïK, « marcher, passer». Ce 
nom est mentionné par Amien Marcellin dans l'histoire de l'empe- 
reur Julien. 

La capitale de Izalla est Naçibina, la Nisibis des géographes 
romains, le 7:^: des talmudistes et des Syriens. Le mot signifie 
« plantes ». 

Parmi les rois de ces divers territoires, nous nous contenterons 
de relever : 

ffapin, roi de Tul-Abni. En caractères hébreux "{sri, «empoi- 
gnant », analogue au nom biblique ■•rsn, 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Azi-Uu, roi de Laqe (r. npb) ; naturellement b«"Y*, « El est fort ». 

Hinti-ilu, fils du précédent, probablement bfcrrtari, « protection 
d'El », de ^:n, « protéger ». 

Ahi-yababa = arp-irr», « frère du cri », cf. l'hébreu nsn, « crier, 
gémir ». Ce roi a été appelé de Bit-Adini pour prendre le gouver- 
nement de Bit-IIaloupé. 

Sadiulii, roi de Suhu. C'est l'hébreu Ttttô, « dépouillé, saccagé ». 

Ammi-Ba'al, roi de Bit-Çamani. C'est l'hébréo-phénicien 
^|W, « peuple de Baal », ou peut-être « mon parent est Baal ». 

A/ii-ramit, roi d'Izalla ; c'est clairement ûnna, « frère du très 
haut », dont l'abrégé d"pn a été porté par le célèbre roi de Tyr, 
contemporain de David et de Salomon. 

Nous nous arrêterons au bord de l'Assyrie propre, dont il est 
inutile de dépasser les limites. La nomenclature géographique que 
nous venons d'étudier permet d'affirmer en bloc que le territoire 
des Sémites septentrionaux a été, depuis les temps historiques, 
confiné au versant méridional du Taurus et de son prolongement 
occidental, le mont Amanus. Au-delà de cette barrière naturelle, 
on ne trouve pas la moindre trace d'établissements sémitiques 
dans le vrai sens du mot, car les noms assyriens imposés par les 
conquérants à certaines villes de l'Arménie et de l'Asie-Mineure 
n'ont rien de commun avec une véritable fondation. Ces noms 
n'ont d'ailleurs pas tardé à disparaître après le départ de la gar- 
nison ninivite et n'ont pas laissé de souvenir dans le pays. Ce 
résultat négatif ne laisse pas d'avoir quelque utilité au point 
de vue de l'exégèse biblique. Un bon nombre d'exégètes mo- 
dernes persistent à considérer Loud fils de Sem comme l'ancêtre 
mythique de la Lydie. Ils s'appuient sur la légende indigène 
d'après laquelle Lydos était fils de Bélos, mais cette légende est 
certainement postérieure au règne de Gygès, pendant lequel les 
rapports entre l'Assyrie et la Lydie furent établis pour la première 
fois. L'essai fait par Lassen d'expliquer les mots lydiens par les 
langues sémitiques a complètement échoué, et il ne reste en faveur 
de son hypothèse que l'assonnance extérieure des noms ; or, ces 
sortes de rencontres fortuites sont trop fréquentes pour qu'on 
puisse leur attribuer la moindre valeur, quand des considérations 
géographiques s'opposent à leur identification. 

Mais, de même que les Sémites n'ont jamais entamé sérieuse- 
ment les régions au delà du Taurus, de même les races de l'Asie- 
Mineure n'ont jamais réussi à s'établir définitivement dans les 
pays sémitiques pendant l'antiquité historique qui nous est accès- 



RECHERCHES BIBLIQUES 201 

sible. Tous les termes géographiques qui nous viennent de cette 
période portent un cachet sémitique, lors même qu'il nous est 
impossible d'en préciser la signification. L'interprétation par le 
sumérien de noms tels que Habur, Pur ai et Harraa est défi- 
nitivement abandonnée, grâce au discrédit général dans lequel le 
sumérisme ou l'accadisme est tombé en Allemagne. Le sumérien 
écarté, il ne reste pas le moindre indice de l'existence, dans ces 
contrées, d'une forme linguistique autre que celle que nous nom- 
mons sémitique. Il y a plus, à la suite des noms propres précédem- 
ment examinés, on voit se dessiner assez distinctement des varié- 
tés dialectales, suivant les régions dans lesquelles nous pouvons 
les constater. A ce point de vue, les noms propres de l'Hamathène 
ne se distinguent guère de ce que les monuments phéniciens nous 
fournissent ou nous permettent de supposer. Au contraire, la 
nomenclature des pays hittites a une physionomie particulière. 
ïm trait caractéristique en est l'apparition du dieu national Hat 
dans les noms composés, formation qu'on ne constate nulle part 
ailleurs. Le dieu Paruda est aussi unique dans son genre. Enfin, 
le dialecte de la Mésopotamie nous apparaît fortement mêlé avec 
l'assyrien, tandis que les noms royaux conservent un cachet phé- 
nicien indéniable. 

Le résultat positif de ce travail se résume en ceci : les peuples 
sémitiques établis entre l'Oronte et le Tigre supérieur parlaient 
des idiomes phéniciens et non des idiomes araméens, comme on 
l'a cru jusqu'à présent. J'ai toujours soutenu que les Araméens 
étaient une race méridionale vivant depuis le sud de la Babylonie 
jusqu'aux confins de l'Hidjàz. L'existence de nombreuses tribus 
araméennes en Arabie a été prouvée par les découvertes épigra- 
phiques faites à Teima et à Egra. Il est vrai que plusieurs savants 
hésitent encore à renoncer à l'opinion traditionnelle qui voit dans 
la Mésopotamie le pays araméen par excellence, mais les présentes 
recherches contribueront, je l'espère, à faire cesser toutes les 
hésitations à cet égard. Durant l'époque assyro-babylonienne, les 
Sémites de l'Hamathène, du llatti et de la Mésopotamie parlaient 
des dialectes phéniciens. Quant à l'araméen, on ne le constate 
anciennement que dans le royaume de Damas et la province adja- 
cente du Ilaouran. Son extension dans la Syrie septentrionale est 
due aux transportions dans ces contrées d'innombrables tribus 
araméennes enlevées par les rois assyriens à la Chaldée et à l'A- 
rabie septentrionale. A cette classification des langues sémitiques 
du nord correspond exactement la division ethnographique du 
dixième chapitre de la Genèse. Pour l'auteur hébreu, Ilamâth et 
Ilèth sont les fils de Ghanaan, c'est-à-dire des nationalités plié- 



908 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tiiciennes, tandis que la Mésopotamie est un prolongement de 
l'Assyrie. Cette équivalence se manifeste aussi dans le récit de la 
tra importation des Israélites, où l'énoncé général : « il les trans- 
porta en Assyrie », est expliqué en détail par les mots : « il les 
établit à llalah, sur le Habour et en Gôzân (II Rois, xvn, 6. » Les 
Septante ont commis une grave erreur en traduisant le terme géo- 
graphique hébreu Aram Naharaïm, « Aram des deux fleuves », 
par Mésopotamie, désignation purement grecque et inconnue 
avant Alexandre. L'auteur hébreu a certainement eu en vue la 
région située entre le Chrysorhoas ou Amana, fleuve de Damas 
et l'Euphrate, puisque il place la ville de Hârân, habitée par 
Abraham, à sept journées de marche au nord du mont Galaad *. 
J'ai signalé cette confusion de l'Hârân abrahamide avec l'Harràn 
mésopotamienne dans mes Mélanges de 1874, et, fait curieux, la 
plupart des critiques, tout en reconnaissant la solidité de ma dé- 
monstration, ont mieux aimé accuser l'écrivain biblique d'avoir 
ignoré la situation exacte de Hârân. Le mal fondé de cette accu- 
sation a à peine besoin d'être relevé. En réalité, les expressions 
hébraïques Ch^WL b*n« et nîTâln n33> désignent la Syrie moyenne. 

J. Halévy. 

1 Genèse, xxxi, 21. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 



Cet enfant de La Guardia est un enfant chrétien, du sexe 
masculin, qui, d'après l'inquisition, aurait été tué vers 1488 à 
La Guardia par une société de cinq Juifs et de six chrétiens 
judaïsants. 

Comme nous l'avons annoncé dans le précédent numéro de la 
Revue (tome XV, p. 134), M. Fidel Fita a publié une partie des 
actes du procès fait par l'inquisition, en 1490-91, aux coupables 
ou prétendus coupables. Rappelons que cette publication de 
M. Fidel Fita a pour titre : Estudios hisloricos. Coleccion de 
Articulos ; tomo VII: El santo Nino de la Guardia (Madrid, 
impr. Fortanet, 1887, in-8° de 162 pages). A moins d'autre men- 
tion, les pages auxquelles nous renvoyons dans les notes sont les 
pages de ce travail de M. Fita. 

Il nous serait permis de n'accorder à ce procès qu'une mé- 
diocre attention. Il n'a, en réalité, aucun rapport avec les procès 
analogues, faits en d'autres temps et en d'autres lieux, à des 
Juifs accusés d'avoir tué des enfants chrétiens. La mise en scène 
est la môme, sans doute, elle est strictement conforme au pro- 
gramme dramatique créé par la légende, mais, tandis qu'ailleurs 
les Juifs sont accusés d'avoir tué l'enfant chrétien pour employer 
son saii^: à des w^^< rituels (le mêler aux pains azymes de la 
Pâque, ou autres pratiques religieuses}, aucune allégation de ce 
ne se produit ici. Le meurtre supposé de l'enfant de La 
Guardia n'est pas un meurtre rituel'. 

Bien au contraire. Des actes du procès il résulte avec évidence : 



1 M. S. Herger. dans un article du journal Le Tfinoirjnaijc, numéro du S octobre 
1887, p. !{23, esl arrivé, sur ce point, à des conclurions qui ont beaucoup d'analogie 
avec les nôtres. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1° Que ce meurtre, s'il a eu lieu, a été accompli en manière 
de sortilège et comme une opération magique qui n'a rien à voir 
avec la religion ni avec aucune prescription religieuse ; 

2° Qu'il a été accompli à l'instigation de chrétiens judaïsants : 
descendant de Juifs baptisés, au profit de ces chrétiens, et sous 
l'empire de superstitions chrétiennes. Les Juifs y assistèrent sans 
trop savoir pourquoi, pour faire nombre. Le but que se proposent 
les meurtriers présumés n'est pas de faire usage du sang de l'en- 
fant pour des pratiques rituelles juives, mais de se servir du 
cœur de l'enfant pour faire un enchantement qui protège les néo- 
chrétiens contre l'inquisition qui venait d'être établie dans leur 
diocèse (1485) et dont les premiers actes leur avaient inspiré une 
émotion poignante. 

Même l'affaire d'hostie qui est mêlée à ce procès a ici une cou- 
leur particulière. Ordinairement on accusait les Juifs de voler les 
hosties pour les transpercer et en faire couler le sang de Jésus, 
afin de torturer Jésus en effigie; ici, rien de pareil : l'hostie doit 
servir à l'acte d'enchantement dont nous avons parlé et auquel les 
néo-chrétiens seuls sont intéressés. 

Ces constatations pourraient nous suffire, mais nous pensons 
qu'on peut aller plus loin. M. Fidel Fita croit fermement à l'exis- 
tence et au meurtre de l'enfant de La Guardia. Qu'il nous per- 
mette ici de nous séparer de lui : nous sommes convaincu, malgré 
les aveux des accusés, que le crime qu'ils ont payé de leur vie est 
purement imaginaire et que l'enfant de La Guardia n'a jamais 
existé. 



II 



Le nombre des accusés était de onze, dont trois morts, mais on 
sait que l'inquisition faisait aussi le procès aux morts et les 
brûlait, en effigie. Cinq de ces accusés descendaient de Juifs 
baptisés 1 , rien n'indique qu'ils soient nés dans le Judaïsme; si 
cela était, on n'aurait pas manqué de le dire, comme on le dit 
pour un sixième accusé néo-chrétien. Les six accusés chrétiens, 
demeurant tous à La Guardia, sont : 



1 La preuve que les Franco, de La Guardia, descendent de Juifs baptisés, c'est 
qu'ils se désolent d'être obligés de se surveiller, à cause de leurs femmes, qui sont des 
chrétiennes authentiques (p. 31 et surtout p. 45, où les vieux chrétiens sont opposés 
à ces néo-chrétiens). 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 205 

Les quatre frères Franco 1 (Alonso, Garcia, Iohan, Lope). 
C'est Alonso qui est le plus important des quatre et qui 
conduit toute l'affaire. Les Franco faisaient le commerce 
ou des transports, surtout entre La Guardia et Murcie *, ils 
avaient une charrette (ou des charrettes) qui servait à leur 
négoce et qui jouera un certain rôle dans le procès. 

lienito Garcia, cardeur, né à Las Mesuras 3 , juif baptisé. Il 
semble qu'il travaille à la journée, il voyage beaucoup, et 
va jusqu'aux deux extrémités de l'Espagne (Murcie, San- 
tiago). 

Iohan de Ocaiîa. 

Les cinq accusés juifs, dont trois morts, sont : 

Don Ça Franco, autrefois à Tembleque, actuellement à Quin- 
tanar. Il a quatre-vingts ans 4 . 

Mosé Franco, son fils, à Tembleque ; mort à l'époque du 
procès. Sa femme s'appelle Jamila 5 . 

Yucé Franco, fils de don Ça et frère de Mosé ; demeure à 
Tembleque, est cordonnier. A l'époque du procès, il est 
encore jeune (moço), c'est probablement sur lui que porte 
l'effort du tribunal, on espère que la torture ou la menace 
de la torture triomphera plus facilement de son inexpé- 
rience et de sa sensibilité G . Qui sait si ce n'est pas à cette 
circonstance que Ton doit la conservation des actes qui 
le concernent, tandis que les actes, moins développés, du 
procès des autres accusés se sont perdus ? 

David de Perejon, demeurant à La Guardia ; mort à l'époque 
du procès 7 . Il n'est pas impossible que ce David, qui joue 
du reste, dans toute l'affaire, le rôle effacé d'un comparse, 
soit le don David, juif pauvre de La Guardia, qu'Alonso 
consultait sur la date des fêtes juives. On nous dit formelle- 
ment que David de Perejon était pauvre s . 



1 Voir p. 49, passage qui montre que les quatre Franco sbnt frères (cf. p. 95 et 
109) ; voir p. 10, pour la résidence des accusés chrétiens. — P. 113, Garcia s'appelle 
Pedro Garcia Franco. 

» P. 44 et 48. 

» P. 112 et 115. 

4 P. 61 et 43. Le nom de Ça signifie Isaac. Nous ne savons pourquoi cet accusé 
porte seul toujours le titre de don. 

s P. 30, 33, 48; sa femme, p. 33. 

6 P. 12, demeure à Tembleque ; p. 18, est cordonnier; est jeune, p. 18, 75, et 
surtout p. 39. 

7 De la Guardia, p. 48; mort, p. 40. 

8 Le David pauvre consulté par Alonso, p. 29. — David de P. pauvre, p. 48. 



206 MTTUB DBS ÉTUDES JU1VKS 

Maître Yuça Tazarte, médecin (fisico), demeurant à Tem- 
bleque; mort à l'époque du procès. C'est lui qui, à titre de 
savant, est appelé par les Franco de La Guardia à faire les 
sortilèges 1 . 

Le procès contre les accusés fut commencé à l'inquisition de 
Ségovie, vers le milieu de l'année 1490, Benito Garcia fut arrêté 
à Astorga le 6 juin 1490 ou quelques jours auparavant, Yucé 
Franco fut arrêté le (ou vers le) 1 er juillet 1490. Le 27 août 1490, 
Thomas de Torquemada, inquisiteur général, et exerçant comme 
inquisiteur à Ségovie, ne pouvant, à cause de ses occupations, 
continuer l'instruction, commit au tribunal de l'inquisition d'Avila 
le soin de conduire le procès, et les accusés furent transportés à 
Avila. Cependant on a un interrogatoire de Yucé Franco fait 
encore à Ségovie le 28 octobre 1490. Le principal rôle dans la 
suite du procès est rempli par le D r Pedro de Villada, inquisiteur 
à Avila, mais qui avait été proviseur à Astorga à l'époque où 
Benito Garcia avait été arrêté dans cette ville 2 . 

Les pièces publiées par M. Fidel Fita sont les pièces du procès 
de Yucé Franco (sauf quelques annexes qui ne se rapportent pas 
à lui). Voici quelle a été la marche du procès. 

Le 17 décembre 1490, le fiscal dépose sa plainte, devant l'inqui- 
sition d'Avila, contre Yucé Franco (n° 1) ; il y ajoute un supplé- 
ment le 21 octobre 1491 (n° 5). Le 22 décembre, l'avocat de Yucé 
Franco présente la défense écrite de l'accusé (n° 2), et le 22 jan- 
vier 1491, le fiscal y répond (n° 3). Les interrogatoires de Yucé 
Franco se font quelquefois à de longs intervalles, pendant lesquels 
il a le temps de réfléchir et de désespérer; ils sont nombreux ; 
10 janvier 1491, 9 et 10 avril, 7 mai, 9 juin, 19 et 28 juillet, 
1 er août, 16 et 26 septembre, confrontations des 12 et 17 octobre, 
présentation d'une défense écrite par l'avocat le 29 octobre, tor- 
ture ou plutôt simulacre de torture le 2 novembre, nouveaux 
aveux le 5 novembre, nouvelle confrontation le 14 novembre, et 
enfin condamnation et exécution le 16 novembre 1491. Ses co-ac- 
cusés Benito Garcia, Iohan Ocana, Iohan Franco, et même son 
père Ça Franco sont, avant la sentence, entendus plusieurs fois 
comme témoins contre lui. Tous ces témoins sont, au moins une 
fois, placés sur la torture [tormento),et don Ça Franco subit même 



1 A Tembleque, p. 31 ; médecin, p 31 ; mort, p. 30. 

2 B. Garcia à Astorga le 6 juin, p. 59. — Yucé Franco arrêté vers le 1" juillet, 
p. 50 et note de M. Fidel Fita p. 59. — Délégation à l'inquisition d'Avila, le 27 août, 
p. 10 et 11. -- Yucé Fr. à Ségovie, octobre 1490, p. 28. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 209 

le supplice de l'eau 1 . Les autres accusés gardés à Avila furent éga- 
lement condamnés et exécutés le 16 novembre. On les attacha 
chacun à un poteau, -dans le Brasero de la Dehesa d'Avila, et on 
les brûla. Alonso, Garcia, les deux lohan, pour avoir fait péni- 
tence, furent étranglés avant d'être brûlés, « les autres » furent 
brûlés vifs 2 . Parmi ces « autres », il faut sûrement comprendre, 
outre les quatre chrétiens que nous venons de nommer, Benito 
Garcia 8 , et peut-être aussi Lope Franco 4 . L'inquisition aurait-elle 
épargné le vieux Ça Franco ? 



III 



On verra tout à l'heure, lorsque nous signalerons les contradic- 
tions et les invraisemblances des témoignages et aveux, combien 
il est difficile de savoir au juste ce qui s'était passé, si toutefois il 
s'est passé quelque chose. Dans une série d'aveux ou prétendus 
aveux d'un accusé ou de témoignages d'un co-accusé, si ces aveux 
et témoignages ne s'accordent pas entre eux et si le juge ne s'oc- 
cupe en aucune façon de les contrôler, quel est celui qui doit être 
tenu pour vrai et celui qu'il faut rejeter comme faux ? IL est impos- 
sible de le dire, mais l'inquisition le sait : tout ce qui peut perdre 
l'accusé est vrai, tout ce qui serait à sa décharge est faux. Voici, 
d'après les deux sentences dont nous avons le texte, celle de Yucé 
Franco et celle de Benito Garcia 5 , comment l'inquisition d'Avila 
s'est figuré les choses. 

Elle laisse d'abord de côté les premières dépositions de Yucé 
Franco, dont l'explication est difficile (nous le verrons), si on veut 
les concilier avec les suivantes, ou qui démontrent la fausseté de 

1 Tormento des témoins, p. 52, n° 20; p. 53, n° 23 ; p. 85, n» 26. Le supplice de 
l'eau donné à (Ja Franco, vieillard ue quatre-vingts ans (p. 91, n° 54), est quelque 
chose d'allreux. Quant à Yucé Franco, il suffit, pour le faire parler, de faire pour lui 
tous les préparatifs du supplice de l'estrapade. On le ligota en conséquence, et c'est 
dans cette posture qu'il lit sa principale confession ou déposition (p. 81-82, n° 50). 

* Lettre du notaire d'Avila Anton Gongalez, du 17 novembre 1491, à la munici- 
palité d'Avila, p. 113. 

3 Mention de sa condamnation, p. 108; son jugement, p. 115 et suiv., d'après un 
ouvrage de 1544 qui parait reproduire textuellement les originaux. 

4 Ou ne snit pourquoi Lope Franco n'est pas nommé parmi les accusés qui furent 
exécutés. Nous supposons qu'il était mort à l'époque du procès. Trois des Juifs 
accusés étaient morts également, de sorte que, sur onze coupables, il n'en restait 
que sept. Ce sont probablement ces sept dont le procès fut résumé en 1569 (voir 
page 130). 

5 Yucé Fr., n° 63, p. 100 a 108; B. Garcia, u» GO, p. 115 à 122, et, dans une 
traduction catalane, u ,j 67, p. 122 a 128. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'accusation, si on les prend en considération. Elle laisse aussi 
dans Le vague et enveloppe de circonlocutions habiles tous les 
points qui pour elle-même étaient douteux ou obscurs. Ce qui lui 
parait démontré, c'est ce qui suit. 

A une époque sur laquelle le jugement et les considérants s'abs- 
tiennent de donner la moindre indication, les accusés se sont 
réunis de nuit, dans une certaine caverne, et y ont crucifié un 
enfant chrétien en place de Jésus et sur le modèle de la Passion 
de Jésus. Les bras et les jambes.de l'enfant ont été étendus sur 
deux pièces de bois mises en croix, l'enfant a été fouetté, souffleté, 
pincé, on a craché sur lui, on lui a posé des épines sur la tête, les 
épaules et la plante des pieds, ouvert les veines des bras pour 
laisser couler le sang (jusqu'à ce que mort s'ensuive), recueilli le 
sang dans un chaudron ou une écuelle, ouvert le côté avec un cou- 
teau et arraché le cœur, le tout en injure du Christ et de la religion 
chrétienne, et accompagné des plus violentes insultes adressées à 
l'enfant comme représentant Jésus. L'enfant étant mort au milieu 
de ces tourments, on le détacha de la croix et on alla l'enterrer, la 
même nuit, en un lieu qu'on n'a pas pu découvrir. Quelques jours 
plus tard, les mêmes personnes se réunirent secrètement dans la 
même caverne, pour faire un sortilège avec ledit cœur dudit en- 
fant et avec une hostie consacrée (c'est maître Yuça Tazarte qui 
est censé avoir fait l'incantation 1 ). Ce sortilège fut fait dans l'in- 
tention diabolique de faire mourir fous les inquisiteurs et tous 
les autres chrétiens, d'exterminer la foi catholique et restaurer 
la loi de Moïse. Enfin, les conjurés, voyant que ce sortilège n'avait 
pas agi, se réunirent une troisième fois en un certain (autre) lieu, 
et envoyèrent l'un d'eux, Benito Garcia, avec ledit cœur et une 
autre hostie à certains Juifs (le rabbin Mosé Abenamias, de Za- 
mora, et un savant juif de cette ville), pour qu'ils refissent le sor- 
tilège dans le but indiqué plus haut. 

Cette sentence est très habilement rédigée : elle élude avec art 
toutes les difficultés que présentent les actes du procès, voile les 
invraisemblances, ignore les contradictions. Mais ce qui est plus 
curieux encore et trahit l'embarras des juges en présence de té- 
moignages si incomplets, c'est que les deux sentences que nous 
avons, et qui ont été rédigées le même jour, par les mêmes juges, 
diffèrent entre elles sur un point important. Le résumé que nous 
en avons présenté est fait surtout d'après la sentence contre Yucé 
Franco, nous n'avons emprunté à celle qui concerne Benito Garcia 

1 Les additions entre parenthèses sont faites par nous d'après les dépositions non 
contredites des accusés ou des témoins. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 209 

que quelques traits de détail, mais cette dernière contient une 
variante remarquable : elle ne parle pas du sortilège fait par Yuça 
Tazarte lors de la seconde réunion, mais place, dans cette seconde 
réunion, la mission donnée à Benito Garcia de porter le cœur et 
l'hostie à Zamora, pour y faire faire le sortilège. Dans la troisième 
réunion, le sortilège se fait sur place, avec un cœur et une hostie, 
mais, comme le cœur de l'enfant tué est parti, lors de la seconde 
réunion, pour Zamora, le rédacteur a été obligé de dire que le 
cœur dont on se servit cette fois était un autre cœur, sur la pro- 
venance duquel il ne donne d'ailleurs aucune explication. Mais, 
comme il a eu quelque hésitation à introduire ce second cœur, dont 
les pièces ne font pas la moindre mention, il est certain que la 
minute originale a porté la trace de son embarras, et c'est de là, 
sans aucun doute, que vient le passage incompréhensible, déjà 
signalé par M. Fita (p. 119 et p. 128, ligne 1), dans la traduction 
catalane. 



IV 



Nous allons maintenant reprendre les faits d'après les pièces du 
procès et montrer tout ce qu'il y a d'incertain et de contradictoire 
dans l'allégation des juges. 

Nous ne nous étendrons pas sur le peu de valeur juridique des 
informations faites par l'inquisition. Il est clair, et tout le monde 
le sait, que les accusés qu'elle tenait dans ses cachots ne jouis- 
saient d'aucune des garanties jugées aujourd'hui indispensables 
dans l'administration de la justice. Dans lé procès actuel, nous 
voyons que l'accusé n'est pas assisté de son conseil devant les 
juges, son avocat n'intervient que dans des consultations écrites 
et où il n'ose probablement pas dire ce qu'il pense, s'il pense 
quelque chose ; les témoins sont entendus en l'absence de l'accusé, 
et, si on lui donne copie de leur déposition, on lui laisse ignorer 
leurs noms, la date de leur déposition, et autres circonstances 
propres à l'éclairer ; tous les accusés sont entendus séparément, en 
l'absence les uns des autres, on les considère comme témoins 
les uns contre les autres ; les confrontations qu'on fait entre 
eux sont de pure comédie, le procès-verbal de ces confrontations 
agglomère en un seul énoncé les dépositions des personnes con- 
frontées. Enfin, la torture ou la crainte de la torture, qui agit 
exactement de la même manière, altère l'autorité de tous les té- 

T. XV. n» 30. 14 



210 REVUE DES ÉTUDE9 JUIVES 

»oignagea et de tous les aveux, sans compter l'emprisonnement 
dans d'affreux cachots, qui n'est soumis à aucune règle tutélaire 
en laveur de l'accusé, qui peut durer indéfiniment, et qui suflât à 
lui faire perdre la tête. Pour en finir, il avoue tout ce qu'on veut. 
La seule présomption que fournissent nos pièces en faveur de 
la thèse des inquisiteurs est l'accord qui règne entre les témoins 
ou accusés (car les mêmes personnes sont à la fois l'un et l'autre) 
sur un certain nombre de points : meurtre d'un enfant chrétien 
par une société de néo-chrétiens et de Juifs, emploi d'une hostie 
et du cœur de l'enfant pour un sortilège contre les inquisiteurs, 
enfin envoi du cœur et de l'hostie à Zamora. Mais, sans parler 
des nombreuses contradictions des témoins ou accusés sur d'autres 
points et des plus importants, qui sait comment cette concor- 
dance des témoignages ou aveux a été obtenue, si elle n'a pas été 
préparée par d'habiles insinuations faites en dehors des audiences, 
ou par simple accord entre les accusés, parce qu'il fallait bien 
avouer quelque chose, quoi que ce fut? Ce ne sont pas ici des 
hypothèses en l'air. On sait parfaitement que l'inquisition em- 
ployait même les geôliers à faire des insinuations aux accusés 1 . 
On croit généralement que les prisonniers de l'inquisition étaient 
entièrement isolés et tenus au secret ; dans notre procès, et à 
notre grand étonnement, il n'en est pas ainsi. Yucé Franco et 
Benito Garcia sont enfermés à Avila dans deux cellules placées 
l'une au-dessus de l'autre, et l'inquisition leur permet de corres- 
pondre ensemble au moyen d'un œil percé, sans doute,' dans le 
plancher 2 ; ils ont ensemble de longues conversations. De même 
Iohan Franco et Iohan de Ocafïa peuvent converser ensemble 
dans la prison d'Avila, et cela en présence d'un témoin (ou pri- 
sonnier) qui entend toute leur conversation et la rapporte 3 . Enfin, 
dans les confrontations pour rire qu^on fait entre les accusés et 
témoins, le procès- verbal constate chaque fois que les personnes 
confrontées, après l'audition officielle de leur témoignage, se 
sont parlé et réjouies ensemble de se retrouver (se hablaron é 
holgaron en verse) 4 , et l'on peut même se demander si ces con- 
frontations n'ont pas précisément pour but d'amener cette conver- 
sation où les accusés s'entendent entre eux et préparent les aveux 
nécessaires à l'inquisition? Il fallait bien qu'il y eût finalement 



1 Llorente, Histoire abrégée de l'inquisition d'Espagne, Bruxelles, 1823, p. 37. 

2 P. 34 à 39, n° s 13 et 14. 

3 P. 111-112, n°65. 

4 P. 67, n° 43, Iohan de Ocana, Benito Garcia et Yucé Franco; p. 68, n° 44, 
Iohan Franco, Ça Franco et Yucé Franco. La formule manque dans la confrontation 
de p. 94, u° 59." 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 211 

un certain accord entre les aveux des différents accusés, pour 
donner à la condamnation quelque couleur de justice. 

La conversation qu'ont ensemble Iohan Franco et Iohan de 
Ocana, et dont nous avons déjà parlé, ne paraît pas avoir d'autre 
but que de préparer cet accord des accusés sur un crime imagi- 
naire. On comprend que deux coupables s'entendent pour nier le 
crime commis par eux, ou pour atténuer leur faute, ou pour le 
rejeter sur d'autres. Mais que peut bien signifier une entente qui 
aurait pour objet, comme ce serait le cas ici, de faire l'aveu sin- 
cère d'un crime véritable ? Nos deux accusés se donneraient là une 
peine bien inutile. Tout s'explique, au contraire, s'ils préparent 
des aveux pour un crime qui n'a jamais été commis. Quelques-uns 
au moins des accusés, comme Benito Garcia, et sûrement aussi 
Yucé Franco, pouvaient se faire illusion sur la gravité de ces 
aveux 1 . Il est clair qu'après un emprisonnement de douze à 
dix-sept mois, et avec la menace perpétuelle de la torture, ils ont 
fini par renoncer à toute résistance et abonder dans le sens de 
l'inquisition. Ce pauvre Benito Garcia, dans son interrogatoire du 
24 septembre 1491 2 , accumule à plaisir tous les forfaits imagi- 
nables, afin que l'inquisition ait son compte et au-delà. Les deux 
pièces de bois de la croix où l'enfant a été attaché, sont, d'après 
les autres, des pièces de bois quelconques ; pour lui, elles venaient 
de l'église S te Marie de Pera 3 : c'est une profanation. D'après les 
autres, l'enfant a été attaché à la croix ; lui, il a vu, en outre, qu'on 
l'y avait cloué. Les autres disent que l'enfant est mort en perdant 
son sang; lui, il a vu, en outre, que l'enfant avait été étranglé. Le 
cierge qui éclaire la scène vient également, d'après lui, de l'église 
S tc Marie de Pera, nouvelle profanation. L'enfant, d'après lui, a 

1 Benito Garcia compte plus ou moins recouvrer sa liberté, p. 36 et 37 ; Yucé 
Franco espère au moins ne pas être condamné à mort, sans cela il n'insisterait pas, 
comme il le fait, pour atténuer les laits que l'accusation met à sa charge. Cet accusé 
prend même la peine d'expliquer pourquoi d'abord il a tout nié, puis a fini par 
avouer : c'est que les conjurés avaient prononcé une excommunication [hérem) contre 
quiconque d'entre eux ferait des aveux avant d'avoir langui pendant un an entier 
en prison (p. 50), voilà pourquoi il n'aurait parlé qu'après treize mois de cachot. 
Est-ce vraiment croyable? Ce hérem juif aurait-il arrêté tous les complices chrétiens, 
et s'il ne pouvait les arrêter, a quoi servait le silence gardé pendant un an par les 
complices juifs ? De plus, peut-on sérieusement admettre que, sans ce hérem, Yucé 
Franco se serait accusé avant l'expiration des douze mois, et que l'intérêt de ses 
complices seuls, garanti par le hérem, lui avait fermé la bouche? 

* P. 55, n° 26. Cette église est située au nord-est de La Guardia, à un quart de 
lieue de la ville. 

• L'une d'elles est un axe de voiture [exe], un axe de voiture figure aussi, mais 
d'une tout autre manière et presque sans rime ni raison, dans une des dépositions de 
Yucé Franco k p. 88 . C'est, il nous semble, une preuve de plus que les accusés 
avaient préparé les aveux. Yucé Franco aura entendu parler de cet axe de voiture, 
sans trop se rappeler quel rôle il devait jouer dans l'affaire. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

été anterrédans une vigne de l'église S 10 Marie dePera, c'est peut- 
ôtre une dernière profanation qui dépasse toutes les autres. Les 
Pères devaient être contents de lui, il leur avait fourni une belle 
collection d'horreurs. 



Cela leur suffisait et ils n'en demandaient pas davantage. Nous 
allons voir que dans tout le cours de ce long procès ils n'ont pas 
fait un seul effort pour contrôler les témoignages et les aveux des 
accusés. Ils ne pensent pas un instant à aucune des recherches 
auxquelles la justice moderne se serait livrée avec passion, ils ne 
font aucune vérification sur les lieux*, tout se passe en paroles 
entre les quatre murs de la prison. Ils auraient eu peur de décou- 
vrir la vérité qu'ils n'auraient pas agi autrement. 

La première chose à faire était évidemment de rechercher les 
restes du corps de l'enfant ; rien n'était plus facile, si l'enfant avait 
réellement existé. D'après Yucé Franco, l'enfant avait été enterré 
dans la vallée de La Guardia dans laquelle coule l'Escorchon ; 
d'après Iohan Ocafïa, dans un ravin, (barranca) près du même 
endroit à peu près ; d'après Benito Garcia, dans une vigne de 
l'église S te Marie de Pera, de La Guardia; d'après Iohan Franco 
enfin, près de l'église S te Marie de Pera 2 ; quoi de plus facile que de 
conduire tous les accusés sur les lieux, de leur demander d'indi- 
quer l'endroit où ils prétendaient que l'enfant était enterré, et de 
faire des recherches aux endroits ainsi désignés 3 ? Même sans 
leur concours sur les lieux, les indications qu'ils avaient données 
étaient assez précises pour qu'on pût faire des fouilles. Il est vrai 
que le Résumé des sept procès de nos accusés, fait en 1569 par 
trois notaires de l'inquisition 4 , prétend que les juges ont fait des 
recherches sur les lieux, qu'ils y ont amené un des accusés, et qu'il 

1 Nous parlerons tout à l'heure d'une prétendue exception. 

2 Yucé Franco, p. 43, n° 15. — Ioh. Ocana, p. 112, n» 64. — Benito G., p. 55. 
— Ioh. Fr., p. 95, n° 59. — L'impression du notaire Anton Gonçalez, d'Avila, est 
que l'enfant a été enterré dans un fossé (hoyo) près de La Guardia, p. 111. 

3 L'un des témoins, Iohan Franco, prétendait avoir enterré l'enfant; les autres ne 
parlaient de l'endroit où il était enterré que pour l'avoir entendu désigner, à ce qu'ils 
disaient, par Iohan Franco et son aide, mais on pouvait toujours faire des recherches 
à l'endroit désigné et, de plus, interroger les accusés contradictoirement avec Iohan 
Franco et l'autre accusé (Alonso Franco ou Garcia Franco) qui l'avait aidé, à ce 
qu'on disait, à enterrer l'enfant. 

4 Reproduit dans Moreno, Historia del Martirio del santo Nina de La G-uardia, 
Madrid, 1866, p. 120 à 135. Le passage auquel nous nous référons est p. 131-132. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARD1A 213 

en est résulté la preuve de la vérité de l'accusation. Mais d'abord, 
pourquoi amener sur les lieux un seul accusé et non tous les au- 
tres"? Et puis, nos pièces ne disent rien de cette descente sur les 
lieux. Enfin et surtout, la sentence du tribunal contredit formelle- 
ment le Résumé, puisqu'elle convient qu'on n'a pas pu découvrir 
la place où l'enfant fut enterré. Ce n'est pas cela qui a pu con- 
firmer la vérité de l'accusation. Si des recherches ont été faites sur 
place, elles ont été de pure forme et sans aucun désir sérieux de 
découvrir la vérité. L'opération de l'enterrement, si elle avait eu 
lieu, avait été sûrement hâtive et superficielle, on eût vite trouvé 
les ossements de l'enfant, s'ils existaient. 

Même négligence dans la recherche du lieu du crime. Les té- 
moins ou accusés sont loin d'être entièrement d'accord là-dessus, 
quoique la plupart désignent une caverne près de La Guardia. Yucé 
Fr. dit : caverne entre La Guardia et Dosbarrios, sur la côte de la 
Horca, à main droite; Ça Fr. dit à peu près la même chose ; Iohan 
Fr. dit : une caverne située en un lieu dit Carre Ocaiïa, entre La 
Guardia et Ocana, à main droite, et Iohan Ocaiïa nomme aussi 
le lieu dit Carre Ocana l . Mais à côté de ces témoignages à peu 
près concordants, se trouve celui de Benito Garcia, qui place la 
scène du crucifiement en un rocher sur la route de Villapalomas ' 2 . 
D'après tous les témoins, la seconde réunion a eu lieu dans la ca- 
verne du crucifiement, et la troisième dans un autre lieu, placé sur 
la route entre Tembleque et La Guardia, en un endroit que quel- 
ques-uns des témoins appellent Sorrostros. Rien de plus simple 
que de conduire un à un les accusés sur les lieux et de leur de- 
mander de désigner les deux lieux de réunion. Mais que serait 
devenue l'accusation si les accusés avaient chacun montré un lieu 
différent? 

Un tribunal moderne aurait voulu voir les pièces à conviction, 
les pièces de bois de la croix, le couteau qui aurait servi à ouvrir 
les veines de l'enfant, l'écuelle ou les deux écuelles où aurait été 
recueilli le sang 3 , la couverture avec laquelle on aurait bouché la 
caverne pendant le crime, la pelle qui aurait servi à creuser la 
fosse, les vêtements de l'enfant 4 . Tous ces objets sont mentionnés 

• Yucé Fr., p. 31 et 40. — Ça Fr., p. 61. — Iohan Fr., p. 52 et 54 ; Ioh. Ocana, 
p. 112. — Benito Garcia, p. .*i4. Nous n'avons pas trouvé d'endroit portant ce nom, 
mais une route partant d'Ocana et allant au sud porte le nom de route de Villapa- 
lomas. 

1 Voir pages 41, 45 et (Sorrostros) p. 68. 

' On aurait aussi dû demander ce qu'était devenu le san^ de l'enfant recueilli. 

* Entre autres, le manteau blanc dont il aurait été couvert en venant de Tolède 
(p. 112), la ropa dont il aurait été couvert sur la route de Tembleque à La Guardia 
(p. 64). 



21'. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans les pièces, mais en demandante les voir, on aurait par trop 
embarrassé les accusés, cela aurait tout compromis, le tribunal 
fut discret et se garda d'insister. 

11 ne se montra pas non plus curieux de savoir si le rabbin Mosé 
Abt'iiamias, de Zamora, existait et avait entendu parler de sorti- 
lège que Benito Garcia aurait été chargé de lui demander. 

Une instruction sérieuse et loyale se fût surtout efforcée de 
savoir si réellement il avait disparu quelque part un enfant chré- 
tien. On ne manquait pas d'indications sur ce point. Yucé Franco, 
après avoir dit d'abord qu'un enfant avait disparu, vers l'époque 
du crime, à La Guardia, et un autre à Lille, dit plus tard que l'en- 
fant crucifié avait été amené de Tolède par Iohan Franco, et Iohan 
Franco avoua lui- môme qu'il avait pris l'enfant à Tolède, où 
il l'avait trouvé flânant près de la porte du Pardon de la cathé- 
drale ; Benito Garcia confirma cet aveu et, d'après un tiers, Iohan 
de Ocana aurait dit la même chose 1 . Cependant, interrogé par le 
tribunal, Iohan de Ocafïa dit tout autre chose 2 : selon lui, l'enfant 
avait été pris, par Mosé Franco, à Quintanar, et tandis que les 
autres ne connaissaient ni le nom ni la famille de l'enfant, Iohan 
savait que le père de l'enfant était Alonso Martin, de Quintanar. 
La disparition d'un enfant fait du bruit, la police s'en préoccupe, 
les voisins s'en inquiètent, on en parle dans la ville et les environs. 
Pourquoi l'inquisition n'a-t-elle pas cherché à découvrir à Tolède 
les parents de l'enfant crucifié? Pourquoi n'a-t-elle pas recherché 
cet Alonso, de Quintanar ? Pourquoi aucune enquête à Lille et à 
La Guardia? On a dû chercher un peu, nous voulons le croire, si 
on avait pu trouver des parents d'un enfant disparu, on les aurait 
produits comme témoins à charge; évidemment, il n'y avait pas 
trace d'un enfant disparu. 

La question de date est un des points délicats de l'affaire. Il est 
incroyable que l'instruction ne soit pas arrivée à une conclusion 
sur ce sujet, et que la sentence finale évite prudemment d'en 
parler. Quand on a commis un crime de ce genre, on s'en souvient, 
on sait à quelle époque il a été commis, et cependant, à part Yucé 
Franco, aucun accusé ou témoin n'est interrogé sur cette date. 
Quant à Yucé Franco, dans les premiers temps, il tâtonne et bat 
la campagne : 1° il y a trois ans, Alonso lui a dit qu'une fois, un 
vendredi saint, lui, Alonso, et ses frères avaient tué un enfant 
chrétien ; 2° il y a quatre ans, on l'a prié de prendre part à un 
sortilège avec hostie, mais il a refusé ; 3° il y a quatre ans, on 



1 Yucé Franco, p. 44 et 82 ; Iohan Franco et Benito Garcia, p. 95 ; le tiers, p. 112 
1 P. 64. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 21 o 

lui a dit qu'on avait fait un sortilège avec un cœur et une hostie ; 
4° il y a trois ans, Alonso et Benito Garcia volent une hostie, et 
lui, Yucé, la porte à Tolède, au rabbin Pères *. Il est certain 
qu'une au moins de ces allégations, la seconde, se rapporte à un 
fait qui, suivant Yucé, se serait passé antérieurement à notre 
affaire et n'a rien à voir avec elle -. La quatrième allégation paraît 
être une variante imaginaire du voyage, vrai ou prétendu, fait par 
Benito Garcia, auprès de R. Abenamias, à Zamora, et, de fait, le 
tribunal n'a donné aucune suite à cet aveu de Yucé Franco. Il n'a 
pas considéré non plus comme des faits à part ou comme des faits 
réels ce que raconte Yucé Franco dans les deux premières allé- 
gations rapportées ici. Pour nous, les hésitations de Yucé Franco 
montrent qu'il cherche à deviner ce qu'on attend de lui et ce qu'on 
veut qu'il dise. 

Il finit par se faire un système qui paraît convenir au tribunal : 
le crime du crucifiement a eu lieu dans la première réunion, en 
carême, avant Pâques fleuries (dimanche des Rameaux?) 3 , il y a 
environ trois ans 4 (nous verrons tout à l'heure ce qu'il faut en- 
tendre par là) ; la seconde réunion (conjuration avec le cœur et 
l'hostie) a eu lieu quinze jours ou un peu plus de quinze jours 
après la première 3 ; enfin, la troisième réunion (entre Tembleque 
et La Guardia, où Benito Garcia a été envoyé à Zamora), a eu 
lieu six mois plus tard 6 . Examinons ces dates de plus près. 

Déjà sur le dernier point Yucé Franco est en contradiction avec 
lui-même. Le même jour (19 juillet 1491) où il met la première 
réunion à environ trois ans en arrière, il dit que la troisième 
réunion a eu lieu il y a environ deux ans, ce qui met entre 
la première et la troisième réunion un espace d'un an, et non 

1 Enfant tué Vendredi saint, p. 28, n° 7 (témoignage d'octobre 1490). — Hostie 
d'il y a quatre ans, p. 30, n° 10 (témoignage du 10 avril 1491). — Cœur et hostie, 
p. 31 . n° 12 '9 juin 1 491 ). — Hostie volée par Benito Garcia et portée à Tolède, p. 33, 
n- 13 (9 avril 1491). 

2 Cela est prouvé par le passage de la p. 51, où Yucé parle du voyage à Murcie 
qu'il a l'ait à cette époque, et dont il parle aussi ici p. 30. 

3 P. 44. Une autre l'ois, il parle du Vendredi saint, mais sans qu'on puisse dire 
qu'il soit question, ici, du même crime (p. 28). 

4 En rapprochant ce qu'il dit le soir du 19 juillet 1491 (p. 42) de ce qu'il avait dit 
d'abord et en premier lieu le matin du même jour (p. 40), on voit que ce chiffre de 
trois ans n'est pas bien sûr, même à ce: moment, car on ne l'obtient que par inter- 
prétation. De plus, si l'accusé était absolument sûr que le crime ait eu lieu en ca- 
rême, ou un vendredi saint, il saurait la date très exactement, et ne dirait pas : « Il 
peut y avoir trois ans », ce qui est encore bien vague. 

5 Pages 81 et 87. 

Confirmé par Iohan Ocana et Benito Garcia dans une de ces confron- 
tations dont le résultat, nous l'avons dit, nous paraît très s-uspect. 



216 REVUE DES ÉTUDES; JUIVES 

de six mois, comme il l'avait dit 1 . Mais ceci n'est rien encore. 

C'est le 19 juillet 1491 (il faut le rappeler) que Yucé dit que le 
meurtre de l'enfant a eu lieu il y a environ trois ans. Il savait très 
bien compter- et on ne peut pas soutenir qu'il n'avait qu'une 
notion vague du temps qui s'était écoulé depuis le prétendu crime. 
Ces trois ans nous reportent donc vers le milieu de juillet 1488, 
ou, si l'on place le meurtre en carême, vers fin mars ou commen- 
cement d'avril 1488 (le vendredi saint de 1488 tombe le 4 avril), 
ce qui ferait 3 ans et 3 mois et demi environ. Il ne nous paraît pas 
possible de supposer que Yucé Franco parle de l'année 1489, le 
vendredi saint de 1489 était le 17 avril, de là au 19 juillet 1491 il 
n'y aurait eu que 2 ans et 3 mois, c'est un espace de temps trop 
court pour équivaloir, en chiffres ronds, à « environ 3 ans ». Yucé 
Franco parle donc bien de l'année 1488. 

Mais alors une grave objection se présente. C'est Benito Garcia, 
on se le rappelle, qui fut chargé de porter à Zamora le cœur de 
l'enfant crucifié, et c'est au moment où il approchait du but de son 
voyage qu'il fut pris à Astorga. Le 6 juin 1490, il fut interrogé par 
Pedro de Villada, alors à Astorga, et il est problable que cet inter- 
rogatoire eut lieu le jour ou le lendemain de son arrestation 3 . Il 
est difficile de supposer qu'il ait attendu des mois et des années 
pour porter le cœur à Zamora, ou que son voyage ait duré bien 
longtemps. Il sera parti de La Guardia en mars ou avril 1490. Si, 
comme le veut la sentence prononcée contre lui par l'inquisition, 
il était parti après la seconde réunion, qui est censée avoir eu lieu 
quinze jours après le meurtre de l'enfant, ce meurtre aurait eu 
lieu en février ou mars 1490. Si, au contraire, on admet (comme 
le veut, avec plus d'exactitude, la sentence prononcée contre Yucé 
Franco) que Benito Garcia soit parti après la troisième réunion, 
et si l'on se rappelle que cette troisième réunion a eu lieu six mois 
ou un an après la première, le meurtre de l'enfant remontera à 
l'automne 1489 ou, au plus tard, à fin mars 1489. Aucune de ces 
dates ne s'accorde avec celle de février-mars 1488 qui est indiquée 
par Yucé Franco, elles en diffèrent respectivement d'un an, dix- 
huit mois et même deux ans. Il y a, sur ce point, contradiction 
flagrante entre les faits et le témoignage de Yucé Franco, sur le- 
quel repose presque toute la prévention. 

1 P. 41. C'est probablement à cette troisième réunion que fait allusion le passage 
de p. 30 où il est question de deux ans. 

* Preuve p. 59 : le 16 sept. 1491, il se rappelle, à quelques jours près, la date de 
son entrevue avec le faux rabbin dont il est question plus loin, entrevue qui a eu 
lieu à Ségovie le 26 octobre 14y0. 

3 P. 59, n° 33. Si B. G. avait été arrêté plus tôt, notre objection deviendrait encore 
plus forte. 



LU SAINT ENFANT DE LA GUAHD1A 217 

Voilà, on en conviendra, une constatation curieuse et que les 
juges auraient dû faire, s'ils s'étaient préoccupés d'autre chose que 
de condamner leurs prisonniers. Pour tirer au clair la question de 
date, ils auraient bien dû, aussi, interroger sur ce point d'autres 
accusés ou témoins que Yucé Franco. De plus, il était indispensable 
de rechercher la date de la mort des trois Juifs impliqués dans l'af- 
faire et déjà décédés, On a vu, plus haut, qu'en octobre 1490, Yucé 
Franco dit qu'il avait été chez Alonso il y avait environ trois ans 
(donc vers octobre 1487 *), et qu'à cette époque Alonso lui parla 
de don David comme d'un Juif mort au moins depuis quelque 
temps. S'il est exact, comme nous avons essayé de le prouver plus 
haut, que ce David est notre accusé David de Perejon, que tous les 
témoignages donnent comme un des complices du crime, c'est une 
preuve que tous ces témoignages sont faux. David de Perejon n'a 
pas pu assister au meurtre de l'enfant, puisqu'il était mort long- 
temps auparavant, et qui sait si Yucé Tazarte et Mosé Franco ne 
l'étaient pas également ? 

On voit ce qu'il y a de suspect et d'obscur dans cette question 
de date. Il n'est pas impossible, à notre avis, de trouver l'origine 
du système chronologique qui a fini par prévaloir chez Yucé Franco 
et dont l'inquisition s'est contentée, sans oser cependant l'adopter 
formellement. Un témoin produit par l'accusation, Gabriel San- 
chez, sacristain de La Guardia et oncle de notre Alonso, dépose, 
le 18 novembre 1491, qu'il y avait environ deux ans, une hostie 
lui avait été demandée par Alonso et qu'il l'avait donnée pour 
Alonso à Benito Garcia 2 . Ce témoin avait eu des relations avec 
les accusés dans la prison 3 , l'hostie dont il parle est censée avoir 
servi au sortilège fait par eux. C'est lui, il nous semble, qui leur 
fournit la date de deux ans que Yucé Franco est obligé de ré- 
péter et qu'il applique à la troisième réunion des conjurés. Les 
autres dates données par Yucé Franco s'ensuivent par voie 
de déduction. 



1 La visite faite par Yucé Franco à Alonso a eu lieu peu de temps avant la Pàque 
juive, cela résulte avec évidence du texte. Si elle doit se placer en 1487 (Pàque 
juive, 8 avril), elle aura eu lieu trois ans et demi avant octobre 1490; si elle doit 
se placer en 1488 (Pàque juive, 2'è mars), elle aura eu lieu deux ans et demi avant 
octobre 1 490. Ou ne comprend pas pourquoi Yucé Franco ne compte pas avec plus 
de précision. 

* Sans compter une autre hostie qu'il donna ou laissa prendre à Benito Garcia 
p. 109-110). — Pour la conversation qu'il rapporte, voir .p. 111, n° 65. 
« P. 111-112. 



218 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 



VI 



On met quoique importance ! à un prétendu aveu que Yucé 
Franco aurait fait, à Ségovie, à ce Frère Alonso déguisé en rabbin 
qui était venu le voir, et on veut y trouver la preuve qu'il y a eu 
réellement un enfant tué. Nous n'avions d'abord accordé aucune 
attention à cet incident, mais la valeur qu'on lui donne nous 
oblige à l'examiner de plus près 2 . Yucé Franco venait d'être 
arrêté, son inquiétude était si vive qu'il tomba malade et crut 
qu'il allait mourir. L'inquisition lui dépêcha un médecin, Antonio 
d'Avila, qui savait l'hébreu et qui était chargé d'espionner ses 
clients ; Yucé Franco le pria de faire en sorte que l'inquisition lui 
envoyât un Juif pour lui faire réciter les prières que disent les 
Juifs quand ils vont mourir (un judio que le dixiese las cosas que 
disen los judios quando se quieren morir). Au lieu d'un Juif, on 
lui envoya le Frère Alonso Enriques, déguisé en Juif et qui se fit 
passer pour Rabbi Abraham. Le médecin Antonio assista à l'en- 
tretien, lequel eut lieu probablement le 18 ou le 19 juillet 1490. 
Le Frère Alonso demanda à Yucé Franco pourquoi il avait été 
arrêté. D'après Antonio, Yucé aurait répondu qu'il était arrêté 
« à cause d'un jeune garçon qui était mort en une semaine sainte, 
en manière de Jésus, il pouvait y avoir onze ans 3 » et, de plus, 
Yucé aurait recommandé à Alonso, en hébreu, de garder un silence 
absolu là-dessus et de n'en rien dire à personne, sauf au rabbin 
Abraham Seneor, probablement rabbin des Juifs de Ségovie. Le 
Frère Alonso, interrogé le 26 octobre 1490, dit à peu près la 
même chose : il avait demandé à Yucé pourquoi il avait été arrêté, 
lui et les autres de La Guardia, et Yucé aurait répondu que c'était 
« pour la mort d'un garçon qu'on avait tué en manière de Jésus, » 
et lui aurait fait la recommandation dont avait déjà parlé Antonio. 
Environ huit jours plus tard, Alonso visita de nouveau Yucé, 
probablement en présence d'Antonio , mais cette fois Yucé ne 
voulut rien dire, « montrant une grande crainte que ledit Anto- 
nio d'Avila ne pût soupçonner quelque chose » 4 . Enfin, le 16 sep- 

1 M. S. Berger, dans l'article cité au commencement de ce travail. 

2 II est raconté aux pages 56 à 59, n os 29 à 32. 

3 « Que estava preso por un nahar que avia muerto en una semana santa, podria 
aver onze anos, por otohai/s. » Nous rappelons que otohays est ll^NÎ - » imN « cet 
homme », c'est-à-dire Jésus. — Cf. notre p. 223, note 1. 

4 « Mostrando tener gran miedo del dicho Antonio de Avila, que non barruntase 
algo. » 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 219 

tembre 1491, Yucé, interrogé sur ces entrevues, dit que le faux 
Rabbin Abraham (qu'il paraît encore prendre pour un vrai Juif) 
lui demanda pourquoi on l'avait arrêté, le conjura de lui dire ce 
qu'il savait, lui promettant d'amener, s'il le fallait, le rabbin 
Abraham Seneor, et que lui Yucé répondit qu'il était arrêté « à 
cause de la mort d'un garçon, laquelle avait été en manière de 
Jésus. Yucé Franco, interrogé par ledit Seigneur inquisiteur sur 
ce que signifiaient les paroles qu'il avait dites (à cette occasion, à 
Alonso) en hébreu, répondit' qu'il avait voulu désigner par là le 
cas, déjà déclaré par lui (devant l'inquisition), de l'enfant qu'a- 
vaient crucifié les Franco (à La Guardia) et Iohan d'Ocana et 
Benito Garcia *. » 

Nous croyons qu'on n'attacherait aucune importance à cet 
épisode de notre procès, s'il n'était entouré de certaines circons- 
tances qui induisent en erreur le lecteur chrétien. On s'imagine 
d'abord que Yucé Franco, croyant être à l'article de la mort, a 
dû confesser ses péchés, pour que le faux rabbin lui donnât l'ab- 
solution, et a, par conséquent, révélé la vérité. Mais une pareille 
confession n'existe pas dans le Judaïsme, les agonisants récitent 
une confession générale suivant une formule consacrée, ils ne 
demandent pas l'absolution et le rabbin n'a pas autorité pour la 
leur donner. Yucé Franco demande à dire la prière des agonisants, 
rien de plus. On s'étonne qu'il ait parlé hébreu, preuve qu'il con- 
fiait un secret au faux rabbin, mais d'abord nous doutons fort 
qu'il ait su véritablement parler en hébreu, c'était un jeune arti- 
san probablement ignorant, la communauté juive où il vivait 
était une petite communauté perdue, où il n'y avait même pas de 
synagogue, ni probablement de rabbin ou d'instituteur. Tout ce 
qu'il savait, en fait d'hébreu, c'était sans doute les quelques mots 
que les Juifs, en Espagne comme partout ailleurs, entremêlaient 
à la langue du pays, tels que ceux que citent les témoins (naar, 
mita, otohals). Les deux espions Antonio et Alonso ont besoin 
de savoir l'hébreu pour comprendre ces mots, Alonso dit formelle- 
ment que Yucé lui parla en cette langue émaillée d'hébreu (en 
ebrayco y romance : medio ebrayco e medio romance). C'était la 
langue courante dont les Juifs espagnols usaient entre eux, sur- 
tout sans doute celle de la classe inférieure, à laquelle appartenait 
Yucé, et si Yucé s'en sert avec le faux rabbin, il n'y a pas là le 

1 « Que estava alli era sobre una mita (= !TîrP7û) de un nahar, que avia seido 
comme de la manera de otohays. Fuele preguntado al dicho Yucé Franco por el 
dicho Sefior inquisidor que en estas palabras que dixo en ebrayco ques lo que queria 
désir. Dixo este dicho tMtigO que queria désir el caso que declarado tiene del niîio que 
cruciiicaron los Francos é Ioban de Ocana é Benito Garcia. » 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moindre mystère. Il n'y en a pas davantage ou plutôt il n'y a pas le 

mystère qu'on croit dans la recommandation qu'il fait à Alonso de 
garder le silence, si toutefois il est vrai qu'il ait fait cette recom- 
mandation ; nous n'avons là-dessus que le témoignage des deux 
espions, et il est permis de ne l'accepter que sous bénéfice d'in- 
ventaire. Mais nous nous expliquerons tout à l'heure sur ce point. 
Si l'on veut bien tenir compte des observations qui précèdent, 
on conviendra qu'il n'y avait aucune raison pour que Yucé allât 
confesser, môme à un coreligionnaire, le crime qu'il aurait com- 
mis. A quoi bon une pareille imprudence ? Ce qui s'est passé est 
bien simple : on demande à Yucé pourquoi il a été arrêté, et il 
répond qu'^ est accusé d'avoir été complice de la mort d'un 
enfant chrétien tué en manière de Jésus. Il répète la prévention, 
rien de plus, et il serait absurde qu'il en dît davantage, quand 
même il serait coupable ; il en aurait dit beaucoup plus qu'on ne 
lui demandait. Si ses paroles avaient été prises pour un aveu, 
l'inquisition ne lui aurait pas permis de persister dans ses déné- 
gations pendant une année entière, on l'aurait convaincu tout de 
suite de mensonge. Mais qu'on prenne les paroles que nous avons 
soulignées plus haut, et qu'on voie combien il était facile à An- 
tonio et à Alonso de leur donner un sens quelles n'ont pas : au 
lieu d'un enfant chrétien [qu'on prétend avoir été) tué en ma- 
nière de Jésus, on peut très bien dire : un enfant chrétien (qui a 
été effectivement) tué en manière de Jésus. Yucé lui-même, qui 
était sans culture, n'était pas assez initié aux secrets du mode 
conditionnel des verbes pour ne pas se tromper sur ce point. Mais 
nous allons plus loin : Yucé a pu très bien croire que les Franco, 
qui n'étaient pas juifs (on se le rappelle), avaient effectivement 
tué un enfant ; ou bien, sans le croire et sans avoir là-dessus 
aucune opinion, il n'avait aucune raison pour ne pas accepter sur 
ce point les affirmations de la prévention, il n'était pas chargé de 
disculper ni les Franco, ni Iohan de Ocana, ni Benito Garcia; on 
lui disait qu'ils avaient tué un enfant en manière de Jésus, il vou- 
lait bien le croire et n'y pas contredire; on l'avait arrêté, disait-il, 
à cause de cet enfant tué effectivement, à ce qu'on assurait, par 
les Franco. Mais alors, pourquoi recommander le silence à Alonso, 
si toutefois cette recommandation a été faite ? Il y avait de bonnes 
raisons pour cela : une parole est bientôt dite, elle se dénature en 
circulant, l'inquisition aurait fini (comme on le fait aujourd'hui) 
par tirer parti, contre Yucé, des paroles inoffensives qu'il avait 
dites, on l'aurait au moins pris comme témoin à charge contre les 
Franco, et en réalité il ne savait rien, il était donc mille fois plus 
sage de se taire. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 221 

Il faut remarquer enfin qu'au moment où Yucé Franco est in- 
terrogé sur son entretien avec Alonso, il n'avait plus aucun inté- 
rêt à discuter ou contester les témoignages d'Alonso et d'Antonio, 
quand même ils auraient été faux ou inexacts sur plusieurs points : 
il était en prison depuis un an, il avait subi toutes les angoisses de 
la torture et de la mort, fait tous les aveux qu'on avait voulu, un 
aveu de plus ou de moins ne changeait rien à sa situation. A quoi 
bon alors prolonger la discussion ? Après toutes les preuves que 
nous avons données de l'inanité de la prévention, il est impos- 
sible de soutenir que les paroles de Yucé, si elles ont été pro- 
noncées, signifient autre chose que ce que nous avons dit : une 
simple adhésion de Yucé à l'accusation portée contre les Franco. 
Il ne faut donc pas parler d'un aveu accablant pour les Juifs, il 
n'y a pas d'aveu du tout. Il faut encore moins parler de confession 
in extremis; quand même Yucé aurait confessé quelque chose, il 
aurait uniquement confessé pour les Franco 1 , non pour lui; ce 
serait une singulière confession. 



VII 



Nous avons déjà signalé plus haut les contradictions les plus 
importantps qui se sont produites entre les témoignages ou aveux 
des accusés et même entre les deux sentences de l'inquisition que 
nous possédons. En voici quelques autres, qui n'ont pas toutes la 
même gravité, mais qui ne sont pas non plus sans intérêt. 

L'auteur du rapt de l'enfant, d'après la plupart des témoignages, 
est Iohan Franco, et Iohan Franco en convient. Cependant Yucé 
Franco associe Garcia Franco à Iohan Franco, mais Iohan Franco 
lui-même parle du concours que lui aurait prêté Benito Garcia et 
non Garcia Franco ; enfin Iohan de Ocaiïa accuse du rapt Mosé 
Franco 2 . 

Les pièces de bois dont on fait la croix qui servira au supplice 
sont en bois d'olivier, d'après Iohan Franco ; d'après Benito Gar- 

1 Revoir le passade de la p. 59, que nous avons donné plus haut et où l'on voit 
que le 1G septembre 1491 encore Yucé dit qu'il avait voulu désigner uniquement les 
néo-chrétiens. — Remarquer aussi que si Yucé Franco faisait une confession in en- 
tremis, il lui importerait fort peu qu'elle fût révélée. Ne pas oublier surtout, dans toute 
cette discussion, que Yucé n'est encore qu'un adolescent. 

* Iohan Franco seul, p. 82, 95, 112; Iohan Fr. et Garcia Fr., p. SS ; Iohan Fr. et 
Benito Garcia, p. 98 ; Mosé Fr., p. 64. 



REVUE DES ÉTUBE9 JUIVES 

cia, one des pièces est en cabrio, l'autre est un morceau de Taxe 
e) d'une charrette *. 

L'enfant est attaché par les mains et les pieds aux bras de la 
croix ; Benito Garcia seul dit qu'on lui fixe, en outre, les mains 
et les pieds avec des clous 2 . 

C'est Alonso Franco qui lui ouvre les veines des bras, d'après 
Yucé Franco et Iohan Franco ; d'après Ioh. Ocana, c'est Yucé 
Franco qui lui ouvre les veines 3 . 

Yucé Franco lui soutient les bras ou un bras pour faire écouler 
le sang, c'est au moins ce que prétend Iohan de Ocana 4 , qui paraît 
vouloir charger spécialement Yucé Franco et qui seul aussi l'ac- 
cuse d'avoir ouvert les veines des bras. Nous ferons, du reste, re- 
marquer que si les bras de l'enfant étaient liés ou même cloués, 
Yucé Franco n'avait pas à les tenir ou soutenir. 

Iohan Franco lui ouvre le côté et arrache le cœur, c'est ce qu'il 
dit lui-même ; d'après Yucé Franco, Iohan Franco a ouvert le côté 
et c'est Garcia Franco qui a arraché le cœur 5 . 

Le sang d'un des bras est recueilli dans un chaudron, celui de 
l'autre bras dans un pot de terre (Iohan Franco) ; il est recueilli 
dans un chaudron (Yucé Franco) ; dans un chaudron et une écuelle 
(jugement de l'inquisition) 6 . 

L'enfant est mort par l'écoulement du sang des bras ; Benito 
Garcia seul dit qu'on l'a d'abord étranglé, pour faire cesser ses 
cris. D'après Yucé Franco, on aurait arrêté ses cris en lui met- 
tant un bâillon, mais sans l'étrangler 7 . 

La caverne, pendant le meurtre, est éclairée par une lumière 
(Ioh. Franco) ; par un cierge (Benito Garcia) ; par des cierges (Yucé 
Franco). Pour qu'on ne voie rien du dehors, on bouche l'ouver- 
ture de la caverne avec une capa (Yucé Franco), avec une manta 
(Benito Garcia) 8 . 

L'enfant est enterré par Garcia Franco et Iohan Franco, à ce 
que dit Yucé Franco ; mais Iohan Franco dit qu'il a été enterré par 
lui et par Alonso Franco 9 . 

L'enfant avait 3 ou 4 ans, dit Yucé Franco. Le médecin qui a 
entendu, à Ségovie, la conversation de Yucé Franco avec le Frère 

i Ioh. Fr., p. 52 ; B. Garcia, p. 54. 

2 P. 55. 

3 Yucé Fr., p. 42 ; Ioh. Fr., p. 95 ; Ioh. Ocana, p. 64. 
* P. 54 et 59. 

s Ioh. Franco, p. 52, 68, 95 ; Yucé Fr., p. 42-43. 

6 Pages 42,95, 54 et 118. 

7 Benito G., p. 55 ; Yucé Fr., p. 42. 

8 Lumière, pages 54, 55, 44 ; caverne houchée, p. 44, 55. 

9 Pages 43 et 95. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 223 

déguisé en rabbin, croit avoir entendu que Yucé Franco aurait dit 
que l'enfant avait onze ans l . 

Si l'on tient compte du Résumé des sept procès dont nous avons 
parlé plus haut, et qui fut fait, d'après les pièces originales de 
notre procès, par des notaires de l'inquisition de Madrid, d'autres 
contradictions encore se présentent. D'après ce Résumé, il serait 
acquis qu'un Juif de Quintanar (et non lohan Franco) aurait volé 
l'enfant à Tolède 2 (ce Juif serait sans doute Mosé Franco, fils de Ça 
Franco, établi à Quintanar); le nom de l'enfant aurait été Juan 
(nos pièces ne connaissent pas le nom de l'enfant), fils d'Alonso de 
Pasamontes et de Juana La Guindera (nos pièces nomment, pour 
le père, Alonso Martin, de Quintanar). 



VIII 



Les inquisiteurs ne font rien pour expliquer toutes ces contra- 
dictions, ils ne font rien non plus pour s'expliquer à eux-mêmes 
toutes les invraisemblances dont le procès fourmille. 

Et tout d'abord, le véritable but de tout ce sortilège aurait été 
d'enchanter les inquisiteurs et de faire en sorte qu'ils ne pussent 
rien tenter contre les quatre frères Franco, qui craignaient d'être 
poursuivis comme judaïsants. Tous les témoins sont d'accord là- 
dessus. L'inquisition ne commença à fonctionner dans le diocèse 
de Tolède, dont dépendait La Guardia, qu'en mai i486 3 , la vue 
des auto-da-fé, des processions et pénitences publiques des sus- 
pects, leur exposition au pilori, avaient profondément ému les 
quatre frères Franco. Il n'est pas impossible qu'ils aient été obligés 
de prendre part, comme pénitents, à ces humiliantes cérémonies 4 
et que l'un d'eux ait été exposé au pilori. La crainte de subir de 
nouveau une honte pareille a pu les porter à chercher un sorti- 
lège pour s'en garantir. C'est pour eux seuls que se fait toute la 
conjuration, les Juifs ne sont là qu'en spectateurs, tout au plus 

1 Paires 42 et 57. L^xplication donnée par M. Fita pour faire de ces onze ans deux 
ans n'est pas bonne (voir Revue, XV, p. 134). Nous nous demandons seulement si, 
au lieu de traduire par • l'enfant pouvait avoir onze ans », il ne faut pas traduire par 
« il petit y avoir de cela onze ans ». Ce serait une nouvelle difficulté chronologique 
à ajouter aux autres. — Cf. notre p. 218, note 3. 

» Moreno, /. c, p. 125. 

3 Bolet iu de la Real AcoAemxu de Madrid, octobre 1887, p. 290, article de M. Fidel 
Fita. L'exécution (queind) qui aurait si grandement effrayé les Franco serait du 7 
ou 8 mai 1487, seuie çuema qui eut lieu à Tolède entre août 1486 et juillet 1488. 

* Cf. p. 83 du Santo Nino de M. Fid. Fita. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

pour compléter le nombre dix, exigé par les prescriptions reli- 
gieuses pour la validité des offices religieux *. Ce n'est que peu à 
peu que Yucé Franco, quand il voit qu'il faut «confesser» aussi 
quelque chose là-dessus, en arrive à dire que les Juifs étaient 
venus parce que, par dessus le marché, on leur promettait d'en- 
chanter tous les chrétiens, de les faire mourir et d'amener le 
triomphe du judaïsme sur le christianisme. La sentence des inqui- 
siteurs met très habilement en avant ce dernier motif, comme le 
principal et le plus important, mais il est parfaitement évident 
qu'il joue un rôle secondaire dans les témoignages et qu'il y 
vient après coup seulement, comme expédient, pour expliquer 
l'intérêt que les Juifs auraient pris à un sortilège qui regardait 
uniquement les quatre frères Franco. Mais comment croire que 
les cinq Juifs, quelque superstitieux qu'on les suppose, aient pu 
s'imaginer que ce pauvre sortilège servirait à exterminer tous 
les chrétiens et le christianisme tout entier ? Attendre un pareil 
cataclysme d'une aussi petite cause, cela dépasse les bornes de 
la folie permise. Comment admettre surtout qu'ils aient cru en 
la vertu ou en l'enchantement d'une hostie, qu'ils regardaient 
comme un simple morceau de pain 2 , et qui ne tire sa valeur que 
d'un .acte de foi chrétien? Nous l'avons dit au début de cette 
étude, l'idée de se servir d'une hostie ou du cœur d'un enfant 
crucifié pour faire un enchantement, ne pouvait venir qu'à des 
personnes élevées dans le christianisme, comme l'étaient les 
Franco de La Guardia,et nourries des superstitions chrétiennes de 
l'époque. 

Les onze conjurés se réunissent fréquemment dans la caverne du 
crime 3 ou ailleurs. Est-il possible que personne ne s'en soit douté, 
que personne n'ait remarqué les allées et venues de tant de per- 
sonnes, leurs allures suspectes, surtout dans ces petites localités 
comme La Guardia etTembleque, où de pareils mystères devaient 
être bien difficiles à cacher? Personne non plus n'a vu percer, par 
une petite fente, la lumière qui aurait éclairé la scène du meurtre 



1 Les accusés donnent là-dessus des indications très curieuses, qui peuvent très 
bien être de pure invention. Maître Yuça Tazarte aurait dit que, pour faire le sorti- 
lège, il lui fallait, outre les néo-chrétiens, un certain nombre de Juifs, au moins cinq, 
d'après le verset d'Amos ix, 6, imO" 1 V"1N h$ 1 m JUKI et c'est pour cela que cinq 
Juifs (quatre plus le médecin) auraient assisté au crime (p. 89). Cette allégation s'ap- 
puie, sous aucun doute, sur la mischna de Abot, ni, 7. En outre, Tazarte aurait dit 
qu'il fallait la présence d'un certain nombre de chrétiens (p. 90), ou plus exactement, 
qu'il fallait au moins cinq Juifs et cinq chrétiens (p. 91). 

2 Voir p. 37. 

3 Voir p. 31, et tous les actes du procès. 






LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 225 

dans cette caverne si mal bouchée. Tout cela ]est vraiment in- 
croyable. 

Le meurtre présumé ne peut avoir eu lieu, si l'on prend les 
témoignages au sérieux, qu'en cet endroit où l'Escorchon coupe la 
route allant de La Guardia à Ocana (voir notre carte), mais l'en- 
fant était caché, avant le meurtre, dans la Jws de l'Algodor 1 , c'est- 



Tolède 




Carte des environs de La Guardia. 

D'après V Atlas geografico de la Peninsula Ibérica, de Valverde et Alvarez, Madrid, 
1880. Echelle au 7o0,00u e . Les traits ondulés indiquent les cours d'eau ; les autres 
traits indiquent les routes. 

à-dire, d'après M. Fidel-Fita, en cet endroit où l'Algodor coupe 
l'ancienne route de Tembleque à Mora. Mais de là à la scène du 
meurtre il y a assez loin et nous ne savons si on aurait eu le 
temps de faire le voyage, d'exécuter la longue scène du meurtre, 
l'ensevelissement, et de rentrer tranquillement avant le jour 2 . 



1 Voir p. 82 et 88. 

» D'après les mesures prises sur notre carte, qui est au 750,000 e , on a les dis- 
tances minimum suivantes : de La Guardia à l'Escorchon, 3 kilom. à 3 k. 1/2, sur- 
tout si l'on fait attention que la caverne dans laquelle on prétend que le crime a été 
commis se trouve au-delà de l'Escorchon, dans le mont des Oliviers (Moreno, 
p. 17-18) ; de La Guardia ù Tembleque, 4 à o kilom. ; de Tembleque à l'Algodor, 
13 kilom. Puisqu'on prétend que l'entant était, avant le crime, caché près de l'Al- 
godor, il aurait fallu parcourir le chemin suivant : de Tembleque à l'Algodor et 
retour, puis de Tembleque à La Guardia et de là à l'Escorchon, et enfin retour au 
T. XV, n° 30. 15 



REVEE DES ÉTUDES JUIVES 

Le meurtre a lieu dans la semaine sainte, on fait couler le sang 
de l'enfant, on recueille ce sang. Ce sont des détails qui auraient 
un sens, si le meurtre avait pour but d'employer le sang de ren- 
iant pour la Pàque juive, qui tombe à peu près au même temps 
que la Paque chrétienne 1 ; mais, dans notre histoire, ni la Pàque 
juive, ni le sang de l'enfant ne jouent aucun rôle. Evidemment, 
ces deux traits sont pris à la légende sur les enfants chrétiens tués 
par les Juifs. La légende opère ici sans discernement, elle laisse 
traîner, dans le récit du crime, des lambeaux d'autres récits qui 
n'ont rien à faire dans le nôtre. Cette distraction la trahit, c'est 
elle qui est la vraie coupable. 

Le cœur de l'enfant tué dans la première réunion reparaît dans 
la seconde réunion, quinze jours ou plus après le meurtre. A-t-il 
pu se conserver jusque-là 2 ? Mais surtout comment a-t-il pu se 
conserver jusqu'à la troisième réunion, qui a eu lieu six mois ou 
un an plus tard 3 , et pendant le long voyage de Benito Garcia, 
chargé de porter ce cœur à Zamora? Cela est absolument impos- 
sible. C'est probablement pour échapper à cette objection, que la 
sentence de Benito Garcia intervertit et altère les faits delà façon 
que nous avons dit plus haut. 

Benito Garcia, chargé de porter le cœur et l'hostie à Zamora, 
au rabbin Abenamias, est arrêté en route, à Astorga, on le fouille, 
et qu'est-ce qu'on trouve sur lui ? Une hostie, à ce qu'on assure, 
mais pas de cœur; pas de lettre non plus pour le rabbin Abena- 
mias, et cependant on prétend plusieurs fois qu'il en avait une 4 . 

Son itinéraire est aussi une chose curieuse. Pour aller à Zamora, 
il commence par se rendre à Santiago, tout à fait au bout de l'Es- 
pagne, et en traversant des chaînes de montagnes d'un passage 
difficile ; puis il revient sur ses pas, se rend à Astorga, pour redes- 
cendre de là, passer par Zamora, et retourner ensuite à son point 



moins à La Guardia, cela fait un chemin de huit heures au moins. En outre, l'ac- 
complissement du crime a dû au moins durer deux heures : temps de boucher la 
caverne, de faire la croix et d'y lier lenfant, de laisser écouler le sang, de prononcer 
la longue liste des imprécations rapportées parles pièces, et enfin d'ensevelir le corps 
de la victime. Le tout aurait demandé au moins dix heures. Si l'enfant avait été 
amené de Quintanar, comme lïndique le Résumé des sept procès (Moreno, p. 124), 
le temps nécessaire aurait été au moins aussi long, car de Quintanar à La Guardia 
il y a au moins 32 kilcm. 

1 II est, du reste, intéressant de remarquer que, dans les années 1487, 1488, 1489, 
la Pâque juive tombe respectivement, les 8 avril, 29 mars et 17 mars, tandis que la 
Semaine sainte ne commence respectivement que les 10, 1 er et 14 avril. 

* Garcia Franco y met « un peu de sel » lors du meurtre (p. 43), cela suffit-il ? 

3 Preuve que ce cœur a dû figurer à cette troisième réunion, p, 07, 68 et 87, sans 
compter la sentence contre Yucé Franco, p. 105. 

4 ll>id.,et p. 41. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA '227 

de départ par le chemin le pins court ! Nous croyons volontiers 
qu'il a été à Santiago, du moins il y avait quatre ou cinq ans aupa- 
ravant ' ; il est sur qu'il était à Astorga, puisqu'il y a été arrêté ; 
nous voulons même croire qu'il portait, en effet, à ce moment, une 
hostie, c'est peut-être le seul point historique de toute cette affaire, 
mais nous nous refusons absolument à croire qu'il soit allé de La 
Guardia à Santiago pour se rendre à Zamora 2 . 




Anla 

^TVXABRID 

Tolède 



Murcie 



Carte pour les voyages de Benito Garcia. 

Voici enfin une dernière remarque, et qui a son importance. 
Dans les conversations que Benito Garcia et Jucé Franco ont 
ensemble dans la prison, à l'abri de toute surveillance, et où 
tuvent s'expliquer librement, Benito Garcia dit que la justice 
des inquisiteurs n'est pas justice et que tout ce procès a été uni- 
quement intenté pour confisquer les biens des accusés en vertu de 
la sentence de mort qu'on prépare contre eux 3 . Benito Garcia 

1 P, 

1 D'après les distances indiquées par un guide des chemins de 1er espagnols, il y 
a, de Madrid à Zamora, 290 a 300 kilom.; de Madrid à Santiago, 650 à 670 kilom. 
Benito Garcia, en allant de la Guardia à Zamora par Santiago, au lieu d'y aller 
directement, aurait don'; fait près de 700 kilom. de trop. 

3 C'est là le sens des deux passages de p. 38 et p. 36 : « Todo eslo non era 
)□ lo f'asian salvo por (jucmarios é tomarlcs sus l'utiendas. » — « Por 
las fasiendas los tcoian presos, é non por otra cosa. > 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

aurait-il pu parler ainsi à Yucé Franco, s'ils avaient réellement 
commis le crime dont ils étaient accusés, s'ils avaient assisté tous 
deux au meurtre de reniant et aux autres conciliabules des accu- 
sis ? Evidemment ces deux hommes étaient innocents, et toute 
l'histoire n'est qu'une invention l . 



IX 



Quelques-uns des accusés sont particulièrement dignes d'inspirer 
un vif sentiment de pitié et de sympathie. C'est d'abord ce vieil- 
lard de quatre-vingts ans, qu'on met à l'horrible torture de l'eau ; 
et ce pauvre Yucé Franco, qui n'a peut-être pas vingt ans, qui 
vit allègrement de son métier de cordonnier, simple et naïf comme 
un homme du peuple 2 , et sur lequel l'inquisition compte surtout 
pour trahir ses prétendus complices. Bien touchants aussi sont 
ces quatre frères Alonso, qui ont la nostalgie du judaïsme et qui 
rusent avec l'inquisition pour accomplir en cachette quelque pra- 
tique de la religion juive 3 . Ils doivent se sentir bien heureux 
quand ils peuvent, une fois, s'abstenir de manger terefa, observer 
quelques rites de la Pâque, entendre le schofar, s'asseoir dans une 
sacca, jeûner le hîppur, manger avec des Juifs et entendre dire 
la bénédiction du moçi et la herakha finale, offrir un don ou 
de l'huile pour les lampes à la synagogue d'Ocana 4 . Ils étaient 
obligés d'entrer dans les confréries et les chapitres, parce qu'ils se 
sentaient surveillés de près, et de prendre, de temps en temps 
des bulles à Rome 5 . Alonso pensait sérieusement à se circoncire ; 
leur grand crève-cœur était d'être mariés avec des femmes 
d'origine chrétienne, devant lesquelles ils étaient obligés de se 
contraindre sans cesse , et qui les empêchaient de faire cir- 



' Nous n'excluons pas la possibilité de quelque sortilège innocent fait par les quatre 
frères Franco avec une hostie, peut-être même avec le cœur d'un mort qu'on aurait 
déterré (voir p. 31, n° 12). 

* Voir sa touchante défense présentée par son avocat au début du procès, n» 2, 
p. 15 à 21. 

3 Ce que nous avons dit, Revue, XIII, 258, d' Alonso Franco, est faux. N'ayant, à 
cette époque, que deux pièces du procès, nous ne savions pas qu'Alonso était néo- 
chrétien et nous le prenions, à tort, pour un Juif sceptique. 

4 Terefa, p. 28. — Pàque, p. 29. — Schofar, succa, etc., p. 49. Il n'y avait, sans 
doute, pas de synagogue à La Guardia, ni, probablement, à Tembleque, où le nombre 
des Juifs était si petit que, pour faire les offices avec dix hommes adultes, il fallait 
faire venir David de Perejon, de La Guardia (p. 48). 

5 P. 45. 



LE SAINT ENFANT DE LA Gl'AHDlA 229 

concire leurs enfants ; ils en étaient tourmentés à ce point, que 
lohan Franco se consolait, par là, du malheur de n'avoir pas de 
fils *. Que dire d'un régime qui impose à des cœurs simples de 
pareilles tortures ? 

Beaucoup d'autres néo-chrétiens ou peut-être même vieux 
chrétiens aspiraient à observer, par superstition ou autrement, 
des pratiques juives, surtout des femmes, à ce qu'il semble. 
Benito Garcia en nomme plusieurs : la veuve de feu Alonso, tail- 
leur de La Guardia, laquelle ne mange pas dans les pots des chré- 
tiens ; Catalina, la femme de Fernando al coxo, à Tembleque, qui 
vient manger la tefina du samedi, et boit du vin cascher. Yucé 
Franco nomme, à son tour, Diego de Ayllon, ses trois filles et son 
fils de Tembleque, qui gardent le sabbat et les fêtes juives, et 
la femme défunte de lohan de Orihuela, demeurant, à Tembleque, 
et lohan Vermejo , de Tembleque , qui jeûnent le kippur ou 
mangent à la succa 2 . Ce Peiîa, alcade de La Guardia, sur l'amitié 
duquel compte Benito Garcia et qui l'aiderait, à l'occasion, à em- 
mener les gens en Palestine, et ce Gabriel Sanchez, oncle d'A- 
lonso et sacristain de La Guardia, ne doivent pas non plus être 
très orthodoxes 3 . 

Le plus intéressant des accusés est sans contredit Benito Garcia. 
Né dans le judaïsme, il s'est baptisé il y a trente-cinq ou quarante 
ans \ mais depuis cinq ans, ses yeux se sont dessillés 3 , le chris- 
tianisme lui apparaît comme une grande farce (burla) ou une 
idolâtrie, il regrette amèrement de s'être fait chrétien. Cette nou- 
velle conversion est toute à son honneur : ce n'est point par des 
raisonnements de théologien, mais par le cœur, qu'il est revenu 
au judaïsme. Il a vu les fêtes atroces de l'inquisition, le spectacle 
abominable des auto-da-fé le remplit de pitié et d'indignation . 
Son repentir d'être devenu chrétien est si vif et si profond, qu'il a 
pris le christianisme en haine : antéchrist est le juif qui se fait 
chrétien, pis que l'antéchrist sont les inquisiteurs, le grand anté- 
christ c'est l'inquisiteur général, Thomas de Torquemada. Depuis 
cinq ans, Benito vit en juif, autant que le lui permet la prudence : 
il ne va à l'église que juste ce qu'il faut, n'observe pas les fêtes 

1 Pages 20 et 45. 
1 Pages 47 et Sfi. 

3 Pena, p. 36 et 37. — Sanchez, p. 1l» r J. 

4 Les quarante ans, p. 35 ; — trente-cinq ans [30 + 5), p. 116; cf. p. GO. 

5 C'est à Santiago, où il a vu les diables (les inquisiteurs autour du bûcher?), qu'il 
a eu cet.e révélation 

• Voir p. 33 • t. 38. Remarquer que la date de sa nouvelle conversion au judaïsme; 
coïncide avec l'introduction de l'inquisition dans Le diocè8e de Tolède, ou avec la date 
d'un auto-da-fé qu'il a vu à San 



REVUE DES ÉTUDES JIHVES 

chrétiennes, mange de la viande le vendredi et autres jours mairies 
se confesse pour la forme, ne communie pas, et quand il voit le 
corpus ChristU il crache ou fait des signes de mépris (higos). Au 
contraire, il observe les pratiques juives, se repose le samedi et 
travaille le dimanche, mange et boit caschcr, jeûne les jeûnes 
juifs même dans la prison, se fait expliquer les prières et les fêtes 
et jeûnes juifs, donne de l'huile pour les lampes de la synagogue 1 . 
Il faut entendre comme il se tourmente d'avoir été maudit par son 
père quand il s'est baptisé, et comme il explique, par ses péchés, 
tout le- mal qui lui arrive. Si on lui a donné des coups 'à Aotorga, 
c'est qu'il a donné des coups à ses enfants pour les faire aller à l'é- 
glise; à cause de l'argent qu'il a donné (au curé) pour les âmes du 
purgatoire, il a été dévoré par les insectes dans la prison d'As- 
torga ; parce qu'il a donné de l'argent pour un bénitier de l'église, 
il a subi la torture de l'eau à Astorga ; pour avoir dit, pendant cette 
torture, plus qu'il n'en savait, il a perdu son corps et son âme ». 
Son repentir et ses remords sont si cuisants, qu'il se porterait 
aux actions extrêmes ; sans Yucé Franco, qui l'en dissuade, il 
se ferait la circoncision dans la prison, au risque d'en mourir. 
La seule consolation qu'il a, c'est d'avoir détourné un jeune homme 
de se faire chrétien, en. lui disant : Tu vois comme on les brûle 
les néo-chrétiens; va donc, si le cœur t'en dit. Il n'a plus mainte- 
nant qu'une préoccupation, c'est que ses deux jeunes fils quittent 
cette loi « maudite » et deviennent juifs. S'il sort de prison, il ira 
en Judée et il déterminera beaucoup d'autres personnes à s'y 
rendre; il espère, peut-être, de voir la Sabbation, ce fleuve qui se 
repose le samedi et dont l'image passe dans ses rêves. Yucé Franco 
pousse le repentir jusqu'à l'exaltation et on peut dire à la sain- 
teté. Seul de tous les prisonniers, il se garde de charger les ac- 
cusés 3 , et si, pour sauver les autres accusés, il pouvait offrir sa 
vie, il serait heureux de la sacrifier 4 . 



1 Tout cela et ce qui suit, pages 35 à 38, 60, 86, 116. Il jeûne, entre autres, le "<3125 
■OTÏÎ iTHZÎfàm du jeûne d'Esther, p. 37. Voyez, sur ce jeûne, Masechet Soferim, édit. 
Joël Mûller, p. 235. 

* P. 38, et (avoir menti pendant la torture), p. 35. 

* Daus sa déposition du 24 sept. 1491, p. 55, n° 26, pas un nom propre >,' t 
prononcé; dans celle du 14 nov., p. 95, n° 59, il ne parle que d'un de ses prétendus 
complices, Iohan Franco, et encore après que celui-ci s'est accusé et dans une de ces 
scènes de confrontation dont on ne sait que penser. — Nous voudrions faire remar- 
quer, à cette occasion, qu'il y a une nuance dans l'attitude des accusés les uns vis-à- 
vis des autres. Yucé Franco, qui est juif, tout en nommant tous les accusés, attribue 
l'initiative du crime aux néo-chrétiens. Iohan Franco et Iohan de Ocana, qui sont 
néo-chrétiens, ne le contredisent pas précisément, mais ils n'insistent pas sur ce détail, 
et de plus Iohan de Ocana charge furieusement Yucé Franco. 

4 P. 35. 



LE SAINT ENFANT DE LA GUARDIA 231 

M. Fita a joint, aux pièces du procès, une relation écrite en 
1544, par Damian de Vegas, médecin demeurant à La Guardia, 
et intitulée : Memoria del Santo Nino de La Guardia. Cette 
relation est bien curieuse, elle sait une foule de choses dont il 
n'est pas dit un mot dans les pièces du procès ou qui sont même 
en contradiction flagrante avec ces pièces. Les Franco de La 
Guardia sont, pour l'auteur, des Juifs qui avaient fui l'Espagne 
au moment où l'inquisition fut établie dans ce pays, et étaient 
allés demeurer en France. Là vit un chevalier pauvre et chargé 
d'enfants, ils lui offrent de l'argent s'il veut tuer un de ses 
fils et leur livrer le cœur de la victime, il refuse, mais sa femme, 
plus avisée, s'arrange pour avoir l'argent des Juifs et garder 
son enfant : sur son conseil, le chevalier tue un porc (puerca) 
et livre aux Juifs le cœur de l'animal à la place d'un cœur 
d'enfant. Une vieille femme diabolique leur vend une hostie, ils 
en font avec le cœur un mélange qu'ils jettent dans la rivière, et 
peu s'en faut que les chrétiens ne fussent tous empoisonnés, si le 
bon chevalier ne révélait le mystère. Lesdits Juifs, avec des chré- 
tiens, passent ensuite en Espagne, s'établissent à La Guardia, où 
ils ne pensent qu'à recommencer, ils volent à une vieille femme 
aveugle de Tolède un enfant qu'elle a, qui est âgé de sept à huit 
ans et s'appelle Cristobal. Après l'avoir caché trois ou quatre mois, 
pour réfléchir sur la manière de le mettre à mort, ils le tuent le 
20 mars 1492, après l'avoir maltraité et lui avoir donné 6,200 
coups, mais par erreur, car ils voulaient lui en donner 5,200, 
autant que Jésus en avait reçu. Au moment où l'enfant expire, 
"sa mère recouvre miraculeusement la vue. Cependant, les Juifs 
envoient le cœur de l'enfant, avec une hostie, à un savant rabbin 
d'Avila, pour qu'il fasse un sortilège contre les chrétiens. En route, 
le Juif qui les porte entre dans une auberge, il fait sa prière et un 
chrétien qui l'observe remarque avec stupéfaction qu'il lui sort de 
la bouche des flammes vertes, jaunes et de diverses couleurs. Cela 
le trahit, il est pris et ses complices aussi, et ils expient tous par 
la mort leur horrible forfait. 

M. Fidel Fita s'indigne, et avec raison, de trouver tant d'inexac- 
titudes dans le récit d'un homme qui a vécu si peu de temps après 
ement et qui pouvait encore consulter le frère vivant d'un 
des témoins du procès (p. 147). Nous serons plus indulgent envers 
le Senor de Vegas, ses inventions ont un bon côté, précisément 
parce que ce sont des inventions. Si nous n'avions pas maintenant 
les procès-verbaux de l'inquisition, son récit assurément ferait foi, 
beaucoup de personnes seraient fort disposées à y croire, mais il 
n'y a plus moyen. Le procès-verbal a tué la relation, mais la rela- 



232 MEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion le lui rend bien. La légende a créé de toutes pièces les ima- 
ginations de la relation, elle a bien pu aussi créer celles des 
inquisiteurs. 

On nous permettra, pour finir, de résumer cette étude : 

1. Les dépositions des témoins, obtenues par la torture ou 
par menace de torture, sont pleines de contradictions, d'invraisem- 
blances et de faits matériellement impossibles ; 

2. Les juges n'ont fait aucune enquête ni aucune constatation 
pour découvrir la vérité, ils n'ont rempli aucun de leurs devoirs ; 

3. Ils n'ont pu fixer la date du crime, ils n'ont découvert ni la 
disparition, ni le corps ou les restes d'aucun enfant chrétien. 

La conclusion que nous avons annoncée est donc pleinement 
justifiée : 

V enfant de La Guardia n'a jamais existé. 

Isidore Loeb. 



LES RETENDS TIltES DES JUIFS DE FRANCE 

DANS LE DOMAINE KOYAL 

(XIII e SIÈCLE) 



On ne se croyait guère tenu au moyen âge de respecter la 
personne du Juif; quant à ses biens, ils n'étaient pas à lui, mais 
à son seigneur ; parfois on l'en fit jouir paisiblement, on lui 
permettait de les taire fructifier et de les augmenter, pour qu'au 
jour où le seigneur, suivant l'énergique expression d'un historien 
moderne, presserait ses Juifs, il en sortît plus d'or. Saint Louis 
lui- menu-, admirable à tant d'égards, ne se fit aucun scrupule 
de confisquer les immeubles des Juifs, en 1252 probablement 1 . 
D'autres faisaient œuvre pie en distribuant à leurs sujets les biens 
de leurs Juifs à leur lit de mort. C'est après avoir accompli pour 
le salut de son âme cette spoliation inique que Philippe, comte 
de Boulogne, meurt en 1235, soutenu par cette foi étrange du 
moyen âge qui laissait en dehors de l'humanité et de toute loi 
morale ceux qui ne partageaient pas la croyance chrétienne. 
Nous n'avons pas à faire ici l'histoire des diverses confiscations 
dont les Juifs furent victimes durant le treizième siècle, ce serait 
sortir de notre sujet ; nous ne nous occuperons que des reve- 
nus que les rois tiraient régulièrement de 'leurs Juifs; la liste 
en est assez longue. Ces revenus existaient antérieurement au 
xin° siècle, mais il semble qu'ils ne furent régularisés qu'à 
cette époque. 

1 Cf. Ordonnances des rois de France et Historiens de la France, tome XXIII, 
p. 402. 



234 REVUE DES ETUDES JUIVKS 



Dès L202, dans les comptes publiés parBrussel 1 , les Juifs figu- 
rent pour une somme de 1,503 i., *7 sol., 1 den. Les revenus qui 
proviennent d'eux sont rangés par l'auteur de V Usage des fiefs 
sous trois dénominations : Gens, Amendes, Sceaux. Les cens 
étaient répartis entre les Juifs par un certain nombre de leurs co- 
religionnaires 2 . Les amendes (expleta) étaient données pour des 
motifs que les comptes laissent ignorer. Quant aux sceaux, ils 
étaient apposés sur les transactions entre Juifs et chrétiens, et 
leur apposition donnait lieu à la perception d'un droit au profit 
du trésor. Parfois on changeait le sceau durant le cours d'un 
règne 3 , pour procurer au roi le bénéfice d'un nouveau droit de 

1 Comptes de 1202, dans Brussel, pièces justificatives, t. II (les chiffres entre pa- 
renthèses indiquent les pages du livre de Brusselj : 

Moretum et Samesium : de Judeo de Lingonis 20 1. pruvinensium (142). 

Recepta : Pétri de Gonessia, de expletis judeoruin. 

Aurelianensium, 10 librœ, et de uno Judeo 4 librœ (150). 

Recepta : ïerrici de Corbolio, de Joceo Judeo 50 librœ (151). 

Recepta : Alelmi, pro vino Judeorum 9 librae. 

Expensa : pro vino Judeorum 9 librae. 

Recepta prœposili Silvanectonsis : de litleris Judœorum quas Johannes Charcc- 

laron eis tradidit 100 lib. et 60 s (153). 
Recepta : Villelmi Pulli pro Judseis 12 librœ (154). 

Recepta: Roberti de Mellento, pro cambio marcharum Judaeorum 100 lib. '•■••>;. 
Recepta : Johannis Charcelaron, de Judœis Silvanectensibus 174 librœ (157). 
Recepta prepositi Pontisarœ : de sigillo Judeorum 4 1. (176). 
Recepta Gaufrudi de Pontisara : de sigillo Judeorum, 6 librœ et 13 sol. et 4 dcn. 

(178). 
Recepta Regnauldi de Cornillo : de Judœis Campanie 476 î. (184). 
Frater Garinus in compotis transactis 50 lib. pro Copino Judeo et débet 115 lib. 

3 sol. minus. 

ortua manus 

3 den. (197). 
Recepta Hemerici Chotard : de sigillo Judeorum Pissiaci de dimidio anno usque 

ad S. Johannem 25 lib. (199). 
Recepta Roberti de Mellento : de Guidone de Domna petra et pro Judeis Campanie 

61 lib. 9 sol. De Johanne Chargelaron pro Judeis Silvanectensibus 44 librœ (201) . 
De Judeis Parisius 100 librœ (202). 
Mehus Judeus Monlislherici 40 librœ (202). 
Recepta Willelmi Pulli clerici : de sigillo Judeorum Meduntœ 4 librœ pro sex sep- 

timanis (203). 
2 Isti sunt Judei qui fecerunt assisiam super alios Judeos : Helias de Sezene qui 
manet apud scalas ; Jacob presbiter qui manet apud Gounesse ; Morellus de Yenvilla ; 
Vivant Gabois; Vivant de Melugduno (Date antérieure à 1212, JJ 7-8, f° 97 a). 
3 'Redditus prepositure Corbolii : Sigillum Judeorum LX libri. 

Melcdunensis census : Sigillum Judeorum (JJ 7-8, f'° 86 a). 

Talenta Judeoruni valuerunt in hoc anno c solidi (Registre A, f° 86 a). 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 235 

scel ; c'est ce que fit Philippe-Auguste par son édit de 1206. 

Ces produits des Juifs se retrouvent pendant tout le règne de 
Philippe-Auguste. On voit également dans les comptes de cette 
époque diverses redevances pour le vin des Juifs ; ce droit était 
sans doute payé par eux pour pouvoir faire fouler le raisin par 
des hommes choisis 1 et avoir ce vin préparé selon leur rite, ce qui 
excitait l'indignation d'Innocent III. 

Avec les accroissements du domaine royal, sous le règne de 
Philippe-Auguste, le nombre des Juifs a considérablement aug- 
menté ; en même temps le revenu que pouvait tirer d'eux le 
trésor royal s'est grandement accru : en 1217, Brussel inscrit, 
parmi les revenus de l'année au terme de la Toussaint 2 , 
2,316 liv., 21 s.: à celui de la Chandeleur, 3,472 liv., 54 s., à 
celui de 1 Ascension, 67 livres, produit des redevances des Juifs 
du domaine. Alais l'extension du domaine royal, le nombre 
toujours plus considérable des Juifs soumis à l'autorité de 
Philippe-Auguste, ne suffiraient pas à expliquer la différence 
considérable que présentent les produits des taxes imposées aux. 
Juifs, en moins de quinze ans, si on ne l'attribuait aussi au 
calme relatif dont ils jouirent sur les terres du roi depuis 1198 
jusqu'à la fin du règne et qui leur permit d'accroître leurs 
richesses. 

Nous ne possédons, du temps de Louis VIII, qu'un seul document 
sur notre question : le roi, par son ordonnance du 8 novem- 
bre 1223, qui supprimait le sceau des Juifs, avait fait disparaître 
un des impôts qui pesaient sur eux et que l'on ne verra plus 
désormais figurer dans les comptes. Toutefois les Juifs rappor- 
tent encore sous ce règne, à une date qui nous est inconnue, la 
somme de 8,680 livres 13 sous 3 . 

Saint Louis, animé contre les Juifs par le zèle religieux surtout, 
ne devait pas retirer d'eux grand profit ; sous son règne, les 
sommes consacrées à la conversion des Juifs au christianisme, 
dépassèrent sans doute les sommes que le trésor tira d'eux; 
toutefois, il ne semble pas que, même à cette époque, ils aient 
été exempts de toute redevance. Lorsque, en 1233 *, saint Louis 

1 Recepta Alelmi : pro vino Judeorum, 9 librœ (comptes de 1202). 

* 1217. Toussaint. Châlelaio de Chinoo, 500 1. pur., pour taille des Juifs. — Châ- 
telain de Rouen, 595 Liv. par. 16 s. — Graillon, 880 1. p. 27 s. — Bailli de Ver- 
neuil, 241 1. p. 11 s. — Chandeleur, 441 I. 1iî s. — Caen, 462 1. p. — Cottentin, 
428 I. — Arques, 540 l. 7 a. — ChinoD, 500 1. — Verneuil, 300 1. 11 s. — Gaillon, 
8'J4 1. 10 s. — Ascension. Bailli d'Orléans : pro Judeis et Boscis, 77 lib. (Brussel 

* Bibliolh. nation., rns. latin. 9017, f° 2: summa Judeorum, 8680 1. 13 s. 

* Archives nationales, J. 1U28; pièces justilicativeB n° 1. 



238 REVUE DES ETUDES JUIVES 

réduisit d'un tiers les créances des Juifs, le trésor royal dut per- 
cevoir une partie de cette réduction. Parmi les Juifs victimes de 
cette mesure ligure un nommé Vivant de Meaux, qui est probable- 
ment le célèbre rabbi Yehiel qui soutint quelques années plus 
tard, à la cour du roi, une controverse remarquable contre Nicolas 
Doriin. En Tannée 1234 1 , les Juifs figurent pour la somme de 250 
livres -. Les comptes de la fin du règne ne mentionnent plus au- 
cune redevance des Juifs. 

Le court règne de Philippe-le -Hardi, si funeste aux Juifs, fut 
très onéreux pour eux, ils durent, en 1282, payer une taille de 
60,000 livres. 

C'est surtout avec Philippe-le-Bel que l'art de pressurer les 
Juifs allait se développer. Dès 1285 3 , Philippe réclama des Juifs 
de Champagne, comme don de joyeux avènement, 25,000 livres; 
en 1288 4 , une nouvelle taille leur fut imposée, et nous possédons le 
relevé de quelques-unes des sommes perçues pour la Champagne 5 . 
En 1291 6 , nouvelle taille; en 1293 7 , la taille est encore une fois 
perçue; on la trouve encore une fois mentionnée en 1296 s ; 
en ] 298, elle est augmentée d'une subvention du quatorzième 9 . 
En 1299, on la perçoit, ainsi qu'en 1300 et en 1301. 

Le trésor royal tire des rouelles des Juifs une seconde ressource. 
La rouelle est d'origine ecclésiastique, mais il est permis de 
croire que la vente des rouelles a été, dès Philippe-Auguste, un 
revenu pour le trésor royal, bien que la première mention de ces 
insignes dans une ordonnance royale ne remonte qu'au temps de 
saint Louis 10 . 

Ce ne fut qu'en 1269 que ce roi rendit le port de la rouelle obli- 



1 Compotus Ballivorum Francie (1234). Adam Panetarus : Recepta. De Judeis Tu- 
ron^nsibus per templum, VI" 1. (Bouquet, XXII, 577). — De Judeis Castri Erandi 
et Montis Conteri XXXI. (Bouquet, XXII, 577). — Kardognus de Malliaco de 
computo (Bouquet, XXII, 578). — Recepta de Judseis, 11 1. (Bouquet, XXII, 578). 

1 Vicecomitatus Rothomagensis, 1230. De domina Castelli pro Judeis, LVIII 1. 
XV s. — De domina Castelli pro debito Judeorum, L lib. (Bouquet, XXI, 256.) 

3 Bouquet, XXIII, 75l 

4 Ordonnance de 1288, publiée dans Saige, Juifs du Languedoc, p. 220. 

5 Pièces justificatives n° 2. 

6 Doat, XXXVII, 217 et suivants; Saige, p. 225. 

7 1293, dimanche 15 mars, Paris. Lettre de protection en faveur de Mancssier de 
Thoriaco, juif chargé de lever la taille sur les Juifs du roi. C'est le n° 86 indiqué 
Rev. des Etudes juives, t. II, p. 24. 

8 Comptes de 1296, passim, et pièces justificatives n° 3. 

9 1298, Comptes, n° 90. 

10 Hoc est extra prseposituram Meledunensem de riparia : De Rubella, VI modios 
et III sextaria avonse et VI" galline (Registre JJ 7-8, f° 92 a). — Meledunum : Ru- 
bellae, IV librae et XV solidi (le mot rubella, qui ne se trouve pas dans Ducange, est 
expliqué par Dieffenbach avec le sens de rouelle}. 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 237 

gatoire 1 , prescription qui fut confirmée par son fils Philippe II 
en 1283*. Mais il est probable que Philippe-le-Bel eut le premier 
l'idée de faire du port de la rouelle une source nouvelle de reve- 
nus pour le trésor royal. Son ordonnance de 1288 établit ou plutôt 
confirme le droit sur les rouelles et ordonne que les Juifs le 
payeraient, augmenté d'une amende pour ceux qui se dispense- 
raient d'en porter 3 . Les rouelles des Juifs sont parfois affermées 4 . 
Ainsi donc le trésor royal perçoit d'abord une redevance du Juif 
qui est forcé d'acheter la rouelle au fermier royal ou au prévôt, et, 
outre cela, une amende du Juif qui contrevient aux dispositions 
relatives au port et à la dimension de ce signe 5 . 

La rouelle figure dans les comptes de 1285 pour 131 1. 32 s. G ; 
elle est mentionnée en 1295 7 , et elle forme un des revenus les plus 
importants dans les comptes de 1296, 1299, 1300 et 1301 s . 
. A ces branches de revenus tirés de l'exploitation des Juifs, il 
faut ajouter les confiscations 9 , puis les amendes infligées pour les 
délits commis dans les foires, les faux, les violences ,0 envers les 
agents de l'autorité royale 11 (Expleta ouEmenda), les paiements 
faits au roi de sommes dues aux Juifs et entachées d'usure. Enfin, 
le roi se fait payer un fouage en Poitou pour une expulsion de 
Juifs qui dut avoir lieu en 1298 12 . 

1 Ordonnances, I, 294. 
» Saige, p. 225. 

3 Saige, p. 220: ordonnance du 18 mars 1288. 

4 De Roellis Judeorum Parisius pro termino Omnium Sanctorum, 97 1. per Danye- 
lem Britonem qui eas émit. (Comptes de 1298, n° 13.) 

5 Et Judeos nobis subditos compellatis ad deferendum roellas juxta ordiuationem a 
curia nostra super his edictam et pro ipsis non portatis, débitas levetis emendas et 
illud in quo nobis tenentur annuatim pro roellis predictis juxta ordinationem prefa- 
tara. (Ordonnance de 1288, 18 mars, dans Doat, XXXVII, i'° 195, publiée par Saige.) 

6 Brussel, I. 600 ; Bouquet, XXIII, 767. 

7 Orléans, 1295 : de computo Ballivorum Francie, Petrus Saigne, Ballivus Aure- 
lianensis, de roellis Judeorum ballivie aurelianensis, XXX sol. (Bouquet, XXII, 
763.) 

8 Comptes de 1296, n° 96 ; — Comptes de 1298-99, n°» 13, 14, 15, 31, 40, 42; — 
Comptes de 1299-1300, n<" 2. 7, 9, 20, 21, 28, 30, 34, 30, 43 ; — Comptes de 1301, 
n°» 12, 18, 21, 25, 33. 

9 De judeis Drocensibus pro octo scutellis argenti recuperatis a Salomone judeo 
suspenso, quae pondaverunt 26 marcas et dimidiam 64 1. 8 s. 6 deu. Debetur 26 s. 
6 d., suivit Marcellus. (Bouquet, XXXIII, p. 662.) 

10 1285. Toussaint. Expleta Baillivie Bituricensis. De Ilaquino de Duno judeo, pro 
toto VI libraj. (Bouquet, XXIII, 662.) — 1285. Toussaint. Tours. De Leone judeo, 
pro quadam emenda. (Bouquet, XXIII, 663.) — 1285. Vermoidois. De emenda Jacobi 
Courtoisie judei, taxata per magistros computorum pro toto : librae. (Brussel, I, 

.74, et comptes de 1296, p. 98, 99; 1300 et 1301, passim, principalement 1298, 
n°« 16, 17, 18, 19.) 

» Comptes de 1296, n° 120, et 1298-9. n° 3. 

" Comptes de 1296, n° 120 ; — 1299. Compotus Jacquelini Trousselli, Baillivi 
Turonensis, de termino Omnium Sanctorum anno domini 1299, Focagia pro expul- 



REVUE DES ÉTUDES JUIVKS 



II 



La perception de ces différents impôts exigeait une administra- 
tion spéciale, qu'on se préoccupa sans doute de former dès le com- 
mencement du xiii siècle; les documents sont malheureusement 
fort peu explicites à cet égard. On dut choisir, dès cette époque, 
des Juifs notables qui furent chargés de la levée des impôts chez 
leurs coreligionnaires; le cartulaire de Philippe-Auguste nous a 
conservé les noms de ceux qui levèrent une taille sur la commu- 
nauté de Paris sous ce règne. Cette habitude se conserva sous les 
successeurs de Philippe-Auguste. Toutefois, ce n'est qu'en 1288 
quePhilippe-le-Bel organisa, par une ordonnance, l'administration 
financière des Juifs. Deux personnages, Jean Point-l'Ane, clerc 
du roi, et Geoffroy Gornici, bourgeois, chargés de réclamer, des 
Juifs, la taille des sept dernières années, furent préposés à leurs 
affaires; sous eux se trouvaient, dans chaque bailliage, deux Juifs 
notables, dont la fonction consistait à désigner pour chaque Juif 
deux autres Juifs comme caution de résidence. C'étaient eux, 
sans doute, qui faisaient la perception de l'impôt dans leurs cir- 
conscriptions administratives. Et, en effet, bien que la circulaire 
royale soit muette sur ce point, les comptes que nous possédons 
nous permettent de voir en exercice toute cette administration 
vers le milieu du règne de Philippe-le-Bel, de 1296 à 1301. 

A cette époque, les deux fonctionnaires dont nous parle l'acte 
de 1288 ont disparu, et celui qui leur a succédé est un clerc du 
roi, Danyel le Breton. Il a dans ses attributions surtout les Juifs 
de Paris et ceux de sa prévôté, ceux du douaire de la feue 
reine Marguerite 1 , c'est-à-dire du Vexin et d'une partie de la 
Normandie, et ceux que le roi avait achetés à son frère Charles 
de Valois en 1299, en un mot tous ceux qui habitent le domaine 
patrimonial des Capétiens. En outre, en l'année 1297, Danyel 
le Breton afferme les rouelles des Juifs de Paris. Pour remplir 
ces fonctions, il reçoit un traitement de 91 livres 5 sous tournois 
par année commençant à la Toussaint. Il a sous ses ordres des 



sione Judeorum : de denariis recuperatis de residuo focagii de Gastello Loduno pro 
parte ad hune terminum, XV librse. (B.-N., mss. français, n° 10365, i'° 38.) 

1 La reine Marguerite, veuve de saint Louis, tenait pour lors en douaire : Pontoise, 
Meullant, Poissi, Vernon, Estampes, La Ferté-Alais, Dourdan et Corbeil, comme 
cela est marqué dans le compte des prévôtés de France, 1277. (Brussel, t. I-, p. 465.) 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 23y 

employés temporaires, parmi lesquels figure un Galeran le 
Breton, clerc également, qui devait être son parent 1 . Un sergent 
au Chàtelet, Robert Hobe, qui, en 1298, était fermier des rouelles 
des Juifs de Champagne, remplissait les mêmes fonctions que 
Daniel, mais seulement pour les Juifs de Champagne. 

Du côté de ces derniers, apparaît un fonctionnaire nouveau : 
c'est le Procureur général des Juifs. Il est malaisé de dire en quoi 
consistait son emploi et à quel moment il fut créé. Les comptes 
de 1296 nous font connaître Kalot de Rouen 2 et nous le montrent 
déjà comme un intermédiaire financier entre la royauté et ses 
coreligionnaires, mais à cette époque il ne porte pas le titre 
de procureur. C'est dans un acte du 8 février 129"ï qu'on le 
lui décerne pour la première fois; Kalot figure dans cette charte 
comme arbitre chargé par Philippe-le-Bel de prononcer sur la 
propriété de quarante-trois Juifs que lui et son frère Charles 
de Valois se disputaient ; Kalot, d'accord avec Joucet de Pon- 
toise, Juif du comte de Valois, en accorda douze au roi et le 
reste à son frère. Mais ses attributions paraissent avoir été sur- 
tout financières. Il se trouve même intermédiaire, on ne sait 
trop à quel titre, entre le roi et la monnaie de Paris.au 1 er sep- 
tembre 1298. C'est ce même jour qu'il contracta pour la com- 
munauté des Juifs de France, qu'avaient sans doute épuisés les 
exactions des années précédentes, un emprunt de 500 livres 
tournois au trésor royal ; la somme fut rendue en deux fois, 
400 livres le 6 novembre, et 50 livres le 10 décembre de la même 
année ; les comptes ne nous apprennent rien sur le rembour- 
sement du reste de la somme. L'année suivante (1299), Kalot 
recevait, le 14 juillet, une somme de 400 livres, montant de ses 
déboursés dans une affaire relative à un emprunt sur lequel 
les documents ne nous renseignent pas ; le 30 juillet de la même 
année, il touchait, sans que nous puissions dire au juste si c'est 
comme traitement ou comme remboursement, 600 livres pour 
faire les affaires des Juifs 3 . Il avait encore dans ses attributions 
l'encaissement de certaines taxes, probablement de celles des Juifs 
de Normandie. Lorsqu'il mourut, le samedi après la Paque 1300, 
(16 avril 1300;, un inventaire, aujourd'hui disparu, fut fait de ses 
biens 4 . Il restait dans sa caisse 4,000 livres, montant des tailles 



» Compte de 1299-1300, a» 60 

* De predicta ûnacione pcr Julianam dictam Amidiu pro Kaloto judeo et pcr (îuil- 
lelmum Pereinium pro eodem et per Vietum d'Aupejrart pro eodcm Kaloto. (Comptes 

* Comptes de 1298-99, n M 21, 24, 44, 44 bis ; 1W9-130O, n- 59 et !i7. 

4 Kothoma^um (1296-1300 . Inventarium bonorum Caloli judei de Kothomafro qui 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qu'il avait perçues : sa veuve les paya en plusieurs termes, par 
l'intermédiaire d'un certain Hermand de Soissons, qui demeurait 
à Rouen ' . Kalot eut sans doute sous ses ordres des Juifs comme 
employés, c'est ce que semble du moins indiquer un texte de 
1296*. Un autre Juif eut également un rôle financier assez 
important dans cette administration, c'est Joucet de Pontoise, 
juif du comte de Valois, celui qui figure avec Kalot comme 
arbitre dans un acte de 1297 3 . Parmi les Juifs qui reçoivent 
du trésor des subventions, comme chargés des affaires des Juifs 
de France, figurent, en 1298 et en 1299 4 , Mosset des Fourneaux 
et Savouret de Saint-Denis, et, en 1299 et 1300 5 , Abraham de 
Falaise et ses associés. Enfin, conformément à l'ordonnance de 
1288, dans chaque bailliage, on trouve un ou deux juifs qui 
versent entre les mains des fonctionnaires royaux le produit des 
tailles de la baillie. On peut dresser pour un certain nombre de 
bailliages la liste de ces intermédiaires ; ils durent disparaître 
d'ailleurs vers 1301, car ils ne figurent pas dans les comptes du 
trésor pour cette année. Voici cette liste : 

Amiens. Joucet de Pontoise. (Comptes de 1296, n os 98 et 102.) 

Jacob de Flessicourt. (Comptes 1298-9, n° 49.) 
Auvergne. Perrequin de Saint-Denis. (Comptes 1298-9, n° 36.) 
Bourges. Perrequin de Milli. (Comptes 1298-9, n os 8 et 14.) 
Caux. Salomon de Blangi. (Comptes 1296, n° 99.) 
Chaumont. Fantinus de Bar. (Comptes 1299-1300, n oS 22 et 45.) 
Champagne. Joucet de Pontoise. (Comptes de 1296, n os 98 et 102.} 

Vivant de Troyes. (Comptes 1298-99, n 03 1 et 9.) 
Gisors. Mïchel le Juif de Verneuil. (Comptes 1299-1300, n° 3.) 
Senlis. Joucet de Pontoise. 
Troyes. Hagin de Provins. 

Vivant de Godemar. (Comptes 1298-9, n<> 24.) 
Vermandois. Viète d'Aupegart. (Comptes 1299-1300, n 0s 12 et 13.) 
Vitry. Nicholas Amourete. (Comptes 1296, n os 97 et 105.) 

Vivant Godemar. (Comptes 1298-99, n os 33 et 35.) 

Juifs achetés à Charles, fils du Roi : 

Haquin du Tour. (Comptes 1299-1300, n° s 23, 44 et 46.) 
Dayot de Seez. (Comptes 1299-1300, n os 22 et 45.) 

obiit sabbato post Pascha 1300 factum per R. Barbon et Radulphum de Soyaco. 
(B. N., ms. latin, n° 9069, f° 827.) 

i Comptes de 1301, n°« 3 et 23. 

» Comptes de 1296, n« 105. 

3 Comptes de 1296, n" 98 à 102. 

* Comptes de 1298-9, n°» 47 et 48. 

5 Comptes de 1299-1300, n» 51. 



LES REVENUS HRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 241 

Les revenus provenant des Juifs étaient versés sous saint 
Louis au Temple 1 . Quand Philippe-le-Bel eut créé ce Trésor 
du Louvre dont les attributions nous sont encore mal connues 2 , 
c'est là que se firent les versements des Juifs : c'est ce que nous 
indiquent tous les comptes publiés plus loin. Ces revenus ne 
laissaient pas que d'être assez importants, et les dépenses admi- 
nistratives faites pour les Juifs n'en absorbaient qu'une faible 
partie; ces dépenses consistaient dans les traitements des fonc- 
tionnaires et les indemnités dont nous avons déjà parlé, les prêts 
faits aux Juifs par le Trésor, et enfin dans quelques pensions 
assignées sur les taxes payées par les Juifs. Nous ne comprenons 
pas, bien entendu, dans les dépenses, l'argent que le roi consacrait 
à l'achat des Juifs de son frère ou de ses vassaux et que nous 
avons dû faire figurer dans nos documents pour n'y pas laisser de 
lacunes. Si on fait la balance des recettes tirées des Juifs et des 
dépenses qu'ils occasionnent, on trouve les chiffres formant le 
tableau suivant : 

RECETTES. DÉPENSES. PRODUIT NET. 

Toussaint 1 296 9766 1 1o 3 6 d 1 S d 9766" 15 9 6 cl 

Du 21 juin 1298 au 

18avril1299 7344 19 7 1292 5 3 6052 14 4 

En 1300, du 3 mai 1299 

au 12 mars 1300 20094 14 6 1772 2 10 18322 4 6 

En 1301, du 4 mai au 

3 novembre 1300 10273 2 106 10270 

Les Juifs étaient donc pour le roi de France une source sérieuse 
de revenus, et quand, en 1306, on les eut chassés, la vente de leurs 
biens fut loin de représenter un capital équivalent à celui que 
le roi perdait. Philippe-le-Bel avait fait, en les expulsant, une 
mauvaise action et, ce qui dut lui être plus sensible, une mauvaise 
affaire. 

L. Lazard. 



Nous nous sommes volontairement abstenu de donner, dans 
le cours de ce travail, l'équivalence des monnaies du moyen âge 

1 Computus Ballivorum Francic, 1234 . Adam Paoetarus : Recepta de Judeis Turo- 
nensibus per Templum, VIX.X 

* Voir Boutaric, La France sous Philippe-le-Bel, p. 228 ù 23.*», et J. Ilavct, li'ihl. 
de l'École des Chai tes, 1SS4, p. 237. 

T. XV, n° 30. 16 



S24S REVUE DES ETUDES JUIVES 

aux nôtres. Toutefois, voici quelques indications qui permettront 
de trouver la valeur absolue de certaines des monnaies men- 
tionnées plus haut ; quant à la valeur relative, cemme rien ne 
permet de la préciser, nous nous gardons d'en parler. 

Philippe-Auguste. 
Monnaie angevine \ 

Denier. Sou. Livre. 

4180 fr. 0,00985 fr. 1,182 fr. 23,064 

4484 fr. 0,0849 » 4,0198 » 20,396 

4490 fr. 0,0944 a 4,4328 » 22,656 

4495-4204 fr. 0,0849 » 4,0498 » 20,390 

Saint Louis 2 . 

Denier tournois. Sol tournois. Livre tournois. 

4258 fr. 0,0844 fr. 4,04 fr. 20,26 

Philippe le Hardi. 

4278 décembre » 0,0837 » 4 » 20,40 

Philippe le Bel. 

4295, avril -. » 0,0694 » 0,83 » 46,72 

4296, mai » 0,0622 » 0,74 » 4 4,94 

— décembre » 0,0597 » 0,74-70 » 44,34 

4297, juillet » 0,0574 » 0,68 » 43,77 

4298, mai » 0,0523 » 0,62 » 42,55 

4299, juin » 0,0494 » 0,59 » 44,91 

4302, avril » 0,0441 » 0,53 » 4 0,65 

— avril » 0,03385 » 0,50 » 4 0,49 



PIEGES JUSTIFICATIVES 

N° I. 
(Arch. nat., J. 1028, n« 2). 

Fragment de compte 4255 ou 4254. 

Cet acte, que j'ai mentionné plus haut comme un relevé d'impôts 
payés par les Juifs, est, au contraire, le compte des sommes ver- 

1 Usitée surtout en Normandie et assimilée par M. Delisle à la monnaie Tournois. 
(Delisle, Les revenus publics en Normandie, BibL de l'École des Chartes, 1848, p. 195 
et 196.) 

8 Natalis de Wailly, Mémoire sur les variations de la livre tournois depuis saint 
Louis, Paris, 1857, p. 222. 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 243 

sées à un certain nombre de Juifs du Roi, entre les mains des 
agents royaux, avec déduction d'un tiers de la dette 1 . L'acte énu- 
mère les noms des débiteurs chrétiens et les sommes dues par eux. 
J'ai cru inutile de publier toutes ces mentions et n'ai donné que les 
noms des Juifs qui sont en tète des chapitres et quelques notes 
accessoires. 

Familia Chiere de Longavilla*. 
Bêle née Lagainiere. 
Samuello de Ghasteaufort 3 . 
Hagino de Pissiaco 4 . 
Vivant Clarté le Bègue Goheing. 
Vivant de Meaux. 
Samuel de Gondé de Chiele 5 . 

Petrus Joceti de Scala XIII solidi et XIV denarios. Judeus vult 
quod Joce matron[a] habeat istos denarios quod sui sunt. 
Benaart de Gastroforte. 

Coram me Huberto quitavit Sansimus gêner Manesserii con- 
tra Thomam Susaine de Capella de omnibus et confessus 
est Judeus quod nihil débet eidem idem Thomas. 
Joceti Guit». 

Leoni Anglico de Palatiolo 6 . 
Samuello de Gastroforte. 
Leoni Anglico de Palessueil 6 . 
Per totum Samuelus et Haginus in tribus locis habent 

LXVII s. 
Leoni Copino et benedicto soceto. 
In inventis additi magistro Sansonno, XLVII 1. 
Summa totius, VI e et XXVII 1. et 2 s. 

Haec solvit Hubertus prius in octabis Omnium Sanctorum 
anno domiDi millesimo cc°xxx(i), VII xï et X lib. Item eodem 
anno in octabis purifïcationis béate Marie II e li. Item in 
octabis Omnium Sanctorum anno domino millesimo du- 
centesimo xxxiii , G lib. per Hubertum. Restât, item per 
Ilubertum in octabis beati André, 4 1. summu) VI e libros. 

N» II. 

(Fonds Clairambault, n° 487). 

Compotus Terra> Campania) a dominica ante Magdalenam 88 usque 
ad octabas Nativitatis domini anno predicto (18 juillet 4288 à1 or jan- 
vier 1289.) 

1 Ordonn., I, p. 57. 

* Longueville, Seine-et-Marne, arr. de Provins, commune de Lourp. 

3 Châteaufort, Seine-et-Oise, arr. de Versailles, comm. de Jouy-en-Josas. 

4 Poissy, Seine-et-Oise, arr. de Versailles. 

5 Triel, arr. de Versailles 7 

8 Palaiseau, arr. de Versailles, Seine-et-Oise. 



244 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Coulomniers. — Do la censé des .luis de ladite Baillie à la Touz- 
sainz, 88, LXX, librœ (f° 388). 

Esparnai. It. d'Amandes. De Menessier le Juif, X, lib. (f° 403). 

Tailles, Rentes et Forfait. La Baillie de Vitry. De la censé des 
Juisde ladite Baillie à la Touzseins 88, XL lib. (f° 406). 

Communs despens. Et pour Amelin qui fu prevoz pierre de Bar- 
bonne, à Paris, au pallemant de la Penthecouste, pour anfourmer la 
cour quomant li sires de Creci avait usé des Juis de Chastillon es 
quex il mctoit débat, VII lib. — A Jehan Rebez prevost d'Espernai. .. 
et pour faire unes fourches pour pandre 1 Juif, Vsolz (l'° 411, 1 r0 col.) 

Baillie de Chaumont. Despens. De la censse des Juis de la dite 
Baillie à la Touzsainz 88, senz les Juiz de Soutiennes, XLVIII 1. XX 
sols (f°416). 



N° III. 
(Biblioth. nat., ms. lat. n° 9017, f° 57). 

Relevé d'un compte des Juifs du Poitou et du Périgord, vers 1296. 



Brecoere 



Dant Joce grosse Teste, x 5 
Ester sa fille » 72 



Dant Ysaac 

Cressant son gendre. . 

Thoarz *. 
Dant Vivant Cohein . . 

Judas de Ranton 

Ysaac fiuz mestre Joce. 
Helyot son frère a fine. 



20 
» 29 



28 
40 
35 



Orval. 
d - Samuel xn 



a Mortagne 3 . 

» Dame Sare, Ysaac et 
» Mosse ses anfanz — » 

Ty fanges \ 
;) Dant Mosse Kelot. 

» Piperaut. 
Sa veuve xii 



14 



60 



Ballivia Petragoricensis ad Turonem. 



M art on 5 . 


» 
15 
15 
12 

44 


Bona Chose , 


» 

VII 
VIII 

» 
» 


21 

15 

» 
65 
43 


<> 


Salemon de Marton lxxvii 
Diexle gart sonfiz... vu 
Cressant son gendre., iv 
Bonne sa fille » 

Mont-Morel 6 . 
Rika la veuve » 


Auieterre 7 . 
Aaron le fiuz mestn 

Joce le Cohen 

Sanson 

Rey ne la veuve 

» Aaron le Grant 


» 
12 

» 



1 Bressuire, dép. des Deux-Sèvres. 

2 Thouars, dép. des Deux-Sèvres, arr. de Bressuire. 

3 Mortagne-sur-Sèvres, dép. de la Vendée, arr. de La Roche-sur-Yon , 

4 Tyfauges, même avr. 

5 Charente, arr. d'Angoulême. 

r > Montmoreau, arr. de Barbezieux. 
7 Aubeterre, arr. de Barbezieux. 



LES REVENUS TIBÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 245 

Semuel et Helyes » 30 » 

La Tour Blanche 3 . 

Daut Léon de Roufec. . a 30 » 



Chalais l . 
Dant Moyian ? 


IV 

» 
» 

» 
» 


5 

77 
\t 
12 

34 

26 

39 


r> 


Cressaut Cahen 

Dounaut son frère. . . . 
Ysac la borde ? 


» 
» 
>> 


Perat*. 

Bonne chose Cohen. . . 
Aaron le fiuz a mestre. 

Sennecourt. 
Dant Samuel 


» 

» 



Croeignac \ 
Joce le fiuz Mosse Es- 

truguet » 19 

Donnin » 15 

Bueigne. 
» 39 » Cressant n 11 



N° IV. 

JOURNAL DU T-RÉSOR DU LOUVRE. 

(Biblioth. nation., ms. lat. n° 9783). 

Extraits relatifs aux Juifs 8 : 21 juin 1298 à 18 avril 1299; 5 mai 1299 
à 1G mars 1301 ; 4 mai 1301 à 30 décembre 1301 s . 

REGEPTA. 
1298. 

[F 75 a, col 1]. Sabbato 2f a die Junii. 

livr. s. dcn. 

1 . De tallia Judeorum Campanie per Robertum Hobe 

servientem Castelleti et Vivandum de Trecis 

Judeum 960 » » 

libras Turonenses 

2. DeFantino judeo de Gampania pro tallia sua 24 10 » 

3. De Haquino de Fera de ballivia Viromandensi pro 

eodem 20 -> » 

4. De Samuele de Roya judeo et ejus genero quondam 

de dotalicio regine Margarite defuncte per Guil- 
lelmum de Espovilla de ballivia Gisorcii pro 
eodem 140 » » 

5. De Thyerma de Corbolio judea de eodem dotalicio 

pro eodem per Danyelem Britonem 41 5 » 

6. De Amando d'Avalon judeo pro eodem 4 » » 

1 Arr. de Barbezieux. 

* Le Perat, dans la Charente. 

3 La Tour-Blanche, dans la Dordogne, arr. de Riberac. 

* Crognac, commune de Saint-Astier, Dordogne, arr. de Périgueuz. 

r > Les comptes de chaque année ont leur numérotalion particulière et sont divisés en 
deux parties : 1° Recepta (recettes ; 2°Ea>pênsa [dépenses). La foliotation du manuscrit 
est indiquée en tête de chaque paragraphe, la lettre a désignant le rectp, 8 le verso. 

6 Les comptes de 1290. fréquemment mentionnés dans l'article, ont été publiés par 
If. S. Havet (liibl. de l'Ecole des Chartes, 1884, p. 235 et suivantes). 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

livr. s. den. 

7. De quodam judco Baiocensi per magistrum Petrum 
do Gornayo unum ciphum argenteum ad pedem 
de aura tu m ponderis 4 marcarum 2 unciarum et 
dimidic valeiitium ilibras turouenses pro marco. 17 5 » 

s. De tallia Judeorum ballivie Bituricensis per Perre- 

quinum de Milli judeum 30 » » 

9. De residuo subventions xim Q Judeorum ratione 
exercitus et armorum ballivie Trecensis de Vi- 
vancio judeo 20 » » 

10. De eodem Vivancio pro Johanne Rollando pro 

eadem sub ventione 25 » » 

11. De ballivia Arvernie per Girardum Ghauchat pro 

dicto residuo 13 » » 

12. De ballivia Rothomagensi per Balduinum Poutrel 

pro eodem residuo .' 32 7 » 

13. De ballivia Gisorcii per Guillelmum de Espovilla 

pro eodem 12 » » 

14. De roellis Judeorum Parisiensium pro termino 

Omnium Sanctorum 97 per Danyelem Britonem 

qui eas émit 50 » » 

15. De roellis Judeorum ballivie Bituricensis per Per- 

requinum judeum 35 » » 

16. De roellis Judeorum Gampanie per eumdem Rober- 

tum Hobe qui eas émit 100 » » 

17. De emenda Vitnli judei qui fecit vulnerari et in- 

carcerari Renaudum Monachi servientem Cas- 

telleti 50 » » 

18. De emenda Sonini judei de Castro Therici pro eo 

quod falso sub nomîne Marescalli Campanie fecit 
scribi magistro J. Glers falsas litteras et sigillum 
apponi fecit per dictum Hobe servientem pro 
parte * 50 » » 

19. [F 75#]. De emenda Manasseride Espernato judeo 

pro quadam inobedientia dicto magistro J. facta. 6 5 » 

[F° 17 b, col. 2]. Octobris jovis 23» die. 

20. De subventione xmi e Judeorum ratione exercitus 

et armorum in eadem 1 ballivia per eumdem cle- 
ricum 2 pro dicto Egidio 31 1. 11 s. 6 d. parisien- 
ses computatœ valent super regem 39 9 4 

[F 19#, col. 2]. Novembris jovis 6 a die. 

21. De Kaloto Judeo de summa de 500 1. t. sibi mutuo 

traditis per Luparam primo die septembris pro 

1 Orléans. 

2 Jean, clerc de feu Gilles Cassai, receveur de la Baillie d'Orléans. 



LES HE VENUS TIRES DES Jl'lFS DANS LE DOMAINE ROYAL 247 

livr. s. den. 

cornmunitate Judeorum computatas in cedula 

facta vicesima secunda die octobris super regem. 400 » » 

[F 24 a, col. 1]. Novembris dominica 30« et ultima die. 

11. De finatione Judeorum Parisiensium per Danyelem 

clericum computatœ super regem 200 » » 

[F° 24 a, col. 2]. Decembris mercurii 3« die. 

23. De finatione Judeorum ballivie Aurelianensis per 

Symonem de Gurcellis prepositum Aurelianen- 

sem eomputatas super regem 500 » » 

[F 25 a, col. 2], Decembris mercurii 10» die. 

24. De finatione Judeorum ballivie Trecensis per Ha- 

gyn de Pruvino et Vivandum Godemare Judeos 

computatas super regem M7 5 » 

16. De Kaloto Judeo pro eo residuo de 500 1. t. sibi 
mutuo traditarum per Luparam pro cornmuni- 
tate Judeorum computata? per dominum Odar- 
dum de Chambli, militem qui debebat eidem 
judeo super regem cumalio 6a die de novembris 50 » » 

[F 25 b, col. 2]. Decembris veneris I2« die. 

26. De finatione Judeorum prepositure Silvanectensis 

par J. Tiphanie servientem régis 60 1. 4 s. 2 d. 

parisienses computatas valent super regem 75 4 » 

[F 26 a, col. 1], Decembris veneris I2 a die. 

27. De finatione Judeorum ballivias Trecensis compu- 

tatœ per ballivum ibi Balduinum Tiroul de Lau- 

duno super regem 600 » » 

[F 27 b, col. 2] Decembris lunœ 22" die. 

28. De finatione Aquini Judei dotalicii fugitivi 1. t. 

computatas per Danielem clericum super regem; 

valent 66 1. 8 s. parisienses 83 » » 

[F 28 b, col. \}. Decembris mercurii 24 a die. 

29. De finacione Judeorum ballivie Turonensis pro 

ballivo ibi Jaquelino Troussel computatas per 
Johannem Alberti de ïuronis super regem va- 
lent 819 1. 8 s. parisienses 4024 5 » 

[F 28 b, col. 2]. Decembris sabbalo 27« die. 

30. De Judeis dotalicii defuncte regine Margarite per 

Danyelem clericum computata 1 super regem va- 
lent 1 83 1. 5 s. parisienses 229 45 » 

3K [F 28 b, col. •]. De roellis Judeorum prepositur 



liKVUK DKS KTUDKS .IIIIVKS 



livr. s. den. 



re Petrefontis computuijr per Pasqucrum ele- 
ricum prepositi ibi super regem valent G s. 10 

den. parisienses; 8 7» 

33. De finatione Judeorum ballivie Viromandensis per 
Bernardum de Noyentel computatse super regem 
valent 1 GG 1. 8 s. parisienses 208 



» » 



1298-1299 (n. style). 

[F 31 a, col. 7]. Veneris 16« die Januarii. 

33. De finatione Judeorum ballivie Vitriaci per Nicho- 

laum Amoretes et Vivandum de Sancto Medardo 

Judeum computate super regem valent 304 1. par. 380 » 

[F 31 a, col. 2J. Januarii jovis 23 a die. 

34. De finatione Manasserii de Sancto Florentino judei 

per Hagin de Corbolio judeum computatse super 

regem 10 » 

[F 38 #, col. 2]. Mardi jovis 12» die. 

35. De finatione Judeorum ballivie Vitriaci per Vivan- 

dum de Sancto Medardo judeum computatse su- 
per regem 155 » 

[F 39 à, col. 2]. Mardi mercurii 4 8* die. 

35. De finatione Judeorum ballivie bituricensis com- 
putatse per Arnulphum Guarelli pro ballivo su- 
per regem : valent 149 1. 18 s. 5 d. par 212 8 

[F 40 a, col. 2]. Mardi lunœ 23« die. 

37. De finatione Judeorum ballivie Arvernie per Johan- 

nem de Ferreriis et Perrequinum de Sancto 
Dionysio judeum computatse super regem 244 » 

[F 40 b, col. 2]. Mardi martis ultima die. 

38. De finatione Judeorum ballivie Arvernie per Johan- 

nem Chauchat pro ballivo ibi... computatse • 
super regem 155 » 

[F° 41 a, col. 1]. Aprilis veneris Z a die. 

39. De finatione Judeorum ballivie Viromandensis corn- 

putatse per Gilbertum Boyvin pro ballivo super 

regem. Valent 420 1. 10 s. 5 d. par 525 13 

40. De roellis Judeorum ejusdem ballivie computate 

per eumdem Gilbertum pro ballivo super regem. 45 » 

[F 43 a, col. 1] Aprilis jovis 16 a die in cena Domini. 
\\. De finatione Judeorum ballivie Silvanectensis com- 



LES REVENUS TIRES DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 249 

livr. s. den. 
putatœ per Philippuni servientem régis a Ponte 
Sancte Maxencie super regem; valent 208 1. par.. 260 » » 

42. De roellis Judeorum prepositure Parisiensis per 

eumdem Danyelem pro termino Omnium Sanc- 

torum 97 computata? super regem 50 » » 

43. De Salone de Vernone judeo dotalicii defuncte re- 

gine Margarite computatœ super regem per 

Danyelem clericuin 50 » » 

EXPENSA. 
1298. 

[F 84 a, col. 2]. Septembris lunœ prima die. 

44. Kalotus judeus pro mutuo sibi facto pro commu- 

nitate Judeorum computatœ per se super regem 

reddenda? ad proximos Omnes Sanctos 500 a » 

4i bis. De eodem monetagio (parisiensi per Kalotum 
judeum. 1. t. computata 1 per eumdem B. super 
regem valent 184 1. par 230 » » 

[F 38 b, col. 2]. Decembris sabbato 27« die. 

45. Daniel clericus predictus pro vadiis suis super Ju- 

deos de anno finito ad Omnes Sanctos 5 s. t. per 

diem computata per se 94 5 » 

Et pro expensis factis in negotiis Judeorum 
computatœ per eumdem Danielem super regem, 
deducende de receptis Judeorum, valet totum 
483 1. et 5 s. par 249 47 » 

1299 (aouv. style). 

[F 350, col. 2 à 35# col. 4]. Februarii dominica 15" die. 

40. Gepimus super regem per cedulam magistri Jo- 

hanni Glers pro domino Galcuerio de Castellione 

pro denariis quos recepit a Judeig de tallia Cam- 

panie in pluribus pro facta guerre ibi 480 » » 

Et a Petro de Boucli milite ballivo Galvi Mon- 
tis de subsidio xiv° Judeorum 68 1. 4 s. 3 d. tu- 

roneuses 68 4 3 

Et reddidimus totum régi sub titulis suis per 
Danyelem clericum qui attulit cedulam. 

[F 39a, col. 4]. Mardi jovis 4 2 a die. 
47. Cepimus super regem in expensis pro Judeis pro 
denariis traditis per Danyelem clericum Mossetto 
de Forniciis et Savoreto de Suncto Dionysio Ju- 
deis pro expensis suis in negotiis Judeorum IS » » 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

livr. s. den. 

Et rcddidimus régi de Judeis defuncte regine 
Margarite per eumdem Danyelem. 

F ï3 a, col. S]. Sabbato 18» die aprilis in mgilia Pasche. 

48. Cepimus super regem in expensis Judcorum pro 
denariis per Danielem traditis Savoreto de Sancto 
Dionysio judeo pro expensis suis in negotiis 

Judeorum 15 » » 

et reddidimus régi de Judeis dotalicii defuncte 
regine Margarite. 

REGEPTA. 
1299 

[F 44 a, col. 2]. Mail martis 5» die. 

1. De tallia Judeorum ballivie Aurelianensis pro Sy- 

mone de Curcellis preposito Aurelianensi 32 1. p. 
computate per Johannem de Fonteblaudi super 
regem 40 » » 

[F 46 b, col. 2]. Mail veneris 29 die in crastino 
Ascensionis. 

2. De finatione Judeorum prepositure Silvanectensis. 64 4 4 » 

De roellis Judeorum ibi 6 15 » 

totae computatse per Johannem Theophanie super 
regem valent 57 1. 3 s. 2 den. parisienses. 

[F 86 b, col. 2] . Junii martis 23» die in mgilia Sancti 

Johannis. 

3. De debitis ballivie Gisorcii per Micheel Judeum de 

Vernolio 180 » » 

computata3 super ballivium Gisorcii valent 444 1. 
parisienses. 

[F 87 b, col. 2]. Junii dominica 28« die. 

4. De tallia seu finatione Judeorum ballivie Seno- 

nensis pro ballivo ibi per Guillelmum de Dici 

300 1. p. computatse super regem 375 » » 

[F 88 a, col. 2], Juliijovis 2« die. 

5. De finatione Judeorum ballivie Matisconensis per 

Robertum clericum ballivi super regem 275 40 » 

F [88 b, col. \}.Julii veneris 3» die. 

6. De finatione Judeorum ballivie Ambrianensis per 

ballivum ibi... 106 1. 8 s. 5 d. par. computata 

valent super regem 1 33 » 6 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 25t 

livr. s. den. 

[F° 94 a, coi. %]. Augusti lunœ ultima die. 

7. De finatione seu tallia seueseallie Bellicadri de ter- 

mino Omnium Sanctorum 9S computata per ma- 
gistrum Petrum de Biterris pro senescallo super 
regem valent 304 lib. 13 s. 10 den. par.. 380 17 4 

[F 97 a, col. I]. Octobris martis G a die. 

8. De finatione seu tallia Judeorum seueseallie Agen- 

nensis per Bernardum de la Devesc receptorem 

ibi computata super regem 237 6 1 

De roellis Judeorum ibi per eumdem Bernar- 
dum computata super regem 27 5 5 

[F 103 a, col. 2]. Novembris sabbato U« die. 

9. De iinatione Judeorum ballivie Silvanectensis de 

tempore Johannis de Maria 61 solidos 7 den. pa- 
risienses computata? per eumdem Philippum ! 

valent super regem » 77 » 

De roellis Judeorum ibi computata per eum- 
dem Philippum super regem valent 7 1. 19 s. 
5 den. par 9 19 3 

[•F 104, col. 1]. Novembris jovis 19« die. 

10. De denariis levatis a Judeis ipsius domini Karoli 

per gentes suos post venditionem ipsorum 910 » » 

computata) per eumdem Johannem Kesnel super 
regem. 

[F 104 b, col. 2]. Novembris veneris 20" die. 

1 1 . De Judeis quos rex émit a domino Karolo fratre suo 

computata? per Danielem clericum super regem. 292 » » 

[F 108 a, col. 1]. Decembris jovis 10« die. 

12. De finatione seu tallia Judeorum ballivie Trecensis 

per Ilagin de Pruvino et Vivandum Godemare 

judeos computata super regem (il 16 » 

Decembris veneris 11" die. 

13. De finatione Judeorum ballivie Trecensis per Hagin 

de Pruvino et Vivandum Godemare computata? 

super regem 10 » » 

[F 108 a, col. 2]. Sabbalo 14» die. 

14. De finatione Judeorum seu tallia ballivie Seno- 

nensis pro Guillelmo de Dici de tempore quo erat 
prepositus Senonensis 200 1. par. computata? per 

1 Philippus de Bello Mancrio. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

livr. s. den. 

Petrum de Dici super ballivum Scnonensem per 

cedulam curie 250 » » 

[F 108 #, col. S]. Decembris jovis 17« die. 

45. De Samuele Viole judeo quem rex émit a domino 
Karolo fratre suo computata) per eumdem Tho- 
mam super regem , 300 » » 

[F ,j 2 a, col. 2]. Decembris sabbato 26« die. 

16. De tallia Judeorum (Tholose) per predictum Symo- 

nem quorum partes sunt reductee in computo 

senescallie Tholose de 97 809 » » 

Et in computo senescallie ejusdem de anno ic. 496 » » 

[F 2 b, col. 2]. Decembris mercurii 30» die. 

17. De Judeis comitatus Valesie quos rex émit a do- 

mino Karolo fratre suo computata per Johannem 
de Ferreriis et Bernardum de Calvo-Monte ju- 
deum super regem ; valent 373 1. 16 s. par 467 5 » 

[F 3 a]. Decembris jovis 31 « die. 

18. De quibus reddidimus régi in locis suis de tallia 

Judeorum senescallie Vasconie de predicto anno. 60 » 21 
Et Senescallie Petragoricensis 464 » 12 

1299-1300 (nouv. style). 

[F 3 b, col. 2J. Januarii martis 5 a die. 

19. De finatione Judeorum prepositure Parisiensis 

computata per Danielem clericum Francie régis. 244 12 » 

[F 4 b, col. 2]. Januarii veneris 15« die. 

20. De Judeis quos rex émit a domino Karolo fratre suo, 

totee computatee per Hobe servientem Gastelleti 

• Dayotum de Sayia judeum super regem 1 938 » » 

De roellis eorumdem Judeorum computatee 
per eodem super regem 92 » » 

[F 5#, col. 1]. Januarii dominica 17» die, 

21 . De judeis dotaliçii regine Margaritae defuncte 219 7 6 

tota computata per Danielem clericum super 
regem ; valent 175 1. 10 s. par. 

[F° 5#, col. 4]. Januarii veneris 22 a die. 

22. De finatione seu tallia Judeorum ballivie Galvi- 

montis 492 » » 

totee computatee per Fantinum judeum de Barro 
super regem ; valent 393 1. 12 s. par. 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 253 

livr. s. den. 

[F 6#, col. I]. Januarii lune 25« die. 

23. De finatione Judeorum ballivie Vitriaci computata 

per Haquinum du Tour super regem 450 7 » 

valent 360 l. 5 s. 7 d. par. 

[F 6 b, col. I], Februarii mercurii 3« die in crastino 
Candelose. 

2 i. De Judeis dotalicii regine Margarite defuncte per 
Danielem clericum 104 1. p. computata} super re- 
gem valent 129 » » 

, [F 7 b, col. %]. Februarii lune 8 a die. 

25. De finatione seu tallia Judeorum ballivie Ambia- 

nensis 194 1. p. computata per Johannem Londe 

pro ballivo Petro de Hangest ; valent super regem. 242 1 » 

26. [F 1b col. 2]. De roellis Judeorum ejusdem ballivie 

100 sol. parisis computata per eumdem Johan- 
nem pro eodem ballivo ; valent super regem 6 '■> » 

[F 8 a, col. 2]. Februarii jovis W a die. 

27. De finatione seu tallia Judeorum ballivie Viroman- 

densis in prepositura Montis desiderii per Jaco- 
bum de Hagest prepositum ibi pro Gileberto 
Boyvin computata super regem 399 18 8 

28. De roellis Judeorum ibi 8 2 6 

computata per eumdem Jacobum pro eodem Gi- 
leberto super regem. 

[F 1b, col. 1]. Februarii veneris "12 a die. 

29. De finatione seu tallia Judeorum ballivie Viro- 

mandensis in prepositura Perone 61 1. 8 s. 6 d. 
par. computata per Henricum servientem Perone 
pro ballivo Viromandensi valent super regem. . . 76 15 7 

30. De roellis Judeorum ibi 8 1. 11 s. 6 d. par compu- 

tata per eumdem Henricum pro eodem ballivo; 

valent super regem 10 14 4 

31. De finatione seu tallia Judeorum ballivie Trecensis 

computatuj per ballivum ibi Baldouinum Tyroul 

super regem 1 000 >> » 

De eadem finatione (Judeourm) ballivie Senonensis. 1214 » » 
computataj per Johannem de Venoyse et Pur- 
rotum de Suri pro ballivo super regem 
Somma xvnr xli 1 iv s. par. 

[F« 8 b, col. 2]. Februarii sabbato 13« die. 
32 et 33. De finatione Judeorum ballivie Galeti 1218 » » 



REVUE DBfi ÉTUDES JUIVES 

livr. s. den. 

compuLata pro ballivo per Guillelmum clcri- 
cum suum super regem. 

34. De roellis Judeorum ibi ' G 117 » 

computati per cumdem H pro eodem ballivo 
super regem. 

35. De finatione Judeorum ejusdem ballivic Viroman- 

densis in prepositura Roye 80 26 » 

computata per Aubertin de Villare pro ballivo 
super regem. 

36. De roellis Judeorum ibi 52 » » 

computata per eumdem pro eodem ballivo su- 
per regem. 

[F 9 a, col. 2]. Februarii lunœ 4 5« die. 

37. De Judeis dotalicii regine Margarite defuncte 65 1. 

p. computata per Danyelem clericum valent su- 
per regem 80 25 » 

[F 9 i, col. 4]. Februarii mercurii \1® die. 

38. De finatione Judeorum ballivie Silvanectensis 798 9 » 

computata pçr Philippum servientem Francie 
régis. 

39. De finatione Judeorum ballivie Bituricensis pro 

ballivo 4 500 » » 

computata per Arnulphum Guarreau de Bitu- 
ris super regem. 

[F° 9 #, col. 2]. Februarii veneris 49« die. 

40. De finatione Judeorum ballivie Turonensis pro bal- 

livo ibidem Jaquelino Troussel ..2077 9 » 

computata per Johannem Aubertum super re- 
gem. 

[F 40 a, col. 4]. Februarii veneris 49» die. 

41 . De Samuele Viole Judeo de Rothomago empto a 

domino Karolo fratre régis 300 » » 

computatee per Thomam clericum Baldouini Pou- 
trel super regem. 

Februarii lunœ 22 a die. 

42. De finatione Judeorum ballivie Yiromandensis in 

prepositura Sancti Quentini per Renaudum de 

Cavech pro ballivo 86 43 » 

computata super regem. 

1 Prévôté de Chauny, bailliage de Vermandois. 



LES REVENUS TIRES DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 256 

livr. s. den. 
[F 10 a, COl. 8]. 

43. De roellis Judeorum ibidem per eumdem Renau- 

dum » 46 8 

computata super regem. 

44. De finatioiie Judeorum ballivie Vitriacipro ballivo. 500 » » 

computatœ per Haquiuum de Tours super re- 
gem. 

[F 10 à, col. %]. Februarii mercurii 24« die. 

45. De finatione seu tallia Judeorum ballivie Calvi- 

montis 265 » » 

computatœ per Fantinum de Barro judeum su- 
per regem. 

[F 11 à, col. 2]. Mardi martis 1» die 

46. De tallia Judeorum ballivie Vitriaci per Haquiuum 

de Tour Judeum 50 » » 

computate super regem. 
47 et 48. De judeis emplis a domino Karolo fratre régis 630 » >> 
computatœ per Robertum Hobeservientem Cas- 
telleti et Dayotum de Sagia judeum Francie 
régis. 

[F 43 a, col. 2]. Mardi jovis 10» die. 

49. De Judeis dotalicii regine Margarite defuncte per 

Danyelem clericum 63 15 » 

computata super regem. 

[F 13 #, col. 1]. Mardi mercurii 16« die. 

50. De finatione seu tallia Jacobi de Flessicour Judei 

ballivie Ambrianensis pro personna sua 25 » » 

computatœ per se super regem. 

EXPENSA. 
1299. 

[F 48 a, col. 1J. Junii mercurii 3« die. 

51. Abraham deFalesia et socii sui Judei pro expensis 

factis in negociis Judeorum 75 » » 

computatœ per Danyelem clericum Judeorum 
super computum Judeorum. 

[F 86 a, col. 2], Junii jovis 18« die. 

52. Jobannes de Ribemont pro pensione sua super Ju- 

deos pro termino Omnium Sanctorum 98 40 » » 

computatœ per se super regem in expensis Ju- 
deorum. 



286 REV1 I. DES ÉTUDES JUIVES 

livr. s. den. 
|F° 88 #, col. 1]. Julii jovis t a die. 

53. Dominus Karolus frater régis pro emptione Judeo- 

rurn suorum quos rex émit ab eo 5000 » » 

computattc per Johannem Kesnel, clericura 
suum super regem per litteram régis de 
15,000 1. t. 

[F 88 #, col. 2]. Julii dominica 5 a die. 

53 bis. Dominus Karolus frater régis pro emptione Ju- 

deorum suorum quos rex émit ab eo 5000 » » 

computatee per Johannem Kesnel clericum suum 
super regem valent 4,000 1. p. 

[F 90 #, col. 2]. Julii sabbato 18» die. 

54. Dominus Chambliaci Petrus miles pro Samuele de 

Quintre judeo suo quem vendidit régi 350 » i 

computatee per dominum Robertum capellanum 
suum super regem. 

[F 90 #, col. 1]. Julii marlis 14» die. 

55. Kalotus judeus pro expensis suis in negociis Ju- 

deorum ex mutuo 400 » x 

computatee per se super regem. 

Julii mercurii 4 5» die. 

56. Dominus Karolus frater régis pro emptione Judeo- 

rum suorum quos rex émit ab eo 1000 » 

computatee per Johannem Kesnel clericum suum 
super regem cum aliis. 

[F 91 #, col. 2], Julii jovis 30» die. 

57. Kalotus judeus pro negociis Judeorum expediendis. 600 » 

computatee per se super regem in expensis Ju- 
deorum. 

[F 100 a, col. 4]. Octobris sabbato ultima die. 

58. Daniel Brito clericus pro negociis Judeorum 25 » >. 

computatee per se 12 a die octobris super re- 
gem in expensis Judeorum. 

[F 105 a, col. 2]. Novembris sabbato 21» die. 

59. Daniel Brito clericus de anno finito ad Omnes 

Sanctos 95,5 s. t. per diem 91 5 > 

computata per se super expensa Judeorum. 

[F 108#, col. 4]. Decembris marlis 15 a die. 

60. Magister Johannes de Ribemont pro pensione sua 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 257 

livr. s. den. 

quam capit super Judeos de anno iiuito ad 

Omnes Sanctos 99 40 <> » 

computata^ per se super expensa Judeorum. 

[F 3#, col. I]. Decembris jovis ultima die. 

60 bis. Gepimus super regem in expensis Judeorum 
pro denariis reddilis régi per Luparam iu com- 
puto Asceuciouis 99 a tergo rotuli. De fmatioue 
Judeorum ballivie Senonensis per Guillelmum 
de Dici, qua^ debuerunt reddi ballivo Senonensi 
quee reddidit in summa de \ c 1. p. in computo 

suo 375 » » 

valent 300 1. p. 

1299-1300 (nouv. style). 

[F 4 a, col. 1]. Januarii martis -6 a die. 

60 ter Judocus de Vermone et Galeranus Brito clerici 

pro scripturis in negotiis Judeorum 11 » » 

computata 4 per Danyelem clericum in expensis 
Judeorum. 

[F 1 1 a, col. 2]. Februarii sabbaio 27« die 

61. Petrus de Belloforti pro nimis reddito régi de tallia 

Judeorum Burdigalensium per computum Ge- 

rardi Balene pro dicto Petro per Luparam in 

computo Ascencionis 98 in summa de 1000 1. t.. . 125 5 >> 

computatarum per se super expensa Judeorum 

per cedulam curie. 

A AJOUTER AUX DÉPENSES: 

[F°86#, col. 1] Junii mercurii M a die. 

62. Dominus Karolus frater régis pro omnibus Judeis 

suis quos rex émit ab eo 

computatae pro prima paga per Johannem Kes- 
nel clericum suum super regem per cedulam in 
computo Omnium Sanctorum 99. 

[F 104 b, col. 2]. Novembris jovis 19« die. 

63. Dominus Karolus frater régis pro Judeis suis quos 

vendidit régi pro suo residuo de 20,006 1 5000 » » 

computata* per Johannem Kesnel clericum suum 
super regem de quibus retinemus 900 1. t. quas 
dominus Karolus debebat domino Caslellio- 
nis et dominus Gastellionis debebat tbesau- 
rariis. 

T. XV, N° 30. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

livr. s. den. 

RECEPTA. 
1301. 

[F 111 a, col. 1]. Maii jovis 4« die. 

1. De Tallia Joceli le Tort et Vivandi de Asneriis Ju- 

deorum ballivie Silvanectensis collecta per Per- 
rotum Viviaui pro personnis suis per Jocetum 
de Pontisara Judeum super regem » 40 » 

[F° 1 12 a, col. 2]. Maii martis 9» die. 

2. De tallia seu finatione Judeorum ballivie Gadomi, 

pro ballivo ibi, per Danyelem clericum €00 » » 

computatae super regem. 

3. [F 112 b col. 1j. De relicta Caloti Judei pro quadam 

finatione de 4000 1. t. ut dicitur, 17 a die aprilis 

per se 1 00 » » 

Et 21* aprilis per Hermandum de Suessioni- 
bus commorantem apud Rhotomagum 200 » » 

[F 118 à, col. 1]. Maii sallaio 13« die. 

4. De tallia Judeorum Senescallie Tholosane per eum- 

dem Nicolaum 1 647 7 » 

Et Senescallie Ruthenensis per eumdem Nico- 
laum 140 12 8 

Maii lune 1 5 a die. 

5. De tallia Judeorum ballivie Aurelianensis per Pe- 

trum le Grestienne 265 » » 

computatee super regem, valent 212 1. p. 

[F 114 #, col. 2]. Maii jovis 18* die. 

6. De tallia Judeorum ballivie Senonensis per Petrum 

de Suri 368 2 6 

[F 115 a, col. 1]. Mail sallato 20» die. 

7. De tallia Judeorum ballivie Bituricensis de tempore 

Roberti Mangers 300 46 » 

De dicto Groyssant Cohen Judeo ejusdem bal- 
livie pro personna sua » 115 » 

De Samuele Judeo de Exolduno ejusdem balli- 
vie pro personna sua 23 » » 

computatae per eumdem Petrum Lombardum 
super regem. 

[F 1 1 5 a, col. 2] . Maii mercurîi 24* die. 

8. De tallia Judeorum ballivie Bituricensis 975 » » 

per Symonem de Boufflers servientem Castel- 
leti super regem. 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 259 

livr. s. den. 

[F 115 5, col. 2]. Maiijovis 25« die. 

9. De tallia Judeorum ballivie Bituricensis 26 10 » 

per Symonem de Bouf tiers super regem. 

[F 116 #, col. 1]. Junii veneris 2 fl die. 

10. De tallia Judeorum ballivie Bituricensis 515 4 8 

pro Roberto Maugars quondam ballivo ibi per 
Johannem Bidault clericum suum super regem. 

\F° 117 à, col. 1]. Junii veneris 16 a die. 

1 1 . De tallia Judeorum ballivie Matisconensis 460 » » 

pro defuncto ballivo ibi domino Jobanne de 
Sancto Dionysio per magistrum Micliael clericum 
dicti defuncti super regem. 

[F 118 5, col. 1]. Junii mcrcurii 28<* die. 

12. De tallia Judeorum ballivie Viromandensis 96 » » 

pro ballivo Petro Guillelmo de Crandelayn. 

De roellis eorumdem 24 » » 

per eumdem Gui super regem in locis suis. 

[F 118 5, col. 2]. Junii veneris ultima die. 

13. De tallia Judeorum ejusdem ballivie (Trecensis). .. 707 10 >•> 

pro eodem ballivo per eumdem clericum super 
regem. 

[F 119 a, col. 1]. Julii dominica 2« die. 

14. De tallia Judeorum ballivie Arvernic? 400 » » 

per Girardum Cbaucliat pro ballivo ibi super 
regem. 

[F 119 5, col. 1]. Julii mercurii 5» die. 

15. De tallia Judeorum ballivie Senonensis 80 37 » 

per Richardum valletum Guillelmi de Atbiis 
pro Petro de Suri super regem. 

[F 119 5, col. 2J. Julii jovis 6<* die. 

16. De tallia Judeorum ballivie Bituricensis 245 » <> 

computatœ per Symonem de Boufûers servien- 
tem Gastelleti super regem valent 196 1. p. 

[F 50 5, col. 1]. Augusti dominica G a die. 

17. De tallia Judeorum ejusdem ballivie (Trecensis). .. 30 3 8 

pro eodem ^ballivo per eumdem clericum super 
regem. 

[F 9 51 a> col. 2]. Augusti lune M a die in vigilia Assump- 
tionis Béate Marie. 

18. Ballivia Gisorcii : de tallia Judeorum ibi 280 » ï 



260 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

livr. s. den. 

De roellis Judeorum 75 17 6 

computata pro ballivo Gisorcii per Johannem 
l'Oncle valletum suum super regem. 

[F 53 0, col. 1]. Augusli jovis ultima die. 

19. De tallia Judeorum ballivie Bituricensis per Symo- 

nem de Boufflers servientem Castelleti 280 1. p. 

valent super regem 360 » » 

[F* 55 b, col. 2]. Novembris jovis 2 a die in crastino 
Omnium Sanclorum. 

20. De tallia Judeorum ballivie Senonensis qui fuerant 

in discordia inter regem et dominum Blancham 
de Britannia per Robinum de Monte desiderii et 

Danielem clericum 219 17 6 

computata super regem in quibus includuntur 
85 regales auri quilibet pro 30 s. et 2 d. par. 
quos habuit Jacob Lucet. 

• [F 57 a, col. 1]. Novembris dominica 5« die. 

21. De roellis Judeorum balliviarum Gonstancie et Ca- 

domi 40 9 2 

per Johannem de Pistres clericum 22 a octobris 
super regem. 

22. De tallia Judeorum ballivie Gadomi 1 37 9 6 

pro ballivo ibi per Johannem clericum suum 
23« octobris super regem. 

23. De relicta Kaloti judei de Rothomago per Herman- 

dum de Suessionibus commorantem apud Rotho- 

magum 18» octobris , .... 300 » » 

Et 25» octobris 400 » » 

super regem. 

[F° 58 b, col. 2]. Novembris dominica 12 a die. 

24. De tallia Judeorum ballivie Aurelianensis 60 » » 

per Petrum de Grestienne super regem. 

[F° 60a, col. 2]. Novembris sabbato\^ die. 

25. De roellis Judeorum ballivie Constancie 7 2 8 

per Johannem de Pistres super ballivum Cons- 
tancie. 

26. De tallia Judeorum ejusdem ballivie 30 » » 

per eumdem J. clericum ballivie super regem. 

[F 60 a, col. 1]. Novembris lune 20» die. 

27. De tallia Judeorum ballivie Turonensis 180 100 » 

per Johannem Albertii ro ballivo super regem. 



LES REVENUS TIRÉS DES JUIFS DANS LE DOMAINE ROYAL 261 

livr. s. den. 
[F 60 #, COl. I], 

28. De tallia Judeorum ballivie Bituricensis 80 » » 

per Symonem de Boufûers super regem. 

29. De tallia Judeorum ballivie Caleti 757 40 » 

per magistrum Guillelmum clericum ballivi. 

[F 423 #, col. 1]. Decembris jotis 7« die. 

30. De tallia Judeorum ballivie Ambriariensis 436 49 44 

pro ballivo ibi per Johannem clericum suum 
super regem. 

31. De roellis Judeorum ibi per eumdem J. super 

regem 6 9 4 

[F 423#, col. 4]. Decembris sabbato 9 a die. 

32. De tallia Judeorum prepositure Galvimontis bal- 

livie Silvauectensis 4 4 4 4 

de tempore Johannis de Maria, collecta per pre- 
positum ibidem per Stephanum clericum dicti 
prepositi super regem. 

33. De roellis Judeorum ibi » 72 3 

de eodem tempore per eumdem Stepnanum su- 
per regem. 

[F 4 26 b, col. 4]. Decembris sabbato 30» die. 

34. De tallia Judeorum prepositure Parisiensis » 65 » 

per Danyelem clericum super regem in com- 
puto Judeorum. 

EXPENSA. 
1301. 

[F° 57a, col. S]. Novembris dominica 5« die. 

35. Daniel clericus pro expensis suis in negociis Ju- 

deorum » 42 40 

perse super expensa Judeorum computata. 

[F 126 a, col. I]. Decembris sabbato 30» die. 

36. Gepimus super computum Judeorum pro vadiis 

Danyeli clerici 5 s. t. per diem 91 5 » 

pro anno finito ad Omnes Sanctos 1301 et a 

bine usque ad jamarium 15 10 » 

Summa 106 45 <> 

quos reddidimus régi de tallia Judeorum pre- 
positure Parisiensis per eumdem Danyelem. 



LA CORRESPONDANCE DES JUIFS D'ESPAGNE 

AVEC CEUX DE CONSTANTINOPLE 



Il est quelquefois nécessaire d'enfoncer des portes ouvertes. 

Parmi les personnes qui sont tant soit peu au courant de l'his- 
toire des Juifs et de leur littérature, il n'en est aucune qui puisse 
prendre un instant au sérieux la prétendue correspondance 
échangée autrefois entre les Juifs d'Espagne et ceux de Constan- 
tinople vers l'époque de l'établissement de l'inquisition en Es- 
pagne. On voit immédiatement que c'est une. mauvaise plaisan- 
terie, mais on en doit la preuve aux savants qui s'occupent de 
l'histoire des Juifs au moyen âge sans avoir pu l'approfondir dans 
ses détails; quelque singulière que soit cette correspondance, ils 
ne sont pas suffisamment initiés pour en sentir tout de suite l'ab- 
surdité, et c'est par égard pour des scrupules respectables que 
nous allons traiter ici ce petit problème. 

M. A. Darmesteter [Revue, I, p. 119) et M. Morel-Fatio {iMd. y 
p. 301) l'ont déjà examiné autrefois. Nous commençons par donner 
ici le texte de cette correspondance d'après la plus ancienne édi- 
tion qui en a été faite et qui a été signalée par M. Morel-Fatio. 
Elle se trouve dans la Silva curiosa de Julian Medrano, imprimée 
à Paris en 1583, mais cette première édition de l'ouvrage est 
devenue rare, M. Morel-Fatio lui-même, en reproduisant l'une des 
deux pièces dont se compose la correspondance, n'a pu le faire 
que d'après une édition récente et qui n'est pas toujours très 
exacte, à ce qu'il nous sembte, de l'ouvrage de Medrano, les 
autres versions qui ont été données de ces lettres diffèrent toutes, 
plus ou moins, dans les détails, de celle de Medrano ; il ne sera 
donc pas superflu que nous reproduisions celle-ci. Elle se trouve 
p. 243-245 de l'édition princeps de la Silva curiosa et nous la 
réimprimons ici presque en fac-similé '. 

'(TLe texte donné par Amados de Los Rios, dans ses E 'studios sobre los Judios de 



LA CORRESPONDANCE DES JUIFS D'ESPAGNE 263 

Esta carta sigdiente fue hallada por el Ermittanno de Salamanca 
en los Archibos de Toledo, buscando las antiguidades de los Reinos 
d'Espanna : y pues ella es sentenda, y notable quiero escribirte la 
aqui. 

Carta de los Iudios d'Espanna a los de Gonstantinopla. 

Ivdios honrrados, salnd y gracia. Sepades que el Rey d'Espanna 
por pregon publico nos haze voluer Ghristianos, y nos quittan las 
haziendas y quittan las vidas, y nos destruyen nuestras Sinagogas, 
y nos hazen otras vexationes las quales nos tienen confusos, y in- 
ciertos de lo que debemos de hazer. Por la Lei de Moisen os roga- 
mos, y suplicamos tengais en bien de hazer ayuntamienlo, y im- 
biarnos con toda breuedad la délibération que en elle huuieredes 
fecho. 

Chamorra Principe de los Iudios d'Espanna. 



Respuesta de los Judios de Constanlinopla, à los Iudios d'Espanna. 

Amados hermanos en Moisen. Vuestra carta recibimos, en la quai 
nos significais los trabajos, y infortunios que padesceis, de los 
quales el sentimiento nos a cabido tanta parte como a vos-otros. El 
parescer de los grandes Satrapas y Rabi es lo siguiente. 

A lo que dezis qu'el Rey d'Espanna os haze voluer Ghristianos, 
que lo hagais, pues no podeis hazer otro. A lo que dezis que os 
mandan quitar vuestras haziendas, hazed vuestros hijos mercadores, 
para que poco à poco les quiten las suyas. A lo que dezis que os 
quitan las vidas, hazed vuestros hijos medicos y apotecarios, para 
que les quiten las suyas. A lo que dezis que os destruyen vuestras 

Espaûa, p. 204, se rapproche beaucoup du nôtre. Voici la traduction partielle des 
deux lettres. — Les Juifs d'Espagne à ceux de Constaniinople. . . Sachez que le 
roi d'Espagne, par cri public, nous fait devenir chrétiens, et on nous prend nos 
biens et nos vies, et on nous détruit nos synagogues, et on nous fait d'autres vexa- 
tions. . . — Réponse des Juifs de Constantinople à ceux d'Espagne. . . Sur ce que vous 
dites que le roi d'Espagne vous t'ait devenir chrétiens, faites-le, puisque vous ne 
pouvez faire autrement. Sur ce que vous dites qu'on vous ordonne de laisser vos biens, 
faites de vos fils des marchands, pour que peu à peu vous leur preniez les leurs 
(les biens des Espagnols). Sur ce que vous dites qu'ils vous prennent la vie, faites 
de vos fils des médecins et des apothicaires, et vous leur prendrez la leur. Sur ce que 
vous dites qu'ils détruisent vos synagogues, faites de vos fils des prêtres et des théo- 
logiens, et vous détruirez leurs temples. Et sur ce que vous dites qu'on vous fait 
d'autres vexations, tâchez que vos fils soient avocats, procureurs, notaires et conseil- 
lers, et qu'ils se mêlent toujours des affaires nubliques, pour que, en les assujétissant 
(les Espagnols), vous vous empariez du pays et vous pourrez vous venger d'eux. Et 
ne vous écartez pas de l'ordre que nous vous donnons, car, par l'expérience, vous 
verrei que d'abattus vous en viendrez à être tenus pour quelque chose. 



264 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sinagogas, hazed vuestros hijos clcrigos y theologos, para que les 
destruyan sus teraplos. I à lo que dezis que os hazen otras vexa- 
tiones, procurad que vuestros hijos sean abogados, procuradores, 
notarios, y cousejeros, y que siempre eotendian en negotios de 
Republicas, para que sujetandolos ganeis tierra, y os podais vengar 
d'ellos, y no salgais d'esta orden que os damos, porque por expe- 
rientia vereis que de abatidos, verneis a ser tenidos en algo. 

Vssusff. Principe de los ludios de Gonstantinopla. 

Nous ne nous arrêterons guère aux objections tout extérieures 
qu'on a faites depuis longtemps contre ces lettres ; elles circulaient 
sous des formes qui différaient assez notablement l'une de l'autre, 
mais le fond en était toujours à peu près le même. Ce qui est plus 
curieux, c'est que l'auteur de cette singulière Centinela contra 
los Judios, que nous avons autrefois analysée dans la Revue, les 
place à l'époque des persécutions dont les Juifs d'Espagne eurent 
à souffrir sous les Visigoths d'Espagne 1 , mais qui veut trop 
prouver ne prouve rien. Des clercs, avocats, procureurs juifs 
au vii e ou vm c siècle, c'est un peu trop de fantaisie. 

Si la Centinela a une si haute opinion de ces lettres, il nous 
parait d'abord certain que d'autres personnes ne leur ont pas 
accordé la même importance. L'ouvrage de Medrano est un recueil 
d'historiettes amusantes, pour la conversation galante des dames 
et des chevaliers. On peut en conclure qu'en y insérant ces lettres, 
Medrano ne les a pas prises bien au sérieux, mais plutôt pour un 
agréable jeu d'esprit. 

M, Morel-Fatio a d'ailleurs démontré, sans réplique, que les deux 
lettres n'ont de sens que si on les applique aux Juifs d'Espagne ; 
on ne peut, comme on l'a fait maladroitement, les adapter à l'his- 
toire des Juifs de Provence. Il n'y avait pas, en Provence, assez 
de Juifs pour que les mesures proposées par les Juifs de Constan- 
tinople pussent y avoir quelque effet ; les plaintes adressées aux 
Juifs de Constantinople par leur correspondant d'Espagne dénon- 
cent des faits qui se sont passés en Espagne, et dont on ne peut 
trouver l'équivalent en Provence. Mais ce n'est pas précisément 
une bonne fortune pour ces lettres d'avoir obtenu tant de vogue 
au dehors, cela prouve déjà qu'il peut bien y avoir, dans leur fait, 
supercherie et mystification. 

Nous ne connaissons pas et n'avons pas à notre disposition 
l'histoire des Juifs d'Espagne par A. de Castro (Cadix, 184*7). 
D'après M. Morel-Fatio, M. de Castro attribue ces deux lettres au 

1 Revue, VI, p. 115. 



LA CORRESPONDANCE DES JUIFS D'ESPAGNE 

cardinal Martinez Guijarro, archevêque de Tolède de 1546 à 155*7, 
auteur d'un fameux Estatudo de limpieza [édit de pureté) qui 

excluait des bénéfices et prébendes de l'église métropolitaine de 
Tolède les prêtres d'origine juive. Si cette attribution ('-tait prou- 
vée, notre petite dissertation serait inutile, mais la preuve n'est 
pas laite. 

Voyons, d'abord, quels sont les auteurs prétendus de la pre- 
mière lettre. Sont-ce des Juifs ou des Juifs néo-chrétiens, c'est-à- 
dire déjà convertis au christianisme? Évidemment, ce sont des 
Juifs encore juifs, non des néo-chrétiens, puisqu'ils disent que le 
roi a publié un édit pour les obliger à se faire chrétiens (donc ils 
ne le sont pas), qu'on détruit leurs synagogues (les nouveaux 
chrétiens n'en ont pas), et puisque la réponse de Constantinople 
leur conseille de céder à la force et d'accepter le baptême. 

Si les auteurs de la première lettre sont des Juifs, cette lettre 
est forcément antérieure à l'année 14 l .)2, époque de l'expulsion 
complète des Juifs d'Espagne. La lettre est même rédigée de telle 
sorte qu'elle donne à penser qu'elle aurait été écrite lors de l'intro- 
duction de l'inquisition en Espagne, en 1480, et au fort de l'émo- 
tion que cette mesure produisit dans le pays. Mais alors plusieurs 
objections se présentent. 

L'inquisition a sévi contre les chrétiens ou néo-chrétiens judaï- 
sants ; ce qu'elle poursuivait, c'était le crime d'hérésie, ses juges 
étaient juges d'hérésie, hereticœ pravitalis, non d'autre chose. 
Jamais elle n'a voulu obliger les Juifs à se faire chrétiens ou dé- 
truire leurs synagogues, jamais non plus Ferdinand le Catho- 
lique n'a publié un édit dans ce sens. C'est seulement au dernier 
moment, en 149*2, lors de l'expulsion, que le roi et l'inquisition 
ont pu souhaite)- et encore!) la conversion générale des Juifs i t 
ter la destruction ou confiscation de leurs synagogues. Si 
donc la lettre avait été écrite avant 14 ( .)2, et par des Juifs, elle 
énoncerait une persécution imaginaire, ce qui est impossible. 

A-t elle été écrite immédiatement après la publication de l'édit 
d'expulsion de 14W, et les Juifs d'Espagne voulaient-ils savoir de 
ceux de Gonstantinople s'ils devaient quitter le pays ou se con- 
vertir pom- y rester? Nous ne demandons pas s'il leur restait 
de temps pour envoyer à Constantinople et en recevoir une 
réponse, le «Ici >i de quatre moi- qui leur fut accordé- pouvait suf- 
fire pour cela, mais leur lettre laisse-t-elle vraiment supposer 
eni so ; .; menace d'un si grave danger? Y parleraient- 
ils de leur- sj uagogues et des n autres vexations » qu'ils suppor- 
tent et qui se perdraient, évidemment, dans la grandeur de la 
catastrophe qui se prépare ? Pourraient-ils, dans ce moment de 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

profonde émotion, écrire cette lettre sèche et laconique que l'on 
a, et le rabbin de Constantinople aurait-il le cœur assez froid pour 
leur répondre avec tant d'esprit? Et enfin, ont-ils suivi le conseil 
qu'il leur donne de se baptiser tous ? On sait que non, et s'ils ne 
l'ont pas suivi, pourquoi sont-ils allés le chercher? 

De toutes façons, le ton sec de cette lettre est fait pour étonner. 
Ce n'est pas ainsi qu'écrivaient les Juifs de la fin du moyen âge, 
leur correspondance est généralement prolixe, mêlée et surchar- 
gée de centons bibliques. Si la lettre d'Espagne avait été écrite par 
des Juifs au milieu d'une persécution, elle se serait répandue en 
plaintes et gémissements. Toutes les lamentations de Jérémie y 
auraient passé. 

Que l'on veuille bien aussi faire attention à l'énoncé des quatre 
persécutions d'espèce différente contenu dans la lettre d'Espagne, 
il est impossible de ne pas être frappé du décousu de cette énumé- 
ration et des contradictions qu'elle renferme. On ne peut pas si- 
multanêment baptiser les gens et les tuer ; si on les baptise, il 
est clair qu'on prend leurs synagogues; si on les tue, il est clair 
qu'ils perdent leurs biens ; de plus, une fois morts, ils sont à 
l'abri, pour longtemps, de toute « vexation ». 

Voici une autre objection et des plus graves. La lettre, nous 
l'avons montré, si elle est authentique, ne peut pas être posté- 
rieure à 1492, puisqu'il n'y avait plus de Juifs en Espagne après 
cette date. Mais on sait que, jusqu'à l'arrivée des Juifs espagnols 
et portugais, la communauté des Juifs de Constantinople man- 
quait de prestige, ni elle ni ses rabbins ne jouissaient de la 
moindre autorité ou réputation dans le monde juif. L'Espagne 
juive, au contraire, était fière de ses rabbins, de ses écoles, elle 
se considérait, avec raison, comme supérieure au judaïsme des 
autres pays. Et l'on veut que les Juifs d'Espagne, dans un moment 
critique, au lieu de consulter leurs propres rabbins, soient allés 
s'adresser au dehors, et surtout à cette communauté juive de 
Constantinople, qui ne méritait aucunement cet honneur ! . 

Ce serait tout autre chose si on nous disait que les Juifs espa- 
gnols demandèrent à ceux de Constantinople s'ils pourraient aller 
s'établir en Turquie. Il n'est pas impossible qu'ils aient entendu 
parler du régime bienfaisant sous lequel vivaient les Juifs en 
Turquie depuis la conquête de Constantinople, en 1453, par les 
Turcs 1 , quoiqu'il ne semble pas que les Juifs en aient été bien 
informés au dehors 2 . Il est certain pour nous qu'EIie Cap- 

1 Voir Graetz, VIII, 2 8 édit., p. 202, et, à la fin du volume, notes 6 et 7. 

2 Les lettres cTJsaac Çarfati et de Salonique dont nous parlerons plus loin prou- 
vent qu'on n'était guère informé de la situation des Juifs de Turquie. 



LA CORRESPONDANCE DES JUIFS D'ESPAGNE 267 

sali *, dont on pourrait invoquer le témoignage, a grandement exa- 
géré certains faits qui se rapportent à cette époque de l'histoire 
des Juifs de Constantinople. Il était fort porté à l'emphase. Nous 
ayons peine à croire qu'immédiatement après l'arrivée des Turcs, 
il y ait eu, comme il le raconte, un si grand nombre de Juifs à 
Constantinople. La communauté juive de cette ville, si elle avait 
déjà été si populeuse avant 1492, serait devenue, après l'arrivée 
des émigrants hispano-portugais , immense jusqu'à l'incroyable. 
De plus, elle ne se serait pas laissé dominer et absorber, comme 
elle l'a fait, par ces émigrants, au point de devenir entièrement 
espagnole. Il est sûr, dans tous les cas, que ni avant 1492, ni 
même après, elle n'a possédé un corps rabbinique célèbre ou un 
rabbin dont le- renom ait été grand au dehors. Il est impossible 
que les Juifs d'Espagne aient pensé un seul instant à prendre 
l'avis de ceux de Constantinople sur ce qu'ils avaient à faire. 
Notre correspondance est donc incompréhensible. 

Tout s'explique, au contraire, si on admet que nos lettres ont 
été écrites par un chrétien d'Espagne, au xvi e siècle, vingt à trente 
ans au moins après l'expulsion des Juifs d'Espagne. A cette épo- 
que, la communauté juive de Constantinople avait déjà, sans doute, 
acquis une certaine réputation dont le bruit avait pu se répandre 
jusque dans l'Espagne chrétienne. Dans tous les cas, il y avait alors 
beaucoup de Juifs espagnols à Constantinople, et on le savait en 
Espagne. C'est pour cela seulement, à notre avis, que l'auteur de 
nos lettres a imaginé de faire écrire par les Juifs d'Espagne à 
ceux de Constantinople, comme à des compatriotes. Il ne savait 
pas qu'il n'y avait pas de Juifs espagnols à Constantinople avant 
1492, il ne savait pas davantage qu'avant 1492, les Juifs de Cons- 
tantinople ne parlaient pas l'espagnol et ne pouvaient ni lire la 
lettre qu'il écrit à leur adresse ni rédiger la réponse en espagnol 
qu'il leur attribue *. Cette erreur trahit un écrivain chrétien peu 
au courant de l'histoire des Juifs, et qui, par ignorance, antidate 
naïvement les faits et anticipe sur l'avenir. 

Il est maintenant facile d'expliquer toutes les singularités de 
nos lettres. 

On voit tout d'abord pourquoi la première des deux lettres est 

» Likkutm tckomm, d'Blie Capsali, Padoue, 1869, p. 6 à 8 et 12-13. 

* I)ira-t-on que les lettres sont une traduction de L'hébreu '.' Nous demandons où 
sont les originaux, qui les a vus, qui ;i fait la traduction, et qui garantit que cette 
traduction est fidèle*.' Tout le monde jusqu'à ce jour a pris ces leLtres pour origi- 
nales; en Provence, on lésa si bien considérées comme telles, que, pour les adapter 
à l'histoire des Juils provençaux, on a traduit la première en provençal, et laissé la 
seconde en espagnol. — Du reste, quand ce serait une traduction, cela ne changerait 
rien aux autres objections. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

si laconique et ce que signifient les quatre genres de persécutions 
qu'elle énumère et qui s'accordent si mal ensemble. L'auteur n'est 
pas grandement ému dos persécutions contre les Juifs, puisqu'il 
est chrétien et qu'en somme tout cela est fiction. De plus, tout le 
sel de son invention est dans la lettre de Constantinople, la pre- 
mière lettre ne l'intéresse pas, elle n'a môme de sens qu'après 
qu'on a lu la seconde, les questions sont uniquement laites et ar- 
rangées pour préparer les plaisanteries de la réponse. 

Les Juifs de Constantinople conseillent tout tranquillement aux 
Juifs d'Espagne de se baptiser. L'affaire est bâclée d'un trait de 
plume. Si l'on se rappelle les discussions passionnées que cette 
question des conversions forcées a soulevées dans le judaïsme du 
moyen âge et auxquelles est même mêlé le grand nom de Maïmo- 
nide; si Ton se souvient de toutes les souffrances que les Juifs ont 
endurées pour rester fidèles à leur religion, on ne pourra jamais 
croire que le rabbinat de Constantinople ait envoyé si allègrement 
au baptême 150,000 coreligionnaires. Cette conversion de tout un 
peuple de Juifs aurait porté le deuil et la consternation dans tous 
les cœurs juifs. Mais Fauteur chrétien qui a fait ces lettres ne 
sent pas ce qu'il y aurait de monstrueux dans le conseil venu de 
Constantinople; il n'en est pas autrement choqué. 

Les autres conseils du rabbinat de Constantinople sont aussi fort 
étonnants. « Faites de vos fils des négociants » ; est-ce qu'il n'y en 
avait pas déjà et suffisamment ? — « Faites de vos fils des méde- 
cins et pharmaciens, pour qu'ils prennent la vie aux chrétiens », 
comme s'il ny avait pas eu déjà, en Espagne, un grand nombre 
de Juifs médecins et pharmaciens, et comme s'il était si facile, 
même à des médecins, de tuer les gens. — « Faites-en des clercs 
et des théologiens, pour détruire les églises; des avocats, procu- 
reurs, notaires et conseillers, pour s'emparer du pays. » Cela est 
vraiment commode à dire, et tout de suite ces Juifs baptisés vont 
devenir les maîtres de l'Espagne. Ou l'auteur est hanté par le 
spectre juif, comme les antisémites de nos jours, ou il s'amuse 
tout simplement. 

Et voyez comme ces Juifs de Constantinople, qui ne sont pas 
encore des Juifs espagnols, sont bien informés des choses d'Es- 
pagne 1 Leur conseil n'est pas un conseil quelconque, donné à des 
coreligionnaires d'un pays quelconque, il est spécialement adapté 
à l'Espagne et ne pouvait trouver son application nulle part ail- 
leurs. Là seulement, à cette époque, il pouvait y avoir des prê- 
tres, notaires, avocats, conseillers néo-chrétiens descendant de 
Juifs. Il y a fort à parier qu'avant 1492, les Juifs de Constanti- 
nople ne savaient même pas qu'il existait quelque part des fonc- 



LA CORRESPONDANCE DES JUIFS DESPAGNE ^ 269 

tionnaires de ce genre. Même aujourd'hui, en ce temps de chemins 
de ter, de journaux et de télégraphe, il est à peine une commu- 
nauté, juive ou autre, qui pourrait donner à ses coreligionnaires 
d'un pays étranger, surtout d'un pays éloigné, des conseils si bien 
appropriés aux lieux et aux circonstances. 

Nous ne nous arrêterons guère au sens du mot Chamorra, qui 
est le prétendu nom du signataire de la première lettre. Chamorro, 
chamorra, est une expression injurieuse qui paraît signifier « tête 
chauve l ». Nous ne croyons pas que le mot ou le nom viennent de 
l'hébreu liamor (âne), on n'aurait guère transcrit le hêt espagnol 
par un ch, les exemples d'une pareille transcription, s'il y en a, 
doivent être bien rares. Dans tous les cas, ce nom est lui-même 
une plaisanterie qui témoigne contre l'authenticité de ces lettres, 
mais ce n'est pas tout. Un Juif espagnol d'Espagne signait tou- 
jours avec son prénom et son nom de famille ; un Juif de Constan- 
tinople signait avec son prénom et le nom de son père. Qu'est-ce 
que ces signatures uniquement composées d'un prénom ? Ce sont 
les évêques chrétiens seuls qui signent ainsi. L'auteur de nos 
lettres, par ignorance et pour mieux déguiser son jeu, a libérale- 
ment accordé le même privilège aux chefs religieux des Juifs ; 
c'est une preuve de plus qu'il est chrétien. 

Chamorra se donne pour le chef (principe) des Juifs d'Espagne, 
mais il est certain qu'il n'a jamais existé de chef des Juifs d'Es- 
pagne. Il y a eu des chefs des Juifs de Castille, probablement 
aussi de ceux de la Navarre, mais non d 1 Espagne. Il nous paraît 
probable, quoique nous n'en soyons pas sûr du tout, que le titre 
de roi d'Espagne, qui est employé au commencement de la pre- 
mière lettre, est aussi postérieur à 1492. 

Usussf (c'est-à-dire Joseph) se donne pour le chef des Juifs de 
Constantinople ; or, on sait que ce fut le rabbin Moïse Capsali qui 
fut le chef officiel des Juifs de Constantinople depuis l'arrivée des 
Turcs jusqu'après 1492, il faisait même partie du divan. Si notre 
seconde lettre était authentique, elle ne pourrait porter aucune 
autre signature que celle de Moïse Capsali. 

La réponse de- Constantinople parle des « grands satrapes » des 
Juifs. Qu'est-ce que cela peut bien être? Rien qu'une bévue de 
l'auteur, c'est de la couleur locale mise à contre-sens. Son prin- 
cipe pourrait être la traduction du mot hébreu naci, mais à cette 
époque, il n'y avait pas de naci à Constantinople. 

On le voit, les faits de persécution racontés dans les lettres, 

1 Voir Bévue, I, p. 304, note; Kayserling, S^phardim, p. 111. 



2M Hi:\ IK DE6 ÉTUDES JUIVES 

les conseils donnés, le choix absurde de la communauté de Cons- 
tatinople, la forme des signatures, et jusqu'aux détails les plus 
insignifiants prouvent que les lettres n'ont pas été écrites par 
des Juifs, mais par un chrétien, et sont postérieures à l'expulsion 
des Juifs .d'Espagne. On s'imaginait, à tort ou à raison, que les 
néo-chrétiens envahissaient toutes les fonctions ecclésiastiques et 
civiles et toutes les carrières libérales. Il y avait des gens pour 
s'en irriter et des gens pour en rire. Les premiers auront consi- 
déré les lettres comme authentiques, leur haine en était flattée et 
ils y mettaient de la bonne volonté; les autres les auront prises 
pour une bonne espièglerie. Il faut convenir que la seconde lettre 
est d'un tour spirituel, c'est ce qui a fait la fortune de cette cor- 
respondance. 



L'article ci-dessus était déjà écrit, lorsque nous avons eu la 
singulière bonne fortune de trouver (dans un ms. hébreux que, 
dans une étude sur Josef Haccohen qui paraîtra dans ce numéro 
ou dans le numéro suivant, nous désignerons par la lettre L) une 
lettre hébraïque par laquelle se trouvent confirmés, d'une façon 
inattendue et éclatante, tous les arguments qui précèdent. Nous 
commençons par donner ici le texte de cette lettre et nous le 
ferons suivre d'une traduction française. Nous reproduisons ce 
texte exactement comme il se trouve dans le manuscrit, avec 
toutes ses fautes et ses erreurs d'orthographe, nous en corrige- 
rons quelques-unes dans les notes ; il sera facile de rectifier les 
autres à l'aide de notre traduction. 

Lettre des Juifs de Salonique l . 

ma» ï-nttfrnn par? rrcmp rarm ^i»n ^jaau m^a ^aibra 
rrpaaro» rïïrnN "nro nnn "nno "npn '^bVM '"n^s '"nras '"n^an 

1 Pour qu'on puisse juger de l'abondance des versets bibliques enchâssés dans la 
lettre, nous donnons ici la liste des principaux versets qui sont utilisés dans les pre- 
mières lignes de cette lettre, ntttt }m' '!"», Ps. 68, 12; — MaiNn Étb, Ps. 91, 10; 

— asTi nDnn É n* Mxvn ab, Ezéch., 36, 30 ; — tr-na* ûiiuaa ^at>, Exode, 

2, 13; — Û^tt Ù^^ra, Ecclés. 4, 9; — ïimafc D^b Tinb, Nombres, 10, 33 ; 

— ^rias ban Ps. ie, 9 ; — sao^ yfy? ywz ^, Job, u, 22 ; — lanniai 

'ai, Lament. 1, 14 ; — "|b hw ÎM^fit, Estli. 1, 14 ; — Irplûa r?> TU, Is. 5, 25 
et autres endroits; — Û^nN ©IIP 122ia, Ex. 11, 1 ; — *rh ÎTM Î1T ba* 
SSûb. Lament. 5, 17 ; — 2">1N 111 "O, Lam. 1, 16. Et ainsi de suite. Souvent 
l'auteur de la lettre, comme il est inévitable en pareil cas, altère un peu le sens 
de ce qu'il veut dire, pour le plaisir de citer un verset biblique ou de le con- 
tinuer. 



LA CORRESPONDANCE DES JUIFS D'ESPAGNE 271 

. îixaivns i-i-nba baa mto» tarrai-p rnba îyinN r^rt N*brt aab 
taiian a:n nann Ti3> ï&tDn «bi n:n ûafib» tt3"fctai Nb IttiN p^ 'n 
t=ab -nnb 'tjàrtfûttrt 'imbto û^W! '^arj *na* tonusa* *3to . 1ok 
^':a ^n îa^rna te*i 1:2b rroto Cams manai 13-ôn isa rtrrtia 
by ibr îïhhtoh "iw\n t-hban fr-hstf ûiitft bn? rfat&a aaai i3">b:s> 
rc-,^ to*ù hnab ftntaa av vin anb hitt ab nw baai 2 a->anNi£ 
lïwtona sfiri ^n .2*n« nas 13 taifcfcito uMh nsab mi !-p?riiï b* 
* itttob rtKwn ib ■îian naœ 3 f i&m» (liiba = ) i*ba 'nb ïhnt 
t-i^ac^a wsb niON trti narn yna ba aibn 1* iSKibîi 133 nba 
r<b n:o t-mn& toi ï-tro trwifc 5 «a 'h 131* . anb ïia bat» 
.13tîs îawi ynÉtti aa^a aaa^ab y-ian ba rtwn . iia ba non -1 
fmrtoi lato "naai itoï* laïib pbn ntott b^n itosà aaa toi aaan 
jfca -cioa^ ït£ br bfta p» ito» a^-naam bi^wn . rra iTH^m 
r*ôi itotoii «bi wv SA rnSpa ma»™ tarpb:n rpb mifc ins^i 
jrfr irôrm irbr -man 'n nan ib rnbiFti na*toîi tofribi anto aai 
■ifinpi ar^a -i* lanpa n:n:a *itoN tz>iiarr ba wa 'romb-i Tonbi 
aan a? . iYb* ixnsnnn Tna^toi mba aaab 'n uns unn aia 12b 
baiseb litefi t^b ià aan^am bbnara -oija -îan ia a* i&n iiaai 
nia ira ibbrr mpibaa 12b 'n aiian,ntoN aitah ba?: £]b« 131:0 iriN 
6 naT i2a-> ypir3 pi» ni^:: ifnbto tnaitoriin ^mbtîî-i nujisa i-iaai 
y^ ">a 8 i:>by i-îb^b^ niid 'n mbi'jsfc iTn 7 iNn t=^3^a ntoN ba 
riTï-! aip^a bmiîii^ noi> rtbirm mn nao ^b^ mb3>b isis-naba nb» 
aaa is^nariN 13 tD-nan i3^Nn Nbn n^on an^a bsn i3nn an^a h* 
ï-roa aian naîiwa pn b^T^n nanwa ^ibn 3nn naîn^o [?Nb] 
r-noaa rriuprt 131m* l-iam i:n3 inwS toi» 13a isbns arj t^itito 
ynxn bx aaanx 9 iN^ai i:a 'n yan teNi l «T^!i ï-nbnp nNtîo 
tz-îainp i:">rr ^a as y"aa inbrip r:b^7D îrftn'ia ftiWab 13^1 n^Tïi 
n-aira ll i3a ai«i tsa au: &a ,0 b"o ts 131b» aa^a-np îtim aa->bN 
ï-id inwDî a^ NbTai ûsimnsciN rnn anpoa 'n »«toi îaiam» b-«n3nb 

I Nous lisons ifnbto non Ûitnbto. 

» Plusieurs ibis le copiste a écrit a^a au lieu de la terminaison aa. Le yod repré- 
sente ici la voyelle cf. 

» Lire a^nin. 

4 Mot exponctué. 

s Lire nn ; Deutér., il, 12. 

6 Ps., ( J4, 4; il faut écrire 1*1131. 

7 Le texte porte deux fois le mot IN'n, mais l'un est exponctué, à tort proba- 
blement. Nous traduisons comme si le mot se trouvait deux fois, la première fois 
au passé, la deuxième fois à l'impératif. 

8 Ps., 40, 9 et 66, 5. 
• Lire {mi. 

u bisb mw. 

II Ici il y a un petit blanc qui indique peut-être une petite lacune ; nous tradui- 
sons comme s'il n'y avait pas de lacune. 

11 Le mot ©1 devrait probablement se trouver deux fois : Prov., 8, 22 et Ge- 
nèie, 28, 15. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

t-nb^ba bda -cn n^Ndcibi masb nowa mrta^a ba7a '-pï-i -13733» 
nwûtti ■'a'rph mriBOT ^rarpipb ^DDdln nncoa ■'dodb rta»*inD 
'■naaai a^an ^Twtti nw«b nsa ba> -irb? Nb -iuîn omn mnera 
b« tntoy»i *jvr ^baidfc nrînbN pb . rma>nbi rmnb lana iiûn 
iv ibrrn nd b*o ibaan ïiban mst-iKtt bd ma ^a ba> d^aa» a^nn 
ptnm raa* ^in» iwNia T:ip -ifcNb dd^ba» Y'n ■pûabra ^bTa nai aa 
iabd lia» rs \\:m y-iNfi 172 ddfibusb n-Tab aabr ' d^vatta î-ib^bn 
s^at^ai 'fittrpanfib nbdnn Nbi «dS^SE br ddnbTaraa mniis nnst 
Wtivb ifflflSïn "73!-; ton» mp niCNd nb^bn bbnnTa d^ata dia 
■o -ibaarj -11573-1 îwbTOOp» '"Wwm ap** «m«» d^«aïi a^bbttian 
main . lanui i^ntrs '-pbà "na Tttttb t-nniittïi an» îrnain ' 
taNi ï-i73N "n^N C3*iDp fcaab wiinb iar?a> bcaiTan ba na^ss* la/n^aa 
imn» irba *-i« b^nr -ipiû 'n 4 '^n^73 toanaai 'rt "rr^a nanai npto 
■oi nbN ■tt'vt'prn» ma-nii '"Wa» na/i spd . 5 bw)a da "pan bart 
ïznp^a ba "iba bww> spb&r spaa ï*nb* 'm .nam î-rnn snTaNn 
•jaNU) ma "j-par ïiaann la^an dd^an na'nmpTa dip7a ■piafintt dnn7a 
matt 1 ' ^d bantû^ bnaab b3>73 'n b^a? riTa&r tnt apan maia 'n a-naa 
«■vn "^aaan 'n itint :-!Nb7a!-ï aaaiaaaa toïmfttfh» ba?E isnart bn? 
i-nwBaîi m^iNttîfi la^a bab d^aannTa dwn ba ddnanœn &a73ibu; 
bibwN n""i ^a-ibttî ï-;d a^mritt natt'nnB iiï-na p"^ tad-naa aamK 
n^JN ^nbnaa a^aïû&n nbaa -uaa 'jan biaa ma-ia 6 N"n7ab "»"ia nsia 
♦ nn^anb ^b in* 15 T'^ N '^ ">^ N V^^^ ^ n3n 

TRADUCTION. 

A nos frères fidèles et pieux du camp sacré, pierre de chevet, 
communauté de grands et de puissants, (vous qui êtes) le fond, le 
secret, la clé et la couronne des lettres qui éclairent le cœur \ nos 
frères exilés de Jérusalem qui demeurez dans tous les lieux d'exil de 
Provence ! que Dieu donne son ordre, afin qu'il ne vous arrive point 
de mal et que vous ne portiez plus la honte de la misère parmi les 
nations ; amen ! 

Les deux hommes hébreux, tous deux bons, envoyés par votre 
prudence pour vous chercher un refuge, sont venus auprès de nous, 
et, en les voyant, notre cœur s'est réjoui et notre âme a tressailli, 
mais notre chair a souffert quand nous avons entendu quel est le 



1 Lire &"nia73, Exode, 12, 33. Le mot suivant dd^ba*. 

2 Ex., 12, 34. 

3 Ex., 12, 39. 

4 Lire 'n ^m£>73 ? 
3 Jérémie, 16, 19. 

6 Ps., 76, 12. 

7 Probablement allusion à la vertu cabbalistique des lettres de l'alphabet. Nous 
traduisons un peu librement tout ce passage intraduisible. 



LA CORRESPONDANCE DES JUIFS D'ESPAGNE 273 

joug que tout peser sur vous les natious ' et les souffrances de 
l'exil * qui se sont réunies et appesanties sur vos épaules. Et cela 
ne leur suffit pas (aux nations), leur main est encore étendue (pour 
vous frapper de nouveau), et ils disent : Que les Juifs soient chassés ! 
C'est pour cela que notre cœur est malade et que nous nous déso- 
lons, car l'ennemi est le plus fort. La seule chose qui nous console 
en Dieu, le maître de la miséricorde, louange à lui et actions de 
grâce, c'est qu'il nous a fait venir jusqu'ici, en ce pays vaste, où 
nous mangeons un pain qui n'est pas donné sous gage, un pays qui 
est sous le regard de Dieu depuis le commencement jusqu'à la fin 
de l'année et où rien ne manque. 11 vous est ouvert tout entier, éta- 
blissez-vous-y, nos frères, dans la meilleure région 3 . S'il y a parmi 
vous des hommes puissants à qui Dieu a accordé la fortune et la 
considération, qu'ils s'y établissent et le parcourent et acquièrent 
des propriétés 4 ; les pauvres et les indigents, qui n'ont pas de res- 
sources, trouveront (dans tous les cas) ici un lieu où repose la 
plante de leurs pieds, une profession convenable, ils ne souffriront 
ni de la faim ni de la soif, ils ne seront pas frappés du feu et du 
soleil de l'oppression et de l'exil, car Dieu nous a accordé sa grâce, 
et nous a fait trouver faveur, grâce et miséricorde aux yeux des 
nations au milieu desquelles nous vivons, de sorte qu'on pourrait 
presque nous donner un nom nouveau et nous appeler « les captifs 
rachetés par Dieu », puisque le Turc ne nous fait sentir ni exil ni 
oppression. Hommes sages et intelligents, regardez avec les yeux de 
votre prudence et de votre sagesse, car nous ne vous avons fait con- 
naître que la millième partie du bien que Dieu nous a accordé dans 
ces régions en fortune et en considération, comme le diront les ho- 
norables envoyés, missionnaires d'œuvre pie qui sont protégés contre 
tout accident, quand ils vous raconteront tout ce qu'ils ont vu de 
leurs yeux ; voyez et considérez les grandes actions du Dieu puissant 
en notre faveur, car les paroles nous manquent pour les écrire ; les 
Juifs ont trouvé ici la liberté et la délivrance. C'est sur le rapport de 
ces envoyés que vous camperez (sur la route qui conduit ici) et que 
vous marcherez 5 , ne vous en rapportez pas à nos paroles, car notre 
amour pour vous n'est pas amour d'affamé ni amour du profit, mais 
uniquement l'amour du bien en lui-môme, car nous sommes tous 
les fils du même père. Notre communauté est moins nombreuse 
que d'autres communautés saintes, et si Dieu nous aime, il vous 
amènera en ce pays, nous deviendrons un vaste campement G , qui 



1 Par nations il faut, dans toute la pièce, entendre le peuple au milieu duquel vi- 
vent les Juifs. 

* Dans toute la pièce, exil signifie oppression, persécution. 

3 C'est une de oes citations bibliques qu'il ne faut pas prendre rigoureusement 
à la lettre. 

* Même observation; voir Genèse, 34, 10. 

5 Images empruntées aux marches des Hébreux dans le désert. 

6 C'est encore le camp des Hébreux dans le désert. 

T. XV, n° 30. 18 



274 REVUE DES ETUDES JUIVE? 

répandra la communauté juive dans le pays, (Taillant plus que nous 
étions vos proches, vous deviendrez les nôtres, car, grâce au ciel, 
Dieu est venu et il viendra auprès de nous avec de la fortune, aiin 
que nos amis acquièrent du bien. Dieu est véritablement en ce lieu, 
il remplira vos trésors. Il est aussi resté parmi nous aujourd'hui des 
membres de toutes les familles honorables de toutes les parties de la 
Provence, des familles des Caspi et des Gadenet * et des autres familles 
distinguées que nous ne nommons pas, pour éviter les longueurs, 
ils sont nombreux et honorés et vivent avec nous en étroite union, 
C'est pourquoi, nos frères honorés, qui unissez la réflexion à l'ac- 
tion, n'hésitez pas à venir jouir du meilleur de toutes ces régions, et 
n'attendez pas que le roi-comte 2 vous dise : Levez-vous et partez du 
milieu de mon peuple ! et que, par malheur, l'Egypte se lève contre 
vous pour vous renvoyer en toute hâte du pays, sans cela vous em- 
porterez (expierez) nos fautes à tous et des souffrances enfermées 
dans le pli de vos vêtements sur vos épaules, vous ne pourrez pas 
attendre (le temps nécessaire à préparer le départ), et le nom de 
Dieu pourrait, par malheur, être profané 3 , comme il est arrivé dans 
la douloureuse expulsion des malheureux Juifs, descendants de 
Jacob, cha'ssés de Castille et de Portugal, qui, pressés par le temps, 
ont été obligés de changer de Dieu, pour nos péchés, qui sont grands. 
Nos maîtres, nous avons accompli notre devoir en vous faisant con- 
naître la véritable situation, et si nous avons menti envers Dieu ou 
envers vous, oints du Seigneur, Dieu donnera en héritage à nos fils 
le mensonge et le vent, qui ne profitent pas. Pour finir, vos yeux 
verront cette lettre, la vérité vous enseignera sa route. Le Dieu su- 
prême réunira tout Israël en un lieu qui fut élevé dès l'origine 4 , le 
lieu de notre sanctuaire ; vos yeux et nos yeux verront Sion, la de- 
meure paisible, lorsque Dieu ramènera les captifs de Jacob, et alors 
on dira : Dieu sera grand au-delà des frontières d'Israël 8 , car il bri- 
sera le joug des nations qui pèse sur vos épaules, selon le souhait 
de votre cœur plein de crainte de Dieu et le souhait de ceux qui 
font (c'est-à-dire de nous qui faisons) des vœux pour votre bonheur 
et votre salut et invoquent Dieu tous les jours en faveur des restes 
d'Israël. (Signé :) Vos frères et votre chair, la communauté des 

1 Ce sont des familles juives de Provence originaires de l'Argentière (Caspi) et de 
Cadenet, ou portant même le nom de Caspi et de Cadenet. 

* Dans Le procès de Samuel ibn Tibbon (Revue, numéro précédent), le comte de 
Provence est aussi' appelé "pttblD. Les mots « roi-comte » sont une preuve de 
l'authenticité de notre pièce, le roi de France était comte de Provence. 

3 Tout le passage est une imitation de divers passages de l'Exode, chap. xn, où est 
racontée la sortie d'Egypte. L'auteur veut dire que si les Juifs provençaux attendent 
jusqu'au dernier moment , ils n'auront pas le temps de préparer leur départ, ils se- 
ront obligés de rester et de se baptiser, comme il est arrivé aux Juifs d'Espagne 
en 1492. Ce malheur est si grand qu'il servira d'expiation à toutes les fautes des 
Juifs de tous les pays. 

4 Jérémie, 17, 12. 

5 Malachie, 1, 5. 



LA CORRESPONDANCE DES JUIFS D'ESPAGNE 275 

exilés de Provence qui signe ici, à Salonique, le premier jour .d'élul 
an (d3I0, section sabbatique de (où se trouve le verset) « la fron- 
tière de ton voisin, etc. '. s 



Cette lettre, on le voit, est écrite par les Juifs de Provence éta- 
blis à Salonique, et adressée à leurs coreligionnaires de Provence, 
menacés d'expulsion, en 1550. Elle fait toucher du doigt la diffé- 
rence qu'il y a entre les inventions spirituelles, mais absurdes, 
d'un ignorant, et un document authentique et d'une sincérité par- 
faite. On a ici la réalité vivante à opposer aux imaginations vides 
de la fiction. 

Que Ton examine tout d'abord le style de cette lettre. Avions- 
nous assez raison de dire que le style seul trahit l'artifice des 
lettres espagnoles. Ce ne sont plus ici des formules d'une séche- 
resse algébrique, arrangées symétriquement et qui se balancent 
avec élégance. La parole est abondante, nourrie et presque sur- 
chargée de citations bibliques, le tour est littéraire et même quel- 
quefois un peu déclamatoire ; enfin, la lettre est animée, dans 
toutes ses parties, d'une émotion affectueuse. 

On voit aussi que, même en 1550, et soixante ans après l'exil 
d'Espagne, ce n'est pas aux Juifs de Constantinople, mais à ceux 
de Salonique que s'adressent les Juifs de Provence menacés 
d'expulsion. C'est à Salonique aussi que s'étaient réfugiés anté- 
rieurement des Juifs expulsés de Provence. La communauté juive 
de Salonique était plus importante, probablement, que celle de 
Constantinople, et sa réputation avait devancé celle des Juifs de 
la capitale ottomane. 

Les Juifs de Provence ne se contentent pas d'écrire une petite 
lettre de quatre lignes, qui n'explique rien, et à laquelle on ne peut 
pas sérieusement répondre; ils envoient des députés à Salonique 
pour étudier la situation sur place. La lettre que nous avons est 
une réponse écrite des Juifs de Salonique pour servir de confir- 
mation au rapport verbal des deux envoyés de Provence. 

On ne leur répond pas de se baptiser, de tuer les chrétiens ou 
de les exploiter, ce sont là de pures plaisanteries. On leur dit : 
Venez auprès de nous, sous le gouvernement des Turcs, vous y 
vivrez en paix et libres. C'est ce que dit aussi Isaac Çarfati dans 
la lettre si intéressante adressée par lui aux Juifs d'Allemagne 2 ; 



1 Deutér., 19, 14, section sofetim. Le 1 er élul 1)310 correspond au 13 août 1550. 

* Sur cette lettre, voir Graetz, t. VIII, 2 8 édit., p. 275, et note G à la fin du 
volume; voir aussi, pour la date de la lettre, lhbr. Bibliographie , XIII, p. 108. 
note 4. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

c'est sûrement ce qu'auraient répondu, s'ils avaient été consultés, 
les Juifs de Constantinople à ceux d'Espagne. 

Nous avons en vain recherché dans d'autres documents des 
traces de cette expulsion ou menace d'expulsion des Juifs de 
Provence en 1550. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'offi- 
cielle'ment il n'y avait plus de Juifs en Provence depuis l'édit 
d'expulsion de Louis XII (2G septembre 1501) ; mais cet édit ne 
paraît pas avoir été strictement exécuté, ou bien, après avoir 
été appliqué un certain nombre d'années, il sera tombé en dé- 
suétude. 

Isidore Loeb. 



LE COMMENTAIRE DE SAMUEL 1BN HOFNI 

SUR LE PENTATEUQUE 



I. A côté de Saadia, ce fut surtout, parmi les Gaonim, Samuel 
ibn Hofni qui se consacra à l'explication de l'Ecriture-Sainte et 
à l'exégèse biblique 1 . Ses œuvres paraissaient s'être totalement 
perdues, lorsque, parmi les nombreux et précieux manuscrits de 
la collection Firkowitsch, on trouva des fragments importants du 
commentaire arabe de Samuel sur le Pentateuque. Ces textes 
furent découverts par M. Harkavy, qui les utilisa pour son étude 
sur ce gaon* 2 . C'était une entreprise méritoire que de publier ces 
débris de l'exégèse biblique des gaonim et de permettre ainsi à 
ceux qui s'intéressent à cette branche de la littérature juive d'é- 
tudier sérieusement l'œuvre d'un exégète qu'Abulwalid invoquait 
comme le représentant du Peschat et de l'explication gramma- 
ticale 3 et qu'Abraham ibn Ezra cite — pour sa prolixité, il est 
vrai — au premier rang des interprètes de la Bible du temps des 
gaonim *. M. I. Israelsohn s'est acquitté de cette tâche avec un 
grand soin et une rare compétence ; il a publié :i en caractères 



1 Outre son commentaire sur le Pentateuque, Samuel ibn Hofni a interprété 
quelques chapitres des Prophètes. Voir Harkavy, dans L'ouvrage mentionné dans 
la note suivante, p. 3. Juda ben Barzilaï écrit dans son commentaire sur le Ycçîra 
(p. 77, éd. Halberstamm) : *p bwNTZ'J 'l "pNSm b"T ÏTIJO '"I ^D WM 
""ZUT Wl?! D^IDD yZV'C b"T "'lin. PasOUÇ, signifie « la Bible ■ (voir plus 
haut, p. 114). 

1 Leben und Werke des Samuel ibn Chofni (en hébreu), 3° livraison des Studieu 
' tthcilunyen ans der Kois. Ofentl. Bibliotheh zu St-Petersburg, 1880. 
r mon ouvrage Lebcn und Werhe des Abvlwâlid Mcrwân Ibn Qanâh 1 p. 8'.). 

4 Voir mon ouvrage Abraham ibn Esra's JSinleitung zu seinem Peulateuck-Com- 
me>itai\ p. 18. 

5 Samuclis ben Chofni trium sectionum posteriorum libri Genesis versio Arabica 
cum commentario. e ins. cod. biblioth. publ. imper. Petropolit. mine primum edi- 
dit I. Israelsohn. Petropoli, MDCCGLXXXVÏ, p. ru + 184 (paginées en arabe); 

n-8». 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

arabes ' le commentaire de Samuel ibn Hofni sur les trois der- 
nières sections de la Genèse (c. 41-50), c'est-à-dire la majeure 
partie des fragments existant à Saint-Pétersbourg. Encore ce com- 
mentaire sur les trois sections est-il incomplet ; il y a de nom- 
breuses lacunes dans le ms. unique qui a servi à la publication de 
notre édition. Ainsi, il manque le commentaire sur Genèse, xli, 
9-13; xlii, 1-4, 10-12, 23-31; xliii, 1-6,34; xlvi, 2-9, 16-23; 
xlvii, 3-5, 27, 30 ; xlix, 26, et la traduction de Genèse, xli, 
9-16, 25-32; xlii, 1-17, 29-32; xliii, 7-8, 19-28; xliv, 1 ; xlvi, 
8-27 ; xlvii, 18-27. Deux de ces lacunes ont pu être complétées 
par l'éditeur lui-même, qui les a données dans l'appendice, p. 175- 
181 ; c'est la traduction de xlvi, 8-27, et le commentaire sur 
xlvi, 8-29 et 16-23. Ces deux passages avaient été retrouvés par 
M. Ilarkavy parmi les nombreux fragments mss. de la collection 
mentionnée. 

Malgré ces lacunes et maintes phrases qui ont dû être laissées 
incomplètes dans le texte arabe, à cause du mauvais état du ma- 
nuscrit, la partie publiée par M. Israelsohn est néanmoins un 
spécimen important du commentaire de Samuel ibn Hofni sur le 
Pentateuque, elle permet d'étudier plus sérieusement qu'on n'a pu 
le faire jusqu'à présent la méthode exégétique du gaon. 

IL Voici quelle est la forme extérieure de ce commentaire. Il 
donne d'abord la traduction d'une série de versets, puis, à la suite, 
le commentaire de ces versets. La longueur de ces séries de ver- 
sets est déterminée par leur contenu, par.les points de répit natu- 
rels de la narration biblique, quelquefois aussi par les divisions 
massorétiques. Ainsi, la section ypjj offre les divisions suivantes : 
xli, 1-8, 9-16, 17-24, 25-33, 33-46, 47-57; xlii, 1-17, 18-28,29- 
xliii, 6 ; xliii, 7-18, 19-34 ; xliv, 1-17. La section Œim est divisée 

1 Quoique les ouvrages arabes d'écrivains juifs qui nous sont parvenus aient été 
écrits en caractères hébreux, plusieurs savants modernes, tels que MM. Neubauer, 
Landauer, Hirschfeld, contrairement à l'exemple donné par M. S. Munk, qui a pu- 
blié le More en caractères hébreux , ont édité les ouvrages arabes en caractères 
arabes. M. Israelsohn justifie cette façon d'agir dans le passage suivant de son in- 
troduction (p. vu) : « ut voces hebraicse explicatœ et loci laudati magis conspicui 
fiant. » Quant à Aboulwalîd, on peut prouver encore par un endroit de son dictionnaire, 
qu r il écrivit ses œuvres en caractères hébreux. Sur le mot £*"]!"!, Lévitique, xxi, 18, 
il dit (hitâè al-uçoul, col. 249, 1. 4) : û-DNbN in ùnfi -jtf ïlpsbN bïlN p3>T1 
Û^/ûbfrO, « selon les Talmudistes, le mot Û1"in signifie en arabe achram, écrit avec le 
mîm ». Cette dernière remarque n'a de sens que dans la supposition qu'Aboulwalid a 
écrit en caractères hébreux, parce que c'est seulement en ce cas qu'il lui a fallu 
avertir les lecteurs qu'il ne faut pas lire achras avec samekh, ce qui signifierait 
« le muet »,mais akhram avec mîm, ce qui signifie « l'homme dont le nez est 
déchiré ». Dans l'écriture arabe, les signes pour le û et le D sont assez différents l'un 
de l'autre. 



LE COMMENTAIRE DE SAMUEL 1BN HOFNI 279 

de la façon suivante : xuv, 1S-34 ; xlv, 1-15; 17-xlvi, 7; xlvi, 
8-27; ^8-xlvii, 11 ; 12-27. La section Tm est ainsi divisée : xlvii, 
28-31 ; xLvin, 1-12, 13-22; xlix, 1-4, 5-7, 8-12, 13-21, 22-28, 29-l, 
13 ; l, 14-26. Les sections hebdomadaires, suivant lesquelles était 
oralement partagé le commentaire de Saadia sur le Pentateuque l , 
forment les grandes divisions du commentaire de Samuel et 
portent la formule initiale Jaram aoa, « au nom du Miséricor- 
dieux - ». La traduction du texte est précédée du mot y*:, « texte », 
et le commentaire qui s'y l'apporte du mot mil), « explication ». 
Dans ce commentaire, le gaon explique isolément chaque mot et 
chaque verset dans Tordre où ils se suivent dans le Pentateuque, 
faisant précéder les mots hébreux du texte qu'il cite du terme 
-':--. Souvent il répète dans le commentaire la traduction, don- 
née précédemment, du mot ou du verset du texte ; souvent aussi 
l'explication ne semble être que la confirmation et la justification 
de la version arabe 3 . La traduction d'un chapitre est quelquefois 
rattachée au commentaire du chapitre précédent par les mots : 
bixp D'n, « il dit ensuite ». 

III. Pour juger de la traduction que Samuel donne comme 
partie intégrante de son commentaire, il faut avant tout la com- 
parer avec la traduction arabe de Saadia, son prédécesseur au 
gaonat de Sora. On peut admettre comme certain que Samuel a 
connu et utilisé le travail de Saadia, mais il est intéressant d'exa- 
miner en détail combien, malgré son originalité et son caractère 
indépendant, il a subi l'influence de la traduction de Saadia, qui 
a précédé la sienne de près de cent ans. Cette influence est par- 
ticulièrement visible dans le passage contenant la bénédiction 
donnée par Jacob à ses enfants. Il est traduit par les deux gao- 
nim d'une façon presque complètement identique 4 ; on n'y re- 
marque quelques légères différences que lorsque Samuel inter- 
prète un terme autrement que Saadia. Ce dernier rend, par 
exemple, le verset 6 du chapitre xlix de la Genèse par la phrase 
arabe suivante : yfcnâri «a DïTpiin "»bi ">dd3 bb^n a*b Enm^r "d 
Kïrne w\-'rp dïTKâpai tttta achrvp Knttaiwa yxh ■na'r. Samuel con- 
serve cette traduction, seulement il rend le mot hébreu fnn par 

1 Voir Lebên uml Werhe Abulwalids, p. 02, note 13. 

- Cette formule a été sans doute omise par inadvertance au commencement de la 
première section (V~£) de notre édition. 

3 Samuel cite sa traduction par le mot n*lOS ; quelquefois aussi, dans le corps du 
commentaire, il appelle sa traduction ÎTlRa^aK. 

* Pour la traduction de Saadia. je me suis servi de l'édition de M. dé Lagarde, 
Malerialicii tur Kritik nnd GtêthichU d< Pentatevcks, l rr livraison. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

non, parce qu'il le fait dériver de la môme racine que le mot irrn, 
Exode, wiu, 9. L«> passage de Genèse, xlix, 10, est ainsi traduit 

par Saadia : imwa nnn \n asanban ntiït b^ flo^bjabK a^âfcp bip ab 
Wttb» y^nân mbai nb irr ^b« iji in ^b«. On voit qu'il identifie 
le mot nb^iïî avec ibtfj, "ib n»«; Samuel le fait dériver de mb©, 
Deutér., xxvm, 57, et le traduit par mbi, mais pour le reste sa 
traduction est identique à celle de Saadia, sauf qu'il omet le mot 
^bfcba. 

Il est rare de trouver, comme dans ces passages de la bénédic- 
tion, des versets entiers qui se ressemblent dans les deux traduc- 
tions, mais souvent Samuel emprunte des expressions à son pré- 
décesseur. En voici quelques exemples. Les mots de Genèse, 
xliii, 14, irtoœ ^nbsia -jtïîns ^a&n sont traduits ainsi par les deux 
gaonim : « Je crains que je ne sois privé de nouveau d'un fils, 
comme je l'ai déjà été d'un autre fils. » 76., xlvii, 29, -p" 1 N3 no 
W nnn, « jure, ta main sur mon alliance. » Ib., xlvii, 31, 
îvynïi ©an by est traduit dans la version de Saadia par « sur son 
lit pour remercier, » et dans Samuel, par « sur le bord du lit pour 
remercier ». xlviii, 1 : y-iN'n mas TOa, « quand il resta encore 
un mille en fait de distance ». xlviii, 20, le deuxième ntoab est 
rendu ainsi : « en se disant l'un à l'autre ». Samuel traduit les 
mots i-tid btf, xliii, 14 et xlviii, 3, comme Saadia, par l'expres- 
sion ï£&obN p^ùûbtf. Les deux auteurs rendent l'expression imïij 
xlvi, 2, par npnb. 

IV. Il existe cependant une différence entre les deux ver- 
sions : la traduction de Samuel serre le texte hébreu de plus 
près que celle de Saadia. Il est inutile de démontrer cette as- 
sertion longuement par des exemples, il suffît d'un examen su- 
perficiel pour s'en convaincre. Saadia traduit ïawn, xlviii, 19, 
par « il ne le fit pas », et Samuel par « il s'y refusa ». Le pre- 
mier rend via n^ïi ">li^^ , xlviii, 15, par « celui qui m'a 
nourri depuis ma jeunesse, » et Samuel, par « celui qui m'a fait 
paître depuis que j'existe ». Il ne faut pas croire cependant 
que, pour rester fidèle au texte, Samuel sacrifie la langue ; sa 
version est, au contraire, comme celle de Saadia, claire et 
nette. Ni pour la construction de la phrase , ni pour la façon 
dont sont rendus les particules et les idiotismes de l'hébreu, 
la traduction de Samuel n'est un simple calque du texte ; cette 
assertion non plus n'a pas besoin d'être longuement prouvée. 
Qu'il nous suffise de citer comme exemple le premier verset de 
l'édition de M. Israelsohn : \n*i "pnbE&O "proo nifcp^N Nttb "jto* 



LE COMMENTAIRE DE SAMUEL IBN HOFNl 281 

Shbbba iûéhû ^hy tF»p ^ïfcO ton ttanfii Le sens de chaque mot 
hébreu est rendu exactement en arabe, et d'une manière plus 
précise encore que dans Saadia, sans que cependant le traduc- 
teur suive servilement le texte. Samuel se permet aussi quelque- 
ibis de s'écarter de la lettre même du texte, quand des motifs 
exégétiques l'y engagent, parce que, fidèle aux principes ratio- 
nalistes de l'exégèse inaugurée par Saadia-, il ne veut laisser 
dans sa version ni obscurité, ni contradiction, et qu'il ne tient 
pas seulement compte de chaque mot pris isolément, mais aussi 
et surtout du sens général du contexte. Ainsi, xlviii, 11, il tra- 
duit trm, non comme Saadia, par « il vit », mais « il sut », dbr, 
parce que Jacob, d'après le verset 10, « ne pouvait pas voir », et 
xli, 35, il rend le mot bs non par bs, mais par pn, parce qu'on 
a ramassé « une partie » et non « la totalité » du blé. Et lorsque 
l'hébreu, en parlant de Dieu, se sert d'expressions qui ne peuvent 
s'appliquer qu'aux hommes, Samuel, se conformant à la tradition 
de l'interprétation juive, évite ces anthropomorphismes et traduit 
comme Saadia 3 . 

11 existe une autre différence entre les deux versions. Samuel 
donne les noms propres de personnes et les noms géographiques 
sous leur forme hébraïque, sans y rien changer; Saadia, comme 
l'a déjà remarqué Ibn Ezra, rend les noms géographiques de la 
Bible par des noms arabes modernes et transcrit les noms de per- 
sonnes avec leur prononciation arabe.' C'est ainsi que dans Saadia 
les trois noms propres de xlviii, 7, sont écrits Harrân, Râhêl, 
Kanïin (*jn?::d), tandis que Samuel écrit, comme dans le texte, 
1*33, bm, ?id 4 . Ce dernier ne fait une exception que pour tmkE, 
qu'il rend par le mot arabe nstt. Le mot lia, xli, 45 et 50, traduit 
dans la version de Saadia par « Alexandrie » s , signifie, d'après 
Samuel, comme le mot 'pa de Amos, v, 5, « une idole ». 

V. La plupart des différences qu'on observe dans les deux ver- 
sions proviennent de ce que les traducteurs ont compris autre- 
ment le texte. Nous n'insisterons pas sur ce point, parce qu'autre- 

1 C'est ainsi qu'il faut lire, au lieu do ïi:ND, car, dans le verset suivant. Samuel 
traduit également le mot n:m par ftafiO, et, de même, Saadia dit D^Np ï"î;tf^. 
1 Voir Abraham ibn Esra's Einlcilung zu semem Pentateuch-Commeniar, p. 33. 

3 xlvi, 2, yay TW "OMt, Saadia traduit : yjft v^N *pnN N3K1, et Sa- 
muel : -;•■; r;r "nttKl : xlviii, 15, "P3Sb 'n'DK 'Dbîinïl TùJN, Saadia dit : 

■«a» ïianna ^ba, et Samuel : nny«a ^d ■waa ino ^ba- 

4 Samuel traduit cependant, xlvi, :il : l j-«:D y-iNH par ENCrN lb33. 

- Saadia identifie peut-être 'jN avec la ville égyptienne de ^;, que le Targuie des 
Prophètes traduit par K^VT30Dbfit 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment il faudrait tenir compte du commentaire et non de la traduc- 
tion. Ce qui sert encore à caractériser la traduction proprement 
dite, c'est Le grand nombre de cas où Samuel, tout en comprenant 
le texte comme Saadia, se sert, pour le rendre en arabe, d'expres- 
sions ou de constructions différentes et qui dénotent une connais- 
sance plus sûre de la langue arabe et une grande habileté de tra- 
ducteur. Citons quelques exemples. Samuel construit toujours le 
verbe "pas, « bénir », avec *d, et Saadia avec l'accusatif. Le pre- 
mier traduit pînrrn, xlviii, 2, par vîpns, et le second par *iraMB; 
chez Samuel, jpîp, xlviii, 10, est en arabe ftâïàiiDba fa, et chez 
Saadia -nsba )k ; chez Samuel, rrâwn, xlviii, 14, toi, chez Saa- 
dia, aDai ; chez Samuel, tm:»r» fcô», xlviii, 19, dttNba abtt, et chez 
Saadia, aianzfca abfc \ ^œ 1 », xlviii, 20, est traduit chez Samuel 
par "jb^En, chez Saadia par *fiyfr ; pour ddn« anpi ,xlix, 1, il y a 
d^dar chez Samuel, et doaiafci chez Saadia. Samuel explique dans 
son commentaire (p. 76) pourquoi il a traduit le mot ^dk, « ta co- 
lère », xliv, 18, par -p'^ et non par ^pin ; il dit que Tin désigne 
la colère contre des proches, comme celle de Saùl contre son fils 
Jonathan, I Sam., xx, 30, et niw la colère contre des étrangers, 
comme celle de Balak contre Bileam, Nombres, xxiv, 10. Dans 
le commentaire sur xliv, 31 (p. 80), il donne les raisons pour les- 
quelles il a rendu jiai non par Sa, mais par fm, « tristesse » 
(Saadia emploie le mot rnon) ; plus loin (p. 118), il montre que 
le terme hébreu trfri, employé xlvii, 29, a souvent le sens de 
l'arabe bas, et il le traduit ainsi dans les versets 28 et 29, tandis 
que Saadia ne le traduit par biN qu'au verset 29. A la page 107 de 
son commentaire, il dit pourquoi il a rendu xlvii, 14, apb"n par 
3>ȉ, comme Saadia, et non par Bpnb#, et page 93, il traduit, 
xlv, 26, inb ap^n par £ pûi, « il douta » (comme Saadia), sans 
rendre en arabe le mot lab. Dans son commentaire (p. 11) sur 
xli, 18, il explique qu'il a rendu nan par n&op, et non par ^bn, 
« parce qu'en arabe le mot naos: s'applique aux animaux et non 
aux hommes et qu'il sert à désigner les différentes couleurs par 
lesquelles les animaux se distinguent les u-ns des autres. » A la 
page 136, il se défend contre le reproche d'avoir traduit, xlix, 7, 
nnN par 'p^btt (Saadia l'a rendu par ùn^tt), en déclarant qu'il 
n'est pas incorrect en hébreu, ni en arabe, d'appliquer le terme de 
malédiction à un objet comme la colère ; page 91, il expose que 
le mot rmx, xlv, 19, doit être traduit par m»N (oumirta), au 
parfait passif, et non par an»NB, au participe passif, parce que 
ce dernier terme répondrait à rijapa ; enfin, il traduit îipnra, xlix, 
11, comme Saadia, par le mot analogue arabe p^no, et il fait re- 



LE COMMENTAIRE DE SAMUEL 1BN HOFNI 283 

marquer dans son commentaire, p. 141, qu'en Syrie (ûno) le terme 
p^iD désigne la meilleure espèce de vigne l . 

VI. La partie explicative du commentaire de Samuel ibn Ilofni 
se distingue, selon la remarque d'Ibn Ezra, par sa prolixité, le 
commentateur se laisse aller à des digressions très abondantes. 
Ibn Ezra cite comme exemple de cette prolixité la longue disser- 
tation de Samuel à propos du voyage et du songe de Jacob, 
xxvin, 10, sur les voyages et les rêves en général. Il est de fait 
que dans les fragments qui ont été publiés, Samuel entre souvent 
dans des développements plus ou moins longs, qui n'ont qu'un 
rapport bien éloigné avec le texte auquel il les rattache. Il est 
vrai que plusieurs de ces développements sont de nature pure- 
ment exégétique et concourent au but, poursuivi par Samuel à 
travers tout son commentaire, d'éclairer et d'expliquer les termes 
difficiles du texte par des exemples tirés de la Bible même. Les 
digressions de ce genre sont presque comme des articles de dic- 
tionnaire. C'est ainsi qu'à propos du mot yp?j, xli, 1, il donne 
les deux sens que ce terme a dans la Bible; à propos de û^pD, 
xli, 34, il indique (p. 19) les deux espèces de ù^ps dont parle la 
Bible. Pour préciser le sens des mots ibjn n*o yp nN të*K d^-p fcô, 
xli, 43, il explique que l'expression t nanrt, « lever la main », 
a, dans la Bible, six significations différentes (p. 24). Au verset 
xlii, 7, il montre que !Ttt5p a cinq sens différents (p. 41) ; au ver- 
set xliii, 16, il énumère les cas dans lesquels on a employé l'ex- 
pression prtti bsf 1©N (p. 57) ; xliv, 18, il donne les cinq signifi- 
cations du verbe ©M (p. 75) ; xlv, 10, les cinq sens de mp (p. 87) ; 
xlv, 11, les six sens de bnbs (p. 87), et xlvii, 23, les cinq sens 
de fn (p. 112). 

A côté de ces digressions exégétiques, il y en a d'autres qui 
sont relatives à la Halaliha, c'est-à-dire qui énumèrent certaines 
lois religieuses. Ainsi, à propos du mot tddïï 2 , l, 10, il traite lon- 

Cette explication concorde avec les mots d'Abulwalid (dans son Dictionnaire, 751, 21) 

:^w': k \2 "j-c-i p'niD'b» rh bap-n û*Db» Trô8 iif- Lc ten » c TrèB employé 

par Abuhvalid montre que chez Samuel il faut lire Ta, excellent, et non SpJl, tendre, 
On ne sait pas si le mot p"*)D, qu'on ne trouve pas dans les dictionnaires arabes, 
doit être prononcé p""*iS OU p*"lt>. Saadia a pi-jO, Gen., xux, il, et isaïe, v, '1. 
Voir, pour le dernier passage, Paulua, p. .''.2, et Gresenius, Thésaurus, 1342 //. 

' Le commencement de la digression sur les oraisons funèbres (p. 159*161] 
manque dans notre édition, par suite d'une lacune dans le ms. Cette digression con- 
tient une classification systématique des élégies qui se trouvent dans la Bible, elle 
parle ensuite des élégies postérieures qui peuvent toucher les cœurs. Samuel cite, 
comme exemple, les élégies mentionnées dans Moed Katon, 25 3, et il ajoute : « Par 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

guement de l'oraison funèbre et du deuil b^N, ainsi que dos pres- 
criptions traditionnelles qui s'y rapportent 1 . Au sujet du verset 
XL vu, 29, il mentionne les obligations qui incombent aux mou- 
rants ()). 119 -) et les lois relatives à l'enterrement (p. 120). Au ré- 
cit de l'entrevue dans laquelle Joseph n'a pas été reconnu par ses 
frères, xlii, 8, Samuel rattache l'explication d'une mischna de Baba 
Baira, vm, 6 (p. 43). Au verset xliii, 9, il traite d'après le Tal- 
mud des conditions du cautionnement (p. 54). A l'occasion des 
préparatifs d'un festin dont il est question xliii, 16, il mentionne 
le précepte d'Exode, xvi, 5, et y ajoute des explications relatives 
aux trois sortes d'objets qu'on ne peut pas manger les jours de 
fête, parce qu'ils ne sont pas préparés, nrp-itt (p. 58). A propos de 
xlii, 19, il examine brièvement, sans citer de passages talmu- 
diques, s'il est permis à un groupe de personnes de livrer l'une 
d'elles à la mort pour sauver les autres (p. 46) 3 . 

Voici encore un certain nombre de digressions intéressantes du 
commentaire de Samuel ibn Hofni. A propos des songes de Pha- 
raon, xli, 15, il explique que les interprétateurs de songes ont à 
tenir compte de treize points, dont ils doivent sérieusement se 
préoccuper 4 ; il compare les interprétateurs de songes aux juges 
et aux médecins, qui ont à faire des investigations très précises 
avant de pouvoir rendre un jugement ou se prononcer sur une 
maladie (p. 8). Il parle ensuite (p. 14) des diverses images qu'on 

ma vie, ces paroles sont d'une éloquence magistrale, je les ai citées ici pour servir 
d'exemple aux poètes élépiaques (Û" , 21DD), il sera facile aux poètes de les mettre 
en vers, NÏ"572l3!]1 *JN dNbjbfrî "p^SD, ou de les imiter. » A la lin, il donne quelques 
vers de l'élégie qu'il avait composée sur la mort de son père Hofni et que M. Har- 
kavy a rapportés dans son ouvrage mentionné ci-dessus, p. 7. 

1 Dans ce développement (p. 161-167), Samuel indique d'abord les douze lois re- 
latives au deuil, il donne ensuite le sens du mot mbDN, deuil, au point de vue de 
la langue et au point de vue de la religion, et il indique la durée que la religion 
assigne au deuil dans les divers cas, qui sont au nombre de cinq ; puis il ajoute : 
« Après avoir fait connaître les durées du deuil, nous pensons qu'il est nécessaire de 
mentionner les décisions des anciens relatives à ces durées. . . > Après ces mots, Sa- 
muel cite une série de lois relatives aux durées du deuil et à l'interruption apportée 
par les jours de fête à la célébration du deuil. 

2 II termine ainsi : « Il serait trop long d'indiquer ici les causes de ces prescrip- 
tions, nous en avons parlé dans notre ouvrage sur le divorce pN^cbiX "'D îWSNrO- » 
M. Harkavy cite ce passage, p. 6, mais il écrit, par erreur, VpJ2 ÏTlDIDb Ttï3T*ID!3"\ 
au lieu de THI 'b 'D. 

3 Cette partie casuistique repose sur Tos. Terwniot, vu, 20, et /. Terumot, 40 b. 
Samuel ajoute seulement un nouveau cas, à savoir si dix femmes, pour sauver leur 
honneur, ont le droit de sacrifier l'honneur d'une seule femme. 

4 Samuel renvoie ici à des explications plus développées qu'il a données sur ce 
sujet dans un endroit précédent de son commentaire, probablement dans le passage 
mentionné par Ibn Ezra, à xxvni, 10 ; il y renvoie encore p. 13. Samuel renvoie 
également, dans son commentaire sur xliv, 18 (p. 77), à un développement sur la 
royauté qu'il a donné Genèse, xxxvi, 31. 



LE COMMENTAIRE DE SAMUEL IBN HOFNI 2S5 

voit en sonjre et des différents rêves. Au verset xli, 33, il établit 
la différence entre les synonymes rrosn et n:n::n (p. 18) ; xli, 48, 
il montre comment on peut conserver les fruits de la terre et les 
préserver de la destruction (p. 28) • ; xli, 49, il parle de l'acca- 
parement du blé et des prescriptions qui' s'y l'apportent (p. 30) - ; 
xliii, 3'2, il traite des croyances religieuses des Egyptiens (p. 63) ; 
xliv, 34, de l'action de l'éloquence, qu'il compare à l'influence de 
la musique et de la poésie (p. 81) ; l, 2, de l'embaumement des 
morts, en se référant au récit talmudique de Baba Batra, 3 &, re- 
latif à Hérode et Marianne. (p. 157) 3 . 

Les éléments des développements suivants sont empruntés à la 
Bible même. Sur la famine (p. 34-39, à propos de xli, 55) ; sur les 
sacrifices 4 (p. 61, à propos de xliii, 26); sur la reconnaissance 
et l'ingratitude (p. 67, xliv, 4) ; sur la colère et la longanimité 
(p. 76, xliv, 18) ; sur les causes qui peuvent empêcher un homme 
de répondre (p. 84, xlv, 3) ; sur les dix avantages de la maladie 
(p. 123, xlviii, 1) ; sur la signification de la main droite et du 
côté droit (p. 127, xlviii, 14); sur la supériorité de Juda sur ses 
frères, mentionnée dans dix endroits de la Bible (p. 102, xlvi, 
28 ) 5 ; sur les sept cas de supériorité d'Ephraïm sur Manassé 
(p. 130, xlviii, 20) ; sur les muets comparés à des animaux (p. 145, 

XLIX, 14). 

1 Samuel dit, entre autres : « Il y a des pays, comme la province de Bassora, 
L'Egypte et d'autres contrées situées près de la mer, dans lesquels les fruits de la 
terre se gâtent rapidement, tandis que dans d'autres pays, comme les régions mon- 
tagneuses, ces fruits, placés clans des fosses ou des citernes, se conservent intacts 
pendant des années. • Cf. Kremer, Culturgeschichte des Orients unter den Chalifen, 
II, 332. 

s Ce passage commence ainsi : « Nous trouvons bon de parler ici en détail de 
l'accaparement du blé, parce que ce développement se rapporte à notre récit (l'entas- 
sement du blé par Joseph) et que la plupart des marchands de grains de notre temps 
sont des accapareurs. » 

3 Au lieu de ïlblp 1H2, il faut lire naturellement Ûilblp 1Ï13 , et ïiaiJQEîn 
w2"I3 est la leçon qui se trouve également dans le ms. de Munich (Dihdukê Sofe- 

.[, 5«) pour £2-13 rr:?:^. 

4 « Il est nécessaire que je traite ici de la cherté et du bon marché des vivres, de 
leurs causes et de leurs conditions, et que j'indique la part de responsabilité qui eu 
revient au créateur et celle des créatures, j'y ajouterai le nombre de chertés dont 
parle l'Écriture-Sainte. » Après ce préambule, Samuel définit les mots cherté' et 
hon marchf, puis il montre les divers degrés de la cherté (famine) d'après Aboi, 

. ensuite il énumère les onze fautes qui amènent la famine comme un châtiment 
divin, et enfin il indique les trois causes de la famine : insufiisance de la récolte. 
maladie du blé et siège. A la fin, il mentionne les dix époques de famine dont parle 
ia Bible ; cette énumération est identique à celle du Midrasch, Bereschit rabba, 
c. 2o, avec cette dillérence que, d'après le Midrasch, la dixième famine aura lieu 
dans l'avenir. Amos, vin, 11, et que pour Samuel elle a eu lieu avant la destruction 
du temple (Il Rois, xxv, 3 ; Jérémic, lu, fi). 

s II promet de traiter complètement ce sujet dans le commentaire sur Nombres, 
xvn, 17. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

\ il. Dans ces dernières digressions, dont le contenu est em- 
prunt/' à la Bible, comme, par exemple, le développement sur la 
famine, Samuel suit le système du midrasch, qui consiste à re- 
cueillir sur une question donnée un grand nombre de versets bi- 
bliques. Le gaon applique surtout cette méthode midraschique 
quand, dans un but homilétique, il veut tirer du texte un ensei- 
gnement pratique ; il se sert, dans ce cas, du mot *iKnn*K. De ce 
que Joseph s'est lavé et a changé de vêtements avant de paraître 
devant Pharaon, xli, 14, il conclut « qu'avant de comparaître 
devant notre Créateur, nous devons purifier notre âme de la souil- 
lure des péchés, comme l'enseigne Kohél., ix, 8 (p. 8). » « Si un 
roi mortel, dit-il plus loin (p. 24), a pu élever Joseph par ces seuls 
mots: Je suis Pharaon (xli, 44), combien doit être puissante la 
parole de Dieu (Is., xlvi, 4; Deutér., xxviii, 13) pour élever Is- 
raël. » A propos des mots : « le peuple implora Pharaon, » xli, 55, 
il dit (p. 33) « qu'en temps de détresse, nous devons implorer 
Dieu, qui fait pousser les plantes et crée tout ce qui existe. » (Cf. 
Psaumes, cvn, 5, 6; I Rois, vin, 31.) La question que Joseph 
adresse à ses frères pour leur demander d'où ils viennent (xlii, 7) 
provoque chez Samuel cette réflexion (p. 42) : « Si les hommes 
réfléchissaient, comme le leur conseille la mischna de Âbot, III, 
1, sur leur origine, ils s'abstiendraient de pécher. » Des paroles de 
Joseph (xlii, 18) : « agissez ainsi et vous vivrez, » il rapproche 
fp. 46) le verset d'Amos, v, 4 : « Cherchez-moi et vous vivrez. » 
Il dit (p. 56) que Jacob (xliii, 11) emploie l'expression unipeu, 
parce que les justes considèrent toutes leurs actions comme étant 
de peu d'importance ; c'est ainsi qu'Abraham a dit (xvin, 4) : « un 
peu d'eau et un morceau de pain. » A propos de xliii, 26, il fait 
cette réflexion (p. 61) : « C'est ainsi que l'homme doit d'abord bien 
agir, et ensuite seulement peut demander à Dieu ce dont il a be- 
soin. » Cf. Psaumes, xx, 4. Et plus loin (p. 69), à propos de ces 
paroles, xliv, 5 : « Votre action a été mauvaise, » il fait la re- 
marque que nous nous faisons du mal à nous-mêmes en péchant 
contre Dieu. Cf. Jérémie, vu, 19, et Prov., vin, 36. Les paroles 
de Juda à Joseph xliv, 32 : « Je serai pour mon père toute ma 
vie un coupable », lui inspirent cette observation : « Si la crainte* 
de faillir envers un de nos semblables est tellement grande, com- 
bien ne devons-nous pas craindre de faillir envers Dieu, notre 
créateur. » Cf. I Sam., n, 25 (p. 80). Il fait une réflexion analogue 
à propos de xlv, 3 : « Les fils de Jacob n'ont pas su garder leur 
courage devant les paroles de leur jeune frère, et ils ont rougi 
devant lui, à plus forte raison ne pouvons-nous pas résister aux 
objurgations du créateur de notre âme, parce que, dans ce cas, la 



LE COMMENTAIRE DE SAMUEL WX HOFM 287 

confusion est plus grande et nous ne trouvons nulle part de re- 
fuge contre la honte. » Cf. Michée, vi, 2; Isaïe, xm, 8 et x, S 
(p. 85)"*. Il dit que les paroles de Jacob : « les jours de ma vie ont 
été peu nombreux et mauvais, » s'appliquent bien à l'existence 
terrestre, tandis que la vie future est, au contraire, longue et 
heureuse, comme la dépeint le Psalmiste, xxi, 20 (p. 105). A 
propos des mots xlvii, 24 : « vous donnerez la cinquième partie 
à Pharaon », il dit (p. 114) : « De ces paroles découle un ensei- 
gnement sur lequel nos docteurs nous ont rendus attentifs-. In 
roi mortel exige pour lui au moins le cinquième de la récolte, et 
cependant elle appartient aux sujets et le roi n'a contribué en 
rien à la faire mûrir, mais le roi des rois, le maître du ciel et de 
la terre, le créateur de tous les êtres, qui fait pousser toutes les 
plantes, se contente du dixième (Deutér., xiv, 22), et il nous pro- 
met une belle récompense pour notre offrande (Mal., ni, 10). 
Aussi devons-nous accomplir cette prescription avec le plus grand 
empressement. » A la fin du commentaire sur la bénédiction de 
Jacob, xlix, 28, il dit (p. 154) : « 11 y a un grand avantage à faire 
connaître cette bénédiction, car, comme elle s'est réalisée, nous 
reconnaissons ainsi la supériorité du patriarche (Isaïe, xliv, 26) 
et nous attachons une grande importance aux prières de nos 
justes. » Cf. Prov., xi, 11. 

VIII. Le commentaire de Samuel ibn Hofni contient encore des 
digressions d'un autre genre : ce sont les développements apolo- 
li cliques, qu'il rattache à l'un ou à l'autre passage du texte hé- 
breu. Ainsi, xlî, 49, il défend Joseph contre l'accusation d'avoir 
accaparé le blé que certaines personnes — probablement des 
polémistes musulmans — portaient contre lui (p. 29). Plus loin, il 
justifie Joseph d'autres accusations qui étaient probablement di- 
es contre lui par les mêmes polémistes. Gomment, disent-ils à 
propos du verset xlii, 35, Joseph a-t-il pu causer une si vive in- 
quiétude à son père et. à ses frères (p. 50)? comment a-t-il eu le 
courage de faire arrêter injustement (xliv, 8) son frère comme 
voleur (p. 69) ? A propos du verset xliv, 31, il explique comment 
Jttda a su que la douleur que Jacob éprouverait aurait pour lui 
des conséquences mortelles et pourquoi la raison de Jacob ne do- 
minait pas son chagrin (p. 80). A la page 134, il défend Ruben 
contre ceux qui tirent du verset xlix, 4, un argument contre lui . 

1 Cf. les paroles (TEleazar ben Azaria, Genèse rabba, c. f J3 ; Die A<jada der Tan- 
nait en, I, 229. 

1 Je ne sais pas à quelle source Samuel l'ail allusion ici. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A propos du vœu exprimé par Jacob, xlvii, 29, de n'être pas en- 
terré en Egypte, il réfute l'objection de ceux qui s'étonneraient 
«le ce vœu, sous prétexte qu'à la mort, l'âme' quittant le corps, 
celui-ci ne perçoit plus aucune sensation, et qu'il doit, par consé- 
quent, être indifférent de l'enterrer dans un endroit plutôt que 
dans un autre (p. 121). On a objecté aussi : Pourquoi Dieu qui, dans 
sa bonté, a fait connaître, par les songes de Pharaon, l'approche 
de la famine, n'a-t-il pas, dans sa miséricorde, écarté totalement 
la famine? Samuel y répond dans le commentaire sur le verset xli, 
24 (p. 13). xliii, 32, il combat, au nom de la raison (bp3>b« ààn), 
la croyance des anciens Egyptiens qui s'interdisaient la viande, et 
il montre qu'il est permis de tuer les animaux destinés à la nour- 
riture de l'homme (p. 63) *. Quelques personnes — ùip — ont cité 
les paroles de Juda (xliv, 30) : « son âme est attachée à son âme », 
comme preuve à l'appui de la doctrine (platonicienne) qui admet 
qu'à l'origine, l'âme est divisée en deux moitiés, qui s'unissent 
entre elles quand elles se rencontrent. Samuel combat cette opi- 
nion par des arguments exégétiques et philosophiques (p. 79). 
Dans les paroles du verset xlviii, 19, Samuel voit une allusion 
au miracle opéré par Josué, de la tribu d'Ephraïm, en arrêtant le 
soleil. A cette occasion, il réfute les objections faites par quelques 
personnes contre ce miracle — ^ ûnp -ûsn ipi — et, en même 
temps, il repousse les tentatives faites par certains apologistes 
de la Bible pour concilier ce miracle avec les lois de la nature 
(p. 130) 2 . Il y en a qui objectent contre la signification messia- 
nique donnée au mot rsb"»ti) (xlix, 10) le fait que la maison de David 
ne continue pas à fleurir jusqu'à l'arrivée du Messie ; Samuel ré- 
fute cette objection (p. 141). 

W. Bâcher. 

(A suivre.) 



1 II dit qu'il traitera ce sujet dans le commentaire sur Deut., xn, 20. 

2 Contre les uns, il fait valoir la toute-puissance du Créateur, aux autres il ob- 
jecte que le miracle affaibli ne peut plus servir pour accréditer la mission de Josué; 
car, si le signe du prophète — "OD^N Ù'b^ — était conforme aux lois de la nature et 
ne dépassait pas les forces de l'homme, il ne pourrait pas inspirer la conviction qu'on 
veut porter dans les esprits. Sur l'opinion de Samuel ibn Hofni relative aux mira- 
cles, voir l'ouvrage de M. Harkavy, p. 2. 



NOTES ET MÉLANGES 



PETITS PROBLÈMES 

(DEUXIÈME SÉRIE) 
I 

Le texte hébreu du livre d'Esther affirme, dans deux endroits 
différents que le mot nw qui fournit le nom de la fête de Purim 
(D'nnB, uns, ix, 26) est l'équivalent de bniâ, « sort » (anii lis 
Vïfoï?, ibidem, m, 7, ix, 24). Cette affirmation, admise de con- 
fiance pendant de longs siècles, a été révoquée en doute pour la 
première fois, en 1837, par Jos. von Hammer, qui avait émis la 
conjecture que Purim était le Furdian des Perses. Vers le même 
temps, M. Paul de Lagarde avait eu la même idée, qu'il avait trou- 
vée indépendamment de v. H. et qu'il avait appuyée sur un cer- 
tain nombre de preuves. M. de L. est revenu tout récemment à la 
question dans une intéressante monographie. Il rappelle d'abord 
les formes grecques du mot de û"n*B, qui sont, d'une part, ?poupat, 
«ppoupata, avec ?p au commencement; d'autre part, <poupu.oua, «oupSia et 
probablement «poupfiaux. Gela le conduit à des transcriptions amins 
et ktto, qui ont des formes araméennes. Il remarque ensuite qu'il 
serait impossible de prouver, comme on le suppose d'après le texte 
hébreu, que, soit en persan, soit dans une autre langue de ces ré- 
gions, *rii signifie le sort. Gomme l'événement se passe sur le ter- 
ritoire perse, M. de L. est d'avis que Purim doit être la fête perse 
des Froharâa, ifcnrms, c'est-à-dire des Fervers ou âmes des 
hommes pieux de l'antiquité, fête qui se célébrait dans le mois de 
Farvardigan, le premier de l'année perse 1 . Cette interprétation se 

1 Ce résumé est emprunté au compte rendu paru dans le dernier numéro de la 
Revue, 137. Je n'ai pas sous les yeux le Mémoire de M. de Lagarde. 

T. XV, n° 30. 19 



290 HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

heurte à deux difficultés des plus graves. En premier lieu, l'alté- 
ration par les Juifs d'une fête païenne consacrée aux mânes en 
une fôte commémorative de la révocation d'un édit d'extermina- 
tion lancé contre eux, est au plus haut degré improbable. Puis, on 
ne voit nullement la nécessité pour l'auteur d'inventer une étymo- 
logie fantaisiste aussi particulière. Un médiocre connaisseur de 
l'hébreu en aurait trouvé une explication plus vraisemblable, par 
exemple, celle-ci : ^bwn non *iibn b$ &*tib nbxn dwb itnp p b* 
laîi naionn na, etc. (ix, 26). De plus, il semble extraordinaire que 
les traducteurs grecs d'Alexandrie, qui sont de l'époque romaine, 
aient connu la forme plus exacte du nom depuis longtemps altéré 
par les Juifs de la Palestine. Enfin, en admettant môme l'élision 
de *i et ïi, le mot persan jfinïTns ne peut donner en hébreu que 
fa», dont le pluriel doit être d^rtts, à l'instar de trinmunN, 
d^sn-nûriK, de khsathrapân, hhsairân, pluriels pris pour des sin- 
guliers. Enfin, témoin les formes perses que je viens de mention- 
ner, la forme même de janirnB n'a pas pu être connue de l'auteur 
du livre d'Esther. De son temps, on prononçait uniquement Fra- 
vartian ou Fravardian, ce qui eût donné tout au plus orjrmB ou 
trwiB. Ces diverses raisons nous conduisent à chercher dans une 
autre voie. Les transcriptions grecques ne sauraient prétendre à 
la moindre autorité en face de la forme hébraïque. En transcri- 
vant d"mB par coupai ou cppoupaïa, les traducteurs qui faisaient 
d'Haman un Macédonien ont simplement opéré un rapproche- 
ment avec le mot grec <ppoupa, « sentinelle, garde ». Des copistes 
postérieurs, ayant dans la bouche le nom populaire Purim, ont 
corrigé «pdupjwiia, d'où la corruption «poupôoua et <poup8ia. Mais l'origine 
persane écartée, il reste à savoir dans quelle langue le mot *n5 si- 
gnifie sort. Comme l'auteur s'attache à expliquer le nom dune 
fête juive, il n'existe pas une ombre de raison pour chercher ce 
mot en dehors de la langue populaire des Juifs de Palestine, et 
cette langue ne peut guère être autre chose que l'araméen. Si l'on 
objecte que les lexiques araméens ne constatent pas une significa- 
tion pareille pour le vocable rapporté par l'auteur hébreu, la 
réponse n'est pas difficile à donner : l'absence d'un mot dans les 
dialectes postérieurs ne prouve aucunement qu'il n'ait pas existé 
dans la langue antérieure. On sait, du reste, combien notre con- 
naissance de l'araméen ancien est imparfaite. Pourquoi donc ne 
croirait-on pas sur parole un' auteur désintéressé dont l'araméen 
a certainement été la langue maternelle ? 

Il y a plus, la présomption favorable à l'affirmation du livre 
d'Esther est corroborée par un fait linguistique des plus remar- 
quables. Le mot qui désigne ordinairement le sort en araméen et 



NOTES ET MELANGES 291 

en hébreu postérieur, nos, nïb, o^s, ne saurait être séparé du tal- 
mudique nd^, qui signifie, d'après les uns, « motte de terre », d'a- 
près les autres, « fragment de pierre ». Pour le fond, on peut rap- 
procher l'hébreu ancien b-ps, « sort », et l'arabe b"£, bna, « terrain 
pierreux et dur »; pour la dérivation, on pense involontairement 
à la racine dis = yiD, « broyer, séparer, disperser ». D'un autre 
côté, l'idée de fraction et de part réside dans les nombreux sy- 
nonymes de « sort ». Comparez l'hébreu pbn et i-j;?2 et l'éthiopien 
nbçîjn (de bcs, « diviser »). Quelquefois c'est l'idée d'objet petit et 
menu qui s'y fait jour. Ainsi l'hébreu aop, « sortilège », et l'a- 
rabe Frçaoj?, « sort, lot, part » (de ûop, « partager, diviser »), est pa- 
rallèle à laraméen-hébreu Nrop, bôp, « éclat, copeau, fétu ». Plus 
frappant est encore l'araméen Krri?, « sort, lot», comparé à 
l'arabe aan*, « sable fin », formant groupe avec tp*, « fétu, petite 
quantité ». Ces comparaisons suffisent à établir que dans les lan- 
gues sémitiques la conception du sort se rattache à celle de fraction 
et de petits objets du règne végétal ou minéral. Or, l'araméen 
talmudique fait souvent usage du terme «mis, « petite quantité, 
peu», qui vient, sans aucun doute, de la racine *nt), « broyer, 
rendre menu, réduire en miettes », qui a produit le nom \*vrm 
ou nrmD, « petits débris, miettes ». La forme masculine ans est 
employée au sens de « moins ». Qu'y aurait-il d'étonnant que le 
substantif masculin sn*iD, « petite quantité ou fraction », eût éga- 
lement existé dans la langue courante de l'auteur du livre d'Es- 
ther avec la signification si proche de « sort »? Rien n'oblige à 
supposer que la loi sématologique qui domine tant de racines 
analogues sur toute l'étendue des langues sémitiques ait dû se 
trouver en défaut au sujet du mot -ns ; et, puisque l'auteur qui 
l'emploie lui attribue formellement le sens de « sort », le plus 
simple est d'admettre son assertion. 

Un mot pour finir. L'origine araméenne de 112=^5 se montre 
déjà dans la vocalisation, qui a son analogie dans les mots tels que 
Hjm, « fossé », an*, « élan », tn^ip, « froid » (Voyez Duval, Traité 
de grammaire syriaque, p. 212), qui viennent des racines aaa, ït*, 
nip. En hébreu classique, on aurait prononcé *id, de môme qu'on 
dit ai, ù\ n'p. A l'époque où le livre d'Esther fut écrit, les savants 
eux-mêmes maniaient très difficilement la langue ancienne et 
étaient déjà pénétrés du génie araméen. 

Concluons : le nom de la fête de Purim a une origine judéo- 
araméenne. Il signifie « fête des sorts ». Ce sens est fondamental, 
car il explique le trait le plus caractéristique de la fête, l'envoi de 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dons réciproques ou nia», ainsi que des dons gracieux (man») aux 

Indigents. C'est le fruit de l'association si naturelle de bnia et 

T T • 



II 

UN MOT IMPORTANT DANS L'INSCRIPTION PHÉNICIENNE DE TABNIT 



En entendant la lecture du texte phénicien que M. Renan a faite 
à cette académie et à la Société asiatique, le 2 du mois courant, il 
m'est venu une idée qui m'a paru être de nature, non seulement 
à éclaircir le passage difficile signalé par le savant académicien, 
mais aussi à trancher une question chronologique sur laquelle 
l'opinion des historiens est restée très divisée jusqu'à ce jour. J'ai 
fait part de ma conjecture à M. Renan, puis à M. Maspéro, qui a 
bien voulu l'indiquer sommairement dans la dernière séance de 
l'Académie. Je demande maintenant la permission de l'exposer 
devant vous avec les quelques développements qui sont néces- 
saires à l'intelligence du passage phénicien en question. 

Le roi défunt adjure tout le monde de respecter le sarcophage 
qui contient ses dépouilles mortelles et de ne pas troubler son repos 
éternel dans le but d'y chercher des objets d'or et d'argent ou 
d'autres objets de valeur. Il s'exprime ainsi qu'il suit, d'après la 
division des mots généralement adoptée : 

•pK nbn ^ffi» dutt bsi y-in }b™ •*« rps $1$ ■»« a ■jwnn ba 

.T "pan 351D 

Les deux premiers mots sont clairs ; ils signifient : « ne me dé- 
range pas » ; les cinq derniers sont traduits par : « moi seul je suis 
couché dans ce cercueil », ce qui est également assez satisfaisant. 
Les dix mots intermédiaires forment une phrase incidente débu- 
tant par la particule 3, « car » ; puis viennent trois groupes 
de trois mots chacun, où se trouvent deux mots obscurs que 
nous exprimons provisoirement par x et y ; on a ainsi : « il n'y a 
pas de x argent, il n'y a pas de x or, ni aucuns trésors y. » Pour 
déterminer le sens de x, on a eu recours à la phrase analogue de 
l'inscription d'Eschmounazar : ûdïï *p ûU5 ^N D use "p îapni b*o, 
traduite habituellement par : « Et qu'il ne cherche pas auprès de 

1 Article lu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 



NOTES ET MÉLANGES 293 

nous des trésors, car il n'y a pas auprès de nous des trésors », 
et on en a conclu que le ) final de "jbnN [était, ainsi que celui de 
■p, le suffixe possessif de la l re personne du pluriel. Ceci admis, 
on a pensé que le phénicien }hix pourrait bien être identique à 
l'hébreu nabatK, « auprès de nous ». L'invraisemblance de cette 
conjecture est facile à prouver. D'abord, la racine bira est 
commune à la plupart des langues sémitiques, de sorte que le 
changement de i en s en phénicien est absolument inadmis- 
sible. Puis, l'emploi du suffixe pluriel « nous » entre deux termes 
qui se rapportent à la première personne du singulier est peu 
probable. Enfin, dans la particule comparée p, le noûn, loin de 
marquer la l re personne pluriel, contient plutôt le suffixe de la 
3 e personne singulier, 35, et le sens de la phrase précitée est : 
« Et qu'il ne cherche pas en lui (dans le sarcophage) des trésors, 
car il n'y a pas là, en lui, des trésors. » L'adverbe ûï), « là-», met 
hors de doute la nature du suffixe. Comme l'emploi du suffixe 
de la 3 e personne ne cadre nullement avec le contexte de notre 
passage, les chances que le 1 de fb^N soit un suffixe restent bien 
infimes et ne mènent à aucune explication tant soit peu satis- 
faisante. 

La difficulté est bien moindre quand on envisage notre phrase 
en elle-même, sans vouloir lui imposer une conformité minutieuse 
avec celle d'Eschmounazar. L'analogie générale suffit à faire voir 
qu'il s'agit d'objets qu'on s'attendait à trouver dans le sarcophage. 
Comme de raison, les objets d'argent et d'or mentionnés dans 
notre texte, ainsi que les trésors mentionnés dans les deux textes 
en même temps, doivent désigner, non des valeurs brutes, mais 
des objets fabriqués et ayant une destination funéraire, comme des 
figurines et des amulettes ayant pour but de protéger le mort contre 
les attaques des démons infernaux, ou bien encore des pendants 
d'oreilles et des bracelets qui servent à parer le corps. La seconde 
espèce, celle des parures profanes, est visiblement résumée par 
l'expression û273 bs, « toute espèce de trésors. » La première es- 
pèce, celle qui a un caractère sacré, doit aussi avoir son expression 
adéquate dans le terme "pHN, lequel, par sa forme seule, se fait 
déjà connaître comme un mot non phénicien, et, étant donné que 
ni l'égyptien ni les autres langues sémitiques ne possèdent rien de 
pareil, il ne reste qu'à s'adresser à la langue grecque. Or, cette 
langue nous fournit le mot pour figurine que nous avons été amené 
à supposer dans "p-jN, savoir : eîfiw^ov. La transcription est aussi 
exacte que possible, quand on tient compte de ce que l'alphabet phé- 
nicien omet ordinairement d'exprimer les voyelles au milieu du 
mot. L'identification de ces mots me parait donc à peu près certaine. 



294 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le parallélisme de bsja fait voir, en outre, que ibiN est au pluriel, 
naturellement à l'état construit : iiVr». Le sens de l'ensemble ne 
laisse rien à désirer, malgré l'obscurité du dernier mot : « Ne me 
dérange pas, car il n'y a ni idoles d'argent ni idoles d'or, ni aucun 
autre trésor. » Peut être fera-t-on bien de lire le mot suivant 
nu>tt, « de roi », et on obtiendra ainsi un sens très convenable : il 
s'agirait d'objets précieux dont on parait les rois. Mais, quoi qu'il 
en soit de ce dernier terme, dès que l'on reconnaît la vraie nature 
du mot •jVm, la signification de la phrase incidente est aussi claire 
que possible. 

Voilà le problème philologique presque entièrement résolu. Au 
point de vue de l'histoire, ce résultat ne manque pas non plus 
d'une certaine importance. On était tellement habitué à consi- 
dérer la dynastie d'Eschmounazar I er comme contemporaine des 
Achéménides, que l'opinion de M. Clermont- G anneau , d'après 
laquelle la dynastie précitée appartenait à l'époque ptolémaïque, 
m'avait paru, sinon impossible, du moins fort peu probable. L'exis- 
tence du mot grec efôaAov = "jb-rN dans le texte de Tabnit montre 
jusqu'à l'évidence que ce savant et sagace archéologue a deviné 
juste. Les deux inscriptions funéraires de Sidon proviennent des 
membres de la dynastie philhellène qui doit son origine soit à 
Alexandre même, qui fut reçu à Sidon comme un sauveur, soit 
à l'un de ses successeurs immédiats. Il y a lieu d'espérer que 
M. Clermont-Ganneau consacrera bientôt une étude spéciale et 
approfondie à cette intéressante dynastie qu'il a été le premier à 
fixer chronologiquement et dont il a indiqué le classement som- 
maire dans plusieurs de ses écrits. Depuis la mort de Tennès et la 
destruction de Sidon par Artaxerxès Ochus jusqu'à l'extinction 
de la dynastie nationale, l'histoire a enregistré plusieurs noms 
dont nous ignorons l'ordre de succession et l'époque exacte; 
M. Clermont-Ganneau, j'en suis sûr à l'avance, y apportera la 
lumière qui nous manque encore. Chose curieuse, la découverte 
du nouveau texte a donné lieu à un nouveau point d'interroga- 
tion. Je me demande si le Tabnit du récent monument est réelle- 
ment le fils d'Eschmounazar I er , ou bien s'il n'est pas plutôt le 
fils et successeur d'Eschmounazar II, qui aurait porté le nom de 
son grand-père. De cette sorte, la série documentée de la dernière 
dynastie sidonienne serait : Eschmounazar I er , Tabnit I er , Eschmou- 
nazar II, Tabnit IL Aucune difficulté sérieuse ne me paraît s'op- 
poser à cette manière de voir. J'ai exposé ailleurs pourquoi, con- 
trairement à l'idée émise par plusieurs interprètes, je crois que 
Eschmounazar a exercé un gouvernement effectif pendant 14 ans, 
et qu'il n'a * associé sa mère qu'à l'entreprise relative aux cons- 



NOTES ET MÉLANGES 205 

tructions dos temples, honneur qui lui était dû grâce à sa qualité 
de prêtresse d'Astarté. Rien n'indique non plus, suivant moi, 
qu'Eschmounazar II soit mort sans héritier, ainsi que quelques- 
uns ont cru pouvoir l'affirmer. Il se peut donc que l'habitant 
du nouveau sarcophage ait été, comme je viens de le dire, non 
le père, mais le fils d'Eschmounazar II. Étant prêtre d'Astarté, 
Tabnit II a pu se contenter d'administrer les temples construits 
par son père, sans en fonder de nouveaux. A plus forte raison 
a-t-il dû s'abstenir de tout rôle politique qui eût pu offusquer 
son puissant suzerain d'Egypte. On comprend ainsi que notre 
inscription n'attribue à Tabnit aucun acte remarquable. L'ins- 
cription elle-même, par sa brièveté extraordinaire comme par sa 
tenue négligée, semble annoncer l'agonie de la langue phénicienne 
à la cour de Sidon. Enfin, la présence indubitable d'un mot grec 
dans le texte de Tabnit pourrait aussi constituer un indice en 
faveur de sa modernité relativement à l'inscription d'Eschmou- 
nazar II. Mais n'insistons pas, quel que soit le résultat final de 
l'enquête que je réclame, elle ne laisse pas de mériter l'attention 
des historiens l . 

J. Halévy. 



TROIS INSCRIPTIONS HÉBRAÏQUES DE MANTES 



En fouillant le sol pour les fondations d'une maison, à Mantes, 
M. Grave, pharmacien 3 , a découvert trois très grandes dalles en 
pierre, couvertes d'inscriptions hébraïques, ainsi conçues : 



N°l 



'nm nia» û 



p riaxE rw 
'b '3ttJ û^n 



1 Je profite de l'occasion pour exprimer mes plus vifs remerciements à l'éminent 
directeur du Musée Impérial ottomau de Tschinili Kicusk, O. Hamdy-Bcy, de l'a- 
mabilité extraordinaire avec laquelle il m'a facilité l'étude des monuments confiés à 
sa parde. Artiste exquis et patriote éclairé, llamdy-Bey a su créer, dans le court 
espace de quatre ans, deux merveilles des plus admirables, l'Ecole des beaux-arts et 
le Musée. Grâce à son zèle et à ea science, ces deux institutions n'auront bientôt rien 
i envier d leurs aînées de l'Europe. 

■ Communication faite à l'Institut (Académie des Inscriptions), le 14 octobre 1887. 

8 Comme 6on confrère, M. Lacroix, à Màcon, Voir lievue, t. V, p. 104. 



296 REVUE DKS ÉTUDES JUIVKS 

a Ceci est la stèle du tombeau de Ioet(e), fille de Maître Hayim, 
femme de maître Hayim, qui est allée au Paradis le mardi de la sec- 
tion wayaqhel. » 

La pierre, cassée au milieu, rupture figurée ici par le trait ver- 
tical, a une largeur totale de 1 mètre 98 centimètres, et la hauteur 
des trois lignes du texte est de 68 à 70 cm., sur une épaisseur 
de 12 à 14 cm. ; les lettres ont une hauteur de près de 12 cm. 
Malheureusement, quoique la pierre ne paraisse pas défectueuse, 
il manque l'année à la suite du quantième, et l'on peut seulement, 
par comparaison avec les documents similaires, l'attribuer au 
xiii siècle. 



N°2. 



•p mai* 'n 
pb nas:to 
a haï» in 
a 



nsb 



« Ceci est la stèle de maître Obadia, fils du maître Elie, qui est allé 
au Paradis, le lundi de la section wayhi, l'an IX du comput (sous- 
entendu petit, = 5009). » 

La lecture hebdomadaire sabbatique wayhi correspond au 
16 tébet, soit le mardi 11 tébet = 28 décembre 1248. 

Cette pierre, également fendue au milieu, est un peu plus fine 
que la première ; elle n'a que 1 m. 75 cm. en largeur totale ; la 
hauteur de l'ensemble est de 75 cm., et les lettres n'ont que 8 cm. 
de haut. La gravure en est très soignée. 



N°3. 



barrr '-dît 
(])ab ntasato 
M nitt ni 
an 



na2£?3 nNT 

Db 



« Ceci est la stèle de maître Iehiel Menahem Halévi, qui est allé au 
Paradis, le mercredi de la section de schemot, l'an LUI du comput. » 

Le sabbat de schemot 5053 correspondait au 23 tébet, soit, pour 
la date indiquée ici, 20 tébet = 31 décembre 1292. 

La dernière lettre de la 2" ligne a été cassée; c'est la finale *j, ai- 
sée à reconstituer par le texte n° 2. 



NOTES ET MÉLANGES . 297 

La pierre, fendue au milieu, comme les deux précédentes, a une 
largeur de 1 m. 50 cm., sur une hauteur de "75 cm. 

Si la première stèle a le défaut d'être datée imparfaitement, elle 
offre, par contre, un nom nouveau dans l'onomastique juive et 
dans l'histoire littéraire de la France au moyen âge : celui de 
la défunte, qui constitue le dernier mot de la ligne 1 : (n)E3NY*, 
qu'il faut lire Ioete, nom qui ne se trouve ni dans le Dictionnaire 
historique de l'ancien langage français, de Lacurne de Sainte- 
Palaye, ni dans l'œuvre analogue de son successeur contempo- 
rain, M. Fréd. Godefroy. La dernière lettre de ce mot, sans doute 
un n, a disparu par la cassure de la pierre. 

D'après le Livre de la taille de Paris pour l'an 1292, publié en 
1837, d'après un ms. des Archives nationales ', on a pu reconsti- 
tuer une longue série de noms propres pour cette époque ; or parmi 
eux, à côté de noms de femme tels que Bele-Assez, Bone, Belete, 
etc., on trouve deux fois le nom de Joie : 1° Joie la farinière, 
veuve ; 2° Joie, femme Vivant Garo. Cette dernière porte précisé- 
ment le nom de la défunte qui figure sur notre stèle n° 1, si l'on 
observe que le mot Hayim a pour équivalent français le nom Vi- 
vant, et que l'on suppose que le mot Joie a dû avoir pour dimi- 
nutif Joete, comme Belete est le diminutif de Bêle 2 . Le nom de 
Joie écrit naoNT, comme on le retrouve sur une inscription hé- 
braïque du musée municipal Carnavalet à Paris 3 et sur une autre 
à Mâcon 4 , paraît être en quelque sorte le féminin de Joiant ou 
Ioant, donné par M. Godefroy comme un synonyme de Joconde. 
D'autre part, comme la femme Vivant a payé encore l'impôt, à 
Paris, en 1296, c'est vers la fin du xnr 3 siècle qu'elle a dû émigrer 
de Paris à Mantes, où elle est décédée. 

L'ensemble peut servir de complément au travail de M. de Long- 
périer sur ce point, dont la grande stèle carrée de Limay forme le 
sujet capital. 11 a restitué à ce texte sa véritable date 17 mars 1243 
(non 1101, comme des historiens de l'arrondissement de Mantes 
l'avaient supposé à tort jusque-là). Enjoignant à celle-ci les trois 
stèles qui viennent d'être découvertes et la pierre similaire trou- 



1 Voir l'art, de M. Isid. Loeb, Rôle des Juifs de Paris en 4296-7, Revue, 1880, t. I, 
pp. 61-71. 

8 Toutefois, M. Arsène Darmesteter, à qui nous avons soumis notre lecture, ne 
partage pas notre avis en ce qui concerne le mot Ï3NT ; au li eu de la dernière lettre 
de ce mot que nous lisons a, il propose les deux lettres îl» ce qui donnerait le mot 
(N)"nNV, ayant un sens fort plausible, celui de Joyeuse. 

* Elle forme le n° V dans la série publiée par feu de Longpérier dans Journal des 
savants, 1874, p. 653 ; édition des œuvres de Longpérier, par M. Schluraberger. 
X, VI, p. 112. 

♦ Voir Jsid. Loeb, Revue, t. V, p, 106, 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

▼ée également à Limay il y a bientôt vingt ans, et conservée 
maintenant au Musée des Antiquités de Saint-Germain », on a. des 
textes formels relatifs à la présence des Juifs dans ce canton aux 
xin" et xrv° siècles, corroborée par la mention d'une scola des 
Juifs et d'une rue de la Juiverie sur un vieux plan de Mantes, pu- 
blié par M. Grave, dans sa Chronique de Mantes (1883, in-8°, 
pp. 221 et 262-3). 

Parlant de la pierre de Limay (qui mesure 1 m. 75 c. de lon- 
gueur), M. de Longpérier dit que « ses dimensions sont extraor- 
dinaires ». Qu'aurait-il dit à la vue dos pierres de Mantes, dont le 
n° 1 a près de deux mètres ! Il avait déploré la dégradation de la 
même pierre de Limay, « en sorte, disait-il, que la surface ex- 
foliée ne laisse plus, en divers en droits, apercevoir que des traces 
de caractères ». Nous devons rassurer les amateurs de ces monu- 
ments et dire que la pierre a été restaurée il y a un an et demi ; à 
peine quelques lettres d'un mot de la deuxième ligne manquent- 
elles dans le texte, heureusement publié en entier par cet archéo- 
logue. Finalement, le vœu littéraire formulé à ce propos par M. de 
Longpérier 2 , de publier un tableau des sections hebdomadaires de 
la Bible en concordance avec les quantièmes mensuels, a été réa- 
lisé par M. Isid. Loeb 3 , en 1886 4 : ce qui a permis de déterminer 
la date des trois stèles en question ici. 

Moïse Schwab. 



EXPULSION DES JUIFS DE SALINS ET BRACON 

EN 1374 



Voici une pièce assez curieuse, elle se trouve aux archives du 
département du Doubs, et est cotée B 404. C'est un acte daté de 
Salins, 24 septembre 1374, par lequel les recteurs des églises de 
Salins demandent à dame Marguerite, fille du feu roi de France, 
comtesse de Flandres, d'Artois et de Bourgogne, seigneur de Sa- 

* Revue, 1884, t. VIII, p. 138. 

2 Edition de ses œuvres, iè. p. 129. 

8 Voir son article Revue, t. VI, p. 250-267. 

4 Tables du calendrier juif. 



iNOTES ET MELANGES 299 

lins, d'expulser de Salins et du bourg de Bracon les Juifs qui y 
demeurent. Quel crime ont-ils commis ? Absolument aucun, que 
l'on sache, seulement leur contact est « fétide et immonde », et il 
faut bien purger la société chrétienne de la présence de ces Juifs 
« vils et perfides » (perfide s'applique à leur religion), afin qu'elle 
ne soit pas « souillée par leur séjour et leur fréquentation ». Ce» 
bons curés et prieurs (ils sont de leur temps) ont. fait cela proba- 
blement pour prouver à la postérité que les Juifs insultaient les 
chrétiens, mais que les chrétiens les traitaient toujours avec une 
exquise urbanité ; que les Juifs sont exclusifs et intolérants, tan- 
dis que les Ariens ! . . . Ce qui est intéressant, c'est la récompense 
offerte à la comtesse : cinq messes dans telle église, quatre messes 
dans telle autre, du vivant de la comtesse ; messe perpétuelle, en- 
suite, à l'anniversaire de sa mort. Le tout soigneusement compté 
et stipulé et revêtu des sceaux des signataires. La comtesse ac- 
cueillit le vœu qui lui était adressé. Voici le texte de la pièce : 

Per has litteras cunctis tam presentibus quam futuris innotescat 
quod nos rectores singularum ecclesiarum de Salino, videlicet pre- 
positus et capitulum ecclesie beati Anatholii, capitulum sancti Mi- 
chaelis, capitulum sancti Mauricii, curatus ecclesie sancti Anatholii 
predicti, curatus béate Marie semper virginis, curatus beati Iohannis, 
curatus sancti Mauricii, prior prioratus béate Marie Magdalene, prior 
sancti Nicholay et conventus Fratrum minorum de Salino, ac ma- 
gister hospitalis sub Bracone, omnes insimul et singuli nostrum, 
acerbiori cémentes mesticia omnem cetum xpristianum ville seu 
burgorum de Salino vilissimorum et perfidissimorum Iudeorum 
more et conversationis contagione pollutum, qui, utinam tam lon- 
gevis temporibus in societate et consortio antedicti cetus xpistiani 
de Salino moram seu domicilia non fovissent, ut prodolor numera- 
bilia peccata que per ipsorum Iudeorum cum xpristianis mansionem 
et conversationem mutuas perpétra ta fuisse et cothidie perpetrari a 
hdelibus xpristianis piis et lacrimosis audiuntur singultibus, non. 
modo facta, sed nec eciam excogitata tam nephando putamine cons- 
titissent, sanctissimo fidei nostre xpistiane zelo prout tenemur ac- 
censi, post multe acerbitatis mentium nostrarum et singulorum 
nostrorum pressuram,ad serenissimam et xpistianissimam dominam 
nostram dominam Margueritam, Régis quondam Francorum filiam, 
comitissam Flandrie, Arthesii et Burgundie, palatinamque ac do- 
minam de Salinis, oculorum nostrorum et singulorum nostrorum 
aciebus, lacessitis vocibus, tanquam ad nostrum in hoc verum et 
solum solamen, fiducius adcurentes, ad ipsius domine gratiam, quam 
a multis expertam temporibus piissimam novimus, pro parte omnium 
et singulorum, preces nostras humilimas duximus porrigendas, qua- 
tinus dignaretur de villa sua de Salino ac de burgo suo castri sui de 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Bracone et eorum fiaibus omnes et singulos Iudeos et Iudeas totaliter 
et sine quacunque revocatione expellere. Eidem domine nos omnes 
et singuli supradicti, pura et liberalissima voluntate nostra, pro 
nobis et successoribus nostris, ipsos ad hoc inquantum possumus 
obligando, promictentes quod hoc casu nos omnes et singuli nostrum 
in ecclesia sua, pro ipsius domine nostre anime remedio et salute, 
perpetuis infallibiliter temporibus, semel in anno celebrabimus 
unum anniversarium sollenne, modo et tempore inferius declaratis, 
videlicet quamdiu ipsà domina nostra vitam in humanis duxe- 
rit, nos prepositus et capitulum sancti Anatholii, capitulum beati 
Michaelis, capitulum beati Mauricii et curatus beati Anatholii pre- 
dicti, quatuor missas sollennes de Spiritu sancto celebrabimus 
prima die sabbati Adventus Domini. Item nos curatus béate Marie 
semper virginis, curatus beati ïohannis, curatus sancti Mauricii, 
prior prioratus béate Marie Magdalene, et prior prioratus sancti 
Nicholay, eadem die sabbati, quinque missas sollennes de Domina 
nostra beata semper virgine celebrabimus. Item et nos Fratres mi- 
nores et magister hospitalis sub Bracone, eadem die sabbati, duas 
missas solennes de Angelis celebrabimus, singuli scilicet et quilibet 
nostrum omnium supradictorum missam suam, ut supra tangitur, 
dévote in ecclesia sua solenniter celebrando. Post obitum vero dicte 
domine nostre, quilibet et singuli nostrum omnium in ecclesia sua, 
prout superius inserimur, die sui obitus, perpetuo missam de Re- 
quiem dévote celebrabimus sollenniter pro eadem. Hinc est quod 
antedicta serenissima et xpistianissima domina comitissa, multo 
plus nobis in huiusmodi sancto proposito, de expurganda sancta 
xpistiana concione ville de Salinis et burgi castri sui predicti de 
Bracone a tam fetido et immundo Iudeorum consortio, ferventius 
animata, bene ponderans et advertens ad dicta anniversaria que pro 
salute anime sue ut supra dictum est promisimus celebranda ; sed 
et magis eciam serenissime mentis sue conceptibus, cupiens a fide 
et lege xpistiana, quas totalibus diligit et amplectitur visceribus, 
omnem Iudaicam perfidiam et aliam immundiciam procul expellere, 
in hiis exaudivit nutu gratissimo preces nostras, ipsos Iudeos 
omnes et singulos et singulas Iudeas ab antedictis villa et burgo 
suis pro nunc et imperpetuum pro se et heredibus suis irrevocabi- 
liter expellendo, prout hoc fide constat plenaria per ipsius domine 
litteras magni sui sigilli robore munitas nobisque manu sua propria 
traditas et concessas. Et propterea, nos omnes et singuli rectores et 
alii predicti, videntes et diligencius attendentes antedictum propo- 
situm nostrum de pellendis ipsis Iudeis tam graciose et cum tam 
grato et céleri effectu per dictam dominam nostram nobis eus dictis 
litteris suis graciosis super hoc concessum, eidem domine nostre 
comitisse nos omnes predicti et singuli, prout supra seriatim et 
sigillatim nominamur, promittimus et juramus, videlicet quilibet 
nostrum nomine ecclesie sue, nos et ecclësiam suam quilibet ad hoc, 
Ut potest, strictius ofcligando, antedicta anniversaria seu missas gol- 



NOTES ET MÉLANGES 301 

lennes, prout supra tactum et declaratum est, pro salute et remedio 
anime antedicte domine nostre affaturis amodo et perpetuis tempo- 
ribus, quilibet in dicta ecclesia sua, ut poterimus, devocius cele- 
brare, sine interruptione, dimissione seu infractione quacunque, Re- 
verendissimum in Xpristo patrem et dominum nostrum dominum 
arcbiepiscopum Bisuntinensem, ut carius possumus, deprecantes 
quat[inus] nobis omnibus et singulis, in tam sancto et honesto pro 
fide et lege xpistianis proposito, favorabiliter et cum effectu annuat, 
has nostras patentes litteras ad firmiorem eorum efïectum decreto et 
auctoritate suis confirmando. Quibus nostris patentibus et présen- 
tions litteris, ut perpétue fîrmitatis robur obtineant, nos omnes et 
singuli predicti nostra et singularum ecclesiarum nostrarum sigilla 
duximum apponenda. Datum apud Salinum die vicesima sexta 
septembris anno Domini millesimo trecentesimo septuagesimo 
quarto. 

Isidore Loeb. 



BIBLIOGRAPHIE 



Ernest Renan. Histoire du peuple d'Israël, tome I er , Paris, G. Lévy, 1887. 



Le premier volume de V Histoire du peuple d'Israël de M. Renan n'a 
pas déçu l'attente des amis de la belle littérature. Jamais l'admi- 
rable écrivain, auquel nous devons tant de pages charmantes, ne 
s'est montré plus pleinement maitre de toutes les ressources de 
notre langue, jamais sujet, sauf la Vie de Jésus, ne lui a permis de 
déployer plus librement les dons si divers d'artiste et de poète qui, 
dans cette nature privilégiée, font presque oublier le savant et le 
penseur. On retrouve ici M. Renan tout entier, — avec ses défauts, 
sans doute, c'est-à-dire l'abus de l'ironie inutile dans la pensée et 
de l'anachronisme inutile dans l'expression, çà et là des traits que 
réprouverait un goût sévère, et des boutades qui ressemblent à des 
gageures 1 — mais aussi avec ses qualités, toujours jeunes, de sou- 
plesse, de verve, de lumière, avec sa profondeur sans pédantisme 
et sa grâce sans afféterie, par-dessus tout, avec ce je ne sais quoi 
« de léger et d'ailé », qui fait involontairement songer à Platon. On 
peut ne pas ouvrir Y Histoire d'Israël, mais, une fois ouverte, je défie 
quiconque de la fermer sans l'avoir lue jusqu'au bout. On est parfois 
agacé ou choqué, plus souvent ému, — entraîné et séduit presque 
toujours. Et que de pages laissent dans la mémoire une empreinte 
ineffaçable, depuis ces premiers chapitres où l'existence des nomades 
du désert syrien ressuscite dans la fraîcheur d'une idylle peinte 
d'après nature, jusqu'aux portraits si vivants de Saùl, de David et 

1 Je me contente de signaler les pages 4 (vices de l'humanité primitive), 354 
(« l'histoire du monde, c'est l'histoire de Troppmann »), 379 (le « monôme des pro- 
phètes »), etc. 



BIBLIOGRAPHIE 303 

de leurs rudes compagnons, — depuis cette vision presque trou- 
blante du massif du Sinaï, jusqu'au parallèle, en somme, aussi juste 
qu'éloquent, entre la langue grecque « luth à sept cordes, qui sait 
vibrer à l'unisson de tout ce qui est humain », et l'hébreu « carquois 
de flèches d'acier, câble aux torsions puissantes, trombone d'airain 
brisant l'air avec deux ou trois notes aiguës! » Le secret du style 
de M. Renan paraît être dans l'alliance d'un vocabulaire romantique 
par la force, la richesse et le coloris, avec un tour de phrase clas- 
sique, c'est-à-dire noble, simple et français. Quelle bonne for- 
tune qu'un pareil livre dans un siècle où l'érudition met sa coquet- 
terie à tourner le dos à la littérature, pendant que la littérature 
met la sienne à s'affubler d'un jargon scientifique ou naturaliste! 

Mais il est temps de nous dérober à la séduction de ce grand 
charmeur et de nous demander de sang-froid ce que ce volume 
nous apporte de nouveau sur la période la plus ancienne et la plus 
obscure de l'histoire d'Israël, celle qui s'étend depuis les origines 
jusqu'à l'avènernent de David. 



II 



L'histoire d'Israël avant la conquête de la terre de Canaan n'occupe 
que vingt pages dans la Oeschichte des Volkes Israël de M. Stade. Elle 
en occupe deux cents chez M. Renan ; mais ces longs développements 
ne doivent pas faire illusion sur la quantité de renseignements vé- 
ritablement historiques que nous possédons pour cette période. En 
réalité, quiconque admet avec nos deux écrivains le caractère aga- 
dique et la rédaction tardive du Pentateuque devrait résumer toute 
cette partie de l'histoire d'Israël en quelques lignes. 

Les peuples nomades n'ont pas d'histoire écrite, ils ne conservent 
même guère de souvenirs historiques proprement dits ; ceux-ci ont 
besoin pour se fixer, à défaut d'écriture, d'une attache matérielle 
quelconque, d'un centre de cristallisation. Aussi, le peu qu'il est 
possible de savoir des voyages et des mœurs des nomades, il faut le 
demander à leur poésie populaire et aux mentions occasionnelles 
que font d'eux les annales des peuples sédentaires et civilisés. Or 
les Béni Israël, à l'état nomade, n'ont probablement pas eu de poésie 
développée; en tout cas, il semble qu'aucun fragment considérable 
de ces « petits divans » que suppose M. Renan (p. 23) ne se soit 
conservé ; d'autre part on n'a pas encore trouvé de mention certaine 
de ces tribus dans les annales des deux seuls empires qu'elles aient 
pu frôler, l'Egypte et la Ghaldée. Gomment donc espérer reconstituer 
leur histoire ? 

M. Renan ne veut pas se résigner à cet aveu d'ignorance. Il traite 
même assez durement les « critiques à l'esprit borné », « les esprits 
étroits à la française qui n'admettent pas qu'on fasse l'histoire de 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

temps sur lesquels ou n'a pas à raconter une série de faits matériels 
certains » (p. xm). Pour ne pas tomber dans ce travers, il nous 
présente d'Israël à l'état nomade une description puisée à cinq 
sources : 1° les peintures égyptiennes de Béni-Hassan ; 2° le livre de 
la Genèse ; 3° le livre de Job ; 4° le Khitab el Aghani (recueil de 
poésies arabes anté-islamiques) ; 5° les observations personnelles de 
l'auteur chez les Bédouins du désert de Syrie. On verra plus loin ce 
qu'il faut penser du tableau de mœurs composé à l'aide de ces do- 
cuments; pour le moment, je m'en tiens à la trame matérielle, au 
récit des pérégrinations d'Israël et de la formation du peuple 
israélite. 

Le point de départ de M. Renan est le nom des Hébreux ; il y voit 
les « gens d'au-delà », c'est-à-dire « ceux qui ont passé l'Euphrate » 
(p. 91). Les Sémites nomades du groupe hébraïque ont fait des 
séjours répétés dans le Paddan-Aram, la province de la Haute- 
Mésopotamie où se trouvent Harran, Sarug et Edesse. C'est là qu'ils 
ont lié connaissance avec les mythes babyloniens et notamment 
avec « la légende du fabuleux Orham, roi d'Ur, que les gens du 
Paddan-Aram appelaient Ab-Orham, Abraham », et qui serait le 
Pater Or charnus d'Ovide (p. 75). Parmi les tribus qui se ratta- 
chaient à ce mythique personnage, celle d'Israël ou de Jacobel (ce 
nom se lit sur les pylônes de Karnak) représente un c groupement 
puritain » qui avait ses campements en Palestine ! : t Bethel était 
leur sanctuaire de prédilection » (p. 108). « Sichem parait avoir 
été un des points où ils revenaient le plus souvent » (p. 113). Ces 
tribus, qui vivaient dans les meilleurs termes avec les Hittites 
d'Hébron ', furent attirées un peu plus tard en Egypte e par les 
Hittites égyptianisés de Memphis et de San » (p. 138). Ensuite 
les Égyptiens reconquièrent leur pays et tyrannisent les Beni- 
Israël; ceux-ci s'échappent dans la péninsule sinaïtique, où M. Re- 
nan les suit pas à pas, d'après le « journal du désert » (p. 165). 
Mais « le voyage d'Israël au désert fut une traversée, non un 
séjour » (p. 171). Combien de temps dura-t-il? « Nous suppose- 
rions volontiers un an ou dix-huit mois » (p. 207). 

J'ai tenu à mettre les passages principaux sous les yeux du lec- 
teur, pour faire voir à quels dangers on s'expose quand on veut en 
savoir aussi long sur des époques absolument soustraites à l'inves- 
tigation historique. M. Renan, dans ces deux cents pages, ne pré- 
sente que des hypothèses ; il le reconnaît de bonne grâce, et, si son 
éditeur l'avait écouté, on aurait imprimé tout cela avec des encres 
de différentes nuances, « marquant les divers degrés de probabilité, 
de plausibilité, de possibilité » (p. 15). Il y a donc hypothèse et 



1 < Rome fut dans le Latium une sorte d'asile de sélection. La tribu des Beni- 
Israël paraît avoir été quelque chose d'analogue au sein des tribus hébraïques » 
(p. 109). 

2 L'existence d'Hittites à Hébron est plus que douteuse. 



BIBLIOGRAPHIE , 305 

hypothèse ; parmi toutes celles de M. Renan, combien y en a-t-il, 
pour parler le langage de l'auteur, qui puissent prétendre à la 
« probabilité » ou à la « plausibilité » ? Bien peu, je le crains ; il en est 
bon nombre, au contraire, qui répugnent, sinon à la « possibilité », 
du moins à la vraisemblance et qui retardent notablement sur l'état 
actuel de la science. La faute n'en est certes pas aux études de l'au- 
teur, elle ne l'est pas davantage à son manque de sagacité ; elle est 
tout entière, osons le dire, dans un défaut de méthode, dans un 
parti-pris insuffisant. M. Renan n'a voulu être ni un naïf qui croit 
aveuglément aux récits bibliques, ni un critique impitoyable qui 
prononce le Non liquet quand il le faut ; il est un constructeur sys- 
tématique, qui prend aux vieilles légendes ce qui lui convient pour 
les faire cadrer avec un idéal préconçu qu'il s'est tracé de l'histoire 
israélite. Pour M. Renan, en effet, cette histoire est le développe- 
ment du thème suivant: l'Hébreu nomade élait déjà en possession 
du monothéisme pur, qui, obscurci pendant les premiers siècles de 
l'existence sédentaire par le « iahvéisme matérialiste », sera restauré 
par les grands prophètes. Voilà la conception qui domine et explique 
tout l'échafaudage historique. On verra tout à l'heure qu'il n'en est 
pas de plus insoutenable ; ici, nous voyons d'avance, en quelque 
sorte, la réfutation de la thèse par les conséquences, car c'est cette 
idée à priori qui a suggéré à M. Renan toutes ces suppositions de 
détail où il paraît, par moments, perdre de vue les résultats les plus 
certains de l'exégèse moderne. Par exemple, il est probable que le 
nom d'Hébreux signifie gens d'au-delà le Jourdain, et non d'au- 
delà l'Euphrate ; d'autre part, la critique ne peut attribuer de va- 
leur sérieuse aux traditions contradictoires de la Bible sur l'origine 
d'Abraham, et surtout aux analogies trompeuses entre Abraham, le 
roi Orkhammou des cylindres assyriens (M. Renan avoué lui-même 
que la lecture est incertaine ! ) et le Pater Orchamus d'Ovide. Si 
néanmoins M. Renan s'est complu dans une étymologie invraisem- 
blable et dans des rapprochements factices, c'est qu'il fallait que le 
monothéisme ancien des Hébreux trouvât un point d'appui extérieur, 
il fallait que « l'Elohiste ancien », que suppose M. Renan, ait pu con- 
naître les mythes chaldéens sur l'origine des choses, avant la cap- 
tivité de Babylone ! De là le « crochet » dans le Paddan Aram. De 
même, les légendes qui rattachent le nom des patriarches à des loca- 
lités déterminées de la Palestine ont sans doute pour origine le désir 
de légitimer la conquête israélite de Canaan, absolument comme 
les Doriens, arrivant dans le Péloponèse, prétendaient ou s'imagi- 
naient retrouver partout des traces de leur héros national, Héraclès, 
et, de la conquête des Héraclides, ont fait le « retour des Héraclides ». 
Dans bien des cas, une légende locale, qui avait pour héros un demi- 
dieu cananéen quelconque, aura été tout simplement transférée sur 
le compte des ancêtres mythiques d'Israël ; peut-être même les noms 
de ces ancêtres mythiques sont-ils ceux de héros éponymes cana- 
néens confisqués, annexés par Israël, et non pas de personnages fai- 

T. XV, N° 30. 20 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

saut partie du bagage primitif des tribus nomades l . Quant à voir 
dans les anciens Israélites un groupe de puritains, une « élite 
comme les anciens Romains » (je croyais que les Romains eux- 
inèines se donnaient pour un rebut et non pour une élite), c'est en- 
core une conception qui devance les temps de dix siècles. 

Si le séjour ancien des Hébreux dans le Paddan Aram et en Pales- 
tine a peu de titres à figurer dans l'histoire, si leur séjour en Egypte 
est lui-même assez problématique, en revanche, on ne peut sous- 
crire à l'opinion qui réduit leur passage dans la presqu'île sinaïtique 
à une durée aussi insignifiante que le croit M. Renan. Gomment 
veut-on qu'en « un an ou dix-huit mois », — un instant dans la vie 
d'un peuple nomade — le Sinaï ait pu prendre dans la conscience 
nationale la place que nous lui voyons occuper plus tard '? Pour que 
le Sinaï soit devenu l'Olympe israélite, il faut que pendaut de longues 
années, pendant des siècles peut-être, les enfants d'Israël aient vu sa 
masse se dresser au fond de leur horizon comme le noir piédestal 
du dieu qui parle le tonnerre. Comment M. Renan a-t-il pu ainsi 
fermer les yeux à l'évidence ? Et comment, d'autre part, a-t-il pu 
s'imposer, après tant d'autres, la vaine tâche de reconstituer l'itiné- 
raire des Hébreux dans le désert? Si le journal du désert, ou plu- 
tôt les journaux du désert, ne reproduisent pas tout simplement les 
routes ordinaires des caravanes à l'époque où nos textes furent 
rédigés, ce sont des constructions arbitraires, qui ont leur place 
dans l'histoire littéraire, mais non dans l'histoire politique. 

Avec l'apparition des Israélites sur la rive gauche du Jourdain, 
nous touchons enfin terre et l'histoire sérieuse commence. La cri- 
tique moderne n'a presque rien laissé subsister du livre de Josué, 
elle a reconnu l'arrangement artificiel et les sutures nombreuses du 
livre des Juges ; après ces sacrifices, il reste un petit noyau de faits, 
îlots émergeant du déluge d'oubli qui a englouti les traditions 
épiques des tribus israélites, et les exploits, plus nombreux encore, 
morts-nés faute d'avoir trouvé d'aède populaire : carent quia vate 
sacro. Ce qui subsiste de cette atlantide suffit néanmoins pour en 
déterminer les contours généraux. Aussi l'accord est- il peu près 
unanime sur la manière dont se fit L'occupation de Canaan par les 
Hébreux, occupatiou lente, fragmentaire, tantôt pacifique, tantôt 
violente, mais à laquelle ne présida aucun plan d'ensemble et qui 
eut plutôt le caractère d'une absorption graduelle et incomplète que 
d'une conquête véritable, à plus forte raison d'une extermination de 

1 Quand je vois les noms de Jacob el et de Joseph el figurer sur les listes des 
peuples vaincus en Palestine par Touthmosis III, c'est-à-dire à une époque où les 
Hébreux erraient probablement dans le désert, je me demande si ces noms n'ont pas 
désigné des confédérations cananéennes pré-hébraïques avant d'être usurpés par leurs 
conquérants hébreux. L'assimilation factice d'Israël et de Jacob pourrait venir à 
l'appui de cette conjecture ; le patriarche légendaire des Israélites a fusionne' avec 
le patriarche légendaire des Cananéens, comme l'Héraclès dorien avec l'Alcée, 
« l'homme fort » achéen. 



BIBLIOGRAPHIE 307 

la population indigène. Dans cette migration de plusieurs siècles, 
chaque clan, chaque tribu dut agir en général pour son compte ; les 
rapprochements partiels entre les divers groupes furent d'abord stric- 
tement limités à la durée d'une campagne offensive ou défensive. 
Une fois la conquête accomplie, le tassement s'opéra. Peu à peu cer- 
tains clans plus puissants et plus vivaces absorbèrent leurs voisins, 
des tribus entières disparurent, au moins comme unités politiques 
constituées (Siméon, Lévi) ; la nécessité de résister à des ennemis 
communs, nomades du désert ou Cananéens sédentaires, provoqua 
la formation, d'abord de coalitions étendues mais temporaires (Dé- 
bora), puis de royautés locales (Gédéon) ; enfin le combat de vie et 
de mort contre les Philistins, qui furent à un certain moment les 
maîtres de tout le pays jusqu'au Jourdain, eut pour conséquence 
directe l'union de toutes les tribus sous un roi benjaminite, Saûl. 
Cependant cette première dynastie, malgré de grands services, 
échoua dans sa tâche ; il était réservé à la royauté judaïte de David 
d'achever la délivrance du peuple Israélite, de lui donner un centre 
politique et par là de constituer définitivement son unité. 

Telles sont les grandes lignes du tableau que M. Renan a retracé 
dans les deux cent cinquante dernières pages de son volume. Le 
récit est vivant ; les traductions de la Bible souvent admirables ; 
pourtant je ne puis m'empêcher d'exprimer deux regrets. D'abord 
M. Renan, sans descendre dans le minutieux épluchage de textes qui 
eût effrayé le lecteur français, aurait dû insister un peu plus sur la 
genèse politique d'Israël. A le lire, on croirait parfois qu'Israël s'est 
a divisé » en tribus comme un tronc se divise en rameaux : il est 
bien plus vraisemblable qu'Israël a été, au contraire, formé par la 
confédération tardive de divers clans dont les plus importants sont 
devenus les futures tribus ; le nom même d'Israël ne fut peut-être 
adopté comme une étiquette générale qu'après la conquête *. 

Le second point où l'on aurait désiré quelques éclaircissements 
de plus, ce sont les circonstances qui ont amené l'établissement de 
la royauté et son caractère d'institution de salut public. La sujétion 
d'Israël aux Philistins n'apparaît pas assez complète et le person- 
nage de Saûl reste dès lors un peu énigmatique. En outre, M. Renan, 
qui a les rancunes tenaces, est beaucoup trop sévère pour David, 
qu'il sacrifie sans raison à son prédécesseur. Il en fait un condot- 
tiere, ce qui n'a guère de sens à l'époque dont il s'agit ; un bandit, ce 
qui, de l'aveu même de M. Renan, était la condition nécessaire d'un 
banni politique ; un vassal des Philistins, ce qui, dans les idées 



1 Si Jacob-Israël est désigné comme le père des différentes tribus, cela ne prouve 
pas du tout que son nom et son existence même soient antérieurs. Dans le langage 
figuré de TEcriture, Père opposé à Fils désigne le concept plus compréhensif, mais 
non le plus ancien. Par exemple, au chap. x de la Genèse, Gomer (les Cimmériens) 
est Je père de plusieurs nations qui sont beaucoup plus anciennes que lui, mais qu'il 
a absorbées en conquérant l'Asie-Mineure au vm e siècle. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

judaïtes d'alors n'avait rien d'humiliant *. Môme en admettant le 
caractère apologétique de beaucoup de nos textes relatifs à David, 
môme en dépouillant le roi judaïte de l'auréole poétique ou sentimen- 
tale dont l'a couronné la dévotion des âges postérieurs, il n'en r,este 
pas moins vrai que ce « bandit » a accompli, per fus et nef as si Ton 
veut, l'œuvre patriotique par excellence, l'affranchissement national, 
et mérite par là sa place d'honneur dans la reconnaissance de son 
peuple. L'instinct populaire a-t-il eu si tort de préférer le politique 
de génie au vaillant soudard, et n'est-ce pas plutôt M. Renan qui 
intervertit les rôles ? 



III 



Si curieuse que soit, à beaucoup d'égards, l'histoire politique 
d'Israël jusqu'à David, son intérêt disparaît, à nos yeux, devant 
celui de l'histoire morale et religieuse. C'est comme porteur de l'idée 
divine, comme « peuple de Dieu », qu'Israël a sa place marquée dans 
l'histoire universelle, et c'est bien ainsi d'ailleurs que l'entend 
M. Renan ; c'est presque malgré lui qu'il se résigne à raconter les 
batailles, des massacres, des querelles de clocher ; ce qui l'attire 
avant tout, c'est l'histoire des idées et des croyances, c'est l'évolution 
religieuse des Israélites. Suivons-le maintenant sur ce terrain. 

J'ai parlé plus haut, pour en louer le mérite littéraire, du long 
tableau de l'existence des Sémites à l'état nomade qui ouvre le 
volume; ce tableau, développement de l'esquisse plus concise que 
M. Renan avait présentée jadis dans son Histoire des langues sémi- 
tiques, est en effet une délicieuse pastorale ; je dirai plus, si l'on con- 
sent à n'y chercher que « la psychologie du Sémite nomade », sans 
acception de temps, de races ni de lieux, c'est de la belle et bonne 
philosophie de l'histoire. Le jugement serait un peu différent si l'on 
prétendait voir dans ce tableau idéal une description fidèle des 
mœurs et des idées des anciens Israélites avant l'adoption par eux de 
la vie sédentaire. Les documents manquent absolument pour écrire 
un pareil chapitre. Les sources les plus anciennes auxquelles ait 
puisé M. Renan — le livre de Job 2 et la Genèse — sont postérieurs 
de plusieurs siècles à la transformation des Israélites en agricul- 
teurs; ils présentent donc ou des tableaux de fantaisie ou tout 

1 M. Renan fait dater la distinction d'Israël et de Juda de la mort de Saùl (p. 437). 
C'est probablement le contraire qui est vrai. Tout porte à croire que Juda se sépara 
•des autres tribus avant même le passage du Jourdain et conquit son domaine par le 
sud-ouest, en passant par Édom. Le rapprochement ne se fit que lorsque la continuité 
géographique eut été rétablie, et elle ne le fut pas de longtemps. C'est vraiment 
David qui a fait entrer Juda dans le consortium d'Israël. 

* * Le livre de Job ne sera écrit que dans mille ans, mais dès l'âge antique où 
nous sommes, il a dû être pensé » (p. 131). 



BIBLIOGRAPHIE 309 

au plus l'état des familles israélites restées nomades à cette date, et 
qui, certainement, avaient subi dans une large mesure l'influence de 
leurs voisins sédentaires ; je ne parle même pas des poésies arabes 
antéislamiques et des récits de voyage contemporains, qui nous font 
connaître une branche très différente de la race sémitique, deux ou 
trois mille ans plus tard. 

L' « immobilité des nomades », qu'on allègue pour jeter tous ces 
documents dans le même creuset, n'est qu'un cliché, comme 1' « im- 
mobilité de l'Orient » ; il ne fait que masquer notre ignorance. Cette 
immobilité est toute relative ; elle ne s'applique qu'aux très grands 
faits, aux habitudes générales imposées par le climat et les conditions 
mêmes de la vie pastorale nomade. Mais, dans le détail, quel champ 
reste ouvert à la contingence, quel rôle énorme doit jouer le génie 
propre de chaque race, la phase de son développement matériel 
et moral, les influences des civilisations voisines ! L'habitation du 
nomade peut être une tente ou un chariot, sa nourriture exclusive- 
ment animale ou mixte, le mariage et la religion peuvent revêtir 
toutes les formes imaginables, les mœurs peuvent être douces 
ou cruelles, hospitalières ou exclusives. Pour savoir auquel de ces 
types il convient de rapporter l'Israélite nomade, il faudrait des 
textes précis et nous n'en avons pas. Passer outre, c'est s'exposer à 
faire du roman, non de l'histoire. Les Kirghiz et les Cosaques 
habitent le pays des Scythes et Massagètes d'autrefois et sont restés 
en partie nomades comme eux ; ira-t-on compléter les descriptions 
d'Hérodote avec celles de Wambéry ou de Tolstoï ? 

Je crains que M. Renan n'ait parfois oublié ces règles de prudente 
critique; dans son désir de répandre la- lumière sur ces âges recu- 
lés, il fait par moments un emploi bien risqué de textes tardifs, qu'il 
sait ailleurs interpréter plus sainement. Un seul exemple caractéris- 
tique. La tradition qui donne à Jacob pour femme deux sœurs, dont 
la cadette est mère du fils préféré, signifie probablement que les 
Joséphites , d'une race un peu différente des autres Israélites (on 
sait comment ils prononçaient le shin), sont entrés assez tardivement 
dans l'association générale et y ont conquis rapidement une place 
prépondérante. C'est du moins ainsi que M. Renan interprète quel- 
que part notre légende ; pourquoi donc, dans un autre passage, l'al- 
lègue-t-il comme preuve que « dans certains cas. le patriarche avait 
pour épouses en même temps deux femmes égales, de sang noble, 
parfois deux sœurs? » (p. 18). Il faudrait cependant choisir entre 
l'explication allégorique et l'explication littérale! Les cumuler, c'est 
trop. M. Renan répondra que notre agada n'aurait pas pu revêtir 
cette forme populaire si de pareilles unions n'avaient pas existé dans 
la pratique. Oui, dans la pratique du temps du rédacteur, qui écri- 
vait à une époque où les Israélites étaient sédentaires depuis quatre 
ou cinq siècles. Et qui prouve que cet usage n'ait pas été emprunté 
aux Cananéens? Nescio, nec vos.scitis. 

Ne touchons-nous pas ici du doigt une nouvelle faute de méthode? 



310 REVUE DE8 ÉTUDES JUIVES 

M. Renan a raison de croire que les traditions, les poésies populaires 
ne sont pas des sources historiques à dédaigner en ce qui concerne, 
sinon les faits, du moins les mœurs, le « costume » ; c'est très vrai, 
mais ces traditions, ces poésies, nous renseignent exclusivement sur 
l'état d'un peuple à l'époque où elles ont pris naissance, et non pas 
à l'époque où l'imagination du poète place les événements qu'il 
raconte. Les exemples mêmes que cite M. Renan dans sa préface 
auraient dû l'avertir de cette distinction capitale. Homère nous fait 
connaître le Grec du ix° siècle, mais non pas l'Achéen qui prit Ilion 
quatre cents ans auparavant ; la chanson de Roland, le cycle d'Arthur, 
sont une admirable illustration des premiers âges de la chevalerie ; 
mais qui oserait y chercher des renseignements sur les mœurs 
des Bretons du vi e siècle ou sur les compagnons de Charlemagne? 
De même, la Genèse et le livre de Job sont des documents inappré- 
ciables pour qui veut reconstituer l'état social et moral des Israé- 
lites du ix« ou du vin siècle;, quelle valeur peut-on leur attribuer 
en ce qui concerne l'Israélite nomade avant la conquête de Canaan? 
Il n'y aurait que demi-mal si M. Renan, avec la prédilection bien 
connue des gens ultra-civilisés pour les sauvages, s'était contenté de 
tracer de l'hébreu nomade un portrait très flatté, composé de traits 
de la provenance la plus disparate et qui fait songer involontaire- 
ment au Juif arabe des dessins de Bida. On pardonne un peu de 
fantaisie en faveur de pages exquises. Malheureusement M. Renan 
ne s'en est pas tenu là. A ce berger « galant homme, brave, géné- 
reux, polygame », qui connaît la rêverie de l'amour et la mélancolie 
des nuits étoilées, il fallait une religion en rapport avec ces aspi- 
rations idéales : aussi M. Renan fait-il des anciens Hébreux des 
monothéistes, précurseurs des prophètes 1 , adorant un dieu « pa- 
triarcal, juste et universel » (172). On cherche vainement les ar- 
guments même spécieux qu'on puisse invoquer en faveur d'un 
semblable paradoxe. L'ancienne formule, chère à M. Renan, que « le 
désert est monothéiste », n'est qu'un leurre : la steppe est aussi un 
désert, et les Scythes, ces nomades du Nord, ont eu un polythéisme 
richement développé. Tout porte à croire que le monothéisme n'était 
pas moins étranger à la religion primitive des nomades du midi, les 
Sémites. Leur frayeur naïve peuplait la nature de démons présidant 
aux phénomènes physiques, sans qu'ils eussent l'imagination assez 
vive pour donner à chacun d'eux, comme les Aryas, une personnalité 
bien définie : c'était l'armée des Elohim, la société anonyme des puis- 
sances célestes. Au-dessus de ces démons, le Sémite primitif recon- 
naissait-il une divinité suprême ? Peut-être, mais ce dieu indistinct 
était l'antipode du dieu très personnel, rémunérateur et vengeur du 
mosaïsme prophétique, et ne tenait qu'une bien faible place dans les 

1 « Chez les Sémites ce n'est pas seulement l'expression, c'est la pensée même 
qui est profondément monothéiste » (p. 49). « Dès Pépoque reculée où nous sommes, 
le pasteur sémite porte au front le sceau du Dieu absolu (p. 51). » 



BIBLIOGRAPHIE 311 

préoccupations de ces anciens pasteurs. Je croirais même volontiers 
que les Élohim eux-mêmes n'y étaient qu'au second plan : les vrais 
dieux du Sémite, comme de l'Arya primitif, ce sont les teraphim, 
les dieux de son foyer vagabond, les idoles familières qu'il charge 
sur son âne ou sur son chameau quand il change de campement. Il 
est impossible de lire le chapitre xxxi de la Genèse, celui où Jacob 
vole les dieux de Laban, l'un des morceaux les plus curieux et les 
plus archaïques de la Bible ', sans reconnaître la trace profonde que 
ce culte domestique avait laissée même à l'époque tardive où se 
fixa la légende de Jacob; par cela même on devine l'importance pré- 
pondérante que dut avoir, aux âges primitifs, le culte de ces Pénates 
nomades, peut être identifiés aux Mânes des ancêtres, et qui fini- 
rent par se confondre avec les symboles domestiques du culte 
d'Iahvé. Le point de départ social d'Israël, c'est le groupe familial ; 
de même, son point de départ religieux est le culte familial, le plus 
simple et le plus étroit de tous. Nous voilà bien loin de l'Infini de 
M. Renan, bien loin même de cet « Elohim d'individualité douteuse » 
dont « on sent qu'il arrivera à être le Dieu juste et moral des pro- 
phètes » (p. 32). 

Il serait hors de propos de poursuivre ici l'histoire du dévelop- 
pement religieux d'Israël ; une fois admise, d'ailleurs, son humble 
origine, ce développement, tout en restant admirable, devient facile 
à comprendre, car il est parallèle au développement social et poli- 
tique. Le culte domestique, qui seul avait de l'importance à l'époque 
patriarcale, est bientôt obligé de compter avec le culte déjà plus 
large des héros éponymes qui président aux associations de plu- 
sieurs familles (clans) et de plusieurs clans (tribus). Puis ces cultes 
intermédiaires eux-mêmes s'absorbent dans la religion du dieu 
national, Iahvé, le jour où la nation se constitue définitivement par 
le groupement des tribus. Que le nom de ce dieu national soit d'ori- 
gine étrangère (Kénite ou autre), qu'il ait été d'abord particulier à la 
tribu de Lévi et propagé parmi les autres à la suite de la dispersion 
de cette tribu, que certains détails superstitieux de son culte puis- 
sent être un emprunt indirect à l'Egypte, — ceci dans une mesure 
beaucoup moins large que ne l'imagine M. Renan, — tout cela est 
possible, mais peu importe, en somme ; pour le fond des choses, la 
religion nationale naît, se développe et atteint son apogée avec la 
nation elle-même, le culte d'Iahvé n'est que la forme théologique 
du patriotisme israélite, comme le culte de Kamos du patriotisme 
moabite. La dernière étape — la transformation du dieu national en 
un dieu unique, universel, dont Israël n'est que l'enfant préféré — 
a été l'œuvre réfléchie du jeune prophétisme, favorisée par la dis- 
solution même de l'état israélite ; mais ce dernier travail, qui 
constitue la grande originalité d'Israël dans l'histoire, n'appar- 

1 Voir le commentaire juridique de ce chapitre qu'a donné récemment M. Esmein, 
Mélanges d'histoire du droit et de critique (Larose, 1886), p. 233 et suiv. 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tient pas à la période traitée dans le premier volume de M. Renan. 
Un dieu national est évidemment une notion étroite en compa- 
raison d'un dieu universel, mais il représente au contraire un élar- 
gissement de la conscience par rapport au culte domestique et 
tribulique. Faute d'avoir reconnu le point de départ exact de l'évo- 
lution religieuse d'Israël, M. Renan renverse Tordre des termes ; il 
arrive a déclarer que le culte d'Iahvé est un progrès au point de 
vue national et politique, un « grand recul » au point de vue reli- 
gieux fp. 175, 265, 294). C'est qu'il s'obstine à comparer Iahvé non 
pas aux divinités qui l'ont précédé réellement — les Pénates ambu- 
lants des patriarches, les vagues Élohim, les fétiches des tribus —, 
mais à un prétendu dieu transcendant du Nomade, qui n'a jamais 
existé que dans l'imagination de l'historien ; de là cette conception 
étrange, anti-scientifique, qui recule dans un passé mythique l'âge 
d'or de la religion et n'accorde aux prophètes que le rôle mesquin de 
démolisseurs et de restaurateurs, quand ils ont été, en réalité, des 
créateurs de génie. « L'histoire d'Israël, écrit M. Renan, se résume 
en un mot : effort séculaire pour renoncer au faux dieu Iahvé et 
revenir au priniitif Élohim » (p. 265). La formule est claire et sans 
ambages ; elle est répétée à satiété : je n'en connais cependant pas 
de plus inexacte, de plus nettement contredite par l'histoire et par 
la philosophie. Là où M. Renan lit rétrécissement, recul, décadence, 
je lis élargissement, progrès relatif, ascension graduelle vers une 
notion de plus en plus haute, de plus en plus vraie de la divinité. 
Iahvé n'est pas un « faux dieu »., mais un dieu incomplet, et quant 
au « primitif Élohim », il a toutes les belles qualités du monde, 

« Mais je crois, entre nous, que vous n'existez pas. » 

Bien entendu, il en est du point de vue moral comme du point 
de vue métaphysique. Si Iahvé n'est pas un « faux Dieu, » l'adop- 
tion du culte d'Iahvé n'a pas non plus amené une « décadence mo- 
rale », et c'est une véritable fantasmagorie que le passage où 
M. Renan nous montre « ces douces familles de pasteurs, dont les 
populations sédentaires accueillaient le passage avec bénédiction, 
devenant un peuple dur, obstiné, à la nuque résistante » (p. 1 53) . 
Les nomades ont leurs vices et leurs vertus ; les agriculteurs ont les 
leurs, mais bien certainement le changement de vie a été seul en 
cause dans cette métamorphose morale, si métamorphose il y eut; 
la religion n'y est pour rien. Tout au contraire, il est bien probable 
que les pratiques les plus sauvages que nous rencontrons à l'ori- 
gine du culte iahvéique sont ou un emprunt aux peuplades environ- 
nantes, ou un legs de la barbarie primitive. A qui fera-t-on croire, 
par exemple, que le Sémite nomade eût en horreur le sacrifice du 
premier né, « comme le prouvent les cylindres d'Orkhammou où 
le chevreau est substitué à la victime humaine », et que cette cou- 
tume ait été réintroduite par le Iahvéisme? (p. 341). Non, l'usage de 
cette offrande sanglante, qui se rencontre chez toutes les races dans 



BIBLIOGRAPHIE 313 

l'enfance (Jephté, Iphigénie), doit avoir précédé de longtemps chez 
les Israélites l'adoption générale du culte d'Iahvé, et il a disparu 
naturellement devant le progrès des lumières et de la moralité. Le 
mythe d'Abraham n'est que l'expression symbolique de cette 
réforme tardive, un précédent historique ingénieusement inventé 
pour lui fournir un titre de noblesse : une fois de plus, M. Renan 
s'est laissé induire en erreur par la chronologie factice de la Bible et 
par cette critique timide qui s'arrête à mi-chemin, plus dangereuse 
peut-être que l'absence complète de critique. 

C'est un fait bien connu dans l'histoire, que les grands réforma- 
teurs ne se sont presque jamais présentés comme des novateurs 
absolus, mais comme les restaurateurs d'un ordre de choses ancien, 
oblitéré par une pratique vicieuse, par des usurpations ou des cor- 
ruptions séculaires. Ainsi ont procédé en matière religieuse Jésus 
et Luther, en matière politique les parlementaires anglais du 
xvn e siècle, qui appuyaient des revendications en réalité nouvelles 
sur une interprétation fantaisiste de vieilles chartes, de documents 
plus ou moins contestés ; ainsi les révolutionnaires français de 1789, 
qui ont fondé la Déclaration des droits sur un prétendu contrat pri- 
mitif, à la place duquel l'histoire impartiale montre le règne de la 
force et de la ruse. En plaçant ainsi des changements, parfois très 
hardis, sous le patronage d'ancêtres éloignés, qui n'en auraient pas 
même compris le sens, ces réformateurs ont fait preuve d'une exacte 
connaissance du cœur humain, et, en particulier, de l'instinct pro- 
fondément routinier des masses populaires, auprès desquelles le 
meilleur argument philosophique ne vaut pas un précédent, fût-il 
faussé pour les besoins de la cause. Ne nous hâtons pas, d'ailleurs, 
de crier au mensonge, à la fraude. La croyance à l'âge d'or, à la 
supériorité morale et physique des aïeux est si naturelle à l'homme, 

— elle a la même source que le respect de l'enfant pour ses parents, 

— qu'involontairement les plus grands esprits croient à l'existence 
dans le passé de l'idéal auquel ils aspirent dans l'avenir, et con- 
fondent de la meilleure foi du monde leurs souvenirs avec leurs 
espérances. Heureuse illusion ! féconde duperie ! mais s'il est bon 
pour le progrès humanitaire que cette hallucination se reproduise 
sans cesse dans la pratique, la théorie a d'autres devoirs, l'histoire, 
la science doit voir et présenter les choses telles qu'elles sont, — 
c'est-à-dire, en politique, le règne de la force cédant peu à peu au 
règne du droit; en religion, les superstitions grossières au départ et 
le monothéisme plus ou moins épuré à l'arrivée. 

Certes, les prophètes étaient dans leur rôle en identifiant le dieu 
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob avec le dieu élargi qu'ils propo- 
saient à l'adoration d'Israël ; certes ils se croyaient véridiques et 
c'est un bonheur pour le monde que les Hébreux l'aient cru avec 
eux. Mais aujourd'hui que l'œuvre est accomplie, la critique reprend 
ses droits et son verdict n'est pas, ne peut pas être celui de la tradi- 
tioD.Il faut, il est vrai, beaucoup d'indépendance pour l'entendre et 



I '» REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

passablement de courage pour le formuler. Et rien ne prouve mieux 
la force «le conviction qui se dégage de l'éloquence des Jérémie, ctei 
[sàïe, dos Ezôchiel, connue aussi dos charmants récits de la Genèse, 
que ce beau rêve d'un monothéisme préhistorique où M. Renan s'est 
laissé entraîner à leur suite. Après vingt-cinq siècles écoulés, la 
lave est toujours ardente, le mirage opère toujours, et l'historien le 
plus dégagé des croyances orthodoxes redevient un dévot de la 
Révélation originelle. Qu'on s'étonne après cela qu'il y ait encore 
des penseurs et des politiques pour croire au Contrat social! 



IV 



J'en ai dit assez pour montrer que je ne suis d'accord avec l'auteur 
de Y Histoire d'Israël ni sur les prémisses, ni sur la conclusion, ni sur 
la méthode de son ouvrage. Son analyse des sources bibliques, qu'il 
a déjà exposée dans de récents articles de la Revue des Deux-Mondes 
et que nous retrouverons dans le deuxième volume de son Histoire, 
me parait dominée par les mêmes préoccupations à priori qui ont 
faussé son aperçu de l'évolution religieuse d'Israël. Quant à discuter 
des questions de détail, les limites de ce compte rendu me l'interdi- 
raient, alors même que les nombreuses fluctuations d'expression 
et de pensée permettraient de saisir toujours corps à corps l'opinion 
de l'auteur. J'aime mieux, avant de prendre congé de ce volume, si 
attachant malgré ses faiblesses, signaler le service incontestable qu'il 
est appelé à rendre à nos études. 

Quand M. Renan écrit dans sa préface (p. 20) qu'il « suppose les 
lecteurs familiers avec les travaux de ces hommes éminents qui 
s'appellent Reuss, Graf, Kuenen, Nceldecke, Wellhausen, Stade », il 
ne faut voir évidemment dans cette formule qu'une manière délicate 
de recommander la lecture de ces savants commentateurs qui ont 
consommé, en quelque sorte, le suicide de la théologie protestante, 
et d'avouer la reconnaissance personnelle que leur émule français 
leur doit. En réalité, il n'est pas exact que la majorité ni même 
la vingtième partie des lecteurs de YHistoire d'Israël soit familière 
avec ces travaux d'exégèse, qui exigent tous, pour être lus et com- 
pris, beaucoup de temps, d'attention, de patience, et un certain ap- 
prentissage intellectuel qui est très rare dans notre pays. A l'heure 
actuelle, en dehors du cercle si restreint d'érudits et de théologiens 
réformés qui s'intéressent par profession à ces études, presque per- 
sonne en France n'est au courant de la transformation radicale 
qui s'est opérée depuis vingt-cinq ans en Allemagne, en Hollande et 
en Alsace, dans la critique biblique, c'est-à-dire dans l'histoire 
israélite. Le gros du public en est resté soit aux naïvetés des His- 
toires saintes orthodoxes, soit aux négations brutales de l'école de 
Voltaire, — quand il ne pratique pas à l'égard de ce chapitre considé- 



BIBLIOGRAPHIE 315 

rable de l'histoire de l'humanité une indifférence dédaigneuse, qui 
est de bon ton dans certains milieux. A la vérité, quelques ouvrages 
de vulgarisation ont tâché déjà de répandre chez nous les résultats 
de la nouvelle exégèse, mais ces ouvrages, d'une touche ou timide 
ou brutale, tantôt signés de noms trop obscurs pour forcer l'attention, 
tantôt manquant de cet attrait littéraire qui, dans un pays artiste 
comme le nôtre, est le passe-port obligé des idées nouvelles, n'ont 
pas réussi, ce me semble, à rompre la glace. Il était réservé à 
M. Renan d'être, pour cette dernière création de la critique reli- 
gieuse, si hardie et au premier abord si inquiétante, à la fois l'inter- 
prète autorisé qui inspire confiance à la foule profane, et l'habilleur 
prestigieux qui sait, sans l'affadir, rendre la science aimable et 
lui ouvrir toutes les portes, — que dis-je? le magicien qui d'un coup 
de baguette sait donner la vie et le sang aux pâles ombres pénible- 
ment évoquées du scheol par les laborieuses pythonisses de Giessen 
ou de Tubingue. Ce que la Vie de Jésus a été, il y a un quart de 
siècle, pour les idées de Strauss et la critique du Nouveau-Testa- 
ment, YHistoire d'Israël le sera demain pour les magnifiques travaux 
de « l'école grafienne ». Elle leur donnera définitivement droit de cité 
dans le public lettré français, et, par lui, dans l'enseignement et 
dans la conscience nationale. Une fois de plus, le pavillon fera passer 
la marchandise; peut-être même l'ouvrage paradoxal de M. Renan, 
en provoquant l'étonnement d'abord, la contradiction ensuite, réus- 
sira-t-il à ramener l'attention de nos historiens sur des sujets si 
déplorablement négligés dans notre pays et frappés, en quelque 
sorte, d'un ostracisme officiel. A cet égard, ses défauts mêmes devien- 
nent des qualités; trop parfait, il eût risqué d'être stérile. 

Un pareil résultat n'est pas à dédaigner; il mérite à lui seul la 
reconnaissance du public savant en général, et de la Revue des Études 
juives en particulier. Peut-être aurions-nous préféré pouvoir saluer 
dans l' Histoire d'Israèïle couronnement, la synthèse définitive de cet 
immense travail d'exégèse, qui, ne l'oublions pas, a eu pour premier 
promoteur un Français, Astruc ; mais, à défaut d'une pareille syn- 
thèse, pour laquelle peut-être l'heure n'a pas encore sonné, le rôle 
d'initiateur, d'excitateur intellectuel, est déjà assez beau par lui- 
même, et ce sera la rare bonne fortune de M. Renan d'avoir été deux 
fois, au début et au terme de sa brillante carrière, le plus séduisant, 
le plus écouté et le plus aimé des hiérophantes. 

Théodore Reinagh. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Û"HED K"3 VZ^'û, A Treattae on tho accentuation of tlic twenty-eae 
so-called prose books of the 01<l Testament, with a fac simile of 

a page «f <»*' eodex asslgned to ISc ii-Ashcr in Alcnpo, hy William 
WlCKBS ; Oxford, Glarendoa Press, 1887, in-8°. 



Les règles qui président à l'emploi des accents toniques (mî^M) 
dans la Bible sont d'une difficulté presque insurmontable. En pre- 
mier lieu, la position des accents dans les vingt et un livres, qu'on 
appelle ordinairement « Les livres en prose », diffère de celle qu'ils 
ont dans les trois livres poétiques, qui sont : les Psaumes, les Pro- 
verbes et Job, qu'on a l'habitude d'appeler, d'après leurs initiales, 
n'fc'N ^nDD. M. Wickes a publié, en 4 881, sous le titre de n'fc'K 'WB, 
un traité sur l'accentuation de ces trois livres. 

Outre la difficulté que crée la différence des deux systèmes de 
ponctuation des vingt et un et des trois livres, il y a les difficultés 
qui proviennent de ce que les manuscrits diffèrent souvent de notre 
texte imprimé, et que les premières éditions du texte diffèrent quel- 
quefois de celles qui ont suivi. Il faut une grande pratique pour se 
débrouiller dans ce chaos. Il est surtout important de savoir distin- 
guer les mss. qui ont été écrits par des copistes érudits et conscien- 
cieux de ceux qui ont été faits avec négligence. Il en est de même 
des imprimés des diverses époques. On peut trouver tous les im- 
primés réunis dans une seule bibliothèque, comme, par exemple, à 
Oxford et à Londres, mais les mss., au contraire, se trouvent dis- 
persés un peu partout, en Angleterre, à Paris, en Allemagne, en 
Italie et en Russie, et dans les cas douteux, il est important de ne 
pas négliger de consulter aucun manuscrit important. Le savant 
auteur de notre traité n'a épargné ni peine ni frais pour remplir son 
devoir d'exactitude. Il a visité toutes les bibliothèques de l'Europe, 
et il a travaillé des années à Oxford, où se trouve le recueil le plus 
abondant de livres et de mss. hébreux. Avec cela, M. W. n'était pas 
entièrement satisfait ; le ms. d'Alep, qui passe pour avoir été ponc- 
tué et pourvu d'accents par le fameux massorète Ben Aschér, le 
préoccupait. Gomment conclure sur telle ou telle règle des accents, 
sans connaître la leçon du plus ancieu manuscrit? A force de 
patience, M. W. est arrivé à se procurer la photographie d'une page 
de ce fameux ms. et le collationnement de plusieurs passages con- 
cernant les accents. Hélas, M. W. n'a obtenu qu'un résultat négatif, 
carie ms. d'Alep n'est pas ancien, et celui de Cambridge ne l'est pas 
non plus, quoi qu'en dise, sans aucune preuve, M. le D r Schiller- 
Szinessy. Les deux mss. sont de la fin du xn e siècle, à moins qu'ils 
ne soient encore plus jeunes. Notre excellent ami M. Harkavy est 



BIBLIOGRAPHIE 317 

arrivé à la même opinion sur le ms. d'Alep, lors de son dernier 
voyage dans cette ville, il y a deux ans. Par conséquent, ce ms. ne 
peut changer en rien les règles des accents exposées par M. W. dans 
ses deux ouvrages, publiés à six ans de distance l'un de l'autre. 

Nous n'avons pas encore énuméré toutes les recherches que 
M. W. a dû faire pour être complet. 11 fallait avant tout examiner 
ce que les grammairiens juifs, anciens et récents, ont écrit sur le 
sujet. C'est ce que M. W. a fait. Dans son premier ouvrage, il donne, 
comme appendice, Yepitome du traité arabe du fameux Juda ben 
Balam, d'après le ms. unique de Saint-Pétersbourg. Il a examiné les 
traités ms. des deux ponctuateurs Samson et Samuel, ainsi que les 
ouvrages publiés à partir de Ben-Ascher, jusqu'à Heidenheim, et 
indiqué quels secours il y a trouvés pour son travail. M. W. est 
arrivé à un jugement peu favorable à ses prédécesseurs, c'est le sort 
de tous les anciens grammairiens, ils n'ont plus, à présent, qu'une 
valeur historique. Outre ces grandes recherches, M. W. . devait 
prendre en considération le système spécial d'accentuation orien- 
tale {madinhaï), et enfin les variantes qu'on trouve dans les mss. 
rapportés du Yémen dans les dernières vingt années. Si ces recher- 
ches ne sont pas précisément très difficiles, elles prennent du temps, 
et on ne peut être étonné que M. W. y ait passé sa vie entière. 

Arrivons à l'analyse du second des deux ouvrages de M. W. Après 
avoir indiqué, dans la préface, quelles sont ses sources, M. W. donne 
une bonne introduction, où il explique, avec beaucoup de raison, 
que les neginot, comme leur nom l'indique d'ailleurs, furent inventées 
pour noter les sons musicaux employés pour la lecture de la Bible 
dans la synagogue et dans les écoles. M. Graetz est d'un autre avis, 
il considère les accents comme des signes grammaticaux, au moins 
dans leur premier état, c'est-à-dire quand on n'avait que lepaseg et 
le etnah ; nous ne pouvons pas discuter ici cette question, tout ce que 
nous pouvons dire en faveur de la thèse de M. W., c'est que les plus 
anciens grammairiens juifs, autant qu'ils nous sont parvenus, ne con- 
naissent les accents que comme signes de musique. Le second cha- 
pitre de M. W. est consacré aux noms des accents, disjonctifs et con- 
jonctifs, et à la forme des signes qui les représentent, des différents 
noms qu'un même accent porte dans les différentes écoles de gram- 
mairiens et qui sont comme la définition des notes musicales dési- 
gnées par l'accent. Le troisième chapitre porte sur la dichotomie, 
c'est-à-dire la division des versets, pour le chant, en deux parties ; 
cette division, indiquée le plus souvent par un etnah, a une impor- 
tance également pour la syntaxe. Les chapitres suivants donnent les 
règles détaillées sur le placement des accents d'après les meilleures 
éditions de la Bible et surtout d'après les mss. qu'on trouve dans 
des différentes bibliothèques : M. "W. est souvent obligé de corriger 
les textes de nos imprimés. Il est impossible d'entrer ici dans des 
détails qui ne serviraient de rien, puisqu'il faudrait connaître tous 
les mss. pour pouvoir se rendre compte de leur valeur concernant 



318 1ŒVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les accents et pour discuter les corrections de M. W. Le quatorzième 
et dernier chapitre est consacré au p^OD, qui sûrement n'est pas un 
accent tonique; ce chapitre est tout à fait original. Dans les deux 
appendices qui suivent, M. AV. donne d'abord une liste des passages 
bibliques difficiles qui, en partie, s'expliquent par une meilleure 
accentuation ; puis il discute le système super linéaire, qu'on a l'ha- 
bitude d'appeler, à tort, système babylonien. M. W. montre que ce 
système, tant pour les points-voyelles que pour les accents, est sim- 
plement local et est fondé complètement sur le système palestinien. 
Ainsi, dans le Yémen, on se sert encore aujourd'hui, pour les textes 
non bibliques tels que le targimi et les prières, du système super- 
linéaire, qu'on a inventé, d'après M. W., pour simplifier la matière. 
Il est toutefois possible que le remarquable article de M. Graetz sur 
le dagesch (Monatsschr>, oct.-nov. 4887) modifiera un peu la conclusion 
de M. W. En tout cas, c'est un grand mérite d'avoir remué un peu 
la question du système superlinéaire, dont on fait trop de cas, et 
qui en effet n'est pas mentionné par les anciens grammairiens tels 
que Saadia et ses contemporains caraïtes, autant qu'on connaît 
leurs ouvrages. L'index biblique que M. W. donne à la fin facilitera 
beaucoup l'usage de ses deux excellents traités. Nous croyons que 
ces deux ouvrages sont indispensables à ceux qui s'occupent de 
la grammaire hébraïque et de l'exégèse biblique, car les accents 
nous renseignent sur la manière dont les massorètes ont compris 
la Bible. 

A. N. 



Le gérant, 

Israël Lévl 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Bâcher (W.). Le commentaire de Samuel ibn Hofni sur le 

Pentateuque 277 

Halévy (J.). Recherches bibliques (suite) 161 

Kracauer (J.). Histoire d'un prêt forcé demandé à la commu- 

' nauté des Juifs de Francfort 99 

Lazard (L.). Les revenus tirés des Juifs de France dans le do- 
maine royal (xm e siècle) 233 

Lévi (Israël). La mort de Titus 62 

Loeb (Isidore). I. La controverse de 4 263 à Barcelone I 

II. Le procès de Samuel ibn Tibbon 70 

III. Le saint enfant de La Guardia 203 

IV. La correspondance des Juifs d'Espagne avec ceux de 
Gonstantinople 262 

Reinach (Théodore,). Une monnaie hybride des insurrections 

j uives 56 

Vidal (Pierre). Les Juifs de Roussillon et de Cerdagne 49 



NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). Le sens du mot micra 413 

Derenbourg (J.). Le sarcophage de Tabnit 4 09 

Gerson (M.). Deux miniatures avec la roue des Juifs 4 44 

Halévy (J.). Petits problèmes (2 e série) 289 

Kaufmann et Loeb. Le sceau d'Abraham bar Saadia et le sceau 

ttï-BÏ-D^ 4 22 

Lévi (Israël). I. Ormuz et Ahriman 4 42 

IL Miniatures représentant des Juifs 4 4 6 

Loeb (Isidore). I. La juiverie de Jerez de la Frontera 125 

IL Expulsion des Juifs de Salins et Bracon en 1374 298 

Modona (Leonello). Les exilés d'Espagne à Ferrare en 4 493 447 

Schwab (Moïse). Trois inscriptions hébraïques de Mantes 295 



320 HKVUK DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 



A. N. Û^BD k'5 "WB A Treatise on the accentuation of the 
twenty-one so-called prose books of the Old Testament, 
with a fac simile of a page of the codex assigned to 
Ben-Asher in Aleppo, by William Wickes 316 

Duval (Kubens). Des Gregorius Abulfarag Anmerkungen zu 

den Salomonischen Schriften, publié par Alfred Rahlfs 455 

Loeb (Isidore). I. Revue bibliographique 129 

II. Mélanges db critique biblique, par Gustave d'EiCH- 
thal, et Une nouvelle hypothèse sur la composition et 
l'origine du Deutéronome, par Maurice Vernes 1 53 

Reinach (Théodore). Histoire du peuple d'Israël, par Ernest 

Renan 302 

Additions et rectifications 1 59 



FIN, 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



LES MONNAIES JUIVES 



CONFERENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 3 AVRIL 1887» 

Par M. THÉODORE REINAGII 



Présidence de M. Zadoc KAHN, président. 
M. le président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames et Messieurs, 

Si le Conseil de direction de la Société des Etudes juives éprouve 
quelque fierté lorsqu'il peut obtenir pour les conférences qu'il orga- 
nise à votre intention le concours des illustrations de la science ou 
des lettres, nous ne sommes pas fâchés non plus de voir prendre la 
parole dans ces réunions par un des nôtres, par un de ceux qui se 
dévouent constamment à notre œuvre et qui sont comme l'âme et 
la cheville ouvrière de notre société. 

1 Les projections à la lumière oxyhydrique étaient faites par M. Molteni, auquel 
nous adressons tous nos remerciements pour son précieux concours. — L'auteur 
croit devoir prévenir qu'à la suite de recherches et de réflexions nouvelles, il a 
modifié sur plusieurs points les opinions exprimées dans sa conférence; il l'im- 
prime donc non pas telle qu'il l'a prononcée, mais telle qu'il la prononcerait au- 
jourd'hui. 

ACT. ET GONF., T. I. 4 4 



CLXXXII ACTES ET CONFERENCES 

A ce titre , nous no pouvions être mieux représentés que par 
notre cher et excellent secrétaire, M. Théodore Reinach, à qui nous 
aurions conféré depuis longtemps le titre de secrétaire perpétuel, si 
ce titre était compatible avec nos statuts. Mais c'est tout comme. 
Vous savez que depuis la fondation de notre société ou à peu de 
chose près, M. Reinach vous présente chaque année, dans nos as- 
semblées générales, le compte rendu de nos travaux, et vous savez 
aussi ce qu'il apporte à l'accomplissement de cette tache délicate 
d'esprit, de talent et d'élévation. 

Ce soir M. Reinach fera de la science pour son propre compte. 
Cela pourra lui causer quelque embarras quand le moment viendra 
de rendre compte de la conférence que vous allez avoir le plaisir 
d'entendre. Mais qu'il se rassure ! Nous lui promettons notre 
concours pour la rédaction de cette partie de son futur rapport. 

M. Reinach a choisi comme thème de son entretien les monnaies 
juives. C'est un sujet qui sera certainement nouveau pour beaucoup 
d'entre vous, et qui sera intéressant pour tous. Les monnaies, d'un 
âge aussi respectable que les monnaies juives, sont des monuments 
fidèles du passé et possèdent une véritable éloquence, surtout quand 
on sait les faire parler comme notre cher conférencier saura le faire. 
Grâce à l'exposé qu'il vous présentera et qui sera illustré par les 
habiles projections de M. Molteni, vous verrez passer sous vos jeux 
un fragment important de notre histoire, histoire à laquelle n'ont 
manqué ni les gloires ni les tragédies sanglantes. 

Messieurs, ce serait faire preuve de mauvais goût de prolonger 
vptre attente et d'abuser de votre patience. Je me borne donc à 
remercier M. Th. Reinach de clore d'une façon si brillante la série 
de nos conférences de cette saison ; ou plutôt, pour n'avoir pas l'air 
de nous adresser des compliments à nous-mêmes, car je le répète, 
M. Reinach est des nôtres, je laisse à cette assemblée le soin de le 
remercier en suivant sa démonstration avec une attention soutenue 
et en accueillant par des applaudissements la conférence qu'il veut 
bien nous faire. 

M t Th. Reinach répond : 



LES MONNAIES JUIVES 



CLXXXIII 



Mesdames, Messieurs, 

C'est d'un sujet de numismatique que je viens vous entretenir, 
et j'avoue que ce n'est pas sans quelque appréhension. La numis- 
matique, en effet, quoiqu'elle soit une des parties les plus ancien- 
nement cultivées de l'archéologie, n'a pas encore réussi à con- 
quérir la faveur du grand public. Il a si rarement l'occasion de 
voir des médailles intéressantes, et, quand il en entend parler, 
c'est généralement par les prix exorbitants qu'elles atteignent dans 
les enchères ! Aussi n'est-il que trop porté à voir dans les numis- 
matistes des collectionneurs maniaques, dans leur prétendue science 
une pure curiosité qui se classe entre celles des collectionneurs 
d'autographes et de boutons d'uniformes. 

Je n'ai pas à prendre ici la défense des numismatistes : ils sont 
d'ailleurs bien trop absorbés dans la contemplation jalouse de leurs 
trésors pour se soucier du bien ou du mal qu'on peut dire d'eux. 
Mais je voudrais réagir contre l'injuste dédain dont la numismatique 
est l'objet et vous faire voir, d'abord, en peu de mots, qu'elle est 
une science véritable et l'un des auxiliaires les plus précieux des 
recherches historiques. 

Supposons, pour fixer les idées, qu'en deux mille ans d'ici, lors- 
que la civilisation dont nous sommes si fiers sera éteinte et presque 
oubliée, un savant vienne à retrouver un exemplaire de la médaille 
suivante : 




Fig. 4. 
Ne pensez- vous pas que, avec un peu de perspicacité, il pourra 



CLXXXIY ACTES ET CONFERENCES 

en tirer Les conclusions les plus intéressantes sur l'état de notre 
société française à cette fin du XIX e siècle? Et en effet : 

En pesant la pièce — 25 grammes — , il déterminera immédiate- 
ment notre système de poids et mesures. Il saura que notre unité 
monétaire était une pièce d'argent du poids de 5 grammes appelée 
franc. 

En analysant une parcelle de métal, en constatant le faible 
alliage de cuivre qu'elle renferme, il reconnaîtra la scrupuleuse 
loyauté de notre administration des monnaies. 

En examinant l'aspect extérieur de la pièce, — ses faces bien 
planes, son contour parfaitement régulier, sa tranche d'une épais- 
seur uniforme et marquée de caractères en relief — il admirera la 
perfection de notre outillage scientifique, de nos procédés matériels ; 
il devinera que nos monnaies circulaient beaucoup et qu'elles 
devaient pouvoir s'empiler. 

Passant à l'examen des types, notre numismatiste sera peut-être 
moins frappé du génie de nos dessinateurs que de l'habileté de nos 
ouvriers. Il s'étonnera que cette pièce, datée de l'an 1875, repro- 
duise servilement des types de l'an VII de la première Eépublique. 
Il se demandera s'il valait bien la peine d'immortaliser le nom de 
l'inventeur de cette froide allégorie, en faisant figurer sa signature 
au bas de son œuvre, privilège qui, dans l'antiquité, n'était accordé 
qu'aux plus grands artistes. 

Enfin les légendes de la médaille lui apprendront, l'une — Répu- 
blique française — la forme de notre gouvernement en l'an 1875 ; 
la seconde — Liberté, Egalité, Fraternité — notre idéal politique et 
social ; la troisième — Dieu protège la France — le principe mono- 
théiste de notre religion. 

Je passe sous silence les innombrables controverses auxquelles 
donneront lieu les trois « différents » du revers. Parvienclra-t-on à 
y reconnaître la marque de l'atelier (Paris), l'emblème du graveur 
et celui de l'entrepreneur des monnaies ? J'en doute. 

En résumé, Messieurs, état économique, industriel, scientifique, 
prospérité des arts, idéal politique, gouvernement, religion — il 
n'est pas un côté de notre civilisation que cette modeste pièce 
de 5 francs, qui n'est pour nous qu'un banal instrument d'échange, 



LES MONNAIES JUIVES CLXXXV 



ne puisse servir à éclairer un jour. Eh bien, ce que nos monnaies 
d'aujourd'hui seront pour les savants de l'an 4000, les monnaies 
d'il y a deux mille ans le sont pour nos savants d'aujourd'hui : 
je veux dire une source inépuisable de renseignements authen- 
tiques de tout genre pour la vaste enquête que nous avons ouverte 
sur la vie de l'antiquité. 

Ce simple aperçu suffit pour justifier l'étude approfondie de la 
numismatique classique ; mais les monnaies dont je me propose 
de vous parler n'ont pas tout à fait le même genre d'intérêt que 
les monnaies grecques ou romaines. Les médailles grecques, 
comme toutes les productions de ce peuple si doué, valent surtout 
par leur beauté : elles présentent en raccourci une histoire complète 
de l'art grec. Quant aux médailles romaines, il faut y voir, avant 
tout, une incomparable galerie de portraits historiques. Vous ne 
devez chercher dans la numismatique juive ni chefs-d'œuvre, ni 
portraits. Les graveurs en médailles juifs étaient des artistes fort 
ordinaires, et la ressource principale de leur art, la reproduction 
de la figure humaine ou animale, leur était enlevée par la stricte 
observation du précepte du Dècalogm : « Tu ne feras pas d'image 
taillée, ni aucune ressemblance des choses qui sont sur la terre, 
dans les cieux, ni sous les eaux 1 . » En -revanche, les médailles juives 
sont, par la sévérité même de leurs types, l'image fidèle du peuple 
profondément religieux et médiocrement esthétique qui les a créées. 
Le caractère dans lequel sont tracées les légendes offre le plus 
grand intérêt pour l'histoire de l'alphabet. Les variations mêmes 
des inscriptions et des types, si restreint que soit le cercle où elles 
se meuvent, reflètent les diverses influences que le judaïsme a 
subies, ses alternatives d'indépendance et de servitude, d'enthou- 
siasme et de relâchement. Enfin, plusieurs médailles, tant parmi 
les monnaies juives proprement dites que parmi les monnaies 
grecques ou romaines qui se rapportent à des faits de l'histoire 
juive, viennent éclairer, compléter ou rectifier les renseignements 
des historiens. Si vous ajoutez que la numismatique juive présente, 
suivant le mot de M. Renan, des difficultés de classement énormes, 



1 Exode, xx, 4. 



CLXXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

et que l'attrait do la difficulté à vaincre suffit pour intéresser les 
savants, en dehors même de tout résultat positif 1 , vous recon- 
naîtrez, avec moi, que cette étude vaut peut-être le quart d'heure 
de peine que Pascal refusait à la philosophie. 



La numismatique juive ne commence qu'avec les Macchabées. 
Cette assertion pourra, au premier abord, surprendre les personnes 
qui se souviennent soit des passages du Talmucl où il est question 
des monnaies d'Abraham, de Josué, de David, de Mardochée 2 , 
soit des nombreux versets de l'Écriture qui mentionnent des 
paiements en sicïes à l'époque des rois, des juges et même des 
patriarches 3 . Mais il n'y a là qu'une illusion; les passages du 
Talmud ne sont que d'ingénieuses allégories ; et quant à ceux de la 
Bible, — sans me lancer dans l'épineuse question de l'époque où nos 
textes bibliques ont été définitivement rédigés, . — il suffira de 
remarquer que le mot side, comme le mot livre dans nos langues 
modernes, a signifié un certain poids d'argent longtemps avant de 
désigner une pièce de monnaie de ce poids. Partout dans la Bible où 
il est question de sicles, de mines ou de talents d'argent, c'est 
de l'argent pesé qu'il faut entendre et non de l'argent monnayé. En 

1 Principaux travaux sur la numismatique juive (outre les ouvrages généraux 
d'Eckhel, Mionnet et Lenormant) : Perez Bayer, De numis hebraeo-samaritanis 
(1781), etc. — Cavedoni, Numismatica bïblica (1849). — De Saulcy, Recherches 
sur la numismatique judaïque (1854). — Lewy, Greschichte der jûdischen Mûnzen 

1862). — Madden, History of jeivish coinaye (1864; 2 e édition, en 1881, sous le 
titre: Coins of ihe Jews). — Merzbacher, Untersuchungen ûber alte hebràische 
Mûnzen (Zeitschrift fur Numismatik de Berlin, 1876 suiv). — Zuckermann, Ueber 
talmudische Mûnzen und Grewichte, Berlin, 1862. Et de nombreux articles par ces 
auteurs et d'autres (Garrucci, de Vogue, Reichardt, von Sallet, Graetz, etc.) 
disséminés dans les diverses Revues numismatiques, archéologiques, etc. On 
trouvera une bibliographie à peu près complète de 1849 à 1879 dans la 2 e édition 
de Madden, qui peut êlre regardée comme un Corpus, bien que la classifica- 
tion laisse encore beaucoup à désirer. 

2 Midrash Bereshit Rabba, c. 39. — Talmud de Babytone, Baba Kamma, 97. 

3 Genèse, xxnr, 16 ; Juges, xvn, 2-4; I Rois, x, 29, etc. 



LES MONNAIES JUIVES 



CLXXXVII 



voulez- vous la preuve? D'abord on n'a jamais retrouvé de ces sicles 
d'une antiquité si vénérable — ceux qu'on a essayé de faire passer 
pour tels ne sont que d'impudentes falsifications modernes. Ensuite 
aucun des peuples voisins des Hébreux, quoique plus avancés que 
ceux-ci en civilisation, ne connaissait l'usage de la monnaie. 

A la vérité, l'emploi des métaux précieux comme instrument 
d'échange remonte dans l'Orient à une très haute antiquité ; mais 
ces métaux s'employaient sous forme de lingots, de barres, tout au 
plus d'anneaux, dont le poids n'avait rien d'uniforme. La figure 2, 
empruntée à un monument égyptien, vous représente un person- 
nage en train de peser des anneaux de métal qu'il a reçus en 
paiement; les poids ont la forme de bœufs et de lions. Pareil usage 
régnait en Assyrie, en Phénicie, et probablement aussi chez les 
Hébreux. De là l'importance extraordinaire attribuée par nos 
textes à la justesse des poids et des balances : « Une fausse balance, 
dit l'Ecriture, est une abomination devant le Seigneur » *-, • 




Fig. 2. 

Ce furent les Lydiens, un peuple à moitié sémitique, qui inven- 
tèrent, au vn e siècle avant l'ère chrétienne, la monnaie proprement 
dite, c'est-à-dire des lingots uniformes, garantis de bon poids et de 
bon titre par le poinçon officiel de l'Etat. Cette invention, qui sup- 



1 Proverbes, xi, 1. 



CLXXXVH1 ACTES ET CONFERENCES 

primait l'emploi do la balance dans la plupart des transactions, eut 
un rapide succès. Elle se répandit d'abord en Grèce, où la monnaie 
ne tarda pas à prendre un caractère artistique, puis dans les pays 
commerçants de l'Asie antérieure. Elle n'était pas encore parvenue 
en Syrie lorsque le royaume de Juda cessa d'exister (587 av. J. C.) 
Quand les Juifs revinrent de la captivité de Babylone, leur nouvelle 
communauté n'avait ni l'activité commerciale ni l'indépendance 
politique nécessaires pour battre monnaie : le droit de monnayage 
était considéré, en effet, par les anciens comme le privilège par 
excellence des peuples autonomes, et les Juifs n'étaient que les 
obscurs tributaires du roi de Perse. Si des monnaies circulèrent 
à Jérusalem dès cette époque, ce furent les monnaies officielles 
de l'empire perse, les dariques d'or (fig. 3) et les sirjles d'argent 
médiques. 

La situation politique des Juifs ne fut modifiée en rien par la 
conquête d'Alexandre. De vassaux des Perses ils devinrent vas- 




saux des Macédoniens, puis des dynasties nées du démembrement 
de l'empire d'Alexandre. Pendant le 111 e siècle ils dépendirent géné- 
ralement des Ptolémées, pendant le 11 e , des Séleucides, qui s'empa- 
rèrent définitivement de la Palestine sous Séleucus Philopator 
(187-175). Les Juifs pratiquaient librement leur culte et adminis- 
traient leurs affaires intérieures ; mais ils payaient tribut au roi 
d'Egypte ou de Syrie, et le grand prêtre n'était que l'intermédiaire 
officiel entre la communauté et le pouvoir central. On comprend 
que, dans ces conditions, il ne pouvait être question ni d'un État 
juif, ni de monnaies juives. Les Juifs se servaient assurément 
de monnaies, mais c'étaient des monnaies grecques, fabriquées au 
nom des rois macédoniens. Aux dariques et aux sigles ont succédé 
les statères d'or d'Alexandre, les drachmes, didrachmes et tétra- 
drachmes d'argent des Ptolémées et des Séleucides (fig. 4). 



LES MONNAIES JUIVES 



CLXXXIX 



Ici ut:e observation importante. Quand les Macédoniens con- 
quirent la Syrie méridionale (Phénicie et Palestine), ils y trouvèrent 
établi un système de poids et de mesures appelé phénicien et venu 
en droite ligne d'Assyrie; dans ce système, commun aux Juifs et à 




leurs voisins, l'unité de poids, le sicle [shekel] ou statère, pesait 
environ 14 grammes. Au contraire, Alexandre avait adopté pour 
ses monnaies et répandu partout sur son passage le système dit 
aitique, dans lequel le tétradrachme ou statère d'argent pesait en- 
viron 17 grammes 1 . Le système attique fut d'abord introduit en 
Syrie, mais il mécontenta les populations, habituées à compter 
suivant le système phénicien; aussi, quand les Ptolémées se ren- 
dirent maîtres de la Palestine, ce fut ce dernier système qu'ils 
y rétablirent et qu'ils adoptèrent même pour l'Egypte. Un siècle 



1 II ne faudrait pas croire que le système phénicien fût une dégradation du sys- 
tème attique : c'est le contraire qui est vrai ; le système attique, qui vient aussi 
de NiDive, mais par une autre voie, a subi plusieurs altérations avant sa fixation 
par Solon et depuis ; le système phénicien, grâce à l'activité commerciale de la 
Phénicie, est resté à peu près immuable. Comment donc expliquer ce résultat 
paradoxal? C'est que le statère phénicien ou sicle est en réalité un didrachme 
(c'est toujours par ce mot que les Septante rendent l'hébreu shekel), et le demi- 
statère (ou demi-sicle), une drachme ; quant aux tétradrachmes, ce sont ces 
grandes pièces de 28 gr., vulgairement appelées octadrachmes, qui furent frap- 
pées à Sidon ec ailleurs sous la domination perse. Maintenant, comme, dans le 
système attique, on donna le nom de statère au tétradrachme de 17 gr. et que 
les vrais tétradrachmes phéniciens cessèrent d'être frappés à l'époque grecque, il 
n'y a aucun inconvénient, pour faciliter le langage, à considérer les mots tétra- 
drachme et statère comme synonymes, même dans le système phénicien. C'est 
ce qui se fit d'ailleurs en pratique, et voilà pourquoi, à l'époque romaine, le mot 
didrachme équivaut à demi-sicle et non à sicle. Dans la Mishna, le mot sicle est 
pris au sens de demi-sicle (didrachme) ; le tétradrachme ou statère s'appelle séla. 



C\y] ACTES ET CONFERENCES 

après, les Séleucides arrachèrent la Palestine aux Ptolémées, et 
avec eux reparut le système attique ; il rencontra les mêmes résis- 
tances que la première fois, et bientôt les Séleucides, tout en con- 
servant le système attique pour leurs autres possessions — Syrie 
du Nord, Mésopotamie, Babylone — , monnayèrent d'après le sys- 
tème phénicien dans leurs ateliers de la Syrie méridionale ; ils firent 
même figurer au revers de ces médailles l'aigle des Ptolémées, au- 
quel le public était habitué. Plus tard, dans la deuxième moitié du 
il 8 siècle avant J. C, plusieurs villes de Phénicie, notamment Tyr 
et Sidon, obtinrent des Séleucides affaiblis une situation privilégiée: 
elles furent exemptées de l'impôt et autorisées à frapper monnaie en 
leur nom propre. Naturellement ces villes employèrent, elles aussi, 
pour leurs monnaies d'argent le système phénicien. Ces monnaies, 
particulièrement celles de Tyr, conquirent bientôt la vogue, grâce à 
leur fabrication loyale et à l'uniformité de leurs types, qui favo- 
risait leur diffusion commerciale. Les tétradrachmes de Tyr ont 
pour types la tête d'Hercule (fig. 5) — ou plutôt de Melqarth, dieu 




Fig. 5. 

national des Tyriens — et l'aigle ptolémaïque ; ils portent une date 
calculée d'après une ère qui commence en 126 av. J. C. Non seule- 
ment ces monnaies pénétrèrent à Jérusalem, mais elles y devinrent, 
au temps des Macchabées et des Hérodes, le principal instrument 
d'échange. Ce qui le prouve, c'est que les docteurs de la loi déci- 
dèrent que les taxes du temple, particulièrement la taxe du demi- 
sicle par tête, imposée à tout Israélite, devait être acquittée en 
monnaie tyrienne 1 : entendez, en didrachmes ou tétradrachmes 

1 Mishna Bechorot, vin, 7 ; Tosefta Ketubot , xn, fin. Josèphe mentionne 



LES MONNAIES JUIVES CXCI 



(statères) de Tyr. Les pièces d'un poids équivalent (pièces de Sidon, 
des Ptolémées, des derniers Séleucides) étaient sans doute admises, 
mais il n'en était pas de même des pièces frappées d'après tout 
autre système, et, comme il existait dans la circulation beaucoup de 
ces pièces (drachmes attiques d'Ephèse et de Cappadoce, tétra- 
drachmes d'Antioche, deniers romains), des changeurs étaient 
établis dans la cour du Temple pour fournir au contribuable impré- 
voyant la monnaie légale en échange de l'argent dont il était 
porteur. Probablement ces changeurs prélevaient une commission, 
parfois même une commission exorbitante : c'est ce qui explique 
l'indignation de Jésus contre eux *. 



II 



Les Juifs n'auraient peut-être jamais songé à frapper une mon- 
naie nationale sans le changement politique qu'amenèrent les per- 
sécutions d'Antiochus Epiphane. Ce « Joseph II en caricature, » 
comme on l'a appelé, en voulant imposer de force l'hellénisme et la 
religion hellénique à tous ses sujets, provoqua en Judée une réac- 
tion violente du sentiment national. Une famille de héros, les 
Macchabées ou Hasmonéens , se mit à la tête du mouvement 
patriotique et religieux, et, après une lutte de plus de trente ans, 
semée de vicissitudes, la cause juive triompha. Elle dut son succès 
moins encore aux victoires des trois frères Judas Macchabée, 

(B. J . , il, 21, 2) un statère de Tyr qu'il considère comme équivalent à 4 
drachmes attiques. En théorie, c'est une erreur, mais en pratique, à l'époque de 
Josèphe, la drachme attique, censée équivalente au denier romain, avait considé- 
rablement baissé de poids et ne valait plus que 3 -— grammes d'argent fin au 
plus, c'est-à-dire précisément le quart du statère tyrien. Josèphe donne ail- 
leurs (Antiq., ni, 8,2) la même évaluation pour le sicle hébraïque. Comparez 
Bechorot, !i0 a, et Baba Mezia, 52 a. 

1 Mathieu, xxi, 13; Marc, xi, 17 ; Luc, xix, 46. Cp. Zuckermann, p. 18. — 
— L'or doit de tout temps avoir été accepté pour le paiement de l'impôt sacré ; 
les contributions des communautés éloignées étaient même ordinairement expé- 
diées sous cette forme, moins eucombrante. (Cicéron, pro Flacco, 28.) Comparez 
Mishna Skekalim, n, 1. 



CXCll ACTES ET CONFERENCES 

Jonathan et Simon, qu'à leur habile politique, à leur alliance avec 
Rome et aux dissensions intestines des Séleucides. Dès l'année 142 
av. J.-C. l'un des prétendants au trône de Syrie, Démétrius II, 
pour se concilier les Juifs, renonça à tout tribut de leur part, ce qui 
équivalait à la reconnaissance pratique de leur indépendance. Son 
livre, Antioclius VII Sidétès, confirma l'acte de son prédécesseur ; 
plus tard, il est vrai, ce roi s'empara de Jérusalem et rétablit 
l'obligation du tribut, mais sa mort et la faiblesse croissante de ses 
successeurs permirent aux Juifs de s'en affranchir de nouveau, cette 
fois définitivement. A partir de ce moment, les descendants de 
Simon Macchabée, sous le titre de grands prêtres d'abord, puis de 
rois (105), furent de véritables souverains indépendants et conqué- 
rants, qui finirent par régner sur tin territoire presque aussi étendu 
que le royaume de David et de Salomon. 

Indépendance politique et monnayage autonome étaient, on l'a 
vu, chez les anciens, deux termes inséparables. Aussi les premières 
lettres de franchise des rois Syriens adressées à Simon Macchabée 
— en supposant leur texte authentique — accordaient-elles expres- 
sément aux Juifs le droit de battre monnaie l ; mais aucun docu- 
ment n'indique que Simon ait fait usage de ce droit 2 , et effective- 
ment je ne crois pas que nous possédions de monnaie de ce prince : 
les pièces qui portent le nom de Simon tout court, ou de Simon 
tmsi Israël, appartiennent au faux Messie Barcochébas, contempo- 
rain d'Adrien ; les sicles d'argent, au nom de Jérusalem, souvent 
attribués à Simon, se placent, à mon avis, sous la première révolte 
des Juifs au temps de Néron. 

Le premier prince juif qui ait battu monnaie est donc Jean 
Hyrcan I er , fils et successeur de Simon (135-106). Ce prince et ses 
successeurs ne frappèrent que des pièces de bronze destinées à une 
circulation purement locale. La raison en est simple. D'abord la 



1 Voir la lettre d'Antiochus Vîl Sidétès à Simon, I Maccab., xv, 2-9. La 
leçon y-cal èTtÉTpsJ/âv a0l Troir.acu xou.u.a îoiov vd|.ucru.a rfl /topa cou me paraît 
préférable à ZT.étç,e<l>a. Antiochus fait allusion aux termes, d'ailleurs inconnus, du 
décret de Démétrius II. 

- On sait même (I Maccab.. xv, 25— 4l) qu'Antiochus Sidétès ne tarda pas à 
annuler toutes les concessions qu'il avait faites aux Juifs. 



LES MONNAIES JUIVES CXC1II 



lettre des privilèges n'autorisait probablement pas les Hasmonéens 
à monnayer de l'argent ; ensuite, une pareille monnaie, avec ses 
types austères et ses légendes hébraïques, n'aurait eu aucune chance 
d'être reçue en dehors de son pays d'origine, tandis que, inverse- 
ment, la monnaie grecque — royale ou municipale — circulait 
partout en Judée et suffisait parfaitement aux besoins du commerce 
juif. On a déjà vu que les taxes du temple s'acquittaient toujours 
en monnaie tyrienne : bien certainement, s'il avait existé à cette 
époque des sicles juifs, c'est à ceux-ci que les rabbins auraient 
donné la préférence. 

Nous avons conservé un assez grand nombre de monnaies de 
bronze des Hasmonéens. Elles sont de modules divers, les plus 
grandes étant les dernières. Les types en sont scrupuleusement 
conformes à la tradition mosaïque et ne représentent que des objets 
inanimés : car si les Juifs ne répugnaient pas à Y emploi de mon- 
naies figurées fabriquées par des païens, même pour les taxes 
sacrées, en revanche, ils auraient cru contrevenir à la défense du 
Décalogue s'ils avaient fabriqué eux-mêmes des monnaies de ce 
genre. Les types de ces bronzes sont d'ailleurs insignifiants et 
empruntés, pour la plupart, aux monnaies contemporaines des Pto- 
lémées ou des Séleucides : couronne, corne d'abondance, fleur, 
ancre, astre, palme 1 . Quant aux légendes, elles sont de deux 




Fig. G. 

sortes. Sur les plus anciennes pièces, comme celles de Jean Hyr- 
can I er (fig. 6) et de Juda Aristobule, ainsi que sur quelques-unes 
des pièces de leurs successeurs 2 , la légende est purement hébraïque 



1 On attribue au dernier Hasmonéen, Antigone, de petites monnaies au type du 
candélabre à sept branches (Madden, op. cit., p. 102, n 03 8-9), mais l'attribution 
n'est rien moins que certaine. 

Alexandre Jannée, Jean Hyrcan II, Antigone. 



CXCIV ACTES ET CONFERENCES 

et ainsi conçue : X... (Yohohanan ou Yclitnht) Hahkohm hag- 
gadol ve Helcr ha Ychudim, c'est-à-dire : « X... grand prêtre et 
la communauté des Juifs. » On trouve aussi quelquefois Rosh 
llebcr', ce chef de la communauté »; dans ce cas, la formule repro- 
duit absolument le titre officiel que le livre des Macchabées donne 
à Simon ! . 

Sur les pièces plus récentes, au contraire, à partir d'Alexandre 
Jannée (105-78), la légende est souvent bilingue : hébraïque sur 
une face, grecque sur l'autre. Sur l'une, le prince figure avec son 
nom juif, sur l'autre avec un nom hellénique, arbitrairement 
choisi. Ainsi, Alexandre Jannée s'intitule d'une part Yehonatan 
hammclclch (le roi Jonathan) de l'autre BaciXéwç "A^âvôpou (le roi 
Alexandre) (fig. 7) 2 . 




Fig. 7. 

Plus bizarement encore, le dernier prince de la dynastie, Anti- 
gone (40-37), prend le titre de grand prêtre sur la face hébraïque 
[MattaMa haJcJcohen liaggadol, Héber ha Yéhudim) et celui de roi 
sur la face grecque (Baai^éwç 'Avciycivou). C'est un véritable maître 
Jacques que ce roi-prêtre. Ses monnaies (fig. 8), qui nous révèlent 
son nom hébreu^ inconnu des historiens, sont les seules de la série 
qui portent des dates régnales : elles sont indiquées par la lettre 
shin (initiale de shenat, année) suivie d'un aleph (an 1) ou d'un 
bet (an 2). 

On voit que les légendes des monnaies hasmonéennes confirment 
pleinement les renseignements de Josèphe sur l'histoire de cette 

1 EtcI Ettxiovoî àp^iepéwç [XteyocXou xort aTpaxriyoû xal rjyoufAévou louSaîtov. 
I Maccab., xm, 41-42. 

2 Les rares monnaies de la reine Alexandra, veuve et héritière d'Alexandre 
Jannée, étaient probablement aussi bilingues, mais la légende hébraïque est de- 
venue illisible. On, sait que cette reine s'appelait de son nom hébreu Salomé. 
(Derenbourg, Histoire de la Palestine, p. 102.) 



LES MONNAIES JUIVES CXCV 



dynastie : d'abord scrupuleux serviteurs de la théocratie, purement 
juifs et prêtres, les descendants des Macchabées s'émancipent peu 
à peu de la tutelle des Pharisiens, s'intitulent rois et manifestent 
ces mêmes tendances helléniques contre lesquelles leurs ancêtres 




avaient été les premiers à s'insurger. L'écriture de ces légendes 
n'est pas moins intéressante que leur contenu. On a longtemps ap- 
pelé ce caractère alphabet samaritain parce qu'on croyait que les 
juifs l'avaient emprunté à leurs voisins de Samarie ; on sait aujour- 
d'hui qu'il représente, au contraire, la forme primitive, palestinienne 
de l'alphabet hébreu ; il se rapproche, en effet, singulièrement de 
l'écriture des plus anciennes inscriptions hébraïques, la stèle de 
Mésa et l'inscription de Siloé. Cet alphabet, consacré par la tra- 
dition, est resté le seul en usage sur les monnaies purement juives, 
même après que l'alphabet carré, venu de Babylone, se fut introduit 
dans l'usage courant : entre les monnaies de Jean Hyrcan (135 
avant J.-C.) et celles de Barcochébas (135 après J.-C.), il n'y a 
aucune différence . paléographique appréciable 1 . On peut affirmer 
que toute monnaie juive écrite en hébreu carré est une falsificatmi 
moderne. 



1 II faut renoncer à chercher une indication chronologique dans la forme poin- 
tue ou arrondie du shin. On a beaucoup de médailles des révoltes où le shin 
affecte la première forme sur une des faces et la seconde sur l'autre. D'autre 
part le shin arrondi figure déjà sur les bronzes de Jean Hyrcan I, et ceux d'An- 
tigone ont un shin semblable à un digamma renversé, qui ne se trouve nulle 
part ailleurs. 



CXCVI ACTES ET CONFERENCES 



III 



La dynastie hasmonéenne finit, comme la plupart des dynasties 
orientales, dans le sang et l'imbécillité : les derniers princes de cette 
race furent ou des tyrans féroces, comme Alexandre Jannée, ou des 
grands prêtres à moitié stupides, comme Jean Hyrcan IL A deux 
reprises différentes, les guerres civiles des Juifs nécessitèrent l'in- 
tervention armée des Romains, qui, en G4 av. J.-C, avaient conquis 
la Syrie et succédé aux Séleucides en qualité de suzerains des Juifs. 
En 63, Pompée, pris comme arbitre entre les deux frères Hyrcan et 
Aristobule, se prononça en faveur d'Hyrcan et prit d'assaut Jérusa- 
lem, défendue par les partisans de l'autre prétendant. En 3*7, un 
lieutenant de Marc-Antoine, C. Sosius, conquit de nouveau Jérusa- 
lem, où le fils d' Aristobule, Antigone Mattathias, s'était installé 
avec l'appui des Parthes ; le dernier descendant des Macchabées fut 
fait prisonnier, mené à Antioclie et décapité, après avoir subi le 
supplice des verges. 

Deux curieuses monnaies romaines nous ont conservé un souve- 
nir de ces événements. La première (fig. 9) est un denier d'argent 
portant le nom d'Aulus Plautius, qui fut édile curule a^vec Plancius 
en 54 av. J.-C; ce Plautius, chaleureux partisan de Pompée, avait 
été probablement l'un de ses lieutenants pendant son expédition de 
Syrie. Sur le revers de son denier on voit un personnage à genoux, 
tendant un rameau de suppliant et tenant un chameau par la 
bride ; autour, la légende Bacchius Judaeus. Ce type est exacte- 
ment copié sur les monnaies de Scaurus, frappées quelques an- 
nées auparavant, et qui commémoraient la victoire de ce général 
(autre lieutenant de Pompée) sur Arétas, roi des Nabatéens : la lé- 
gende était ici Rex Aretas. Nul doute que Bacchius judaeus ne soit 
quelque principicule plus ou moins juif de Syrie, dont la soumis- 
sion avait été l'œuvre de Plautius ; les textes ne nous parlent pas 
de ce personnage, mais on sait qu'au moment du passage de Pom- 
pée il existait, dans la région du Liban, plusieurs dynastes de 
ce genre, tenant le milieu entre le chef de brigands et le roi. 



LES MONNAIES JUIVES 



CXCV1I 



L'un d'eux, mentionné par Josèphe *, s'appelait Dionysios : Bac- 
chius ne serait-il pas tout simplement la traduction latine de ce 



nom grec 




Fig. 9. 

Le bronze de Sosius (fig. 10) est encore plus intéressant, car il a 
servi de prototype aux fameuses monnaies de Vespasien avec la 
légende Judaea capta. Le revers représente un trophée dressé entre 
un prisonnier juif enchaîné (Antigone) et une captive juive, per- 
sonnification de la Judée. Autour, le nom du vainqueur : G. Sosius 
imp (erator). Sur la face de la médaille, le portrait d'Antoine et 
les lettres Za, initiales du mot Zacynthus, l'île ionienne où fut 
frappé notre bronze. 




Fig. 40. 

A la place des Hasmonéens, dont la descendance masculine était 
éteinte, les Romains mirent sur le trône de Judée l'Iduméen Hérode, 
dont le père Antipater avait été déjà le « maire du Palais » 
d'Hyrcan IL Hérode régna trente-trois ans et fut un despote actif, 
cruel et fastueux. Au point de vue politique, il se montra le très 
docile vassal des Romains; comme la plupart des autres princes 
vassaux, il ne fut autorisé qu'à frapper des monnaies de bronze. 
Quoique peu enclin au pharisaïsme et probablement peu croyant 



1 Josèphe, Ant., XIV, 3, 2. Il était tyrau de Tripolis. Son voisin Silas est 
formellement qualifié de juif. 

ACT. ET CONF., T. I. \'6 



i:\cviii 



ACTES ET CONFÉRENCES 



lui-môme, Hôrode respecta le sentiment national dans le choix do 
ses types monétaires; il n'y fit figurer que des objets inanimés, les 
uns empruntés aux bronzes hasmonéens (palme, couronne, corne 
d'abondance), les autres nouveaux (trépied, casque, acrostolion), ac- 
cusant parfois des prétentions à une origine macédonienne (bouclier 
macédonien). Les pièces les plus remarquables (fig. 11) sont celles 
qui portent une date régnale (an 3) et un monogramme, qui est une 




Fig. U. 

marque de valeur (initiales du mot Tpfya^xov). Sur toutes ces mon- 
naies, comme sur celles des autres princes de la dynastie iduméenne, 
la légende est purement grecque : Bacu^Éwç 'HptoSou, « le roi Hérode » 
(on sait qu'à partir d'Hérode les fonctions de roi et de grand prêtre 
furent rigoureusement séparées). L'emploi exclusif de la langue 
hellénique prouve combien la connaissance de cette langue était 
répandue parmi les Juifs. 

Vers la fin de sa vie, Hérode paraît s'être départi de ses ména- 
gements habituels envers les sentiments ou les préjugés religieux 




de ses sujets. III planta un aigle d'or sur le fronton du temple de 
Jéhovah et, peu de jours avant sa mort, il étouffa dans le sang une 
révolte que provoqua cet emblème païen ' . On attribue à cette 
période agitée quelques petits bronzes au revers desquels figure un 
aigle (fig. 12). 

1 Josèphe, Ant. jud., XVII, 2, et B. jud., I, 33, 2. 



LES MONNAIES JUIVES . CXCIX 



Hérode mort, ses états furent partagés entre ses fils, qui durent 
se contenter des titres plus modestes de iètrarque et à'ethnarque. 
Hérode Philippe régna sur les territoires de l'est et du nord-est 
(Eatanée, Trachonitide, Haouran), à la lisière du désert ; Hérode 
Ani ipas eut la Galilée et la Pérée ; la Judée proprement dite fut 
attribuée au fils aîné, Hérode Archélaùs. Les deux premiers princes 
eurent un régne prolongé; leurs monnaies, peu intéressantes, n'ap- 
partiennent pas, à proprement parler, à la numismatique juive. 
Toutes ont des dates régnales et des légendes grecques : « Hérode 
(ou Philippe) tétrarque » d'un côté, le nom de l'empereur régnant 
de l'autre *. Quant aux types, les bronzes d'Antipas ont la palme et 
la couronne, ceux de Philippe (fig. 13], frappés dans un pays où la 
population juive était en minorité, se sont affranchis de l'observation 
du précepte du Décalogue sur la figuration d'êtres vivants : ils 
représentent d'un côté la tête de l'empereur, de l'autre un temple 
tétrastyle, sans doute le temple d'Auguste bâti par Hérode le Grand 
dans la ville de Césarée-Panias, où résidait Philippe. 




Revenons à Jérusalem. Hérode Archélaùs, le fils d'Hérode le 
Grand, y frappa des monnaies en bronze semblables à celles de son 
père, avec la légende grecque « Hérode ethnarque » et des types 
aussi nombreux qu'insignifiants 2 . Au bout de dix ans, ce tyran bru- 
tal se rendit si impopulaire que les notables juifs demandèrent et 
obtinrent sa déposition : Archélaùs fut exilé à Vienne en Gaule, et 
la Judée réduite en province (6 apr. J.-C). Cependant la dynastie 
iduméenne devait encore fournir un souverain à la Judée. Trente 
ans après la déposition d'Archélaùs, un petit-fils d'Hérode, Agrippa, 

1 Sur quelques monnaies d'Antipas, le nom de l'empereur est remplacé par 
celui de la capitale (Tibériade). C'est un billon municipal. 

2 Grappe, casque, caducée, ancre, proue, corne d'abondance, couronne, galère. 



CC ACTES ET CONFERENCES 

qui, élevé à Rome, avait su se rendre agréable à Caligula, obtint de 
celui-ci les tétrarchies d'Antipas et de Philippe, devenues vacantes 
par la mort ou l'exil de leurs titulaires (37-40). Après la mort de 
Caligula et l'élévation de Claude, à laquelle il avait contribué, il y 
ajouta la Judée elle-même. Agrippa réunit ainsi sous son sceptre 
toutes les possessions de son aïeul, et fut autorisé à prendre le titre 
royal. Cet ancien libertin fut un roi selon le cœur des pharisiens. 
Ses monnaies proprement juives (fig. 14) présentent au droit le type 
singulier d'un parasol, qu'on a pris aussi pour un tabernacle ; au 
revers, trois épis, symbole de prospérité. Il s'y intitule en grec 
« le roi Agrippa » et y marque une date régnale. 




Fig. u. 

Outre ces monnaies, destinées à circuler en pays juif, Agrippa 
frappa des pièces beaucoup moins orthodoxes où figurèrent des 
types absolument païens (Victoire, Fortune, etc.), le portrait de 
l'empereur régnant, quelquefois même celui d'Agrippa et de son 
fils à cheval. Sur quelques-unes, comme sur ses inscriptions lapi- 
daires, il s'intitule pompeusement « le grand roi Agrippa, ami de 
César » (Baai^eù; jxéyaç 'AypfTtiraç tpi>vo'xataap). Ces monnaies n'étaient 
sans doute destinées qu'à circuler dans les anciennes tétrarchies 
d'Agrippa ou dans les villes du littoral, où la population était très 
mêlée; la plupart portent, en effet, le nom d'une ville nouvelle, 
Césarée ou Tibériade. 

Enfin, un troisième type est représenté par une pièce fort sin- 
gulière, qui paraît moins une monnaie proprement dite qu'une 
médaille commémorative de l'avènement d'Agrippa et de son 
alliance avec les Romains. Elle nous montre, d'un côté, le roi 
couronné par deux figures féminines, avec la légende « le roi 
Agrippa, ami de César », de l'autre, deux mains jointes dans une 
guirlande — symbole d'un traité d'alliance — et une longue ins- 



LES MONNAIES JUIVES CCI 



cription : « Amitié et alliance du roi Agrippa avec le Sénat et le 
peuple romain. » 

Agrippa I er ne régna en Judée que quatre ans. A sa mort (44) 
son royaume fut pour la seconde fois réduit en province romaine. 
La Judée proprement dite ne changea plus jamais de condition 
politique ; quant aux autres territoires — tétrarchies d'Antipas et 
de Philippe — elles furent, une fois de plus, constituées en prin- 
cipauté en faveur du fils d' Agrippa, Agrippa II (le frère de la 
fameuse Bérénice), dont la vie se prolongea plus d'un demi-siècle 
(jusqu'en 100). Mais quoique Agrippa II fût israélite et conservât 
quelques droits sur Jérusalem, notamment celui d'habiter le palais 
des Hérode et de nommer le grand prêtre, sa numismatique, 
comme sa politique, n'eut rien de national, et ce n'est que par 
un abus de langage que l'on a pu compter ses monnaies parmi 
les monnaies juives 4 . Il en est de même des monnaies contempo- 
raines du « royaume » de Chalcis dans le Liban, où régna une 
branche latérale de la famille des Hérode 2 . 



IV 



On a vu qu'à -deux reprises différentes — après la déposition 
d'Archélaùs et à la mort d' Agrippa I er — , la Judée fut réduite en 
province par les Romains. Cette province, avec Césarée pour chef- 
lieu, était gouvernée par un fonctionnaire d'ordre assez inférieur, le 

Les monnaies d'Agrippa II sont autonomes ou impériales, mais ni les unes 
ni les autres ne sont conformes à la loi juive. Les premières ont au droit la tête 
dAgrippa, une main tenant des épis, ou une tête tourelée ; les secondes, la tête 
de l'empereur régnant, avec ses titres en grec ou en latin. Au revers, les types 
sont variés, mais sans intérêt. (Fortune, victoire, galère, couronne, palmier, au- 
tel, cornes d'abondances et caducée, ancre, cercle.) Il existe, en outre, des 
monnaies municipales de Césarée de Philippe (appelée maintenant «Néronias) 
et de Tibériade portant le nom d'Agrippa. Les monnaies de ce prince sont toutes 
datées, mais ses domaines ayant varié plusieurs fois, il a adopté ides ères dif- 
férentes qui offrent de grandes complications. 

2 Hérode I er , frère d'Agrippa I er (41-48); son fds Aristobule et la reine Sa- 
lomé (Babelon, Revue numismatique, 1883, p. 145 ; Imhoof, Portrâtkôpfe, VI, 
21, 22). 



CCI! ACTES ET CONFÉRENCES 

procurateur, qui dépendait, au point de vue militaire, du légat de 
Syrie. La monnaie d'or et d'argent romaine supplanta peu à peu, 
à. cette époque, la monnaie grecque des périodes précédentes. Il 
est bien encore question de drachmes attiques, de statures tyriens 
— spécialement affectés au paiement des taxes religieuses — , mais 
la monnaie courante du commerce est le denier romain, légalement 
assimilé d'ailleurs à la drachme attique. C'est une pièce de ce 
genre (fig. 15) que les pharisiens et les « hérodiens >), — c'est-à-dire 
les partisans de la république théocratique et ceux de la dynastie 
iduméenne — montrèrent à Jésus en lui demandant s'il était permis 
de payer le tribut. « De qui est cette image et cette inscription ? 
leur dit-il. — Ils répondirent : de César. — Rendez donc à César 
ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu l . » 




Fig. 15. 

Outre ces deniers d'argent, il y avait encore à Jérusalem une 
monnaie divisionnaire de bronze, émise par les procurateurs à l'i- 
mitation des princes Hasmonéens et Icluméens. Elle portait en 
grec le nom de l'empereur régnant — auquel était parfois associé 
ou substitué le nom de la mère de l'empereur, de sa femme ou de 
ses fils — et une date régnale. Cette monnaie circulait seulement 
en Judée et était probablement fabriquée par des ouvriers juifs ; 
c'est pourquoi, sans doute, les procurateurs n'y firent figurer que 
des emblèmes inanimés, conformes à la loi mosaïque (épi, palme, 
palmier, corne d'abondance, diota, vase couvert, couronne, etc.). 
Je reproduis ici (fig. 16) une pièce du procurateur Ponce Pilate, 
frappée l'année de la Passion (an 18 de Tibère, 32 ans après J.-C). 
Les types sont la couronne de laurier et le Utuus ou bâton 
d'augure. 

1 Mathieu, xxvi, 14. 



LES MONNAIES JUIVES CC1II 



Si les procurateurs avaient montré autant de tolérance dans 
le reste de leur administration que dans leur monnayage, la Judée 
se serait facilement résignée à la perte de son indépendance. Mais 
des maladresses nombreuses, parfois même des actes de persécution 




Fig. 16. 

véritables, froissèrent le sentiment religieux ; l'avarice ou l'injus- 
tice de certains gouverneurs achevèrent d'exaspérer les Juifs, déjà 
surexcités par ]a rivalité des partis et l'effervescence messianique. 
La tyrannie des uns croissait dans la même mesure que le fana- 
tisme des autres; un jour vint enfin où la mesure fut comble et où 
la révolte du désespoir éclata. Elle fut accompagnée d'excès déplo- 
rables, mais Tacite lui-même reconnaît que les premiers toits 
étaient du côté des Romains « duravit patienUa Judasis usque ad 
Gcssium Florum. . . 1 » 

La révolution juive commença le 17 Iyar (mai) 66, jour où 
le gouverneur romain fut chassé de Jérusalem 2 ; elle se termina le 
8 Eloi'l (septembre) 70, jour où les derniers quartiers de la ville 
furent repris par les soldats de Titus 3 . Elle dura donc quatre ans 
et quelques mois. Dans cet intervalle, les Juifs furent maîtres de la 
Palestine entière (Judée, Samarie et Galilée) jusqu'à la fin de 67, 
d'une partie de la Judée jusqu'au milieu de 69, de Jérusalem seule- 
ment et de quelques moindres forteresses pendant la dernière 
année. Ces dates, on le verra, ont leur importance pour notre 
sujet. 

La première révolte juive nous a laissé des pièces d'argent et de 
bronze. Les pièces d'argent se sont retrouvées en assez grand 



1 Tacite. Hist., V, 10. 
■ Josèphe, B. Jud., II, 11), 3-0. 

3 Ihid., VI, 8. "). Ou sait que le temple avait été brûlé dès le 10 Ab (août) et 
nou le 9. (là., VI, k, 5.) 



CC1V 



ACTES ET CONFÉRENCES 



nombre, notamment dans deux: cachettes, l'une à Jérusalem, 
l'autre à Jéricho. Ce sont là les sicïes et les demi-sicles qu'on a attri- 
bués successivement à un grand prêtre du temps d'Alexandre, à 
Esdras et à Simon Macchabée l . Le sicle (fig. 17) pèse en moyenne 
14 grammes ; il a pour types : au droit une coupe — et non pas le 




Fig. il. 

« pot de manne » du désert ; — au revers, un lis à trois fleurs — et 
non pas « la verge fleurie d'Aaron. » Les légendes, en anciens 
caractères hébraïques (dits samaritains), sont d'une part Shekel Is- 
raël « sicle d'Israël » , de l'autre Yerushalem Kedoshah « Jérusalem 
la sainte. » Au-dessus du type du revers, une date, marquée par 
une lettre numérale, qui, sauf pour l'an I, est précédée d'un slrin 
(initiale de shenat, année), comme sur les bronzes d'Antigone. 

Les demi-sicles, qui pèsent en moyenne 7 grammes, ont exac- 
tement l'aspect et' les types des sicles (fig. 18), seulement au droit 
la légende se lit : Hatzi ha Shekel « demi-sicle. » On a des sicles 




Fig. 18. 

des cinq années ; ceux de la quatrième sont rares, ceux de la cin- 
quième rarissimes et d'un travail hâtif. Quant aux demi-sicles, 
on n'en connaît que pour les quatre premières années. 



1 L'attribution des sicles à la première révolte des Juifs a déjà été proposée 
par Ewald (Gotting. Nachrichten, 1855, p. 109 122), et acceptée par Schùrer, 
Lehrhtch, l re éd., p. 3G5. 



LES MONNAIES JUIVES 



CGV 



Outre les sicles en argent, il existe encore quelques sicles en 
bronze des ans 3 et 4, exactement pareils aux pièces d'argent ; mais 
ce ne sont pas les seules pièces de bronze frappées pendant la pre- 
mière révolte. Nous en avons d'abord qui portent pour type 
(fig. 19) : une feuille de vigne (ou de figuier) et un vase à anse, avec 
ou sans' couvercle ; pour légende : Rend Zion « Liberté de Sion » 
et une date, en toutes lettres : Shenat Shetaim « an 2 », ou Shenat 
Shalosh « an 3 ». 




Fig. 19. 

Nous en avons d'autres (fig. 20) de trois modules différents, ayant 
pour type ordinaire Yetrog et les deux loulab, c'est-à-dire le cédrat 
et le bouquet de rameaux que les Juifs portaient dans la fête des 
tabernacles; à ces symboles s'ajoutent tantôt un palmier entre deux 
corbeilles de fruits, tantôt une coupe. Les pièces ont pour légende 
uniforme Ligullat Zion « Délivrance de Sion » et la date — en 
toutes lettres — Shenat Aria « an 4 » . La date est suivie de la 
marque de valeur : Hatzi « un demi-sicle » ; Relia, « un quart » (de 
sicle), ou d'aucune mention, suivant les modules. 




Fig. 20. 

Nous connaissons maintenant tous les types monétaires de la 
première révolte, et ce tableau se passe presque de commentaires. 
On voit qu'un des premiers soucis des chefs de la révolution vic- 
torieuse fut de frapper des monnaies d'argent — les premières 



GCV1 ACTES ET CONFÉRENCES 

que nous ayons rencontrées dans la numismatique juive — pour 
mieux afflrnier l'indépendance reconquise. Ces pièces étaient parti- 
culièrement destinées au paiement de la taxe du temple ; aussi 
furent-elles exactement calquées — comme poids, aspect et dimen- 
sions — sur les pièces ty tiennes qui avaient servi jusqu'alors à cet 
usage ; ce'les-ci commençaient d'ailleurs à devenir rares, le mon- 
nayage d'argent ayant cessé à Tyr en 56 ap. J.-C. l . Le demi-sicle 
était le montant de la contribution individuelle, le sicle servait 
pour deux contribuables, parents ou amis, à la fois : on voit par 
les textes que ce genre de paiement collectif était fréquent 2 . On 
emprunta aux pièces tyriennes, outre leur poids, leur légende : 
Yerusacdem Kcdosliah n'est que la traduction de l'inscription des 
statures de Tyr : Tupou tepâç xai àauXou. L'indication de la date est 
aussi, peut-être, une imitation de ces pièces ; mais elle trouvait déjà 
des précédents dans la numismatique juive. 

La nouvelle ère eut pour point de départ l'année 66, sans doute 
le 1 er nisan (avril) de cette année — commencement de l'année reli- 
gieuse — ; quoique la révolte n'eût éclaté qu'en mai. Cette remarque 
explique bien des faits qui ont embarrassé les savants. Si les sicles 
de la 4 e année sont rares, c'est que cette année-là commença 
le siège de Jérusalem et que l'argent dut bientôt se raréfier. Si les 
sicles de la 5 e année sont rarissimes, c'est que cette année ne dura 
en fait que quelques mois, la ville ayant été prise dès le mois d'août. 
Une raison analogue explique les sicles de bronze qu'on rencontre à 
partir de la 3 e année ; c'était sans doute une monnaie oosidionale, 
émise par le gouvernement anarchique de la cité. Il en est de même 
des bronzes « à Yetrog » de la 4 e année. Ces bronzes, comme l'in- 
diquent leurs légendes, ont une valeur légale de un demi, un quart 
(et probablement un sixième ou huitième) de sicle, quoique leur 
valeur intrinsèque soit à peu près nulle ; c'est une sorte de papier 
monnaie à cours forcé. Au contraire, les bronzes des ans 2 et 3 sont 
une monnaie divisionnaire ordinaire, analogue à celle que nous 

1 Madden (p. 294, note 4) cite un statère tyrien de Tan 65 ; il y a là, peut-être, 
une erreur de lecture. 

2 Mathieu, xvn, 24-27, où Jésus et Pierre paient un statère pour s'acquitter 
ensemble. 



LES MONNAIES JUIVES CCVJl 



avons vue aux époques précédentes. Ces différences de destination 
expliquent les différences de types et de modules entre les deux 
classes de bronzes. 

Les types de toutes ces monnaies révolutionnaires sont naturel- 
lement conformes aux lois mosaïques et, de plus, assez heureuse- 
ment choisis. La feuille de vigne, la fleur de lis rappellent deux 
des principaux produits végétaux du pays. La coupe et le vase re- 
présentent grossièrement les ustensiles sacrés du temple. L'etrog 
et les louldb font allusion à l'une des cérémonies les plus impor- 
tantes du culte juif, qui pendant ces années exaltées, où une grande 
partie du peuple des campagnes s'était réfugiée à Jérusalem, de- 
vait se célébrer avec un éclat extraordinaire. 



Après quatre ans et demi de durée, la révolution juive fut étouffée 
dans le sang. Non-seulement il ne fut plus question de l'indépen- 
dance d'Israël, mais la Palestine devint une province spéciale 
occupée par une légion romaine (la X a Fretensis , dont il reste 
des monnaies); la ville sainte et le temple incendié restèrent en 
ruines. Les Romains célébrèrent leur victoire, chèrement achetée, 
par l'érection de l'arc de Titus et par de nombreuses monnaies de 
tout métal et de tout module, dont les types font allusion à la ré- 
pression de l'insurrection juive. Ces monnaies, frappées au nom et 
à l'effigie des empereurs Vespasien, Titus et Domitien, semblent 
s'être inspirées de la monnaie de Sosius citée plus haut, qui commé- 
morait la défaite du dernier des Hacchabée*s. Le type le plus ordi- 
naire représente une captive — la Judée — assise ou debout, au 
pied d'un palmier ou d'un trophée. De l'autre côté de ce motif cen- 
tral, on voit tantôt, comme sur la monnaie de Sosius, un prisonnier 
juif, tantôt (fig. 21) l'empereur victorieux, en costume militaire. 
Dans une autre classe de monnaies, le type est la Victoire écrivant 
le nom de l'empereur sur un bouclier qu'elle appuie contre un pal- 
mier. La légende — Judaea dévida sur les pièces d'or et d'argent 



CGVIIJ 



ACTES ET CONFKHKNCES 



(parfois en grec : IOTAAIAS EAAQKriAE), Judœa capta sur les bronzes 
— no laisse aucun doute sur la signification de ces symboles 
transparents l . 




Dans l'intervalle de soixante ans qui sépare les deux insurrections, 
nous trouvons encore deux monnaies romaines qui se rattachent 
étroitement à l'histoire juive. L'une est le grand bronze de Nerva 
(96-98) (fig. 22), dont le revers présente l'image d'un palmier, avec 
la légende : Fisci judaici calumnia sullata (suppression des déla- 
tions du fisc judaïque). Le fisc judaïque n'était autre chose que 
l'impôt du demi-sicle (ou du didrachme) par tête, payé naguère par 




Fig. %% 

tout fidèle au temple de Jérusalem, et que les Romains, maintenant 
que le temple n'existait plus, réclamaient à leur profit : les Juifs 



1 Une pièce unique avec la légende Judea navalis (Cohen, Monnaies impé- 
riales, i, 365) fait allusion aux victoires navales que les Romains remportèrent 
sur les pirates juifs de Joppé et sur les malheureux qui tâchaient de s'enfuir sur 
le lac de Génésareth (Josèphe, III, 9). 



LES MONNAIES JUIVES 



CCIX 



abhorraient, avec raison, cette taxe impie, dont le produit était 
versé au trésor de Jupiter Capitolin à Rome ; aussi s'efforçaient- ils 
de dissimuler leur qualité d'israélites pour se soustraire au paie- 
ment. Ces dissimulations entraînèrent des délations, des poursuites 
vexatoires et des visites... plus que domiciliaires. Le bronze de 
Nerva, qui appartient à une époque d'apaisement relatif, com- 
mémore la suppression de ces abus (Caïumnia), sinon de la taxe 
elle-même. 

Le bronze d'Adrien (fig. 23), frappé sous son 3 e consulat (130), 
n'est pas moins curieux. C'est un souvenir du voyage que cet em- 
pereur nomade fit en Judée et de l'empressement — officiel — avec 
lequel il y fut accueilli. On y voit la Judée, suivie de ses enfants, 
s'avançant vers Adrien, une patère à la main, pour offrir une 
libation sur l'autel où monte déjà la flamme ; derrière elle marche 
un bœuf, victime désignée pour le sacrifice. Légende : « La Judée 
à la rencontre de l'empereur. » 




Fig. %5. 



Ces visites impériales, cet enthousiasme de commande, c'était le 
calme qui précédait l'orage. Déjà à la fin du règne de Trajan, 
une sanglante insurrection avait éclaté parmi les colonies juives 
de la Mésopotamie, de Chypre, de l'Egypte et de la Cyrénaïque. 
A la suite du voyage d'Adrien et d'actes de provocation, dont le 
détail est mal connu, les Juifs de Palestine prirent les armes à leur 
tour (133). La révolte fut longue et acharnée ; elle eut pour chef 
un aventurier que les textes appellent Barcochébas (Bar Cochla) 
« le fils de l'étoile », soit par une altération de son nom véritable 
(Bar Coziba?), soit par allusion à la prophétie de Balaam : « Une 



CCX ACTKS BT CONFERENCES 

étoile est procédée de Jacob et un sceptre s'est élevé d'Israël ; il 
transpercera les chefs de Moab et il détruira les enfants de Seth 1 . » 

Barcochébas se faisait, en effet, passer pour le Messie, et il fut re- 
connu pour tel par l'illustre docteur Akiba. Celui-ci et un autre 
rabbin, Eléazar de Modéin, oncle de Barcochébas, que son neveu 
finit par soupçonner de trahison et tua d'un coup de pied, furent 
d'ailleurs les seuls docteurs notables qui prirent parti pour l'insur- 
rection ; le reste du sanhédrin se tint à l'écart. Les rebelles, qui 
étaient au nombre de 200,000, après "avoir occupé de nombreuses 
places et probablement même Jérusalem, furent traqués de repaire 
en repaire et finalement exterminés dans la forteresse de Béthar, 
leur dernier refuge (135). 

Comme ses prédécesseurs, les insurgés de 66, Barcochébas affirma 
l'indépendance de la Judée en frappant monnaie ; mais son in- 
surrection eut un caractère bien différent de la première et cette 
différence se traduit dans les types et les légendes monétaires. 

En premier lieu, les insurgés de 66 étaient des pharisiens exaltés 
(zélateurs), démocrates jaloux, indisciplinés et niveleurs ; aussi leur 
monnaie ne porte-t-elle aucun nom propre. Très duces, tôt exercitus, 
dit Tacite; les partisans d'Eléazar> fils de Simon, auraient refusé 
de se servir de la monnaie de Simon Bargioras, ceux de Bargioras 
n'auraient pas voulu de la monnaie de Jean de Giscala. Le nom 
sacré de Jérusalem mettait tout le monde d'accord, Au contraire, 
Barcochébas paraît avoir été dictateur absolu; il visait clairement 
à la royauté, et comme son oncle, Eléazar, était originaire de 
Modéïn, patrie des Macchabées, il n'est nullement impossible que 
Barcochébas rattachât son origine à la famille royale des Hasmo- 
néens 2 . Aussi fit-il figurer son propre nom sur l'immense majorité de 
ses monnaies, mais ce nom n'est pas celui que lui donnent les textes 
païens, chrétiens ou talmudiques, — celui-ci n'est qu'un sobriquet ou 
un patronymique, — mais le nom de Simon, que les médailles seules 
nous font connaître. Le nom de Simon établissait un lien de plus 

1 Nombres, xxiv, 17. 

* Dans le texte inintelligible de Syncelle (p. 660, 18 : Xo^eêaç tiç ô (j.ovoy£v?iç 
TriyetTo) il est possible que se cache le mot Affa[xcovoYev7)ç, « descendant des 
Asmonéens. » 



LES MONNAIES JUIVES CCXI 



entra notre insurgé et son prototype, Simon Macchabée ; on ne doit 
pas trop s'étonner qu'il n'ait pas été transmis par les textes", car 
nous savons par d'autres exemples que les personnes qui portaient 
des noms très communs étaient habituellement désignées par leurs 
patronymiques, pour éviter la confusion. C'est ainsi que, dans la 
première insurrection, Simon Bar-Gioras est-appelé par Dion Cassius 
Bargioras, tout court, et Tacite lui donne même par erreur le 
« prénom » de Jean l . 

Une seconde différence entre Barcochébas et les premiers insur- 
gés, c'est que ceux-ci étaient en possession des trésors du temple 
de Jérusalem et purent y puiser abondamment — au moins pendant 
les premières années — le métal nécessaire à la fabrication des 
flans de leurs pièces. A l'époque de Barcochébas, temple et trésor 
n'existaient plus, les insurgés étaient de pauvres gens qui n'avaient 
guère d'autre argent que celui qu'ils enlevaient. Cet argent leur 
arrivait sous la forme de deniers romains et c'est sous cette forme 
qu'ils le conservèrent : ils se contentèrent de le surfrapper avec des 
coins orthodoxes de leur façon, pour faire disparaître les types et 
inscriptions qui rappelaient un régime odieux. Tous les deniers de 
Barcochébas sont des deniers romains surfrappés, et la surfrappe 
a même été quelquefois si hâtive que l'ancienne légende est en- 
core visible au bord du flan : ce sont même ces pièces, où l'on a pu 
déchiffrer les noms d'empereurs romains postérieurs à la première 
révolte (Galba, Vespasien, Trajan, etc.), qui ont permis d'attribuer 
d'une façon certaine à Barcochébas les deniers de Simon. Bien en- 
tendu, les pièces où la surfrappe n'est pas apparente, ayant exacte- 
ment le poids, les types, les légendes des autres, appartiennent à 
la même époque et ne sont elles-mêmes que des deniers surfrappés, 
mais avec plus de soin : les numismatistes n'auraient jamais dû s'y 
tromper. 

Ces observations générales me permettent d'être très bvd dans 
l'énumération des types monétaires de Barcochébas. Son monnayage 
comprend des pièces d'argent et de bronze. Les premières sont, tout 
d'abord, les deniers romains surfrappés dont il vient d'être question 



1 Tacit., Eist., V, 12; Dion, XVI, 7. 



CCXII 



ACTES ET CONFERENCES 



(fig. 24). Los types sont, au droit, la couronne ou la grappe, au re- 
vers, un vase et une palme, une palme seule, une lyre, ou deux 
trompettes (instruments sacrés qui sont aussi représentés sur l'arc 




Fig. 2i. 

de Titus). La légende du droit est invariablement Simon (nom 
quelquefois orthographié d'une façon bizarre) ; au revers Sh (enat) 
oet lehcr(u.t) Israël oc an 2 de la liberté d'Israël », ou Leherut Ye- 
rushalem « liberté de Jérusalem » . Les pièces avec cette dernière 
légende, qui ne se distinguent en rien des autres, paraissent avoir 
été frappées à Jérusalem et confirment ainsi l'indication fournie 
par plusieurs textes, que les insurgés furent pendant quelque temps 
maîtres des ruines de cette ville. 

C'est aussi par une occupation temporaire de Jérusalem et par un 
projet de relèvement du temple qu'il faut expliquer l'existence d'un 
certain nombre de skies frappés pendant la première révolte (fig. 25). 
C'est une monnaie archaïsante, destinée à permettre aux juifs pieux 




Fig. 25. 

de payer le montant exact de la taxe du temple de Jérusalem, 
conformément aux anciennes prescriptions *. Cette destination 



1 Ces sicles eux-mêmes sont, en partie du moins, refrappés sur des tétra- 
drachmes gréco-romains (d'Antioche). Les tétradrachmes d'Antioche sont frappés 
d'après le système attique, mais on a déjà vu que, par suite de la dépréciation 



LES MONNAIES JUIVES CCX11I 



est bien indiquée par le type de ces sicles : un portique à quatre 
colonnes, représentation idéale du temple de Jérusalem, qu'on 
se proposait de rebâtir. Au-dessus du temple figure parfois une 
étoile, qui peut être une allusion au surnom messianique de Simon 
« fils de l'étoile ». Le type du revers, etrog et loulab, est un sou- 
venir des types analogues de la première révolte. Quant à la 
légende, le droit présente tantôt le nom de Jérusalem, tantôt celui 
de Simon ; le revers, soit Shenat ahat ligullat Israël « an 1 de 
la délivrance d'Israël », soit Sh(enat) Bet leher[ut) Israël « an 2 
de la liberté d'Israël », soit tout simplement Leherut Yerushalem 
« liberté de Jérusalem » . 

Il est essentiel de remarquer que le nom de Simon ne figure ja- 
mais sur les sicles de la première année. La même observation 
s'applique d'ailleurs aux deniers : tous les deniers datés de Simon 
portent la date an 2 . Qui donc était le monétaire principal de 
Van 1 ? La réponse a été fournie par la découverte assez récente 
des deniers suivants (fig. 26), en très petit nombre d'ailleurs, ayant 
pour types le vase et la palme d'une part, la grappe de l'autre ; 
pour légendes Eleazar haMohen (Éléazar le prêtre) et Shenat ahat 




Fig. 26. 

ligullat Israël (An 1 de la délivrance d'Israël). Ces deniers sont 
contemporains de ceux de Simon — comme le prouvent certaines 
pièces hybrides où l'on voit associés les droits ou les revers de 
pièces des deux chefs ; — ils nous apprennent que pendant la pre- 
mière année, Simon Barcochébas, chef militaire de l'insurrection, 
s'effaça devant le chef religieux, Éléazar, que les rebelles avaient 



progressive, le tétradrachme attique élait descendu au poids du statère tyrien, 
lequel ne se frappait plus. Barcochébas pouvait donc, sans erreur notable, accep- 
ter ces tétradrachmes pour des sicles. 

ACT. KT CONF., T. 1. 1b" 



CCX1V 



ACTES ET CONFERENCES 



sans doute nomme' grand prêtre : le prêtre Éléazar est proba- 
blement identique au rabbin Éléazar de Modéïn, oncle de Bar- 
cochébas, dont il vient d'être question. 

11 existe aussi des bronzes d'Eléazar, également de la première 
année ; l'inscription (fig. 27) est la même que sur les deniers, les 
types (palmier et grappe) presque identiques. 




Fig. 37. 

Reste à mentionner les nombreux bronzes de Barcochébas, dont 
quelques-uns aussi présentent des traces de surfrappe. Ces bronzes, 
destinés sans doute à la solde des troupes, sont datés de la pre- 
mière année (Shenat àhat ligullat Israël), de la seconde (Sh. 
let leherut Israël) ou tout simplement de la liberté de Jérusalem 
(leherut Yerushalem). Les bronzes de la première année (fig. 28) 
portent au droit la légende Simon Nasi Israël (Simon prince 
d'Israël). Le mot Nasi, qui a signifié à une époque ultérieure le 




Fig. 28. 



président du sanhédrin, est peut-être ici pris dans le sens de 
« chef militaire » ; il fait pendant au mot Cohen (chef religieux) 
qui figure sur les bronzes d'Eléazar de la même année . Sur les 
bronzes des deux autres classes, Barcochébas s'intitule seulement 



LES MONNAIES JUIVES CCXV 



Simon (fig. 29) ; c'est qu'après la mort d'Éléazar il avait réuni tous 
les pouvoirs l . Quant aux types des bronzes de Simon, ils n'offrent 
rien de particulier ; ce sont les mêmes emblèmes orthodoxes que 
sur les pièces d'argent : couronne, lyre, diota, palme ou palmier, 
grappe de raisins ou feuille de vigne. Ces types varient suivant 
les modules et servent à distinguer, à première vue, la valeur 
de la pièce. 




Fig. 20. 

Je ne veux pas quitter les monnaies de la seconde révolte juive 
sans rappeler que le Talmud y fait allusion dans un passage bien 
connu : « Le Mcûaser Sheni (la seconde dîme), dit-il textuellement, 
ne peut être racheté avec une monnaie qui n'a pas cours, comme 
la monnaie de Koziba ou de Jérusalem, ou celle des rois anté- 
rieurs 2 . » La monnaie de Koziba, ce sont les sicles et deniers 
de Simon Bar Cochba, que les rabbins, ses ennemis, appellent 
souvent Ben Koziba « le fils du mensonge ». La monnaie de Jé- 
rusalem, ce sont les sicles et demi-sicles de la première révolte 
avec l'inscription « Jérusalem la sainte ». La « monnaie des rois 
antérieurs », ce sont les bronzes des Hasmonéens et des Hérodes, 
peut-être aussi les tétradrachmes des Séleucides et des Ptolémées 
qni n'avaient plus cours à l'époque où notre halacha fut rédigée. 



1 Sur certaines pièces le nom Simon est remplacé par celui de Jérusalem ; ces 
pièces et en général celles qui sont datées de la « liberté de Jérusalem » paraissent 
avoir été frappées dans la capitale. 

2 Tosefta Ma'aser Sheni, I, 5. Le même passage est reproduit avec des alté- 
rations dans le Talmud de Jérusalem (Ma'aser Sheni, I, 2) et dans celui de Ba- 
bylone (Baba Kamma, 97 b.). Les monnaies des révoltes sont réunies ici sous 
l'appellation commune de « monnaie du danger » et le rabbin Imé décide qu'elle 
doit être jetée à la mer. 



CCXVJ 



ACTES ET OONKKKKNCKS 



Ainsi, bien interprété, ce passage du Talmud est la confirmation 
complète du système de classification qui vient d'être exposé : 
il achève de montrer que les monnaies d'argent juives n'ont 
jamais eu qu'un caractère exceptionnel et révolutionnaire. 



VI 



Avec les monnaies de Barcochébas, nous avons terminé notre 
voyage à travers la numismatique juive. Si la première révolte 
avait eu pour conséquence la destruction du temple, la seconde 
amena l'extermination presque complète de la population juive 
de la Palestine. De nombreux colons païens prirent la place des 
anciens habitants, et sur l'emplacement de Jérusalem s'éleva une 
ville romaine appelée iElia Capitolina, du nom de l'empereur iElius 
Adrien et de Jupiter Capitolin, dont le temple remplaça celui de 
Jéhovah. Cette ville, dont l'accès était défendu aux Juifs, eut le rang 
de colonie et a laissé une longue suite de monnaies de bronze qui 
s'étend d'Adrien à Valérien (136-260). Je reproduis ici les deux 
types les plus intéressants. L'un représente la fondation de la ville 




Fig. 50. 



— un colon traçant le sillon qui marquera les limites de la future 
enceinte (fig. 30). L'autre nous montre les trois divinités — Ju- 
piter, Junon et Minerve — qui étaient adorées dans le temple de 
Jupiter Capitolin à Rome et à JSlia. (Fig. 31.) 

Jérusalem n'est pas la seule ville de Palestine où le culte païen 
se soit ainsi emparé de lieux naguère affectés au culte du vrai 
Dieu. Le fameux temple des Samaritains sur le mont Garizim, qui, 



LES MONNAIES JUIVES 



CCXVII 



déjà une fois, sous les Séleucides, avait été transformé en un temple 
de Jupiter Hospitalier, puis était retourné au culte monothéiste, 




Fig. 51. 

fut désaffecté une seconde fois en faveur de Jupiler. Ce temple est 
figuré sur une très pittoresque médaille de Néapolis (nouvelle capi- 
tale de la Samarie, aujourd'hui Naplouse) frappée sous l'empereur 
Antonin le Pieux. (Fig. 32.) 




Fit]. 52. 



Cependant, au moment où le judaïsme était ainsi humilié, traqué, 
exterminé dans sa patrie d'origine, puisant des forces dans sa dé- 
faite même, il se répandait de plus en plus dans les pays de la dis- 
persion et faisait la conquête de bien des âmes. Non seulement le 
monothéisme juif, la morale juive gagnaient des prosélytes jusque 
sur les marches du trône, mais les légendes païennes elles-mêmes 
commençaient à s'accommoder aux traditions juives, à se fondre 
avec elles. Nous avons un exemple bien remarquable de cette fusion 
graduelle dans une monnaie de la ville d'Apamée en Phrygie, qui 



CCXVIH 



ACTES KT CONFÉRENCES 



date de l'empereur Septime Sévère et qui a été répétée plusieurs fois 
sous les règnes suivants. (Fig. 33.) Au revers de cette médaille on 
voit deux personnages, homme et femme, assis dans une caisse qui 
flotte sur les eaux ; sur le couvercle entr'ouvert perche un oiseau. 




Fig. 33. 

A gauche, une autre scène qui continue la première dans l'ordre des 
temps : les deux personnages sont sortis de la caisse et l'oiseau leur 
apporte un rameau d'olivier. A cette description vous avez reconnu 
sans peine un épisode bien connu de l'histoire du déluge. Des tra- 
ditions analogues à celle de la Bible existaient chez les païens ; 
les Phrygiens notamment avaient leur mythe du déluge, qui avait 
fini par se localiser à Apamée-Cibotus, Apamée « la Boîte ». Comme 
cette ville renfermait dès l'époque de Oicéron une nombreuse popu- 
lation juive *, il dut s'opérer de bonne heure une fusion des deux 
légendes ; nous en avons d'ailleurs la preuve dans un passage des 
Livres sibyllins où. l'auteur raconte que l'arche de Moé s'arrêta aux 
sources du fleuve Marsyas, c'est-à-dire près d'Apamée-Cibotus 2 . 
Maintenant imaginez un magistrat, juif ou judaïsant, d' Apamée, à 
la fin du 11 e siècle — 1' a agonothète » ou édile Artémas — chargé 
d'inventer un nouveau type pour les monnaies de cette ville. Vous 
comprendrez qu'il se soit empressé d'en choisir un qui avait le mé- 



1 Voir Cicéron, pro Flacco, 28. La quantité d'or (destinée au temple de Jéru- 
salem) confisquée par Flaccus sur les juifs d' Apamée est évaluée à 100 livres, ce 
qui, étant donné le rapport des valeurs de l'or et de l'argent, correspond à en- 
viron 350 kilos d'argent ou 50,000 demi-sicles, quantité si considérable qu'elle 
doit représenter la contribution de plusieurs années ou des dons extraordinaires. 

2 Poèmes sibyllins, I, 273. 



LES MONNAIES JUIVES CCXIX 



rite singulier de concilier de la façon la plus heureuse ses propres 
traditions religieuses avec celles de la localité ; d'ailleurs, pour en- 
lever toute espèce de doute, c'est le nom deNoé (nûe) qu'il fait gra- 
ver en toutes lettres sur l'arche : le déluge d'Apamée et le déluge 
de Noé sont bien, pour lui, le même déluge. 

Je ne crois pas pouvoir mieux finir ma causerie que par cette 
illustration, à la fois piquante et consolante, d'un syncrétisme re- 
ligieux qui se dessinait alors un peu partout dans le monde païen, 
au profit du judaïsme et de son fils aîné, le christianisme. C'est l'é- 
poque où l'auteur inconnu du Traité du sublime ne craint pas d'em- 
prunter à la Genèse un exemple du « sublime » littéraire ; c'est l'é- 
poque où l'empereur Alexandre Sévère place dans son oratoire un 
buste d'Orphée entre un buste d'Abraham et un buste de Jésus- 
Christ. Encore deux siècles et un poète, païen fanatique, s'écriera 
avec une indignation qui témoigne de sa sincérité ' : 

Plût au ciel que jamais, sous Titus et Pompée, 
Rome n'eût asservi les juifs à son épée ! 
Le mal déraciné refleurit dans nos cœurs 
Et le peuple vaincu subjugue ses vainqueurs ! 



1 Rutilius Namatianus, Itinéraire, v. 385 : 

Atque utinam nunquam Judaea subacta fuisset 
Pompeii bellis imperioque Titi ! 

Latius excisée pestis contagia serpunt 

Victoresque suos natio victa prenait. 



LISTE DES MEMBRES 

DR LA 

SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

PENDANT L'ANNÉE 1886 



Membres fondateurs*. 

1 Camondo (le comte A. de), rue de Monceau, 61 2 . 

2 Camondo (le comte N. de), rue de Monceau, 63. 

3 Gunzburg (le baron David de), boulevard des Gardes-à-Cheval, 

17, Saint-Pétersbourg. 

4 Gunzburg (le baron Horace de), 17, boulevard des Gardes-à- 

Cheval, à Saint-Pétersbourg. 

5 Lévy-Crémieux (feu). 

6 Poliacoff (Samuel de), à Moscou. 

7 Rothschild (feu la baronne douairière de). 

8 Rothschild (feu le baron James de). 

Membres perpétuels 3 . 

9 Albert (feu E.-J.). 

10 Bardac (Noël), rue de Provence, 43. 

1 Les Membres fondateurs ont versé un minimum de 1,000 francs. 

2 Les Sociétaires dont l'adresse n'est pas suivie d'un nom de ville demeuren 1 ; 
à Paris. 

3 Les Membres perpétuels ont versé 400 francs. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE CCXXI 

11 Bischoffsheim (Raphaël), rue Taitbout, 3. 

12 Cahen d'Anvers (feu le comte). 

13 Dreyfus (feu Nestor). 

14 Goldschmidt (S. -H.), rond-point des Champs-Elysées, 6. 

15 Hecht (Etienne), rue Lepelletier, 19. 

16 Hirsch (feu le baron Lucien de). 

17 Kann (Jacques-Edmond), avenue du Bois-de-Boulogne, 58. 

18 Kohn (Edouard), rue Blanche, 49. 

19 Lazare (A.), boulevard Poissonnière, 17. 

20 Lévy (Calmann), éditeur, rue Auber, 3. 

21 Montefiore (Claude), Portman Square, 18, Londres. 

22 Oppenheim (feu Joseph). 

23 Penha Emmanuel de la), rue de la Victoire, 28. 

24 Penha (M. de la), rue Tronchet, 15. 

25 Ratisbonne (Fernand), rue Rabelais, 2. 

26 Reinach (Hermann-Joseph), rue de Berlin, 31. 

27 Rothschild (le baron Adolphe de), rue de Monceau, 47. 

28 Troteux (Léon), rue de Mexico, 1, le Havre. 

Membres souscripteurs'. 

29 Adelson-Monteaux. rue Notre-Dame-de-Lorette, 10. 

30 Adler (Rev. D r Hermann), Queensborough-Terrace, 5, Hyde 

Park, Londres. 

31 Aghion (Victor), Alexandrie, Egypte. 

32 Albert-Lévy, professeur à l'École municipale de chimie et de 

physique, rue des Écoles, 25. 

33 Aldrophe (Alfred), architecte, faubourg Poissonnière, 37. 

34 Alexandre Dumas, de l'Académie française, avenue de Vil- 

liers, 98. 

35 Alfen-Salvador, avenue de Messine, 10. 

36 Allatini, Salonique. 

37 Alliance Israélite universelle, 35, r. deTrévise (175 fr.). 

38 Allianz (Israelitische), Kaerntnerstrasse, 14, Vienne. 

1 La cotisation des Membres souscripteurs est de 25 francs par an, sauf pour 
ceux dont le nom est suivi d'une indication spéciale. 



OCXXH ACTES ET CONFÉRENCES 

39 Andrieux, député, avenue Friedland, 32. 

40 Anspach (Gabriel), rue Pigalle, 15. 

41 Aron (Arnaud), grand rabbin, Strasbourg. 

42 Astruc (E.-A.), grand rabbin, Bayonne. 

43 Basch, rue de la Pépinière, 19, Nancy. 

44 Bechmann (Ernest-Georges), ingénieur en chef des eaux de la 

ville de Paris, place de l'Aima, 1 . 

45 Bechmann (J.-L.), rue de la Chaussée- d'Antin, 45. 

46 Benedetti (S. de), professeur à l'Université, Pise. 

47 Bickart-Sée, boulevard Malesherbes, 101. 

48 Bing, président de la Communauté israélite de Dijon. 

49 Blin (Albert), Elbeuf. 

50 Bloch (Camille), rue de la Banque, 1. 

51 Bloch (Félix), Haskeuy, Constantinople. 

52 Bloch (Isaac), grand rabbin, Alger. 

53 Bloch (Maurice), agrégé des lettres, boulevard Bourdon, 13. 

54 Bloch (Moïse), rabbin, rue Condorcet, 11, 

55 Bloche (Louis-Lazare), rue des Mathurins, 13 Us. 

56 Blocq (Mathieu), Toul. 
5*7 Blum (Victor), le Havre. 

58 Bruhl (David), rue de Châteaudun, 57. 

59 Bruhl (Paul), rue de Châteaudun, 57. 

60 Brunswig (Benoît), rue Blanche, 62. 

61 Brunswig (Léonce), place des Victoires, 10. 

62 Cahen (Abraham), grand rabbin, rue Vauquelin, 9. 

63 Cahen (Albert) , professeur agrégé au collège Rollin , rue 

Condorcet, 53. 

64 Cahen (Gustave), rue des Petits-Champs, 61. 

65 Cahen d'Anvers (Albert), rue de Grenelle, 118. 

66 Carrière, professeur à l'Ecole des Hautes-Etudes, rue de 

Lille, 35. 

67 Cattaui (Elie), rue Lafayette, 14. 

68 Cattaui (Joseph-Aslan), ingénieur civil, au Caire, Egypte. 

69 Cerf (Hippolyte), rue Française, 8. 

70 Cerf (Léopold), ancien élève de l'Ecole normale supérieure, 

éditeur, Versailles. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE CCXX1II 

71 Cerf (Louis), rue Française, 8. 

72 Chwolson (Daniel), conseiller d'Etat, professeur de langues 

orientales, rue Wassili Ostrov, 7, ligne n° 42, Saint- 
Pétersbourg. 

73 Cohen (Hermann), rue Ballu, 36. 

74 Cohen (Isaac- Joseph), rue Lafajette, 75. 

75 Cohn (Léon), préfet de la Haute-Garonne, Toulouse. 

76 Consistoire Israélite de Belgique , rue du Manège , 12 , 

Bruxelles. 

77 Consistoire Israélite de Bordeaux, rue Honoré-Tessier, 7, 

Bordeaux. 

78 Consistoire Israélite de Lorraine, Metz. 

79 Consistoire Israélite de Marseille. 

80 Consistoire Israélite d'Oran. 

81 Consistoire Israélite de Paris (200 fr.). 

82 Créhange (A.), faubourg Poissonnière, 8. 

83 CRÉMraux(Paul), avenue de Messine, 10. 

84 Dalsace (Gobert), rue Rougemont, 6. 

85 Darmesteter (Arsène), professeur à la Faculté des lettres, 

place Vaugirard, 7. 

86 Darmesteter (James), professeur au Collège de France, place 

Vaugirard, 7. 

87 David (feu Ernest). 

88 Debré (Simon), rabbin, Sedan. 

89 Delvaille (D r Camille), Bayonne. 

90 Dennery (Gustave-Lucien), rue des Pyramides, 10. 

91 Derenbourg (Hartwig), directeur- adjoint à l'Ecole des Hautes- 

Etudes, professeur à l'Ecole des Langues orientales, bou- 
levard Saint-Michel, 39. 

92 Derenbourg (Joseph), membre de l'Institut, rue de Dun- 

kerque, 27. 

93 Dreyfus (Abraham), rue du Faubourg-Saint-Honoré, 102. 

94 Dreyfus (Anatole), rue de Trévise, 28. 

95 Dreyfus (H.-L.), rabbin, Saverne. 

96 Dreyfus (Henri), faubourg Saint-Martin, 162. 

97 Dreyfus (Jules), faubourg Saint-Martin, 162. 



CCXXIV ACTES ET CONFERENCES 

98 Dreyfus (L.), avenue de l'Opéra, 13. 

'.»!) Dreyfus (Lucien), place de la Madeleine, 17. 

100 Dreyfus-Brisac (Edmond), directeur de la Revue de V Ensei- 

gnement supérieur, rue de Turin, 6. 

101 Dutau, rue de Sèvres, 35. 

102 Durlacher (Armand), libraire-éditeur, rue Lafayette, 83 bis. 

103 Duval (Rubens), boulevard Magenta, 18. 

104 Eichthal (Eugène d'), rue Jouffroy, 57. 

105 Emerique (Ernest), rue Larochefoucauld, 21. 

106 Ephraïm (Armand), rue Boccador, 24. 

107 Epstein, Grilparzerstr. , 11, Vienne. 

108 Erlanger (Charles), place des Vosges, 9. 

109 Erlanger (Michel), place des Vosges, 9. 

110 Errera (Léo), professeur à l'Université, rue Stéphanie, 1, 

Bruxelles. 

111 Ettinghausen (Hermann), rue Richer, 15. 

112 Feldmann (Armand), avocat, rue d'Isly, 8. 

113 Fernandez (Salomon), à la Société générale de l'empire otto- 

man, Constantinople. » 

114 Fita (le Rév. P. Fidel), membre de l'Académie royale d'his- 

toire, Calle del Lobo, Madrid. 

115 Fould (Léon), faubourg Poissonnière, 30. 

116 Foy (Edmond), rue Chégaray, Bayonne. 

117 Franck (Adolphe), membre de l'Institut, rue Ballu, 32. 

118 Fuerth (Martin), rue du Général-Foy, 14. 

119 Gautier (Lucien), professeur de théologie, Lausanne. 

120 Georges (Paul), rue Béranger, 17. 

121 Gerson (M.-A.), rabbin, Dijon. 

122 Giavi, avenue de la Gare, 13, Nanterre. 

123 Goeje (J. de), professeur d'arabe à l'Université, Leyde. 

124 Gommes (Armand), rue Chégaray, 33, Bayonne. 

125 Griolet (Gaston), rue de Berne, 2. 
125 Gross (D r Heinrich), rabbin, Augsbourg. 

127 Gubbay, boulevard Malesherbes, 165. 

128 Gudemann (D r ), rabbin, Vienne. 

129 Gugenheimer(S-), faubourg Saint-Denis, 48. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE CGXXV 

130 Guizot (Guillaume), professeur au Collège de France, rue de 

Monceau, 42. 

131 Hadamard (D.), rue de Châteaudun, 53. 

132 Haguenau (David), rabbin, boulevard Voltaire, 13. 

133 Halberstam (S.-J.), Bielitz, Autriche. 

134 Halévy (Joseph), professeur à l'Ecole des Hautes-Etudes, rue 

Aumaire. 26. 

135 Halévy (Ludovic), de l'Académie française, rue de Douai, 22. 

136 Halfen (Edmond), rue de Tilsitt, 11. 

137 Halfon (Michel), rue de Monceau, 60. 

138 Hammerschlag, II, Ferdinandstrasse, 23, Vienne. 

139 Harkavy (Albert), bibliothécaire, Saint-Pétersbourg. 

140 Hayem (Armand), avenue des Champs-Elysées, 33. 

141 Hayem (D r Georges), membre de l'Académie de médecine, rue 

de Vigny, 7. 

142 Hayem (Julien), avenue de Villiers, 63 (40 fr.). 

143 Haymann (Joseph), rue du Temple, 71. 

144 Heine-Furtado (M me C), 28, rue de Monceau (100 fr.). 

145 Herzog (Henri), élève ingénieur à l'Ecole des Ponts et chaus- 

sées, rue Jacob, 15. 

146 Heymann (Alfred), avenue de l'Opéra, 20. 

147 Hirsch (Henri), rue de Médicis, 19. 

148 Hirsch (Joseph), ingénieur en chef des ponts et chaussées, rue 

de Castiglione, 1. 

149 Isidor, grand rabbin de France, place des Vosges, 14. 

150 Jastrow (D r M.), rabbin, Philadelphie. 

151 Jellineck (D r ), rabbin-prédicateur, Vienne. 

152 Jourda, directeur de l'Orphelinat de Rothschild, rue de Lam- 

blardie, 7. 

153 Kahn (Jacques), rue Labruyère, 22. 

154 Kahn (Salomon), boulevard Baile, 172, Marseille. 

155 Kahn /Zadoc), grand rabbin de Paris, rue Saint-Georges, 17. 

156 Kaufmann (David), professeur au Séminaire israélite, 20, 

Andrassystrasse, Budapest. 

157 Kinsbourg (Paul), rue de Cléry, 5. 

158 Klotz (Eugène), place des Victoires, 2.. 



CCXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

159 Klotz (Victor), avenue de Montaigne, 51. 
1G0 Kohn (Georges), rue Blanche, 49. 
161 Komitet Synagogi na Tlomackiem, Varsovie. 
102 Kunst, rue des Petites-Ecuries, 48. 

163 Lagarde (Paul de), professeur à l'Université de Gœttingue. 

164 Lagneau, professeur, rue Claude-Bernard, 86. 

165 Lambert (Abraham), avoué, rue Saint-Dizier, 17, Nancy. 

166 Lambbrï (Eliézer), avocat à la Cour d'appel, rue Baudin, 26. 

167 Lange (feu Emmanuel) . 

168 Lassudrie, rue Laffitte, 21. 

169 Lazare (Maurice), rueFénelon, 13. 

170 Lehmann (Joseph), rabbin, boulevard Voltaire, 44. 

171 Lehmann (Léonce), avocat à la Cour de cassation, rue de Ma- 

rignan, 16. 

172 Lehmann (Mathias), rue Taitbout, 29. 

173 Lehmann (Samuel), rue d'Hauteville, 38. 

174 Léon (Gustave), Bayonne. 

175 Léon (Xavier), boulevard Haussmann, 127 

176 Léopold (Lyon 1 , directeur de l'Ecole communale, rue des Hos- 

pitalières- Saint-Ger vais (30 fr.). 

177 Levaillant , directeur de la sûreté générale , avenue de 

Kléber, 39. 

178 Leven (Emile), rue de Maubeuge,81. 

179 Leven (Léon), rue de Trévise, 37. 

180 Leven (Louis), rue de Trévise, 37. 

181 Leven (D r Manuel), rue Richer, 12. 

182 Leven (Narcisse), avocat à la Cour d'appel, rue de Tré- 

vise, 45. 

183 Leven (Stanislas), conseiller général de la Seine, rue Con- 

dorcet, 12. 

184 Lévi (Israël), rabbin, rue Rodier, 62. 

185 Lévy (Alfred), grand rabbin, Lyon. 

186 Lévy (Paul-Calmann), rue Àuber. 3. 

187 Lévy (Charles), Colmar. 

188 Lévy (Emile), rabbin, Verdun. 

189 Lévy (Aron-Emmanuel), rue Marrier, 19, Fontainebleau. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ CCXXVII 

190 LÉVY(Isaac), grand rabbin, Vesoul. 

191 Lévy (Jacques), grand rabbin, Constantine. 

192 Lévy (Léon), rue Logelbach, 9. 

193 Lévy (Raphaël), rabbin, rue d'Angoulême, 6. 

194 Lévy (Sichel), boulevard Malesherbes, 156. 

195 Lévy (Sylvain), rue d'Austerlitz, Metz. 

196 Lévy-Bruhl (Lucien), professeur de philosophie, rue Mon- 

talivet, 8. 

197 Lévy-Frankel (D r Edouard), rue Ordener, 103. 

198 Lévylier, ancien sous-préfet, rue Vignon, 9. 

199 Loeb (Isidore), professeur au Séminaire Israélite, rue de Tré- 

vise, 35. 

200 Lœwenstein (MM.), rue Lepeletier, 24. 

201 Lœvy (A.), 100, Sutherland Gardqns, Londres. 

202 Luzzati (Luigi), député, Padoue. 

203 Lyon-Cahen (Charles), professeur à la Faculté de droit, rue 

Soufnot, 13. 

204 Mannheim (Amédée), colonel, professeur à l'Ecole polytech- 

nique, rue de la Pompe, 11. 

205 Mannheim (Charles-Léon), rue Saint-Georges, 7. 

206 Mannheimer (Aimé), rue Rossini, 3. 

207 Manuel (Eugène), inspecteur général de l'enseignement se- 

condaire, rue Raynouard, 6. 

208 Mapou, avenue Mac-Mahon, 13. 

209 Marcus (Saniel), maison Whitthall, Smyrne. 

210 Matthews (Henri-J.), esquire,GoldsmidRoad, 2, Brighton. 

211 May, chaussée de Bockenheim, 31, Francfort-sur-le-Mein. 

212 May (Louis-Henry), rue Thévenot, 14. 

213 Mayer (Ernest), rue Moncey, 9. 

214 Mayer (Gaston), avocat à la Cour de Cassation, avenue 

Montaigne, 3. 

215 Mayer (Michel), rabbin, boulevard du Temple, 25. 

216 Mayrargues (Alfred), boulevard Malesherbes, 103. 

217 Merzbach (Bernard), rue Richer, 17. 

218 Meyer (D r Edouard), boulevard Haussmann, 73. 

219 Meyer (Emile), boulevard de Strasbourg, 37. 



CCXXYlll ACTES ET CONFERENCES 

220 Meyer (Paul), membre de l'Institut, directeur de l'Ecole des 

Chartes, rue de Boulainvilliers, 26. 

221 Michel-Lévy (Paul), rue Drouot, 27. 

"Z'1'1 Mocatta (Frédéric-D.), Connaught Place, 9, Londres (50 fr.). 

223 Moch (Camille), faubourg Saint-Honoré, 25. 

224 Montefiore (Edward-Lévi), avenue Marceau, 58. 

225 Montefiore (Mosé), ministre officiant, rue de Maubeuge, 52. 

226 Mortara (Marco), grand rabbin, Mantoue. 

227 Nadaillac (feu la comtesse de). 

228 Netter (D r Arnold), rue du Château-d'Eau, 15. 

229 Netter (Moïse), rabbin, Médéa. 

230 Neubauer (Adolphe), bibliothécaire à la Bodléienne, Oxford. 

231 Neumann (D r ), rabbin, Gross-Kanisza, Autriche-Hongrie. 

232 Neymarck (Alfred], rue Vignon, 18. 

233 O'Neill (John), villa de la Combe, Cognac. 

234 Ochs (Alphonse), rue Chauchat, 22- 

235 Ochs (Louis), rue Chauchat, 22. 

236 Oppenheim (P.-M.), 11, rue Taitbout (50 fr.). 

237 Oppenheimer (Joseph-Maurice), rue Lepeletier, 7. 

238 Oppert (Jules), membre de l'Institut, professeur au Collège 

de France, rue de Sfax, 2. 

239 Osiris (Ifla), rue Labruyère, 9. 

240 Oulman (Camille), rue de Grammont, 30. 

241 Oulry (Godchaux), avenue de Neuilly, 104, Neuilly-sur-Seine. 

242 Ouverleaux (Emile), conservateur de la Bibliothèque royale, 

Bruxelles. 

243 Paris (Gaston), membre de l'Institut, rue du Bac, 110. 

244 Péreire (Gustave), rue de la Victoire, 69. 

245 Perles (J.), rabbin, Munich. 

246 Perreau (le chevalier), bibliothécaire royal, Parme. 

247 Picart (Henri), rue d'Hauteville, 42. 

248 Picciotto (Moïse de), Aie p. 

249 Ptcot (Emile), avenue de Wagram, 135. 

250 Pintus (J.), place du Rivage, 1, Sedan. 

251 Pontremoli (Albert), avenue des Champs-Elysées, 129. 

252 Popelin (Claudius), rue de Téhéran, 7. 



LISTE DES MEMLMES DE LA SOCIETE GGXX1X 

253 Porgès (Charles), 81, rue de Monceau (40 fr.). 

254 Prager (feu Myrtil). 

255 Preux, maître de conférences à l'Ecole des langues orientales, 

rue du 29 Juillet, 3. 

256 Propper (S.), rue Volney, 4. 

257 Reinach (Joseph), avenue Van Dyck, 6. 

258 Reinach (Salomon), ancien élève de l'Ecole d'Athènes, con- 

servateur-adjoint du musée de Saint-Germain , rue de 
Berlin, 31. 

259 Reinach (Théodore), docteur en droit, rue de Murillo, 26. 

260 Reiss (Albert), rue de Londres, 60. 

261 Reitlinger (Frédéric), avocat à la Cour d'appel, rue Scribe, 7, 

262 Reitlinger (Sigismond), boulevard Haussmann, 63. 

263 Renan (Ernest) , membre de l'Institut , administrateur du 

Collège de France. 

264 Rheims (Isidore), rue Boissy-d'Anglas, 35. 

265 Robert (Charles), rue des Dames, 12, Rennes. 

266 Robert (Ulysse), Grande-Rue, 31, Saint- Mandé. 

267 Rodrigues (Hippolyte), rue de la Victoire, 14. 

268 Rosenthal (D r ), rabbin, Beuthen, Oberschlesien. 

269 Rothschild (feu la baronne de). 

270 Rothschild (le baron Alphonse de), membre de l'Institut, 

2, rue Saint-Florentin (400 fr.). 

271 Rothschild (le baron Arthur de), 33, rue du Faubourg-Saint- 

Honoré (400 fr.). 

272 Rothschild (le baron Edmond de), 41, rue du Faubourg - 

Saint-Honoré (400 fr.). 

273 Rothschild (le baron Gustave de), 23, avenue Marigny 

(400 fr). 

274 Rothschild (Mademoiselle Hélène de), rue Berryer (400 fr.). 

275 Rothschild (la baronne James de), 38, avenus Friedland 

(50 fr.). 

276 RozELAAR(Lévie-Abraham), Sarfatistraat, 30, Amsterdam. 

277 Sack (Israël), Saint-Pétersbourg. 

278 Saint-Paul (Georges), place Malesherbes, 5. 

279 Saint-Paul (Victor), rue d'Aumale, 22. 

ACT. ET GONF., T. I. 17 



Ci IX XX ACTES ET CONFERENCKS 

280 SàLOMON (Alexis), rue Croix-des-Pctits-Champs, 38. 
£81 SALVADOR (le colonel), avenue de Messine, 10. 
282 Salvador-Lévy, rue de la Tète-d'Or, 34, Metz. 
'283 Satcb (Rev. A. -IL), professeur de philologie comparée, 
Queen's Collège, Oxford. 

284 Schafier (D), rue de Trévise, 41. 

285 Scheid (Elie), rue Elzévir, 4. 

286 Sciiloss (Ernest), rue du Paradis -Poissonnière, 21 Us. 

287 Schuhl (Moïse), rabbin, Saint-Etienne. 

288 Sciiuiil (Moïse), rue Bergère, 29. 

289 Schwab (Moïse) , sous-conservateur de la Bibliothèque na- 

tionale, cité Trévise, 14. 

290 Schweisch, rue Jean-Jacques-Rousseau, 49. 

^91 Sèches (Rev. Edgard), 3, Judith Collège, Ramsgate. 

292 Sée (Camille), conseiller d'Etat, avenue des Champs-Ely- 

sées, 65. 

293 Sée (Eugène), préfet de la Haute Saône, Vesoul. 

294 Simon (Joseph), instituteur, Nîmes. 

295 Simonsen, rabbin, Copenhague. 

296 Singer, rue de Galilée, 62. 

297 Société Pirché Sosanim, Bucharest. 

298 Société des Progressistes, Andrinople. 

299 Spire, ancien notaire, rue d'Alliance, 12, Nancy. 

300 Stern (Hermann), rue Royale, 22, Bruxelles. 

301 Stern (René), rue du 4 Septembre, 14. 

302 Straus (Emile), avocat à la Cour d'appel, boulevard Hauss- 

mann, 134. 

303 Szold, rabbin de la Congrégation Oheb Schalom, Baltimore. 

304 Taub, rue Lafayette, 10. 

305 Tédesco (Joseph), rue Lafayette, 43. 

306 Trénel (Isaac), directeur du Séminaire israélite, rue Vau- 

quelin, 9. 

307 Trénel (Jacob), agrégé, Valenciennes. 

308 Trêves (Albert), rue Prony, 76. 

309 Trêves (Georges), rue Prony, 78. 

310 Ulmann (Emile), rue de Trévise, 33. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ CGXXXI 

311 Vèneziani (le chevalier), place Wagram, 1* 

312 Verne s (Maurice), directeur-adjoint à l'école des Hautes- 

, Etudes,' rue Fortunj, 31. 

313 Vidal-Naquet, président du Consistoire israélite, Marseille. 

314 Vidal-Naquet (Jules), rue du Quatre-Septembre, 16. 

315 Weill (D r Anselme), rue Saint-Lazare, 101. 

316 Weill (Emmanuel), rue Taitbout, 8. 

317 Weill (Emmanuel), rabbin, rue de Condorcet, 53. 

318 Weill (Gabriel), rue Marbeuf, 66. ' 

319 Weill (Georges), placé des Vosges, 19. 

320 Weill (Isaac) * r.ue de-Biépus, 76l. . :..' is '" "> 

321 Weill (Isaac), grand rabbin, Metz. J 

322 Weill (Isidore), grand rabbin, Colmar. 

323 Weill (Benjamin-Léopold), rue Richer,.41. 

324 Weill (Moïse), grand rabbin, Oran. 

325 Weill (Vite), rue de Lancry, 17. 

326 Weisweiller (le baron de) , 17 , avenue de Friedland 

(30 fr.). 

327 Werner (Isaac), rue Taitbout, 58. 

328 Weyl (Jonas), grand rabbin, Marseille. 

329 Wiener (Jacques), président du Consistoire israélite de Bel- 

gique, rue de la Loi, 63, Bruxelles. 

330 Wilmersdœrfer (Max), consul général de Saxe, Munich. 

331 Wlnter (David), rue Jean-Jacques- Rousseau, 42. 

332 Witlich (J.), rue Mandar, 6. 

333 Witlich (Salomon), rue Mandar, 6. 

334 Wogue (Lazare), grand rabbin, professeur au Séminaire israé- 

lite, rue de Rivoli, 12. 

335 Worms (Fernand), avocat à la Cour d'appel, rue Royale, 14. 

336 Worms (D r Jules), rue Pierre-Charon, 32. 

337 Ziegel et Engelmann, directeurs de l'institution Springer, 

rue de la Tour-d' Auvergne, 34. 

r i 

Membres nouveaux depuis le 1 C1 janvier 1887. 

338 Beck (D r ), rabbin, Bucharest. 



CCXXXIJ ACTES ET CONFÉRENCES 

339 Carcassonne (Darius), président do la Communauté israé- 

lito, Salon (Bouches-du-Rhône). 

340 Kahn (Coschel), président do la Communauté israélito, Bahia, 

Brésil. 

341 Lévi (Charles), boulevard Magenta, 49 (30 fr.). 

342 Lévi (Sylvain), maître de conférences à l'Ecole des Hautes- 

Etudes, rue Simon-le-Franc, 17. 

343 Modona (Leonello) , sous-bibliothécaire de la Bibliothèque 

royale, Parme. 

344 Morhange (Eugène), cours Gaffé, 103, Marseille. 

345 Stetn (Henri) , ancien élève de l'École des Chartes, rue Saint- 

Placide, 54. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



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DS Revue des etude3 juives; 
101 historia judaica 

R45 
1. 15 



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